Oct 17 2017

La qualité de l’eau se dégrade encore en France

Epandage de pesticides à Bailleul, en 2015.

Alors que débute la deuxième phase des Etats généraux de l’alimentation, l’UFC-Que choisir dénonce la responsabilité de l’agriculture intensive, qui répand massivement des pesticides. LE MONDE Par Martine Valo

 

La qualité de l’eau continue de se dégrader en France et les responsables sont connus. Alors que débute la deuxième phase des Etats généraux de l’alimentation, censée promouvoir des produits sains et des pratiques durables, l’UFC-Que choisir lance mardi 17 octobre une campagne d’alerte intitulée « S. Eau S. ». Dans sa ligne de mire : l’agriculture intensive.

L’association de consommateurs dénonce la contamination persistante des écosystèmes par les pesticides essentiellement d’origine agricole. Ces substances chimiques sont désormais massivement présentes dans la moitié des rivières françaises et dans un tiers des nappes phréatiques. Et pas seulement sous forme de traces. Sur 53 % des points de mesure de la qualité des eaux de surface, la norme de qualité nécessaire pour l’eau potable (0,1 microgramme/litre) est dépassée. C’est aussi le cas dans 31 % des nappes souterraines, qui demandent pourtant bien plus de temps avant d’être touchées.

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« Nous voulons lancer plus qu’un coup de gueule, une mobilisation citoyenne, prévient Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir. Nos réseaux sont très remontés : malgré les promesses, rien ne bouge dans la politique agricole qui est privilégiée par les pouvoirs publics, au contraire. La qualité de l’eau se dégrade et, si le public ne s’en rend pas vraiment compte, c’est que celle qui lui est servie au robinet reste acceptable, mais au prix de coûts toujours plus importants. »

Le constat est aussi décourageant sur le front des nitrates, qui résultent, eux, des épandages d’engrais azotés – organiques comme le lisier ou bien chimiques. Sur 15 % du territoire, leurs taux dépassent 25 mg/l, c’est-à-dire le niveau au-delà duquel il devient difficile de rendre l’eau potable. Le pire se cache cependant dans les sous-sols : la valeur guide européenne y est dépassée dans 43 % du territoire.

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« Le pire dans les sous-sols »

Ces chiffres officiels proviennent du portail d’information sur l’eau du ministère de la transition écologique ou des agences de l’eau. Mais ils sont rarement mis en avant, tant ils illustrent sans ambages la dégradation continue de la qualité de l’eau en France, malgré les promesses des gouvernements successifs. Les uns après les autres, ces derniers se sont engagés à diminuer de moitié l’usage des pesticides dans le pays d’ici à 2018 dans un premier temps, puis d’ici à 2025 dans la deuxième version du plan Ecophyto. Or, souligne l’association de consommateurs, en moyenne triennale, l’utilisation des pesticides a encore progressé de 18 % en cinq ans.

Dans ces conditions, les traitements pour produire de l’eau potable coûtent de plus en plus cher. Tout cela est d’autant plus gênant que la répartition de la charge demeure, elle, très inégalitaire, et bien éloignée du principe pollueur-payeur. En 2005, lorsque l’UFC-Que choisir avait mené une première campagne d’information sur la qualité de la ressource, les consommateurs versaient aux agences de l’eau 89 % de la redevance pollution ; ils en versent 88 % dix ans plus tard, les industriels 5 % au lieu de 10 % précédemment, et les agriculteurs 7 %, et non plus 1 %. Encore a-t-il fallu les remontrances de la Cour des comptes, qui s’étonnait, par exemple, qu’en 2013 les usagers du bassin Seine-Normandie acquittaient 92 % de la facture.

Les grandes masses des prélèvements suivent la même logique. Les foyers, qui à eux tous utilisent 24 % de l’eau fournie, en paient 70 % ; les agriculteurs, qui en consomment le double, contribuent pour 4 % ; et les industriels (hors du secteur de l’énergie qui prélève beaucoup d’eau mais relâche l’essentiel) utilisent 6 % de l’eau, contribuant à 18 % du financement total.

« Nous réclamons la transparence »

Autre difficulté, la sécheresse, qui bat des records cette année dans le sud-est de la France et qui, avec des étiages au plus bas, fait grimper les taux de pesticides. Les habituelles pluies de septembre manquent à l’appel. En moyenne de ces six derniers mois, les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence, l’Ardèche, l’Aude, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l’Hérault, le Var et le Vaucluse ont enregistré des déficits historiques. Selon Météo France, le Languedoc-Roussillon n’avait pas connu pareille situation depuis soixante ans ; la Corse souffre d’un déficit pluviométrique de 61 %, Provence-Alpes-Côte d’Azur de 44 %. L’été, plus de la moitié des départements français sont désormais contraints de prendre des mesures de restriction d’eau une année sur deux.

