Jan 22 2018

Framatome va acquérir le pôle contrôle-commande nucléaire de Schneider

Framatome, filiale d’EDF spécialisée dans la conception de réacteurs nucléaires, a annoncé jeudi 18 janvier la conclusion d’un accord avec Schneider Electric pour lui racheter son activité automatisation. INFOS REUTERS   Usine Nouvelle 19/01/2018 

La filiale d’EDF spécialisée dans la conception de réacteurs nucléaires Framatome va acquérir l’activité automatisation de Schneider. L’opération devrait être finalisée avant la fin du premier trimestre 2018, précise Framatome dans un communiqué publié jeudi 18 janvier.

Cette acquisition va permettre à Framatome d’élargir ses offres de systèmes de contrôle-commande (I&C). « Ces solutions constituent le système nerveux d’une centrale nucléaire et permettent aux exploitants de contrôler le fonctionnement d’un réacteur », explique l’entreprise. « Plus de 80 systèmes de contrôle-commande de sûreté ont été installés par Framatome sur 44 réacteurs dans 17 pays, et près de 250 systèmes d’automatisation ont été installés ou sont en cours d’installation par Schneider Electric« , liste la filiale d’EDF.

Un partenariat de fabrication à long terme

L’accord entre les deux entreprises établit également un partenariat de fabrication à long terme, précise Framatome dans un communiqué. « Avec cette acquisition, nous pourrons fournir un soutien à long terme aux systèmes de nos clients et intervenir comme leur fabricant d’équipements d’origine dans le cadre de leurs campagnes de modernisations de contrôle-commande », explique dans un communiqué Gary Mignogna, le PDG de Framatome.

Framatome, issue de la restructuration du groupe Areva, est détenue par le groupe EDF à 75,5%, par le japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI) à 19,5% et par le français Assystem à 5%.

 

Jan 17 2018

l’Ayraultport effacé: victoire du bon sens et de l’écologie !

La journée du 16 janvier 2018 avec Reporterre

EN DIRECT Notre-Dame-des-Landes : le projet d’aéroport est abandonné
Le Premier ministre a annoncé ce mercredi la décision d’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. C’est une magnifique victoire pour un mouvement de résistance de plusieurs décennies. À Paris et sur la Zad, l’équipe de Reporterre vous raconte tous les détails. Reporterre 17 janvier 2018 

EN DIRECT DE LA ZAD
  • 16 h – Toutes les composantes de la lutte anti-aéroport ont donné une déclaration commune reprenant leur communiqué et rappelant « l’importance de construire l’avenir de la Zad »« Une déclaration où se mêle la joie et le soulagement », d’après notre journaliste, qui a également constaté, « face à la ruée violente et à la mêlée ouverte des journalistes » au moment de la déclaration, que ses confrères « n’étaient décidément pas prêts pour l’autogestion ».
  • 14 h 30 – L’annonce a été écoutée à la Rolandière par une quarantaine de zadistes, à l’écart des journalistes. Dans le même temps, une banderole a été préparée et installée sur le Phare, affichant : « Et toc ! Rendez-vous le 10 février. » Ce groupe a ensuite quitté la Rolandière pour aller à la Wardinne afin de préparer la conférence de presse. Également, une grande banderole « Merci ! » est en préparation : elle sera ensuite emmenée par les habitants de la Zad de ferme en ferme, pour aller saluer et remercier les agriculteurs « historiques », et célébrer avec eux cette victoire.
  • Le mouvement anti-aéroport s’est donné rendez-vous ce mercredi à 18 h à La Vache rit. D’après notre journaliste présent sur place, « un hélicoptère de la police survole la zone ».
  • Sur le site internet des habitants de la Zad, les opposants « demandent à toutes les personnes qui souhaitent [les] soutenir de rester vigilant.e.s et d’attendre un appel clair de [leur] part avant de venir sur la Zad. »
Dans le village de Notre-Dame-des-Landes, les militants de l’Acipa attendent la décision

