Août 09 2017

Nucléaire : les enjeux d’une déconstruction planifiée et progressive

Évalué à plus de 200 milliards d’euros dans les quinze prochaines années, le marché du démantèlement semble prometteur et attire de plus en plus d’exploitants. Pour autant, la déconstruction nucléaire reste encore aujourd’hui un défi technologique de taille, en décalage total avec l’urgence des ambitions affichées par le gouvernement en la matière. PIERRE DACQUIN Consultant EXTIA nucléaire et énergies fossiles
Un processus de démantèlement nucléaire très contrôlé

Le démantèlement des réacteurs nucléaires en France est régi par des normes réglementaires très strictes répondant au principe d’immédiateté et imposant à l’exploitant de procéder à la déconstruction « dans un délai aussi court que possible dans les conditions économiquement acceptables ». Ce principe de base ne doit pas pour autant laisser libre cours à la précipitation et s’accompagne de nombreux contrôles en matière de sûreté et de sécurité nucléaire.

Conformément aux dispositions de l’article L. 593-28 du code de l’environnement, toutes les opérations de déconstruction doivent être prescrites par un nouveau décret, pris après avis de l’ASN, et qui fixe, entre autres, les principales étapes du démantèlement, la date de fin des opérations et l’état final à atteindre. Cette phase d’étude préalable doit notamment décrire explicitement l’ensemble des travaux envisagés, et pour chaque étape, la nature et l’ampleur des risques présentés par l’installation ainsi que les moyens mis en oeuvre pour les maîtriser.

En France, plusieurs installations construites dans les années 1960 sont d’ores et déjà arrivées en fin de vie et leur exploitation à des fins de production ou de recherche a cessé. On pense par exemple aux unités des sites de Chinon, du Bugey, de Saint-Laurent-des-Eaux, de Brennilis ou encore au réacteur Superphénix de l’ex-centrale nucléaire de Creys-Malville. Au total, neuf réacteurs de quatre technologies différentes sont aujourd’hui en cours de déconstruction, dont un réacteur à eau pressurisée, situé à Chooz dans les Ardennes. Après plusieurs années consacrées aux études préalables, durant lesquelles les équipes du groupe EDF ont effectué l’inventaire des installations et des déchets, et envisagé les différents scénarios d’interventions possibles, le réacteur Chooz A a en effet entamé en 2007 ses opérations concrètes de démantèlement et permettra à terme de compléter le savoir-faire français en termes de déconstruction et de gestion des déchets.

Depuis le début de ce chantier hors-norme, plusieurs ateliers de découpe et des silos de conditionnement des déchets ont été aménagés à l’intérieur même du site afin de faciliter la mise en pièce du circuit primaire, ainsi que l’extraction et la décontamination des composants principaux comme les quatre générateurs de vapeur ou le préssuriseur. Précisons que l’évacuation du combustible, la vidange des circuits et l’ensemble des opérations de déconstruction liées à la partie non nucléaire du site (salle des machines, installations électromécaniques ou station de pompage par exemple) avaient été effectuées à a posteriori suite à l’arrêt définitif de l’installation.

Des stratégies de démantèlement distinctes selon les pays

Outre les réacteurs français, on compte aujourd’hui à l’échelle internationale près de 110 réacteurs à l’arrêt en attente de déconstruction et de nombreuses stratégies différentes pour appréhender ce sujet. Qu’ils soient fermés pour raisons techniques, économiques ou politiques, les réacteurs nucléaires doivent être démantelés et ce démantèlement peut effectivement être abordé de différentes manières selon les pays. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) recommande pour sa part le démantèlement immédiat (comme appliqué en France, en Belgique ou en Espagne) afin de ne pas faire supporter les coûts aux générations futures, mais cette stratégie n’est pas pour autant systématique et peut subir parfois des aménagements en fonction des capacités techniques de chaque pays. En Espagne par exemple, le réacteur graphite-gaz de Vandellós 1 est en démantèlement différé pour cause d’absence de filière de gestion des déchets graphite dans le pays, tandis que le gouvernement belge a fait le choix de repousser l’arrêt et donc le démantèlement des réacteurs de Doel 1 et 2 et de Tihange après une extension de leur durée de vie de dix ans.