« Nous réclamons la transparence, nous voulons que le public sache que l’argent des agences de l’eau sert à traiter les dégâts causés aux écosystèmes par l’agriculture industrielle, pas au préventif qui consisterait à changer de modèle »,assure Alain Bazot. Pis encore, le gouvernement s’apprête à ponctionner 15 % du budget des six agences d’eau – soit 360 millions d’euros – pour financer d’autres dossiers que celui de l’eau.

En août, les ministres de l’agriculture et de la transition écologique et solidaire ont présenté des pistes de réflexion pour résoudre au moins les problèmes de pénurie d’eau. En premier lieu, ils envisagent d’inciter le public à fermer davantage le robinet par souci d’économie. Ils suggèrent de réutiliser les eaux usées et encouragent les agriculteurs à stocker l’eau en hiver pour irriguer en été. Les écologistes y voient une forme de fuite en avant. Des projets de gigantesques bassines fleurissent sur l’ensemble du territoire… financés par les agences de l’eau.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/pollution/article/2017/10/17/la-qualite-de-l-eau-se-degrade-encore-en-france_5201907_1652666.html#FdjE5CYM3qhgYQ7P.99

 

Oct 16 2017

Les dérives d’EDF dans le nucléaire vont faire exploser notre facture

Pas chère, l’électricité en France ? Pour le moment, oui. Mais cela ne devrait pas durer, car les tarifs fixés par l’Etat ne reflètent absolument pas les coûts de notre filière atomique. Renforcement de la sécurité, stockage, coût du démantèlement… la facture risque d’être salée. Par Thierry Gadault Capital  

Plus de 33 milliards d’euros. C’est, selon le rapport publié début juin par la Cour des comptes britannique, le surcoût que vont devoir payer les sujets de Sa Majesté sur leur note d’électricité pour financer les deux EPR d’Hinkley Point. Un véritable coup de massue. En 2013, quand Londres a négocié avec EDF la construction de ces réacteurs, la hausse de la facture était censée ne pas dépasser… 6,8 milliards d’euros. « Les Anglais ont subitement pris conscience que le nucléaire allait leur coûter très cher », note Paul Dorfman, professeur à l’Energy Institute – UCL.

Un demi-siècle après le lancement de leur propre programme atomique, les Français risquent de faire bientôt la même découverte. Jusque-là, ils étaient protégés par la pratique du tarif administré : c’est l’Etat qui fixait arbitrairement, à un niveau très bas, le prix du kilowattheure. Du coup, ils payaient leur courant moins cher que la plupart de leurs voisins européens. Mais cette belle époque va prendre fin. Le 19 juillet dernier, le Conseil d’Etat a en effet estimé que les tarifs réglementés du gaz étaient contraires aux directives européennes sur l’énergie et qu’il fallait les abandonner. Or l’équation est exactement la même pour l’électricité. Bruxelles prépare d’ailleurs une directive pour supprimer les prix administrés du courant. Le retour sur terre risque d’être brutal. Officiellement, EDF évoque régulièrement un coût de production situé entre 30 et 35 euros le mégawattheure. Mais cette fourchette, nous allons le voir, ne prend en compte qu’une petite partie des dépenses réelles liées à nos réacteurs.

Nous ne payons pas le vrai prix de notre énergie

En d’autres termes, cela fait des années que nous ne payons pas le vrai prix de notre énergie nucléaire. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille subitement tenter d’en finir avec elle, comme l’exigent les ayatollahs de l’écologie. En choisissant de miser sur l’atome dans les années 1970, la France s’est assurée de son indépendance énergétique, elle a permis la création d’une filière industrielle d’excellence, et elle en recueille aujourd’hui les fruits dans ses rejets de CO2, bien moindres que ceux de ses voisins. En attendant de pouvoir être remplacé par du renouvelable, le nucléaire reste une chance pour notre pays.

Mais il va falloir en payer les arriérés. A combien s’élèvent-ils au juste ? Les coûts de production d’EDF ne cessant d’augmenter, la Cour des comptes a refait les calculs à trois reprises, en 2010, 2013 et 2016. Ses conclusions : pour tenir compte des énormes frais financiers, des 61 milliards d’euros de dette qu’il faudra bien rembourser et de la constitution d’une cagnotte pour réinvestir dans de nouveaux moyens de production, elle estimait à 62,60 euros le coût du mégawattheure (en 2014). On est loin des 35 euros officiels.

Le prix du courant en Europe :

Des milliards d’euros pour nos équipements nucléaires

Ce n’est pas tout. Il va aussi falloir prendre en compte les gigantesques frais que l’électricien devra engager pour obtenir la prolongation pendant dix à vingt ans de 34 de ses réacteurs. Il a prévu de consacrer 48 milliards d’euros à ce « grand carénage », comme disent les spécialistes, mais, là non plus, la Cour des comptes n’est pas d’accord. Selon elle, c’est au bas mot 100 milliards qui pourraient être engloutis dans l’opération. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a fait savoir de son côté que les travaux annoncés par EDF seraient insuffi sants pour atteindre les critères de sûreté.