LES RÉACTIONS DES OPPOSANTS À L’AÉROPORT
  • Pour Michel Dubromel, président de France nature environnement« cette décision courageuse montre que, loin de s’entêter dans un projet du passé, le gouvernement change de logiciel, intègre les enjeux d’aujourd’hui et, via une méthode innovante, sort par le haut de ce dossier complètement enlisé », explique-t-il dans un communiqué. Concernant la gestion des terrains prévus pour l’ex-projet d’aéroport, France nature environnement demande au gouvernement « de prendre le temps de coconstruire un projet de territoire, basé sur les atouts de celui-ci. Et ce avec l’ensemble des habitants et des parties prenantes. L’avenir de ce territoire ne doit pas être une urbanisation et une agriculture intensive destructrices, mais passe notamment par l’agroécologie pour aménager ce territoire de manière durable et développer, en circuits courts et de proximité, des activités et des pratiques compatibles avec la préservation de l’environnement.
  • Jointe par Reporterre, Geneviève Coiffard, membre de la coordination du mouvement anti-aéroport se réjouit d’une « formidable victoire collective », « reconnue et ressentie comme telle par tous, habitants de la Zad, agriculteurs historiques, associatifs, naturalistes ». Elle décrit comment jeunes habitants et agriculteurs ont célébré l’annonce de l’abandon du projet, en dansant ensemble. Chacun sait ce qu’il doit aux autres composantes : « Si les historiques n’avaient pas tenus, on n’en serait pas là. Si les nouveaux habitants n’étaient pas venus, on n’en serait pas là non plus. » Cette intelligence collective caractérise d’après elle la lutte de Notre-Dame-des-Landes : « Cette lutte est inouïe et complètement hors norme quant à sa durée, la diversité et le nombre de personnes, et la diversité des tactiques. » Et maintenant « Il est urgent de s’occuper de la route D281, dite “route des chicanes”. Ce problème doit être résolu par le mouvement et au sein du mouvement, sans attendre la Saint-Glinglin, mais sans intervention des forces de l’ordre. Mais, vu qu’il n’y a plus de projet d’aéroport, il n’y a pas de raison pour que cette route reste dans l’état actuel », c’est-à-dire encombrée et donc difficile d’accès. Quant à l’avenir de la Zad et des terres, elle espère qu’une structure légale issue du mouvement pourra gérer les terres revenues sous le giron du conseil général, par exemple sous la forme d’un bail emphytéotique. Cette structure pourrait ensuite redistribuer les terres aux personnes qui souhaitent la cultiver, de manière conventionnelle ou hors cadre (sans cotiser auprès de la Mutualité sociale agricole). « On craint que les terres ne soient vendues pour créer de grandes exploitations », explique-t-elle. En tout état de cause, « tout ceci va prendre du temps, pour penser les structures juridiques et les projets agricoles, il ne faut pas nous précipiter ». Le rassemblement du 10 février devrait permettre d’impulser une nouvelle page de l’avenir de la Zad.
  • Dans un communiqué communl’ensemble des composantes du mouvement anti-aéroport salue « une victoire historique face à un projet d’aménagement destructeur » rendue « possible grâce à un long mouvement aussi déterminé que divers ». Dans le futur, « ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole ».
    En ce qui concerne l’avenir de la Zad, l’ensemble du mouvement réaffirme dès aujourd’hui :
  1. La nécessité pour les paysans et habitants expropriés de pouvoir recouvrer pleinement leurs droits au plus vite ;
  2. Le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre en soin ;
  3. Une volonté de prise en charge à long terme des terres de la Zad par le mouvement dans toute sa diversité — paysans, naturalistes, riverains, associations, anciens et nouveaux habitants.
    Le mouvement s’engage à rouvrir la route D281, fermée à la circulation depuis 2013. « La présence ou l’intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation », précisent les opposants.
  • Selon Marie Toussaint, présidente de l’ONG Notre affaire à tous :
La résistance à NDDL fut légitime car ce projet n’aurait jamais dû exister. C’est précisément l’inadéquation de notre droit et de notre démocratie qui a mené à son déploiement, et donc à l’occupation des terres. En 2017, 312 défenseurs des droits humains et environnementaux ont été tués dans 27 pays. Après la décision de non-lieu pour Rémi Fraisse, la France ne peut contribuer à l’augmentation de ce chiffre terrifiant. »