La Grande-Bretagne et la Russie ont opté de leur côté pour une stratégie de démantèlement différé qui consiste à attendre que la radioactivité baisse d’elle-même avec le temps avant de commencer la déconstruction. Cette approche est compréhensible dans des pays qui ont surtout misé sur la filière graphite et qui se retrouvent donc confrontés à des quantités de déchets radioactifs à vie longue plus importantes. Le réacteur Magnox de la centrale de Bradwell par exemple, dans le sud-est de l’Angleterre, ne devrait être démantelé qu’à partir de 2092. Les États-Unis enfin, autre grand pays du nucléaire qui compte 104 réacteurs en exploitation dont 28 à l’arrêt, applique une stratégie triple, mêlant démantèlement immédiat, différé et « in situ ». Cette dernière stratégie appelée aussi « entombment » consiste à couler du béton sur l’ensemble du bâtiment, afin de faire barrage à la radioactivité. Utilisée le plus souvent dans le cas d’installations souterraines, cette solution est certes rapide et peu coûteuse, mais pose tout de même de nombreuses questions en termes de sûreté et de respect des générations futures.

Quelles que soient les raisons ou les stratégies adoptées pour le démantèlement, les installations à déconstruire seront nécessairement de plus en plus nombreuses, et les volumes de déchets à trier et à orienter vers les bonnes filières, de plus en plus importants. Ces chantiers de grande ampleur (au regard du retour d’expérience international, environ quinze ans sont nécessaires pour déconstruire un réacteur à eau pressurisée) imposent en effet pour une planification et une préparation minutieuses compte tenu de leur coût bien sûr, mais également du rôle joué par chaque réacteur dans le mix énergétique des pays concernés.

Fermer 17 réacteurs d’ici 2025, est-ce vraiment réaliste ?

En France par exemple, les 58 réacteurs du parc nucléaire national ont représenté en 2016 72,3 % de la production électrique française, et la fermeture envisagée par le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot de 17 réacteurs d’ici 2025 (soit 30 % du parc) nécessiterait la mise en oeuvre de moyens de production de substitution considérables. À ce jour, les énergies renouvelables n’assurent que 20 % de cette production électrique et une telle augmentation de production verte dans des délais si courts semble peu probable. Beaucoup doutent en effet de la faisabilité d’une telle mesure d’ici huit ans compte tenu du nombre important de réacteurs concernés et du manque de précisions fournies par le ministre sur les moyens prévus pour compenser la perte de production.

Le coût est également ici un problème de taille. Car si la fermeture de réacteurs réduirait significativement les charges d’exploitation d’EDF, elle pourrait se révéler dans le même temps extrêmement onéreuse du fait d’une perte logique de rentabilité. Fermer 17 réacteurs implique de fermer des moyens de production existants et rentables (l’électricité nucléaire est toujours à ce jour la moins chère du marché) pour investir lourdement dans de nouvelles installations, qui, elles, ne seraient pas rentabilisées avant une longue période d’exploitation.

D’autre part, si la loi exige que les exploitants nucléaires évaluent, de manière prudente, les charges de démantèlement de leurs installations et de gestion de leurs combustibles usés et déchets radioactifs, et constituent des provisions correspondant à ces charges (le groupe EDF par exemple a d’ores et déjà provisionné 24,4 milliards d’euros), le coût du démantèlement d’un si grand nombre d’installations en même temps pèserait dangereusement sur les comptes de l’État. On estime aujourd’hui la facture du démantèlement d’un seul réacteur entre 250 et 500 millions d’euros, une facture qui pourrait vite atteindre des sommets si le gouvernement mettait en application les ambitions de son ministre la Transition écologique et solidaire.

En savoir plus sur

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-172672-nucleaire-les-enjeux-dune-deconstruction-planifiee-et-progressive-2106987.php#yBmsEbVqDCAkT1MQ.99

Août 09 2017

L’Energy Observer, un catamaran qui navigue à l’hydrogène, du 26 août au 3 septembre à Cherbourg

L’Energy Observer, un catamaran futuriste qui navigue à l’hydrogène, effectue un tour du monde qui durera six ans. Il sera à Cherbourg, (Manche), du 26 août au 3 septembre 2017. La Presse de la Manche 

 

L’Energy Observer, ici à Paris, est le premier catamaran qui navigue à l’hydrogène. Il sera à Cherbourg, (Manche), du samedi 26 août 2017 au dimanche 3 septembre 2017. (©actu-paris)

L’Energy Observer est un ancien catamaran construit au Canada en 1983. Il devient célèbre en 1994 lorsque le navigateur Peter Blake remporte le trophée Jules-Verne. Il s’appelle alors l’Enza New.