Au coeur des débats, la nécessité de renforcer la protection des piscines pour le combustible usagé : aujourd’hui, ces installations (une par réacteur) ne sont pas blindées et constituent l’un des points faibles des centrales.

La prolongation passerait donc par des travaux. Or tout coûte cher, et même très cher dans le nucléaire. En 2015, à l’issue d’une analyse sur les capacités de stockage du combustible usagé en France, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a demandé à EDF de prévoir la construction d’une nouvelle piscine de stockage avant 2025 pour éviter d’engorger les installations d’Areva à La Hague. Le coût de cet équipement, aux critères de sûreté actuels, est évalué autour du milliard d’euros !

Démantèlement et stockage vont faire flamber la facture

Autres frais non pris en compte dans nos factures actuelles, le coût du démantèlement. Même si EDF obtient le droit d’exploiter ses réacteurs dix ou vingt ans de plus, il devra les fermer un jour ou l’autre. Une dépense pour laquelle les provisions passées – 350 millions d’euros, en moyenne par réacteur – semblent une fois de plus minorées. Aux Etats-Unis comme en Allemagne, la facture réelle de démantèlement a révélé des coûts supérieurs au milliard d’euros. Trois fois plus !

Pour couronner le tout, EDF va devoir cotiser pour financer Cigéo, le centre de stockage profond que prévoit de construire l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), à Bure, dans la Meuse. Cette sorte de caverne creusée à 500 mètres sous terre devrait pouvoir être utilisée pendant cent ans. Mais le coût arrêté en 2016 par Ségolène Royal fait sourire les spécialistes : la ministre de l’Environnement avait décidé que Cigéo mobiliserait 25 milliards d’euros pendant la durée de vie du projet (construction et exploitation). Or l’Andra a remis un rapport estimant la facture à 34 milliards d’euros et l’ASN parle même de 40 !

Reste à faire les additions. En pratique, un client d’EDF paie aujourd’hui entre 14 et 16 centimes le kilowattheure, selon la puissance de son compteur. Sur ce tarif, la part qui rémunère la production d’électricité nucléaire tourne autour de 5 centimes (le reste finance le transport, les subventions au renouvelable et aux tarifs sociaux). Pour obtenir le vrai prix du courant, il faudrait augmenter ce montant de 1,4 centime afin de permettre à l’électricien de couvrir l’ensemble de ses frais financiers et d’exploitation, le gonfler d’un autre centime pour payer la facture du grand carénage, et de trois autres encore afin de régler le coût du futur démantèlement et du stockage profond. Au total, le kilowattheure devrait passer à 21 centimes, soit une hausse de 34% !

Surcoût lié à l’EPR

Et il ne faut pas compter sur la mise en service progressive des EPR (à partir de 2030) pour faire baisser la douloureuse. Compte tenu de sa facture finale, estimée à 10,5 milliards, celui de Flamanville, le premier de la liste, devrait afficher un coût de production supérieur à… 100 euros par mégawattheure, selon Greenpeace. Quant aux supposés revenus tirés des deux EPR d’Hinkley Point, ils relèvent pour une bonne part de la fantasmagorie. Pour qu’EDF réalise la marge de 9% annoncée sur la durée de vie du projet, il faudrait que le budget de construction (23 milliards d’euros) n’explose pas et que le calendrier soit tenu. Or l’électricien tricolore a déjà avoué un surcoût de 1,8 milliard d’euros et un possible retard de quinze mois pour la livraison du premier réacteur, initialement prévue en 2025.

Inutile d’espérer grand-chose non plus de la réduction progressive de 75 à 50% de la part de l’atome dans notre production d’électricité promise par le gouvernement. « Quel que soit le scénario de transition énergétique suivi en France, les coûts de production augmenteront, dans une fourchette de 20 à 50% », prévient Patrick Criqui, directeur de recherche émérite au CNRS (Laboratoire d’économie appliquée de Grenoble). Logique : du fait des lourds investissements indispensables dans les réseaux de transport, l’électricité renouvelable coûtera au moins aussi cher que l’atomique…

Le boulet Areva

Et ce n’est toujours pas fini. Les Français vont devoir sortir le portefeuille pour réparer les frasques d’Areva, l’entreprise qui a construit nos réacteurs nucléaires. Cette fois, ce n’est pas sur leur facture de courant que la douloureuse apparaîtra, mais sur leur feuille d’impôts. Le festival a d’ailleurs déjà commencé. En juillet dernier, l’Etat a été contraint de mettre 4,5 milliards sur la table pour éviter la faillite du groupe. Mais on sait que cela ne suffira pas à couvrir la totalité des ardoises de l’ex-fleuron du nucléaire tricolore.