LES RÉACTIONS DES FEMMES ET HOMMES POLITIQUES
  • Interrogée par Reporterre à l’Assemblée nationale, la députée LREM Barbara Pompili se félicite de cette annonce : « On se donne deux mois pour travailler sur ce territoire, pour qu’il revienne à l’agriculture et pour trouver des solutions apaisées avec ceux qui y sont. » La députée a salué « une décision courageuse et intelligente » par laquelle « le gouvernement met en adéquation ses paroles et ses actes sur le développement durable ». Quant à l’avenir des habitants de la Zad, elle les invite « à expérimenter et à travailler ensemble avec les autorités plutôt que de se braquer ». Enfin, quant à la question de voir des Zad se multiplier, c’est d’après elle un « fantasme » : « On a avancé sur le fait de pouvoir réfléchir au projet en amont, en discuter avec les populations et avoir une recherche d’alternatives. »
  • Pour Matthieu Orphelin, député LREM opposant à l’aéroport, « ce n’est pas la victoire des uns contre les autres ». Il parle d’une bonne décision, apaisante, qui permet une sortie par le haut. Le choix du gouvernement va plus loin que le rapport des médiateurs, qui proposait une réserve foncière au cas où l’on voudrait faire aéroport plus tard. On va faire de Notre-Dame-des-Landes un grand projet agricole pour le XXIe siècle. Sur la méthode, « le gouvernement a été irréprochable », selon lui. Qu’en est-il de l’avenir de la Zad « Sans délai, les routes doivent être entièrement nettoyées, et c’est aux opposants de prendre cette responsabilité »,insiste-t-il, tout en se disant « soulagé » de savoir que ce soir, « il n’y aura pas des centaines de policiers » dans le bocage nantais. Enfin, il balaie l’hypothèse de « créer un précédent et pousser à la création de Zad » : « Ce qui crée un précédent, c’est que plus jamais en France, un projet d’aménagement ne sera mené sans que les alternatives aient été étudiées. En ce sens, il y aura un avant et un après Notre-Dame-des-Landes. »
  • Dans un communiqué, le groupe de la France insoumise à l’Assemblée nationale se félicite de la décision, qui « confirme et valide la résistance sans faille qui s’est organisée depuis cinquante ans sur place avec des réseaux de sympathie active dans le pays ». Tout en refusant une expulsion de la Zad, les députés insoumis espèrent que Notre-Dame-des-Landes deviendra « une terre d’expérimentation concrète de la transition écologique ».
  • Pour l’écologiste Julien Bayou« cette victoire est à savourer ». Sur Twitter, il espère que cette décision créera « un précédent important pour que développement économique rime avec préservation de l’environnement et du vivant ». Il en appelle à la discussion sur la Zad, car dit-il, « l’évacuation dans la violence serait contreproductive ».

LES RÉACTIONS DES PARTISANS DE L’AÉROPORT
  • « Une très mauvaise décision pour les habitants de Loire-Atlantique », a dit Philippe Grosvalet, président du syndicat mixte aéroportuaire« Par cette décision, Emmanuel Macron piétine les procédures publiques et les 179 décisions de justice, et la voix des électeurs. Il n’y aura que des perdants. »

LES DÉCLARATIONS D’ÉDOUARD PHILIPPE

À 13 h 30, le Premier ministre a mis fin à une bataille pour l’écologie engagée depuis cinquante ans : « Le projet de Notre-Dame-des-Landes sera abandonné. »

Édouard Philippe a expliqué que « les conditions se sont pas réunies pour mener à bien le projet d’aménagement d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un tel projet ne peut se faire dans un tel contexte d’opposition exacerbée de la population. Notre-Dame-des-Landes, c’est l’aéroport de la division. Cette décision est logique au regard de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. »

  • Écouter le discours :
    Le discours d’Edouard Philippe sur Notre-Dame-des-Landes le 17 janvier 2018
  • Télécharger le discours :
    Le discours d’Edouard Philippe sur Notre-Dame-des-Landes le 17 janvier 2018
  • Les principaux points du discours :
    • Un abandon du projet justifié par l’opposition d’une partie de la population. « Un tel projet ne peut se faire dans un tel contexte d’opposition exacerbée de la population. Les autres projets récents (viaduc de Millau et autres) se sont tous réalisés parce qu’ils étaient largement portés et acceptés par la population. Notre-Dame-des-Landes, c’est l’aéroport de la division. Le projet de Notre-Dame-des-Landes sera donc abandonné », a déclaré M. Philippe. « Dès aujourd’hui, la demande de prorogation d’utilité publique sera retirée. La déclaration d’utilité publique (DUP) deviendra caduque le 8 février prochain », a-t-il ajouté.
    • L’aéroport actuel de Nantes Atlantique sera agrandi. « Brest, Nantes et Rennes devront disposer de connections faciles avec les autres métropoles européennes. Il n’y a pas de solutions idéales mais une option alternative crédible : l’extension de l’aéroport actuel. Nous ferons tout pour réduire les nuisances pour les habitants de Saint-Aignan », a précisé M. Philippe.
    • Les habitants « illégaux » de la Zad de Notre-Dame-des-Landes devront quitter les lieux d’ici le printemps. « Les trois routes doivent être rendues à la libre circulation. Les squats qui débordent sur la route devront être évacués. A défaut, les forces de l’ordre interviendront, a prévenu M. Philippe. Les habitants illégaux devront partir d’eux mêmes d’ici le printemps prochain. »
    • Le site de Notre-Dame-des-Landes conservera une vocation agricole. « Les terres retrouveront leur vocation agricole. (…) La vocation agricole des terres sera préservée. Les agriculteurs expropriés pourront récupérer leurs terres. (…) Des installations agricoles pourront avoir lieu à partir d’avril dans un cadre légal. L’État engagera une cession progressive des terres », a indiqué M. Philippe.

