Mai 16 2017

La Hague, un cimetière radioactif de plus en plus dangereux

 

Produire du plutonium à partir du combustible usé des centrales nucléaires, les États-Unis l’ont fait à Hanford, la France le fait toujours, à La Hague. L’un et l’autre de ces sites sont devenus des décharges radioactives confrontées à des enjeux de sécurité colossaux, rappelle l’auteur de cette tribune.16 mai 2017 / Jacky Bonnemains 
Jacky Bonnemains est membre de l’association Robin des bois.

C’est à Hanford, dans l’État de Washington, que les États-Unis ont produit de 1943 à 1987 le plutonium de leur programme militaire. Fat Man, la bombe lâchée à Nagasaki le 9 août 1945, contenait près de 6 kg de plutonium « made in Hanford ». Aujourd’hui, le démantèlement du plus gros parc nucléaire du continent nord-américain est en cours et selon les meilleures estimations sera terminé « un jour ».

C’est à La Hague, Normandie, que la France a produit depuis 1967 du plutonium à usage militaire puis à usage civil. Des bombes nucléaires qui polluent aujourd’hui Mururoa et le Pacifique Sud contenaient du plutonium « made in Normandie ». La production du plutonium à partir des combustibles usés des centrales nucléaires se perpétue. C’est devenu une coutume bien française. En Asie, la France est célèbre pour son plutonium et ses cuisses de grenouilles. Au 31 décembre 2015, il y avait 211 tonnes de plutonium en stock dans un bunker, pas si bunker que ça, à La Hague.

À Hanford, un capharnaüm d’uranium usé, de plutonium, d’acide et de terres toxiques

Sur le site de Hanford, l’effondrement partiel de la couverture du tunnel no 2 où sont remisés 28 wagons contaminés et chargés de 2.200 m3 de résidus de plutonium a été signalé mardi 9 mai 2017 à 8 h 30. Un robot a été immédiatement dépêché sur place pour réaliser des prélèvements d’air et de terre. Le trou béant au-dessus d’un cimetière radioactif ouvert en 1964 en dit long sur la fiabilité du plan de démantèlement de Hanford. L’État de Washington et le gouvernement fédéral espéraient encore, au début de 2017, pouvoir recaser des déchets supplémentaires dans le tunnel no 2 et figer le tout dans un coulis de béton spécial et éternel. « L’enlèvement des wagons ferait supporter aux travailleurs des risques extrêmes et reviendrait beaucoup plus cher que le scellement sur place. » C’est apparemment l’option qui a été choisie pour le tunnel no 1 creusé en 1956 et obturé en 1965. Il contient 8 wagons et 600 m3 de résidus de plutonium et autres déchets hautement radioactifs.

Hanford a laissé en héritage aux 300.000 riverains et à la Columbia River un capharnaüm d’uranium usé, de plutonium, d’acide et de terres toxiques. Plus de 200.000 m3 de déchets chimiques et radioactifs sont stockés dans 177 cuves souterraines, dont certaines fuient. Des millions de tonnes de terres contaminées et de déchets solides sont enfouies dans des fosses ou des tranchées.

Après l’alerte de mardi 9 mai et le confinement pendant plusieurs heures de 4.800 ouvriers chargés du démantèlement du bâti et du regroupement des déchets, le travail a repris à Hanford, sauf dans le secteur 200 où se côtoient l’usine à démolir Purex (pour « plutonium uranium extraction ») et les 2 tunnels maudits et fragiles, dont l’un est désormais ouvert à la pluie et aux courants d’air. Des vibrations provenant d’un chantier voisin auraient provoqué le percement de la toiture du tunnel no 2. Depuis 2008, des spécialistes d’Areva sont en place à Hanford. Ils disposeraient « d’une grande expérience de l’assainissement ».

À La Hague, les dangers du passé se cumulent à ceux du présent et de l’avenir

Et de l’expérience, il en faudra pour assainir, démonter, regrouper et mettre en sécurité la terrible, vieillissante et cachotière plateforme d’Areva-La Hague. Elle continue, elle, vaille que vaille et plutôt en pure perte, à extraire le plutonium des combustibles usés des centrales nucléaires.