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts et le navire a totalement été transformé à Saint-Malo et a pris le nom dEnergy Observer. Le capitaine et porteur du projet Victorien Erussard, explique :

Le but est de prouver qu’un futur propre est possible grâce à l’innovation technologique, et notamment l’architecture énergétique développée par le CEA-Liten (Nota : Laboratoire d’innovation pour les technologies des énergies renouvelables.)

Baptisé à Paris le 6 juillet

Fin prêt pour porter son message dans 50 pays et via 100 escales, l’Energy Observer a été baptisé le 6 juillet 2017 à Paris, et ce en présence de la maire Anne Hidalgo et du ministre de l’Ecologie Nicolas Hulot.

Après une deuxième étape à Boulogne, l‘Energy Observer arrivera à Cherbourg le samedi 26 août 2017 et restera jusqu’au dimanche 3 septembre 2017.

LIRE AUSSI : VIDEO. Energy Observer : le navire du futur mis à l’eau, à Saint-Malo

Ouvert au public

L’occasion pour le public de découvrir ses deux dômes impressionnants et de comprendre comment il fonctionne grâce à une vidéo en trois dimensions installée à l’intérieur. De plus, le public pourra aussi poser toutes les questions qu’il souhaite à l’équipe présente.

Une véritable révolution !

L’Energy Observer est le premier catamaran autonome en énergie et sans émission de gaz à effet de serre, ni particules fines qui parcourent la planète.

Le catamaran mesure 30 h 50 de long et fait 12 m 80 de large. Il est basé sur un concept multi-sources. Il intègre des panneaux photovoltaïques, une aile de traction, des moteurs électriques de propulsion convertibles en hydro-générateurs et une pile à combustible qui génère de l’électricité. Le capitaine Victorien Erussard précise que

L’ensemble est géré par un système intelligent de pilotage, de distribution et de stockage de l’énergie développé par le CEA-Liten.

De plus, un système de monitoring permet en temps réel de suivre les performances, gérer et optimiser les flux énergétiques, « que ce soit à bord ou à distance. »

L’énergie solaire et éolienne recharge des batteries qui aliments deux réseaux distincts. L’un de 24 V est utilisé pour la vie à bord ainsi que pour les équipements de contrôle et de sécurité. Le second, plus puissant avec 400 V, sert pour la gestion de la propulsion, mais aussi l’électrolyse qui permet de produire de l’hydrogène à bord et compresser la molécule qui sera stockée dans les réservoirs.

Août 07 2017

Flamanville : des déchets radioactifs oubliés dans la centrale

EDF vient de découvrir que des tenues contaminées font partie des 9000 tonnes de déchets enterrés dans les années 80 à proximité du chantier de l’EPR de Flamanville. La Presse de la Manche 
Les déchets ont été retrouvés à proximité de l’EPR, sur une zone qui doit être transformée en parking, à l’intérieur du site nucléaire. (©jp.barbier)

Les responsables de la centrale nucléaire de Flamanville viennent de déclarer aux autorités un Evénement significatif pour l’environnement.

Un événement peu banal : EDF a découvert que des tenues « légèrement contaminées » font partie des milliers de tonnes de déchets oubliés, il y a plus de trente ans, à l’intérieur de la centrale de Flamanville.

L’existence de ces déchets avait été révélée au début du mois de juillet. Lors de travaux préparatoires à la construction d’un parking, juste à côté du chantier de l’EPR, à l’intérieur du site nucléaire, des ouvriers avaient en effet mis au jour des plastiques, des câbles, des tuyaux métalliques on encore des documents papiers.

Depuis, la zone a commencé à être ratissée sur 3500 m2, à une profondeur oscillant entre trois mètres et dix mètres. Pas moins de 9000 tonnes de déchets ont ainsi été déterrées. Les trois quarts de ces déchets sont constitués de terre.

Une centaine de tenues contaminées

Mais parmi cet amoncellement de déchets classiques, les ouvriers ont aussi découvert une centaine de tenues blanches utilisées revêtues par les techniciens lorsqu’ils travaillent en zone nucléaire.

Des déchets beaucoup plus sensibles, donc, qui ont immédiatement fait l’objet de contrôles, comme l’explique un responsable de la centrale de Flamanville :

Les premiers contrôles réalisés sur place n’ont pas révélés de traces de radioactivité. Mais d’autres mesures ont ensuite été effectuées, avec un spectromètre, et de légères traces de cobalt 60 ont été décelées. Des traces qui se situent à la limite du seuil de détection des appareils de mesure »

Le cobalt 60 étant un élément radioactif artificiel, cette découverte tend à démontrer que les tenues ont été utilisées en zone nucléaire.