LE FIL DE LA JOURNÉE AVANT LES DÉCLARATIONS D’ÉDOUARD PHILIPPE
13h10 : le Premier ministre va arriver dans quelques minutes. A côté du lutrin, les marques des places où doivent se disposer les ministres
  • 13 h 5 – Alors que les journalistes attendent à l’Élysée l’annonce gouvernementale, Ouest-France affirme que le projet serait abandonné, d’après une source ministérielle. L’extension de l’aéroport de Nantes-Atlantique serait donc l’option retenue.
  • 12 h 52 – Source officielle : le projet #NDDL est abandonné ! L’annonce va être officialisée dans un instant.
12 h 34 : les journalistes attendent la décision
  • 12 h 20 – Le Premier ministre, Édouard Philippe, doit annoncer la décision du gouvernement sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ce mercredi 17 janvier à l’issue du Conseil des ministres, entre 12h30 et 13h30. D’après notre journaliste présente sur place à l’Élysée, il s’exprimera en présence des ministres de l’Intérieur, Gérard Collomb, de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, des Transports, Élisabeth Borne, de la Justice, Nicole Belloubet, et du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Un point d’« échanges sur Notre-Dame-des-Landes » était inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres de ce mercredi 17 janvier. Le gouvernement se retrouve mercredi matin à l’Élysée autour du président Emmanuel Macron à l’occasion du Conseil des ministres. Forces de l’ordre, services de l’État et élus se tiennent prêts pour ce mercredi, à la mi-journée.

Des camions des forces de l’ordre ont été aperçus mardi 16 janvier sur les routes en direction de Notre-Dame-des-Landes, Nantes et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). De nombreuses chambres d’hôtels destinées à les héberger auraient également été réservées dans les environs.

Sept escadrons de gendarmerie mobile sont attendus mercredi sur place, selon une source proche du dossier citée par l’AFP, avec pour objectif de quadriller la zone et de procéder à des contrôles afin d’éviter l’arrivée de renforts dans la Zad. Plusieurs compagnies de CRS seront elles à Nantes et à Rennes afin d’assurer le maintien de l’ordre en cas de manifestations, selon la même source.

Édouard Philippe, qui a rencontré plus de 100 élus de l’ouest depuis dix jours et s’est rendu discrètement samedi à Notre-Dame-des-Landes, se chargera d’annoncer lui-même la décision. À huis clos devant les députés LREM, Édouard Philippe a reconnu qu’après ces consultations, il n’était « pas forcément plus facile de se prononcer ». « Quelle que soit la réponse, elle sera mauvaise », car elle fera des mécontents, a-t-il admis.

Edouard Philippe a rencontré des élus locaux jusqu’au 12 janvier

Une option possible est celle d’une forme d’ultimatum pour permettre aux volontaires de quitter les lieux, avant une intervention dans quelques jours, selon un proche du dossier cité par l’AFP.

L’annonce sera donc faite à la mi-journée, dans un salon privé de l’Élysée, sans questions à l’issue.


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Lire aussi : Édouard Philippe : « Le choix se formalise désormais ainsi : “Notre-Dame-des-Landes ou le réaménagement de Nantes Atlantique” »


Source : La rédaction de Reporterre

Photos : 
. La Vache rit : © Emmanuel Brossier/Reporterre
. Élysée : © Marie Astier/Reporterre
. Édouard Philippe et élus : compte twitter d’Édouard Philippe
. Acipa : @AnnePatinec (Twitter).