Sept Installations nucléaires de base (INB) sont concentrées sur le site de 300 hectares et trop proches les unes des autres. Un problème majeur dans une des quatre INB arrêtées et dans une des trois INB en exploitation et en maintenance compliquerait pour longtemps les activités simultanées de démantèlement, de refroidissement des combustibles irradiés, d’extraction du plutonium et de l’entreposage des déchets vitrifiés en attente d’une solution viable. Dans cet espace contraint et encombré, la bonne gestion des situations d’urgence radiologique serait compromise, voire impossible, et dans tous les cas périlleuse pour la santé des intervenants.

Manifestation de l’association Robin des bois contre le nucléaire à Cherbourg, en 1992.

Dans la fosse « Attila », des déchets plutonigènes ont été entassés entre 1969 et 1981 sous la responsabilité du CEA (Commissariat à l’énergie atomique). Le CEA, encore lui, a exploité pendant trois ans une unité de production de sources scellées au cesium-137 et au strontium-90. Le démantèlement avait commencé en 1981. Il a été interrompu en 1992. Tout est resté en plan. Les silos 115 et 130 ne sont que des fosses creusées dans le sol. Ils contiennent des déchets en vrac de la filière UNGG (pour « uranium naturel graphite gaz »), des gravats, des déchets technologiques divers, des pastilles d’uranium. Le silo 130 a pris feu en 1981. Il a été noyé par les eaux d’extinction. Il ne sera pas vidangé avant 2022.

« Ces opérations de reprise présentent des risques de dissémination des substances radioactives et d’exposition des travailleurs à des rayonnements ionisants ; ces risques sont toutefois de moindre ampleur et mieux maîtrisables que ceux présentés par la situation actuelle du silo 130 », écrit l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). À La Hague, les dangers du passé se cumulent à ceux du présent et de l’avenir. L’ASN multiplie les alertes sur le vieillissement de l’INB 116, la plus récente. L’atelier de séparation de l’uranium, du plutonium et des produits de fission est gagné par la corrosion.

La Hague est à la croisée de tous les chemins et de toutes les impasses de la filière nucléaire. Trop compliqué pour décider quoi que ce soit. La Hague est devenue tabou. La Hague est à bout.

 

 

Mai 09 2017

La mauvaise situation financière d’Areva menace la sûreté de l’usine de la Hague

Les syndicats CGTFO-Unsa-CFDT et des élus locaux ont déploré jeudi 27 avril une « diminution » selon eux de la sûreté de l’importante usine d’Areva à Beaumont-Hague (Manche), dégradation liée à la « situation financière grave » du groupe. Romandie 27 avril 2017

La commission locale d’information (CLI) du site, qui regroupe le plus de matière radioactive en Europe, a adopté une motion demandant à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) une « vigilance accrue » face à la « diminution de la sûreté des installations ». La motion a été adoptée à la majorité des 30 à 40 membres présents de la CLI, qui regroupe élus locaux, syndicalistes et associations environnementales.

Cette motion fait suite à un « message d’alerte » communiqué par le CHSCT (Comité d’hygiène et sécurité) en novembre, lors d’une réunion non publique de la CLI. « La direction, au travers d’une course effrénée aux économies, met à mal le système de défense en profondeur » du site face au risque « d’accident nucléaire », selon le message du CHSCT dont l’AFP a eu une copie.

« La situation du site est plus qu’alarmante en termes de sous-effectifs », a ajouté Patrick Méhaut (CGT) durant la CLI de jeudi. En 2015, la direction avait annoncé la suppression progressive de 500 postes, sans licenciements.

L’ASN n’a « pour l’instant pas fait de constat alarmant » mais « on a prévu des inspections sur le sujet », a indiqué jeudi durant la CLI Hélène Héron, chef de la division normande.

Source : Romandie

Ci dessous l’article de la Presse de la Manche

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Mai 02 2017

Japon: Transfert de sites indécis pour 610 tonnes de combustible nucléaire usé; les plans de démantèlement peuvent être affectés

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Le combustible nucléaire usé est stocké dans une piscine de l’usine de retraitement La Hague dans le nord-ouest de la France en octobre. C’est l’un des sites les plus dangereux au monde, avec ses 10 000 tonnes de combustible usé. Nous avons eu peur du Fukushima Daiichi fuel pool 4, mais ce n’était rien: tout le carburant de La Hague correspond à une radiotoxicité 360 fois supérieure à celle de Tchernobyl.