Il y a d’abord le conflit avec TVO, l’électricien finlandais qui a acheté le premier exemplaire d’EPR en 2003 : compte tenu des retards pris par le chantier (le réacteur n’est toujours pas opérationnel), il réclame à Areva 2,6 milliards d’euros d’indemnités qui n’ont pas été provisionnés. Or une cour d’arbitrage internationale vient de rendre un deuxième jugement favorable au finlandais. La situation n’est pas meilleure aux Etats-Unis. Areva y est coactionnaire d’une société chargée de construire une usine de transformation du plutonium militaire en Mox, un mélange d’uranium et de plutonium. Mais le chantier est au point mort depuis des mois et l’administration Trump vient de demander l’abandon du projet. Areva est aussi en difficulté au Niger, où il dépense, en vain, 1 milliard d’euros pour tenter de mettre en exploitation une mine d’uranium arrêtée en 2012.

Mais c’est en France que les nuages sont les plus sombres. Non seulement Areva doit faire face au vieillissement accéléré de ses installations de La Hague – il doit ainsi investir entre 400 et 500 millions pour remplacer une ligne essentielle à ses activités de retraitement (les évaporateurs) –, mais il risque d’être gravement mis en difficulté par la politique de transition énergétique. Au point que la perspective de fermeture de 17 réacteurs, évoquée par Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, constitue un véritable cauchemar. Les premiers réacteurs concernés seraient en effet ceux qui consomment du Mox. Or si l’on abandonnait ce combustible, les raisons de maintenir en vie sa filière de fabrication à La Hague et à Marcoule disparaîtraient. Un nouveau casse-tête pour une entreprise déjà exsangue.

Les 3 hausses qui pendent au nez des usagers

  • Prise en compte des coûts fixes réels d’EDF, dont le remboursement de la dette : 1,4 centime
  • Prise en compte du coût de la rénovation des centrales (« grand carénage ») : 1 centime
  • Prise en compte des frais de démantèlement des réacteurs nucléaires : 3 centimes

= 5,4 centimes de plus par Kwh soit +34% sur la facture d’électricité

Les quatre hausses qui pendent au nez des contribuables

  • Règlement des indemnités imposées à Areva pour le retard de l’EPR finlandais = 2,6 milliards d’euros
  • Règlement de la rénovation partielle de l’usine Areva de retraitement de La Hague = 500 millions d’euros
  • Règlement du contentieux entre Areva et le FBI dans l’affaire Uramin = 1,8 milliard d’euros (estimation Capital)
  • Règlement des dépréciations d’actifs d’une mine d’Areva au Niger = 350 millions d’euros

+ 5,25 milliards d’impôts

L’incessante réorganisation de notre filière nucléaire

Incroyable ! En quinze ans, l’architecture de notre filière nucléaire a été bouleversée à deux reprises. En 2001, le gouvernement de Lionel Jospin s’est mis d’accord avec le corps des Mines pour fusionner la Cogema (mines d’uranium et retraitement) et Framatome (construction du coeur des centrales) dans un groupe à capitaux publics, baptisé Areva. Retour en arrière quatorze ans plus tard. Face aux difficultés d’Areva, mené au bord de la faillite par la désastreuse gestion de sa présidente Anne Lauvergeon, un autre gouvernement socialiste, celui de François Hollande, a décidé de le scinder en deux. Toutes ses activités industrielles (l’ex-Framatome) sont en cours de transfert chez EDF. Areva est redevenu ce qu’était la Cogema.

Par Thierry Gadault

Oct 07 2017

Dans l’usine AREVA du Creusot, trois décennies de gestion défaillante

 

M. Bolloré n’est pas seul responsable des falsifications opérées systématiquement à l’usine du Creusot. Elles s’étaient amorcées avant son arrivée, et ont continué ensuite, avec Areva. Mais la responsabilité des différents acteurs est clairement engagée, et leurs actes jettent un sérieux doute sur la sûreté de l’EPR. 4 octobre 2017 Reporterre  Émilie Massemin (Reporterre) 

 

Cet article est la suite de notre enquête, commencée avec

1 – La très étrange transaction de 170 millions d’euros entre Areva et M. Bolloré et

2 – Derrière le fiasco de l’EPR, les errements du Creusot sous la responsabilité de M. Bolloré et d’Areva.


  • Le Creusot (Saône-et-Loire), reportage

La politique menée par Michel-Yves Bolloré au Creusot a eu des conséquences bien au-delà de l’anomalie de concentration de carbone détectée dans les calottes de cuve de l’EPR de Flamanville. Pour essayer de déterminer l’origine de ces malfaçons, l’ASN a demandé à Areva de réaliser un audit à Creusot Forge, où ont été réalisés les composants. Un travail d’investigation de longue haleine qui aboutit à la découverte dans les archives de 430 dossiers de fabrication de pièces nucléaires dits « barrés ». Certains de ces documents présentent de véritables falsifications, c’est-à-dire des résultats aux tests différents de ceux qui ont été communiqués aux clients de la forge, EDF en premier lieu. Par la suite les quelque 6.000 dossiers de composants nucléaires ont été scannés et sont épluchés page par page au siège d’Areva à La Défense, à la recherche de nouvelles anomalies. « Depuis le scandale des problèmes de qualité, le directeur et l’ancien directeur technique ont été remerciés, raconte Jean-Luc Mercier. On a trop souvent vu la signature de l’ancien directeur technique au bas des documents qui posaient problème. C’étaient des petits arrangements personnels… Par exemple, sur l’ensemble des essais, si le taux de carbone devait être compris entre 0,2 et 0,3 et que le résultat du test était de 0,31 ou 0,32, il n’allait pas au-delà du premier chiffre après la virgule, considérant qu’il n’était pas demandé. »