Documents disponibles

  Le discours d’Edouard Philippe sur Notre-Dame-des-Landes le 17 janvier 2018  Le discours d’Edouard Philippe sur Notre-Dame-des-Landes le 17 janvier 2018

Jan 17 2018

Le gouvernement écarte le scénario d’une sortie rapide du nucléaire

La direction de l’Énergie, administration du ministère de la Transition écologique, a demandé à RTEd’écarter délibérément les scénarios d’une sortie rapide du nucléaire. C’est ce que révèle Reporterre. 17 janvier 2018  Émilie Massemin (Reporterre)

À la veille de la visite de Sébastien Lecornu à Fessenheim, cela se confirme : le gouvernement n’a pas l’intention de fermer d’autres centrales nucléaires de sitôt. Mardi 16 janvier, alors qu’entre soixante et soixante-dix personnes étaient réunies pour travailler sur le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), ce document stratégique censé mettre en œuvre entre 2023 et 2028 les objectifs de la loi sur la transition énergétique (LTE), la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) a demandé à Réseau de transport d’électricité (RTE) de ne présenter que deux de ses scénarios de mix énergétique à 2035 – ceux, intitulés Ampère et Volt, qui maintiennent la part du nucléaire à son niveau le plus élevé. Et de passer sous silence les deux autres, Watt et Hertz, qui prévoient la fermeture de nombreux réacteurs. Ceci, sans que cette décision ait été soumise aux participants du groupe de travail et discutée avec eux.

Quand RTE avait dévoilé ces quatre scénarios (voir encadré ci-dessous) pour 2035 le 7 novembre 2017, lors de la présentation de son bilan prévisionnel pour 2025, le message était clair : il n’est pas possible de sortir rapidement du nucléaire sans rouvrir des centrales thermiques à gaz. Impossible dans ces conditions de respecter les objectifs de réduction des émissions de GESde la LTE et les promesses de la France à l’égard de l’accord de Paris. Le ministre de la Transition énergétique Nicolas Hulot s’était appuyé sur ces résultats pour annoncer, dès le lendemain de la présentation de RTE, qu’il serait « difficile de tenir le calendrier » de la LTE ou que cela « se fera au détriment de nos engagements climatiques (…) et de la fermeture des centrales à charbon ».

Plusieurs participants de l’atelier sur la PPE se sont indignés de cette présentation qu’ils jugent biaisée. Surtout que, selon eux, certaines hypothèses sur lesquelles RTE a bâti ses scénarios sont aberrantes. Pour Marc Jedliczka, porte-parole de l’association NégaWatt, le gestionnaire des réseaux, RTE, sous-estime le potentiel en économies d’énergie et en baisse de la consommation d’électricité. « RTE a travaillé sur une variante basse de la consommation d’électricité. Cela signifie qu’il nous en reste sous le pied même si cette variable n’a pas été utilisée dans les scénarios, souligne-t-il. En revanche, il table sur 15,6 millions de voitures électriques en 2035. C’est irréaliste ! Pour y arriver, il faudrait que dès aujourd’hui la moitié des voitures vendues soient électriques. Or, elles ne représentent actuellement que 1,2 % des ventes. Mais cette hypothèse a des conséquences fortes sur le scénario Ampère notamment, puisque la consommation électrique y est en baisse jusqu’à 2025 pour ensuite augmenter à nouveau jusqu’à son niveau actuel, à cause des véhicules électriques. »

Une explosion irréaliste des exportations d’électricité

Autre bizarrerie, les deux scénarios présentés par RTE tablent sur une multiplication par 2,5 des exportations d’électricité vers les pays voisins, jusqu’à des niveaux compris entre 134 à 159 terawattheures. A titre de comparaison, la consommation annuelle en électricité des Français est d’un peu plus de 450 terawattheures. « C’est aller vite en besogne ! Pour cela, il faudrait construire de nouvelles interconnections, autrement dit des lignes à très haute tension, ce qui prend des années et pose des problèmes environnementaux. Par ailleurs, cela suppose que nous produirons de l’énergie moins chère que celle de nos voisins et que ces derniers auront envie de nous l’acheter », pointe M. Jedliczka. Or rien n’est moins sûr, alerte Yves Marignac, directeur de Wise-Paris et membre de l’association NégaWatt : « Cette hausse de notre solde exportateur n’est pas compatible avec les objectifs et les stratégies affichés par nos voisins. Aucun d’entre eux ne se projette dans un scénario où il dépend du bon fonctionnement du parc français pour son approvisionnement électrique ! Ce n’est pas pertinent politiquement. »

A l’atelier sur le mix électrique, confirmation que les scénarios présentés prévoient 134 à 159 TWh de solde exportateur d’électricité en 2035… soit une forte hausse par rapport à aujourd’hui.
Pour écouler notre et fermer le moins possible de réacteurs ?