 

Environ 610 tonnes de combustible nucléaire usé stockées dans sept des 17 réacteurs au Japon qui doivent être désaffectés n’ont pas de destination de transfert fixe, on a appris dimanche, menaçant de suspendre le processus de déclassement.

S’il reste indécis où transférer le combustible nucléaire usé, les travaux de démantèlement des bâtiments des réacteurs et d’autres structures peuvent ne pas être réalisés comme prévu.

Le compte exclut les six réacteurs de l’usine Fukushima No. 1 de Tokyo Electric Power Co. Inc., qui a été fortement endommagée par le tremblement de terre et le tsunami de mars 2011.

Les sept réacteurs sont le réacteur de convertisseur avancé Fugen de l’Agence japonaise de l’énergie atomique, le réacteur à l’élevage rapide prototype Monju, le réacteur 1 de Japan Atomic Power Co. dans son usine de Tsuruga, les réacteurs 1 et 2 de Mihama de Kansai Electric Power Co. , Le réacteur 1 de l’usine Shimane de Chugoku Electric Power Co. et le réacteur 1 de l’usine Genkai de Kyushu Electric Power Co., selon les entreprises et l’agence.

Le réacteur Fugen contient 70 tonnes d’oxyde mixte usé, MOX, carburant, mélange d’uranium et de plutonium recyclé à partir de combustible nucléaire usé.

L’agence a abandonné ses plans pour déplacer le carburant MOX du site du réacteur au cours de l’exercice en cours jusqu’en mars 2018. Il a envisagé de consigner le retraitement du carburant à l’étranger mais un contrat n’a pas encore été signé.

Le calendrier de l’agence pour terminer les travaux de démantèlement au cours de l’exercice 2033 est demeuré inchangé, mais un fonctionnaire a admis que le calendrier serait affecté si une décision sur le transfert du combustible usé n’est pas effectuée.

En ce qui concerne le réacteur Monju, l’agence n’a pas encore soumis de programme de démantèlement aux autorités. La façon de traiter 22 tonnes de combustible MOX usé au réacteur est un problème majeur.

Le réacteur Mihama No. 1 a 75,7 tonnes de combustible nucléaire conventionnel usé et 1,3 tonnes de combustible MOX usé, tandis que le réacteur n ° 2 contient 202 tonnes de combustible nucléaire usé. Kansai Electric prévoit de les retirer de la préfecture de Fukui, qui accueille la centrale électrique, par l’exercice fiscal 2035, mais l’emplacement du transfert n’a pas encore été sélectionné.

Au réacteur 1 de la centrale de Tsuruga, Japan Atomic Power prévoit transférer 31,1 tonnes du combustible nucléaire irradié de 50 tonnes du réacteur au réservoir de carburant du réacteur 2, le reste étant transporté par l’exercice 2026 à une usine de retraitement du combustible nucléaire du Japon en construction Dans le village de Rokkasho dans la préfecture d’Aomori.

Après avoir été reporté plus de 20 fois, l’usine de retraitement est actuellement prévue pour la première moitié de l’exercice 2018 et le projet est soumis à des examens par l’Autorité de réglementation nucléaire, un organisme de surveillance nucléaire.

Étant donné que le combustible nucléaire ne peut être introduit dans l’usine de retraitement avant qu’il ne commence à fonctionner après avoir reçu toute l’approbation réglementaire nécessaire, il est incertain si le carburant du réacteur Tsuruga peut être transféré comme prévu.

Chugoku Electric vise à transférer 122,7 tonnes de combustible nucléaire usé dans son réacteur 1 de Shimane à l’usine de retraitement de Rokkasho au fisc 2029.

Kyushu Electric espère prendre 97,2 tonnes de combustible nucléaire usé dans le réacteur Genkai 1 hors de son bassin d’essence au fisc 2029, mais la destination n’a pas été corrigée.