Alors que l’on pensait que les déchets retrouvés dataient de la construction des deux premières réacteurs, il s’avère donc qu’une partie provient de la période d’exploitation des deux premières réacteurs. EDF confirme :

Nous avons pu dater certains déchets, et nous en avons trouvé de 1989.

Soit quatre ans après la mise en route du premier réacteur.

Le retrait des déchets a été interrompu, tout comme le chantier de construction du parking. Des carottages seront réalisés dans les prochains jours pour mieux définir le périmètre à l’intérieur duquel des déchets ont été oubliés.

https://actu.fr/normandie/flamanville_50184/flamanville-dechets-radioactifs-oublies-dans-centrale_11462041.html

 

Août 06 2017

Nouveau coup dur pour le nucléaire aux Etats-Unis: abandon de 2 réacteurs

La Caroline du Sud a stoppé la construction de deux réacteurs, du fait du dérapage des coûts. Il n’y a plus qu’un seul projet de centrale encore en cours aux Etats-Unis. Les Echos  NICOLAS RAULINE 

En 2006, les Etats-Unis s’emballent pour la « renaissance du nucléaire ». Le secteur est alors vu comme une opportunité pour développer des énergies moins polluantes. Le japonais Toshiba met 5,4 milliards de dollars sur la table pour racheter l’américain Westinghouse et dévoile des plans ambitieux, prévoyant l’installation outre-Atlantique de 45 nouveaux réacteurs avant 2030… Une décennie plus tard, la « renaissance » n’a pas eu lieu, bien au ­contraire. Et la décision en début de semaine de deux opérateurs électriques de stopper la construction de deux nouveaux réacteurs en Caroline du Sud est un coup dur de plus pour le secteur.

20 milliards de dollars de surcoût

Près de 40 % du site est déjà construit. Mais Santee Cooper et Scana Corporation ont préféré dire stop avant que la facture ne soit trop lourde. Selon leurs estimations, la construction de la centrale de VC Summer, qui devait accueillir les nouveaux réacteurs, aurait coûté plus de 20 milliards de dollars, soit plus du double du budget prévu. Et elle n’aurait pas pu être finalisée avant 2024, soit un retard de cinq ans. « Nous ne pouvons pas demander à nos clients de financer un projet qui n’est pas rentable », a justifié Lonnie Carter, le patron de Santee Cooper, tout en ouvrant la porte à de nouveaux partenaires financiers.

Ceux-ci, toutefois, risquent de ne pas se bousculer. Et Westinghouse, en charge du projet, pourrait s’enfoncer dans la crise , alors que la société s’est déjà placée, en mars, sous le Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites et qu’elle a, selon, Lonnie Carter « failli à sa réputation » dans ce dossier. La filiale de Toshiba a, en outre, présenté le même jour un plan d’économie de 205 millions de dollars. Son patron José Emeterio Gutierrez s’est déclaré « extrêmement déçu »,pointant l’impact négatif que cet arrêt aura sur l’économie déjà fragile de Caroline du Sud : « La perte de plus de 5.000 emplois qualifiés et de long terme, et d’une énergie propre, sûre et à bas prix que ces réacteurs auraient pu produire. »

Près de dix fois les coûts d’un site gazier moderne

En réalité, le nucléaire ne peut plus, en l’état, rivaliser avec d’autres sources d’énergie aux Etats-Unis, en particulier le gaz de schiste, dont l’exploitation s’intensifie. Selon Morgan Stanley, les coûts de production de Westinghouse sur son site auraient dépassé les 10.000 dollars par kilowatt. Soit près de dix fois les coûts d’un site gazier moderne. La moitié des centrales nucléaires américaines perdent de l’argent . En outre, chaque site requiert des besoins spécifiques, notamment en matière de sécurité, et une adaptation à la loi de chaque Etat, qui rendent difficiles les économies d’échelle.

Une seule solution, pour le moment, pour maintenir une production qui pèse tout de même près de 20 % du total du pays : pousser les sites existants (ils sont 99 sur tout le territoire américain) au maximum de leurs capacités… voire plus. Le projet de nouveaux réacteurs en Caroline du Sud était le premier à voir le jour depuis les années 1980 (un autre, en Géorgie, est toujours mené par Westinghouse).