Ce spécialiste du nucléaire flaire un scénario-piège. « Plutôt que d’attaquer les stratégies de remplacement du nucléaire par les énergies renouvelables, le lobby de l’atome propose une stratégie d’addition des deux. L’idée est que cela contenterait tout le monde et qu’on n’aurait qu’à exporter le surplus de l’électricité ainsi produite, analyse-t-il. Mais si les prévisions en exportations ne se réalisent pas et que les moyens manquent pour investir dans les deux secteurs, la priorité sera forcément donnée au prolongement du parc nucléaire au détriment des énergies renouvelables. » Un avis partagé par M. Jedliczka : « Développer les deux n’est pas tenable économiquement. Pour prolonger ses réacteurs, EDF va devoir mener un grand carénage » dont l’électricien estimait le coût à 45 milliards d’euros en mai dernier. En décembre 2016, la Cour des comptes avait évalué le montant du chantier à près de 100 milliards d’euros… Enfin, le porte-parole de Négawatt attire l’attention sur une « curiosité »  : « Comme par hasard, la quantité d’électricité issue des énergies renouvelables en 2035 correspond exactement au volume des exportations. Comme si l’on ne déployait les énergies renouvelables que pour les exporter ! »

Climat et sortie du nucléaire sont compatibles, selon le scénario NégaWatt

Pour M. Marignac, les scénarios de RTE nient l’évidence : « A long terme, il n’existe aucun scénario de maintien du nucléaire et de neutralité carbone. Si l’on donne effectivement la priorité à nos engagements climatiques, le seul scénario existant est celui développé par NégaWatt, qui prévoit d’importantes économies d’énergies, 100 % d’énergies renouvelables et la sortie du nucléaire. »

Contactée, la DGEC n’avait pas encore répondu aux questions de Reporterre mardi tard dans la soirée. Pour sa part, RTE n’a pas souhaité faire de commentaire ni sur le déroulement de l’atelier, ni sur son contenu.

Que va-t-il se passer désormais « La DGEC a la main pour produire un projet de PPE qui sera mis en discussion à un moment ou à un autre. Mais ce texte ne sera sans doute pas prêt pour le débat public qui doit commencer le mois prochain et risque de se dérouler sans document de référence », regrette M. Marignac. M. Jedliczka se veut optimiste : « RTE va publier dans les prochaines heures un rapport détaillant ses hypothèses et ses calculs. Cela va nous donner de la matière pour continuer à travailler. » Pour essayer de rectifier le tir avant la publication du décret final de la PPE, prévue en janvier 2019 au plus tard.


LES SCÉNARIOS PRÉSENTÉS PAR RTE EN NOVEMBRE 2017
  • Le premier, intitulé Watt, prend comme hypothèse la fermeture de chaque réacteur après quarante ans de fonctionnement et le triplement des capacités en énergies renouvelables. Mais, selon RTE, ce déploiement massif des énergies renouvelables ne permet pas de compenser la perte de l’énergie nucléaire, malgré une consommation électrique en baisse. Conséquence, la nécessité d’ouvrir de nouvelles centrales thermiques au gaz, et une hausse de 45 % des émissions des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 2016.
  • Le scénario Hertz table sur la fermeture de vingt-cinq réacteurs nucléaires pour que l’atome ne représente plus que 50 % du mix énergétique d’ici 2025, conformément à l’objectif de la LTE. La capacité en énergies renouvelables est multipliée par 2,5. Mais là aussi, malgré une consommation stable, de nouvelles centrales thermiques doivent être mises en service, ce qui maintient les émissions de GES à leur niveau de 2016. Ce qui viole un autre objectif de la LTE, de réduire ces émissions de 40 % en 2030 par rapport à leur niveau de 1990.
  • Le scénario Ampère, lui, prévoit la fermeture de seize réacteurs, un triplement des énergies renouvelables et une consommation électrique stable. Il permet bien d’atteindre l’objectif de la LTE de réduire la part du nucléaire à 50 % du mix énergétique, mais en 2030 au lieu de 2025. Il permet en outre une division par deux des émissions de gaz à effet de serre, à condition seulement de développer des capacités de stockage des énergies renouvelables.
  • Dans le scénario Volt, neuf réacteurs seulement sont mis hors service. La capacité en énergies renouvelables est multipliée par 2,5, la consommation baisse et les émissions de GES aussi – 60 % de réduction par rapport à 2016.

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Jan 16 2018

Notre Dame des Landes : ils s’engagent pour l’avenir de la Zad

L’ensemble de ses « usagers et usagères actuelles » ont posé des fondations communes pour l’avenir de la Zad. Cette vision est soutenue par des associations, des syndicats, des organisations nationales et locales dans une tribune commune, que Reporterre et Mediapart publient ensemble. 15 janvier 2018
 Des associations, des syndicats, des organisations nationales et locales 

La liste des signataires de ce communiqué commun se trouve à la fin du texte.