Mais les dossiers de fabrication qui présentent des irrégularités ne datent pas tous de la période Bolloré – certains remontent aux années 1960. Car les difficultés des ateliers du Creusot sont bien antérieures. Un rapport du haut commissaire à l’énergie atomique Yves Bréchet, cité par Le Parisien le 7 avril 2017, estime que « la situation actuelle est le résultat d’une lente mais constante dégradation de la compétence technique de la forge depuis 1995 ».

L’histoire du Creusot est ancienne, mais son âge d’or n’aura duré que le temps de la dynastie Schneider. En décembre 1836, François-Alexandre Seillière, Louis Boigues et les frères Adolphe et Eugène Schneider se portent acquéreurs des mines et de la fonderie implantées au Creusot depuis la fin du XVIIIe siècle. Ils créent la société Schneider frères et Cie et se lancent dans la fabrication de locomotives, rails, canons et blindages.

Adolphe Schneider a racheté les mines et la fonderie du Creusot avec son frère Eugène en 1836.

De 1871 à 1896, sous l’impulsion de Henri Schneider, fils d’Eugène, la compagnie construit de nouvelles usines en Saône-et-Loire. La société connaît son apogée pendant la Première Guerre mondiale, durant laquelle elle emploie jusqu’à 20.000 ouvriers. En 1949 est créée la Société des forges et des ateliers du Creusot (Sfac), qui amorce le virage du nucléaire. Mais la mort accidentelle de son dirigeant Charles Schneider, en 1960, plonge la société dans le chaos.

Charles Schneider, dernier dirigeant de la famille, disparaît en 1960.

Intégrée aux sociétés du baron Edouard-Jean Empain, elle fusionne avec la Compagnie des ateliers et des forges de la Loire et devient le groupe Creusot-Loire en 1970. La société, spécialisée dans la métallurgie lourde et la sidérurgie, comporte une partie nucléaire avec une participation dans Framatome. En 1974, le choc pétrolier donne un coup d’accélérateur au programme nucléaire français et remplit le carnet de commandes des ateliers du Creusot : dix-huit réacteurs de 900 MW sont commandés cette année-là.

Mais le baron Empain « n’a pas su gérer l’entreprise. Il était connu comme un grand joueur de casino, qui dépensait beaucoup, beaucoup d’argent », rapporte le syndicaliste Jean-Luc Mercier. Son collègue Jean-Luc Moine se souvient d’un épisode : « Les ouvriers l’ont pendu de manière factice sur le pont de la direction en 1976. Je ne travaillais pas encore mais je l’ai vu alors que le bus me ramenait de l’école : les gars de l’usine manifestaient en-dessous de ce mannequin qu’ils avaient pendu, avec baron Empain marqué dessus ! » De mauvaises décisions en acquisitions malheureuses, la situation se dégrade inexorablement. Jusqu’au 12 décembre 1984, date de la liquidation judiciaire de Creusot-Loire.

Suite à la catastrophe de Tchernobyl, l’hiver nucléaire au Creusot

La société est démembrée. Framatome (qui sera intégré dans Areva en 2001) hérite de la grosse mécanique et développe une usine d’assemblage de composants lourds à Saint-Marcel, près de Chalon-sur-Saône. Usinor s’accapare la partie sidérurgique avec Industeel. Quant à la forge du Creusot, elle échoit à Arcelor.

A peine deux ans plus tard, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986, donne le coup de grâce à la filière nucléaire. Les derniers réacteurs de 1.300 MW (Belleville, Cattenom, Golfech, Nogent et Penly) et ceux de 1.450 MW (Chooz et Civaux) sont alors en construction. Mais Tchernobyl « a renversé la tendance, amenant de nombreux pays à freiner, voire à stopper, leur équipement nucléaire, tandis que la France elle-même rentrait dans une phase attentiste en matière d’investissements », écrivent les chercheuses Stéphanie Fen Chong et Frédérique Pallez. En effet, si les derniers réacteurs sont achevés bon an mal an, aucune nouvelle construction n’est entreprise après l’accident. « Tout cela a conduit à un effondrement de cette activité, qui n’a pu survivre que grâce à un marché de maintenance. Cette situation de crise de la filière a duré près de vingt ans. »

Avec des conséquences inquiétantes : un gel des investissements – « les outils de production n’ont pas été modernisés » ; la chute des investissements en recherche et développement ; et un problème « central » de renouvellement et d’augmentation des effectifs. « Durant la crise, les entreprises ont réduit leurs effectifs et elles ont, parallèlement, arrêté d’embaucher, détaillent les chercheuses. D’où un vieillissement général des salariés et une perte des compétences. »