Dans trois autres centrales nucléaires dont les réacteurs devraient être désaffectés, le combustible nucléaire usé devrait être transféré des bassins actuels vers d’autres bassins situés dans la même usine.

Dans le cas de l’usine Fukushima n ° 1 de Tepco, le site de l’accident de triple crise de 2011, où les 2.130 tonnes de combustible nucléaire usé sera transféré, n’a pas encore été décidé.

Pourtant, les travaux de déclassement pour les six réacteurs ne seront pas affectés de manière significative pour l’instant, car des tâches plus urgentes, comme une enquête sur le carburant fondu, ont reçu une plus grande priorité, ont déclaré les responsables.

Http://www.japantimes.co.jp/news/2017/04/30/national/transfer-sites-610-tons-spent-nuclear-fuel-undecided-decommissioning-plans-may-affected/#.WQa0fZxJfbI. Facebook

Avr 28 2017

La Commission européenne lève un obstacle au projet d’aéroport

Feu vert aux travaux. La Commission européenne a classé sans suite, jeudi 27 avril, la procédure d’infraction ouverte en 2014 contre la France sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). « La Commission a décidé de clôturer la procédure car les autorités françaises ont répondu aux demandes de la Commission de manière satisfaisante », a indiqué Enrico Brivio, porte-parole pour l’environnement de la Commission européenne. Reporterre 28 avril 2017 

Bruxelles avait envoyé le 16 avril 2014 une lettre de mise en demeure aux autorités françaises pour non-respect de la réglementation européenne, première étape de cette procédure d’infraction. La Commission reprochait à la France de n’avoir mené, lors de la procédure d’autorisation, aucune évaluation des impacts cumulés des infrastructures du projet d’aéroport, de l’aérogare elle-même, mais aussi de ses dessertes routières notamment, sur l’environnement. La France a régularisé cette infraction près de trois ans plus tard. Elle a envoyé à Bruxelles, début février, une note présentant son évaluation environnementale globale du projet. Celle-ci a été réalisée lors de la révision du Schéma de cohérence territoriale (Scot) du pôle métropolitain de Nantes/Saint-Nazaire.

Avr 19 2017

Crilan: Communiqué suite au recours gracieux en annulation du décret autorisant la poursuite du chantier EPR

Avec 7 autres associations, (CRIIRAD, France Nature Environnement, Greenpeace, l’Observatoire du Nucléaire, Notre Affaire à Tous et le Collectif Stop EPR Ni à Penly ni Ailleurs) le CRILAN vient de  déposer le 18 avril 2017, auprès du premier ministre, un « recours gracieux » contre le décret de construction du réacteur EPR de Flamanville, avant de faire, comme il s’y était engagé publiquement , un recours devant le Conseil d’Etat.
En effet, le CRILAN ne se fait pas d’ illusion quant à la réponse, ou la non réponse du Premier Ministre, bien connu, ici en Cotentin,  pour son engagement pour le nucléaire. 
 
Le décret de création de l’EPR du 10 avril 2007, et sa prolongation , le second décret du 23 mars 2017  dans lequel le délai pour construire le réacteur et le charger en combustible a été porté de 10 à 13 ans ont été marqués par de nombreuses tromperies.
En effet,il est récemment apparu dans la presse que les graves dysfonctionnements de l’usine Areva du Creusot, où ont été forgées de nombreuses pièces de l’EPR et en particulier sa cuve, étaient connus dès 2005 par EDF, Areva et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). La cuve de l’EPR a été installée alors qu’EDF et AREVA n’ignoraient rien des vices l’affectant.  
  Or ces informations ont été maintenues secrètes avant l’enquête publique et le premier décret. Ce dernier n’aurait pas dû être promulgué et en conséquence le second prolongé.
Il faut arrêter les frais (10 milliards et demi, il y a plus de 2 ans, combien aujourd’hui? combien dans 3 ans ? combien le coût du KW?)
La sûreté des installations nucléaires et la sécurité des travailleurs et des populations ne sauraient être sacrifiées sur lautel de la commercialisation de lEPR et des ultimes tentatives de sauvegarde des  dernières négociations en cours, notamment sa vente en Inde.
Communiqué CRILAN du 19 avril 2017

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