Depuis presque cinquante ans, des paysan.ne.s et habitant.e.s de la région nantaise résistent contre un projet d’aéroport qui viendrait détruire 1.650 ha de terres agricoles et de zones humides. Le gouvernement a annoncé qu’il trancherait en ce mois de janvier sur ce dossier brûlant devenu emblématique d’enjeux de fond et de choix de société. Au niveau national, nos organisations, associations et syndicats se sont engagés au fil du temps dans un mouvement large et populaire contre ce projet.

La commission de médiation nommée il y a sept mois par le gouvernement a mis en évidence la faisabilité de la rénovation de l’aéroport actuel, alors même que les tenants du projet de transfert vers Notre-Dame-des-Landes s’évertuent depuis des années à refuser de prendre en compte les études qui le démontrent.

Emmanuel Macron s’est engagé à agir vigoureusement contre le réchauffement climatique et pour la préservation de la biodiversité. Il serait alors absurde et dramatique que le gouvernement s’entête à vouloir construire cet aéroport. Il serait tout aussi dramatique qu’après avoir enfin abandonné ce projet, l’exécutif s’enferme dans une logique répressive visant à expulser celles et ceux qui auront su prendre soin de ce territoire. Il est pour nous impensable de laisser le gouvernement mettre fin brutalement à l’expérience singulière qui s’est construite à Notre-Dame-des-Landes. Dans la foulée de l’abandon espéré du projet d’aéroport, nous appelons au contraire au dialogue. Les différentes composantes du mouvement contre l’aéroport et pour l’avenir de la zad ont fait savoir qu’elles y travaillent depuis des mois et qu’elles sont prêtes à s’engager en ce sens dès l’abandon du projet.

Le bocage de Notre-Dame-des-Landes doit rester une terre d’inspiration et d’espoir, nourrie par l’idée des biens communs, les solidarités et le soin du vivant

Dans ce contexte, nous voulons soutenir les bases communes pour l’avenir de la zad établies par l’ensemble des usager.e.s actuel.le.s de ce territoire [1] — paysan.ne.s, voisin.e.s, habitant.e.s, naturalistes, syndicalistes, membres d’associations, randonneurs.euses :

  • la nécessité pour les paysan.ne.s et habitant.e.s résistant.e.s ayant refusé la vente amiable à AGO-Vinci et étant allés à l’expropriation de pouvoir recouvrer pleinement leurs droits au plus vite ;
  • le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venu.e.s habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y projeter leurs vies et leurs activités ;
  • une volonté de prise en charge à long terme des terres de la zad par une entité issue du mouvement dans toute sa diversité ;
  • le fait que les terres sauvegardées aillent à de nouvelles installations et pas à l’agrandissement d’exploitations existantes ;
  • la nécessité de continuer à préserver et faire vivre ensemble les patrimoines naturels et agricoles exceptionnels de cette zone.

Pour qu’un projet pérenne, en cohérence avec les valeurs portées par le mouvement, puisse se constituer, une période de gel de la redistribution institutionnelle des terres est nécessaire. Nous savons que cette voie est possible : par le passé et en d’autres lieux, des terres agricoles préservées ont continué à être prises en charge collectivement par celles et ceux qui s’étaient battu.e.s pour elles.

Au-delà des justes combats contre des projets destructeurs, nous sommes convaincu.e.s de la nécessité que puissent aussi se développer des espaces où des personnes réinventent d’autres formes d’habitats, d’agricultures, de rapports au travail et de relations sociales. Dans un monde miné par l’individualisme, le gaspillage des ressources naturelles, les crises sociales et environnementales, le bocage de Notre-Dame-des-Landes doit rester une terre d’inspiration et d’espoir, nourrie par l’idée des biens communs, les solidarités et le soin du vivant.

Nous relayons en ce sens l’appel du mouvement contre l’aéroport et pour l’avenir de la zad à converger massivement dans le bocage le 10 février, au lendemain des 10 ans de la déclaration d’utilité publique du projet d’aéroport. Il s’agira alors, espérons-le, de saluer ensemble une décision d’abandon et de soutenir avec détermination l’horizon souhaité collectivement pour l’avenir de ce territoire préservé. D’autres rendez-vous sont d’ores et déjà prévus sur la zad, entre autre les 7 et 8 juillet pour le rassemblement annuel de la Coordination des organisations anti-aéroport de Notre-Dame-des-Landes.