Et l’industrie pousse pour que les sites aujourd’hui vieillissants soient prolongés, au-delà de leur espérance de vie programmée. Alors que les premiers réacteurs ­construits devaient être éteints entre 2030 et 2040, après soixante ans d’activité, la plupart pourraient être prolongés. Des demandes sont en cours pour un deuxième renouvellement de leur visa d’exploitation, accordé à l’origine pour quarante ans. Certains sites pourraient ainsi être exploités quatre-vingts ans. Au moins…

En savoir plus sur

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/030477799850-nouveau-coup-dur-pour-le-nucleaire-aux-etats-unis-2105857.php#4PEr2QqaXRsH6Kh6.99

Août 02 2017

2 août 2017: Depuis aujourd’hui , l’humanité vit à crédit

Mercredi, nous avons consommé toutes les ressources naturelles que la planète peut produire en une année. Ce « jour du dépassement de la Terre » survient toujours plus tôt.
La date est fatidique, et toujours plus précoce. Depuis mercredi 2 août, l’humanité vit à crédit : elle a consommé, en seulement sept mois, toutes les ressources que la Terre peut produire en une année. Jusqu’à la fin de 2017, pour continuer à boire, à manger, à nous chauffer ou à nous déplacer, nous allons donc surexploiter les écosystèmes et compromettre leur capacité de régénération. LE MONDE  r Audrey Garric

Ce « jour du dépassement de la Terre » (« Earth Overshoot Day » en anglais) est calculé chaque année par le Global Footprint Network, un institut de recherches international établi à Oakland (Californie). Grâce à plus de 15 000 données des Nations unies, il compare l’empreinte écologique de l’homme, qui mesure l’exploitation des ressources naturelles de la Terre, avec la biocapacité de la planète, c’est-à-dire sa capacité à reconstituer ses réserves et à absorber les gaz à effet de serre. Selon ses calculs, la consommation de l’humanité dépasse de 70 % les ressources disponibles. Autrement dit, l’équivalent de 1,7 planète est nécessaire pour assouvir les besoins des humains.

Nous contractons cette dette car nous coupons des arbres à un rythme supérieur à celui de leur croissance, nous prélevons plus de poissons dans les mers qu’il en naît chaque année, et nous rejetons davantage de carbone dans l’atmosphère que les forêts et les océans peuvent en absorber. Les conséquences de cette surconsommation se font déjà sentir : déforestation, déclin de la biodiversité, pénuries en eau, acidification des océans, érosion des sols, accumulation des déchets ou encore élévation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère affectent l’ensemble du globe.

Lire aussi :   La sixième extinction de masse des animaux s’accélère

Une date toujours plus précoce
Le "jour du dépassement" de la Terre n'a cessé d’avancer depuis 1969.

Encore excédentaire en 1961, avec un quart de ses réserves non consommées, la Terre est devenue déficitaire au début des années 1970. Et le jour du dépassement survient toujours plus tôt. Cette date tombait le 5 novembre en 1985, le 1er octobre en 1998, le 20 août en 2009. Depuis le début de la décennie, toutefois, l’accélération du calendrier est moins rapide. Reste qu’à ce rythme, nous aurons besoin de deux planètes en 2030. En cause, la croissance démographique mondiale, mais surtout des modes de vie toujours plus gourmands en ressources et dépendants des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz).

 

L'empreinte écologique par pays.

Tous les humains ne sont toutefois pas responsables dans les mêmes proportions. Avec le train de vie australien ou américain, il faudrait plus de cinq planètes pour vivre. Les Français, eux, en ont besoin de trois, les Chinois de 2,1, bien au-dessus de la frugalité indienne (0,6 planète). Rapporté aux ressources nationales, le Japon aurait besoin de sept fois son pays pour satisfaire sa consommation actuelle, l’Italie et le Royaume-Uni de quatre fois. Au total, l’empreinte écologique des pays développés est cinq fois supérieure à celle des pays pauvres.

 

Les besoins en ressources naturelles des pays du monde.

« Notre planète est limitée, mais les possibilités humaines ne le sont pas. Vivre selon les moyens que nous accorde notre planète est technologiquement possible, financièrement bénéfique et notre seule chance pour un avenir prospère »,avertit Mathis Wackernagel, le président de Global Footprint Network. Si nous parvenons à faire reculer la date du jour du dépassement mondial de 4,5 jours chaque année, calcule l’ONG, nous retrouverons l’équilibre en consommant les ressources d’une seule Terre d’ici à 2030.