Paradoxalement, alors que l’ASN alertait sur l’état déplorable de Creusot Forge en 2005-2006, les ouvriers gardent un souvenir assez positif de cette période où Michel-Yves Bolloré en était propriétaire. « L’entreprise s’est plutôt bien portée dans les années Bolloré, se souvient Jean-Luc Mercier. M. Bolloré a donné comme stratégie de développer la pétrochimie parce qu’on était dans une période très creuse pour le nucléaire. Il y a eu la mise en place du treizième mois, d’une mutuelle groupe, d’une prime au présentéisme et d’une participation des salariés aux bénéfices. De nombreux investissements ont été faits au niveau matériel et au niveau humain, puisque les effectifs ont très vite grimpé à plus de 200 salariés, triplant quasiment. »

L’illusion de la reprise avec les EPR
En janvier 2011, dans son film « L’épopée de l’énergie », Areva rêve encore d’une reprise du nucléaire. Deux mois plus tard, la catastrophe de Fukushima advenait.

Selon Jean-Luc Mercier et Jean-Luc Moine, la situation s’est aggravée quand Areva a pris les commandes du Creusot Forge, le 8 septembre 2006. Le groupe a alors tourné le dos à la stratégie de diversification mise en œuvre par Michel-Yves Bolloré et a décidé de se concentrer sur la fabrication de composants nucléaires. « En 2006, au moment du rachat, Areva nous présentait des powerpoints qui évoquaient 200 centrales nucléaires à bâtir dans le monde, en Chine, aux Etats-Unis, etc., dit Jean-Luc Mercier. Anne Lauvergeon nous expliquait que si nous n’obtenions pas tous les marchés, ce n’était pas grave, parce qu’il y aurait tellement de réacteurs à construire que de toute façon, nous n’arriverions pas à tout fabriquer. Pareil pour l’EPR finlandais : on nous a expliqué qu’on le vendait à perte, mais que ce n’était pas grave parce qu’on en ferait plein d’autres derrière. »

Jean-Luc Moine se souvient pour sa part de réunions du comité d’entreprise où « on évoquait un rythme de fabrication de 2,5 EPR par an ». Areva a investi dans des machines, « notamment au niveau des fours », indique Jean-Luc Mercier : « Tout a été mis en place pour le redémarrage du nucléaire, hormis le laminoir [machine servant à réduire l’épaisseur d’un produit métallurgique]prévu. »

Mais très vite, les espoirs du groupe ont été douchés. « La crise financière qui est arrivée derrière[en 2008] a déjà mis un grand coup de frein, et par la suite, l’accident nucléaire de Fukushima [le 11 mars 2011] a posé un gros problème », se souvient Jean-Luc Mercier. Pour compenser les pages blanches dans les carnets de commandes, « Areva a eu comme politique d’essayer de diminuer les coûts de fabrication, de diminuer les effectifs, enfin de rogner partout, y compris dans les investissements et tout ce qui s’ensuit. Depuis le rachat en 2006 par Areva, il faut aussi noter l’absence de vision industrielle des présidents et ministres qui se sont succédé et le manque d’implication de l’État, pourtant actionnaire à 87 % ».

Ce qui explique pourquoi, après la période Bolloré, la situation du Creusot Forge s’est aggravée au lieu de s’améliorer. Sans résultat pour la trésorerie du groupe, plombée par l’envolée du coût de l’EPR finlandais et le désastre Uramin. Le 4 mars 2015, Areva déclarait 5 milliards d’euros de pertes en 2014, décidant dans la foulée la suppression de plus de 5.000 emplois dans le monde, dont 4.000 en France. « En Saône-et-Loire, un plan de départs volontaires est en cours suite à la suppression de 71 postes », dit Jean-Luc Moine.

« Aucune vision industrielle »
L’atelier forge avec le manipulateur (en rouge) et la presse.

Les syndicalistes sont furieux : « Ce qui est dramatique, c’est que ça a complètement désorganisé l’entreprise, parce qu’il n’y a eu aucune vision industrielle, tout ça pour qu’on s’aperçoive au final qu’il faudra rembaucher des gens », déplore Jean-Luc Mercier. « D’un côté, on nous inflige un plan de départs volontaires en faisant partir des salariés expérimentés et de l’autre on nous demande de nous tenir prêts pour forger certains composants du futur réacteur EPR d’Hinkley Point en Angleterre, fulmine Jean-Luc Moine. On supprime du monde et on doit travailler plus ! Mais avec qui ? Nous sommes en sous-effectifs. Nous risquons de ne pas tenir les délais, ce qui fait que certaines pièces vont être forgées ailleurs ! »