LES PREMIERS SIGNATAIRES

  • Signatures nationales : 350.org, Agir pour l’Environnement, Agter, Alofa Tuvalu, Alternatiba,ANVCOP21, Attac, Collectif pour la Sauvegarde de la zone humide du Testet (Sivens), Collectif national des syndicats CGT de Vinci, Confédération Paysanne, Coordination des opposant.e.s au Lyon Turin, Coordination Bure Stop, Droit Au Logement, EELV, Ensemble !, Fédérations Sud-rail, Sud-PTT, Sud-BPCE, Front social, Greenpeace, Les Amis de la Terre, Les Désobéissants, Parti de Gauche, Réseau Civam, Union Syndicale Solidaires.
  • Signatures locales : Alternatiba Nantes, Alternatiba Limousin, Amis de la Confédération Paysanne Limousine, Amis de la Terre Limousin, Asodedra 88, ATTAC87, Bure Stop 55, Bretagne Vivante, Cedra 52, Collectif NOVISSEN 23 contre les 1400 veaux, Collectif pour la Sauvegarde de la zone humide du Testet (Sivens), Collectif STOPEPR ni à Penly ni ailleurs, Collectif Anti-LGV Limoges-Poitiers /Pro POLLT, Collectif NON à la Montagne à Pellets, Coordination Bure Stop, Coordination des opposant.e.s au Lyon Turin, EELV Bretagne, EELVLorraine, EELV Pays de la Loire, Ensemble ! 44, Eodra (Ass. Elus de Lorraine opposés à l’enfouissement des déchets radio actifs), France Insoumise St Junien 87, Groupe d’Action Clisson de la France Insoumise, Groupe d’Action Nantes Cathédrale de la France insoumise, Groupe d’Action Pontchateau et environ de la France insoumise, Habitants Vigilants de Gondrecourt 55, Habitants Vigilants de Void 55, Groupe d’Intervention des Grenouilles Non-Violentes (GIGNV), Les amis de la Terre 38, Mirabel Lorraine, MNE 55, MNLE Pays de la Loire, Place au Peuple 44, PG 44, Groupe Mammalogique Breton, Rezé à Gauche Toute, Sortir du nucléaire Pays nantais, SDN 57, Solidaires Bretagne, Stop Linky Limousin 87, Stop Mines 23

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[1Ces bases communes ont été plus amplement détaillées dans un texte en six points, signé par les composantes du mouvement sur le terrain : Acipa, Coordination des opposants à l’aéroport, occupant.e.s de la zad, copain 44, naturalistes en lutte.

Jan 10 2018

La Chine, nouveau terrain de jeu criminel d’Areva

En visite en Chine, le gouvernement fait la promotion de projets dangereux et imposés pour sauver une industrie nucléaire en déroute. Communiqué de presse Réseau Sortir du nucléaire – 10 janvier 2018

Pendant son voyage en Chine, Emmanuel Macron a fait passer les accords commerciaux avant l’environnement et les droits humains, se félicitant d’une promesse de vente pour une usine de « retraitement » de combustible nucléaire. La France et Areva se font donc les complices du gouvernement chinois pour imposer un projet dangereux et polluant à des populations qui n’en veulent pas. Déjà, en 2016, des milliers de personnes avaient manifesté pour refuser l’implantation d’une telle usine à Lianyungang. Pour contourner l’opposition, le gouvernement chinois compte maintenant garder secret le site choisi !

Faut-il rappeler qu’une telle usine, similaire à celle de La Hague, ne constitue pas une installation de « recyclage » et n’élimine pas la radioactivité du combustible usé ? Bien au contraire, les opérations qui y sont menées augmentent le volume global des déchets, accroissent les risques de prolifération en produisant du plutonium et s’accompagnent d’une pollution chimique et radioactive considérable. Les rejets annuels de La Hague équivalent à ceux d’un accident nucléaire grave et on retrouve leur trace jusque sur les côtes norvégiennes. Est-ce là un savoir-faire qu’on peut être fier d’exporter ?

Par ailleurs, au lieu de se féliciter de la mise en service annoncée des EPR de Taishan, le gouvernement français serait avisé de s’inquiéter de la sûreté de ces réacteurs et des risques pour les populations. Pour rappel, les derniers tests menés se sont soldés par la rupture d’un composant essentiel !

Les annonces sur ces projets ne doivent pas faire illusion : le nucléaire est une énergie du passé, qui connaît un déclin mondial irréversible, et les quelques contrats que peuvent espérer EDF et Areva ne sauveront pas la filière. Le slogan « make our planet great again » sonne plus faux que jamais de la part d’un gouvernement plus soucieux de protéger une industrie moribonde et mortifère que de promouvoir les droits humains et l’environnement.

Contact presse :

Martial Chateau – 06 45 30 74 66

Chargée de communication :

Charlotte Mijeon – 06 64 66 01 23

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