Indicateur imparfait mais pertinent

S’il a le mérite de sensibiliser le grand public, l’indicateur de l’empreinte écologique est critiquéPlusieurs études scientifiques ont montré qu’il simplifie la réalité et utilise des méthodes de calcul et des données parfois incomplètes. Il ne tient par exemple pas compte de la destruction de la biodiversité ou de l’épuisement des sous-sols et ne comptabilise pas directement la consommation d’eau.

« Comme tous les indicateurs agrégés, il pâtit de limites : c’est aussi le cas du produit intérieur brut, remarque Dominique Bourg, philosophe et enseignant à l’université de Lausanne. Cela ne délégitime pas pour autant l’empreinte écologique : c’est un instrument pédagogique qui montre des tendances, à savoir que nous vivons au-dessus de nos moyens, et qui peut guider les gens vers le changement. »

« L’outil est imparfait mais reste pertinent. Il tend même à minimiser la réalité », confirme Aurélien Boutaud, consultant et coauteur de L’Empreinte écologique (La Découverte, 2009). Selon lui, il a permis de « prendre conscience des limites planétaires » et de généraliser une forme de comptabilité par empreinte — carbone, eau, azote ou biodiversité — qui « impute la responsabilité de l’impact environnemental au consommateur final »« Si on regarde les seules émissions de gaz à effet de serre, par exemple, on peut avoir l’impression que les pays riches les ont réduites. En réalité, ils en ont délocalisé une partie vers les pays pauvres, dit-il. L’empreinte carbone de la France est ainsi d’environ 40 % supérieure à ses rejets carbonés. »

Réduire les empreintes carbone et alimentaire

Comment inverser la tendance ? D’abord, en limitant les émissions de gaz à effet de serre, qui représentent à elles seules 60 % de l’empreinte écologique mondiale. Pour réussir à maintenir la hausse des températures bien au-dessous de 2 °C — objectif inscrit dans l’accord de Paris sur le climat de décembre 2015 —, « l’humanité devra s’affranchir des énergies fossiles avant 2050 », rappelle Mathis Wackernagel.

« L’enjeu est d’atteindre un pic des émissions d’ici à 2020, complète Pierre Cannet, le responsable du programme climat et énergie au Fonds mondial pour la nature (WWF) France, l’un des partenaires de l’opération. Ce point d’inflexion doit être trouvé pour la production d’électricité mais également dans la consommation des transports et l’ensemble des activités industrielles. » Les mesures sont connues, qu’il s’agisse de plafonner puis de réduire la production des centrales à charbon, de déployer plus rapidement les énergies renouvelables ou d’améliorer l’efficacité énergétique. Réduire les rejets carbonés de 50 % permettrait de reporter le jour du dépassement de près de trois mois.

Autre levier d’action : limiter l’empreinte alimentaire. « Pour cela, il est indispensable de stopper la déforestation, de diminuer notre consommation de produits dérivés des animaux, de lutter contre le gaspillage alimentaire et d’opter pour des modes de production plus durables, comme le bio, l’agroécologie ou la permaculture », avance Arnaud Gauffier, responsable de l’agriculture et de l’alimentation au WWF.

Signes encourageants

Le Global Footprint Network comme le WWF notent des signes encourageants. Ainsi, l’empreinte écologique par habitant des Etats-Unis a-t-elle diminué de près de 20 % entre 2005 (son point le plus haut) et 2013 (les dernières données disponibles) grâce à la baisse des émissions de carbone, et ce malgré la reprise économique. De même, la Chine, qui affiche la plus grosse empreinte écologique nationale, développe massivement les énergies renouvelables, tandis que sa consommation intérieure de charbon est en baisse — malgré la construction de nouvelles centrales.

Dans l’Hexagone, l’expansion des surfaces en agriculture biologique (+ 17 % en 2016) et la hausse de la consommation de produits bio (+ 22 % pour les ménages, à domicile, en un an« constituent des signaux positifs » pour Arnaud Gauffier, même si « ces efforts sont encore trop faibles ».

« On n’a pas de pays qui se présenterait comme un champion de la révolution des modes de production, juge Pierre Cannet. Le risque est que les pays en développement voient leur empreinte écologique augmenter rapidement et que cette hausse ne soit pas compensée par une baisse suffisante de la pression des pays développés. Il faut parvenir à un équilibre. » Pour espérer vivre de nouveau, un jour, dans les limites de notre planète.

En savoir plus sur

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/08/01/a-compter-du-2-aout-l-humanite-vit-a-credit_5167232_3244.html#V7LosdUUdoU8HPYF.99

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