Sans compter que cette industrie technique et dangereuse rend périlleux le fait de travailler en sous-effectifs, ou de recourir à des salariés débutants, peu formés ou en intérim. « Si une pièce tombe de la machine, elle fait minimum 150 tonnes, rappelle Jean-Luc Moine, forgeron expérimenté : il travaille depuis 39 ans dans les ateliers. Récemment, j’ai repris un intérimaire, qui n’arrêtait pas de courir partout autour du four, ce qu’il ne faut surtout pas faire. Il voulait mettre le paquet au cas où il y aurait une embauche au bout. Résultat, quand on a sorti la pièce du four, un morceau de calamine à 1.000°C, la partie oxydée de la pièce, lui est tombé dessus. Heureusement, on a réussi à lui enlever sa veste en une fraction de seconde et il n’a rien eu, mais il aurait pu y passer. »

Tous veulent cependant croire à un avenir meilleur pour Creusot Forge. Au téléphone, David Emond, directeur de la Business unit composants d’Areva NP, énumère les mesures mises en œuvre pour restaurer la confiance de l’ASN et des clients : « On a lancé des embauches – une quinzaine depuis le début du plan. On a remis à plat les procédures, mis à jour l’assurance de la qualité, formé les personnels. La surveillance a été renforcée. » Côté technique, les procédés de fabrication ont été retravaillés pour éviter les anomalies de concentration de carbone. «  On ne fera plus ce genre de pièce au Creusot tant qu’on n’aura pas développé de nouveaux procédés », affirme M. Emond. 8 millions d’euros ont été investis dans la forge en 2017 « et on va continuer l’année prochaine. On y met les moyens ».

Plus de pages arrachées, plus d’annotations au stylo, plus de Tipex

L’organisation des ateliers maintenant change peu à peu : « On a réécrit toutes les gammes, on a revu toutes les procédures, raconte Jean-Luc Mercier. Le temps de chaque opération est noté avec précision ; avant, quand on devait chauffer la pièce à 1.200 °C, on notait approximativement 1.200 °C ; aujourd’hui ; si la pièce n’a été chauffée qu’à 1.195 °C, c’est noté sur le document. »Selon le coordinateur CGT, certains comportements ont été bannis, mais il faut rester vigilant : « Il n’est pas normal qu’on monte des pièces sans avoir les signatures, que certains arrachent une page des gammes pour modifier un truc au stylo. » « Maintenant, quand on remplit une fiche et qu’on s’est trompé, on ne griffonne plus pour changer un “a” en “e”, on ne recouvre plus l’erreur d’un coup de tipex. On doit signaler l’erreur et la feuille est recommencée entièrement, confirme Jean-Luc Moine. Et quand on forge, notre travail est scruté par une dizaine d’inspecteurs d’EDF et de l’ASN. »

En creux, les syndicalistes racontent le système de triche antérieur. Qui en est responsable ? M. Bolloré, Areva ? Tous en partie. Au point de menacer la sûreté du réacteur EPR, et de fragiliser encore une industrie nucléaire en déclin prononcé.

Au Creusot, les prochains mois restent incertains. « Au CE du mois de juin, on nous avait dit que nous allions repasser en 3×8 à la mi-octobre. Mais au CE de ce matin du 20 septembre, on nous a dit que ce ne serait pas avant la fin de l’année et nous sommes toujours en 2×8 », s’inquiète Jean-Luc Moine. « On a jusqu’au 1er janvier pour être au top et pour commencer à forger les pièces pour Hinkley Point en étant dans les délais, conclut Jean-Luc Mercier. Sinon, si le Creusot Forge coule, il risque d’entraîner dans sa chute les 900 salariés de l’usine d’assemblage de Saint-Marcel, ainsi que les salariés de Chalon Services qui interviennent sur les centrales et peut-être même ceux d’Industeel. Soit 2.200 personnes au bas mot. »

Le résultat des errements de la stratégie d’Areva. Et aussi de cet étrange tour de passe-passe, en 2003, quand la firme nucléaire a laissé un fournisseur essentiel pour une bouchée de pain à un industriel ami… pour le lui racheter 170 millions d’euros trois ans plus tard.

 

Oct 07 2017

Perturbateurs endocriniens: le Parlement européen invalide la définition de la Commission

Infographie BiG

Contre toute attente, les députés européens ont rejeté, mercredi, ces critères proposés par la Commission européenne et largement décriés par les organisations environnementales. Liberation Par Aude Massiot et Estelle Pattée  

Le 4 juillet, après un an de blocage, la France, qui menait l’opposition au côté notamment du Danemark et de la Suède, avait cédé et accepté cette définition des critères des perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques omniprésentes dans les produits du quotidien (pesticides, plastiques, cosmétiques, conditionnements alimentaires…), et suspectées d’être à l’origine de diverses maladies. Plusieurs ONG environnementales avaient alors dénoncé cette définition comme insuffisante pour prévenir les risques de santé publique que représentent ces produits. Elles dénonçaient notamment un niveau de preuve exigé trop élevé.

«Ce que le gouvernement français n’a pas su entendre, nos représentants européens l’auront, eux, bien compris, se réjouit aujourd’hui François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures. En effet, cette proposition ne permettait pas de protéger la santé des Européens.»

La décision des parlementaires européens est donc une victoire pour les défenseurs de l’environnement et de la santé publique. La Commission va devoir alors plancher sur une nouvelle définition, sur laquelle les Etats membres devront à nouveau voter.

 

Oct 07 2017

L’ICAN, prix Nobel 2017 de la paix, fervents partisans de l’élimination des armes nucléaires

La directrice de l'ICAN, Beatrice Fihn, tient une banderole de l'organisation, après avoir obtenu le prix Nobel de la paix, le 6 octobre 2017 à Genève
L’ICAN, une coalition internationale réunissant dans une centaine de pays des centaines d’organisations humanitaires, environnementales, de protection des droits de l’homme, pacifistes et pour le développement, tire la sonnette d’alarme depuis dix ans pour demander « l’élimination » des armes nucléaires. Ce combat acharné a permis à l’organisation de remporter une importante victoire en juillet à l’ONU, lorsqu’une cinquantaine de pays ont lancé la signature d’un traité bannissant l’arme atomique. AFP 6 Octobre 2017

La directrice de l’ICAN, Beatrice Fihn, tient une banderole de l’organisation, après avoir obtenu le prix Nobel de la paix, le 6 octobre 2017 à Genève – © Fabrice COFFRINI

Portée symbolique

Sa portée reste encore symbolique en raison du boycott du texte par les neuf puissances nucléaires (Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord), qui possèdent au total environ 15.000 armes nucléaires.

En outre, la portée du traité reste pour l’instant limitée car il entrera en vigueur une fois qu’il aura été ratifié par 50 pays.

« Nous n’en avons pas encore fini. Le travail ne sera pas terminé tant qu’il y aura des armes nucléaires« , a déclaré à l’AFP Beatrice Fihn, qui dirige l’ICAN.

La récente exacerbation des tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord autour du programme nucléaire nord-coréen est, à ses yeux, un « signal d’alarme« .

« Les armes nucléaires peuvent littéralement mener le monde à sa fin« , juge Mme Fihn.

« Succès historique »

Constituée officiellement en 2007 à Vienne, en marge d’une conférence internationale du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), l’ICAN a su rallier à sa cause les activistes du monde entier, mais aussi des célébrités.

L’archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix Desmond Tutu, le musicien de jazz Herbie Hancock ou encore le Dalaï lama font partie de ceux qui soutiennent l’organisation, dont le siège se situe dans les bâtiments du Conseil oecuménique des Eglises à Genève, près de l’ONU.

Alors qu’il y a dix ans le mouvement des anti-nucléaires était encore assez fragmenté, l’ICAN est parvenue à faire travailler ensemble ces différents activistes avec un objectif commun: interdire et éliminer les armes nucléaires, comme ont déjà été interdites par exemple les armes biologiques ou les mines anti-personnel.

Ces efforts ont donc fini par payer en juillet avec l’adoption par 122 pays du nouveau traité interdisant les armes nucléaires, malgré la féroce opposition des Etats-Unis et des autres puissances nucléaires.

Pour Mme Fihn, ce « point de départ » est une « véritable succès historique« .

« Plus nous parvenons à rallier les pays (…) et plus les opinions publiques vont changer et penser que c’est inacceptable » et « plus ce sera dur pour les Etats disposant de l’arme nucléaire de le justifier« , estime-t-elle.

« Famine généralisée »

Les puissances nucléaires ne sont pas les seules concernées par ces questions. Selon l’ICAN, cinq nations européennes hébergent sur leur sol des armes nucléaires américaines, en vertu d’un accord de partage du nucléaire dans le cadre de l’Otan.

En outre, un peu plus d’une vingtaine d’autres nations déclarent dépendre des armes nucléaires américaines pour leur sécurité, selon l’ICAN. Sans compter que certaines nations possèdent des réacteurs nucléaires ou des réacteurs d’étude pouvant être détournés de leur usage civil afin de produire des armes.

Tout utilisation des armes nucléaires aurait des conséquences catastrophiques qui risqueraient de laisser les humanitaires impuissants, relève l’ICAN.

« Une seule bombe nucléaire qui exploserait sur une grande ville pourrait tuer des millions de personnes. L’utilisation de dizaines ou de centaines de ces bombes bouleverserait radicalement le climat mondial, entraînant une famine généralisée« , avertit l’ICAN sur son site internet.

En même temps, les programmes consacrés aux armes nucléaires détournent, selon les activistes, des fonds publics de la sécurité sociale, de l’éducation, de l’aide aux sinistrés et d’autres services essentiels.

Les neuf pays possédant l’arme nucléaire dépensent plus de 105 milliards de dollars chaque année pour assurer la maintenance et la modernisation de leurs arsenaux nucléaires, selon l’ICAN, qui est financée par des donateurs privés et par des contributions de l’Union européenne et d’Etats, dont la Norvège, la Suisse, l’Allemagne et le Vatican. Le budget annuel de l’organisation avoisine le million de dollars.

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_l-ican-prix-nobel-2017-de-la-paix-fervents-partisans-de-l-elimination-des-armes-nucleaires?id=9728868

 

 

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