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Août 07 2015

Areva sauvé par la Chine ? Rien n’est moins sûr

D’où vient alors cette idée que seule la Chine peut sauver Areva ? La déclaration de Philippe Varin au « Journal du Dimanche » a semé le trouble. Le Monde   07-08-2015 

Areva a besoin de plusieurs milliards. Les chinois ont beaucoup d’argent. Donc les Chinois vont investir dans Areva… simple comme bonjour ! Mais tout lecteur du fabuleux « Rhinocéros » de Ionesco sait qu’il faut se méfier des syllogismes. Car il n’est pas du tout certain que la Chine puisse sauver Areva. Ni que cela soit souhaitable.

Certes, l’année dernière le groupe PSA Peugeot Citroën, qui était aussi mal en point qu’Areva aujourd’hui,  était bien content de trouver le constructeur chinois Dongfeng pour entrer à hauteur de 14% dans son capital. Certes, Philippe Varin, ancien président de PSA a été nommé à la tête d’Areva, notamment en raison de sa bonne connaissance du secteur industriel chinois. Mais la comparaison s’arrête là.

 « Un sujet de souveraineté nationale »

Car, il y a une différence majeure entre fabriquer des voitures à la chaîne en co-entreprise franco-chinoise et construire des centrales nucléaires, extraire de l’uranium, et organiser le recyclage.

« Areva est un sujet de souveraineté nationale », estime l’une des parties prenantes au dossier qui souhaite garder l’anonymat. L’uranium enrichi, et le plutonium, cela sert aussi à fabriquer la bombe atomique. Bref, il faut réfléchir à quatre fois avant de savoir si la France veut vraiment faire rentrer des Chinois dans une entreprise qui est au cœur de la stratégie nucléaire française.

D’où vient alors cette idée que seule la Chine peut sauver Areva ? La déclaration de Philippe Varin au « Journal du Dimanche » le 2 aout dernier a semé le trouble. « La Chine est incontournable pour Areva, expliquait le président du groupe nucléaire. C’est maintenant qu’il faut nouer des alliances, car elle est en croissance et a besoin de technologies. »

Les groupes CGN et CNNC ont manifesté leur intérêt pour le savoir-faire français depuis belle lurette. Mais du côté de l’Etat français, on ne tient pas à brader les actifs d’Areva sans aucune réflexion  stratégique. « La société n’a pas de problème de liquidité, il n’y a donc aucune urgence », précise une source proche de l’Etat actionnaire. « On étudiera avant tout les critères industriels. Il faut que les Chinois aient eux aussi quelque chose à apporter à Areva. »

 « Varin parle des Chinois uniquement pour exister »

L’idée de Philippe Varin, c’est que la seule façon de pousser les Chinois à commander des centrales nucléaires françaises c’est de leur offrir une « alliance capitalistique qui permet d’équilibrer la relation dans la durée ». Tout l’enjeu est là. Comment s’ouvrir le marché chinois et obtenir des contrats, sans livrer tous nos secrets technologiques ?

Potentiellement, il y a là, une nouvelle fois, matière à un bras de fer entre l’Etat et l’actuelle direction d’Areva. Car derrière la question de faire rentrer ou pas des chinois, c’est toute la question de la recapitalisation qui est en jeu. « Varin parle des Chinois uniquement pour exister, souligne un financier. Il est exact que la Chine a un énorme marché et qu’elle veut développer des centrales nucléaires. Mais comment voulez-vous discuter de cela alors que l’Eta ne dispose d’aucun chiffre définitif ni d’aucun business plan ? Dans ces conditions, il est impossible de fournir une valorisation exacte à de potentiels investisseurs, chinois ou autre ! »

Pour mémoire, Areva a été scindée en deux morceaux. Le premier, qui correspond à l’ex-Framatome, devenu Areva NP, va être racheté à hauteur de 75% par EDF sur la base d’une valorisation de 2,7 milliards d’euros. Mais EDF veut diminuer la note (qui sera d’environ 2 milliards d’euros) en réduisant à terme sa participation à 51%. Pour cela, il faudra faire entrer des partenaires, chinois ou autres. Selon les experts, cette opération de cession d’une partie des activités d’Areva à EDF (hors risques liés à l’EPR finlandais) ne sera pas achevée avant fin 2016 car elle est complexe et nécessite aussi l’accord de Bruxelles.

Le second morceau de l’actuel Areva, surnommé New Areva (de l’extraction d’uranium jusqu’au retraitement de combustible) intéresse aussi les Chinois. Ce dossier là devrait  avancer plus rapidement et être terminé en novembre. A condition que les diverses parties s’entendent sur la recapitalisation de la société !

 Une équation pas simple pour Macron

Or les diverses déclarations donnent le sentiment que la bataille qui a fait rage au printemps entre la direction d’Areva qui ne voulait pas d’un démembrement de la société, fondée par Atomic Anne, alias Anne Lauvergeon, et l’Etat, s’est déplacée sur le terrain de la recapitalisation. Dans un premier temps, le chiffre de 2 milliards d’euros –jamais confirmé officiellement par Bercy- a été évoqué. Philippe Varin s’en est offusqué tant il lui paraît très en dessous des besoins de la société qu’il évalue à 7 milliards d’euros, à lire le « Financial Times » du 4 août auquel le dirigeant a accordé son dernier entretien. Si l’on retranche les 2 milliards d’EDF, l’addition s’élèverait donc à 5 milliards d’euros pour l’Etat, voire davantage si le chantier de l’EPR en Finlande est à nouveau retardé.

Les dirigeants socialistes peuvent-il se permettre, vis-à-vis du contribuable français qu’ils n’ont cessé de taxer depuis trois ans, de clamer haut et faut qu’ils vont mettre 5 milliards ou plus dans une entreprise publique qui a certes subi le contrecoup de Fukushima, mais pas seulement … ?

Comment régler ses comptes sans accuser des « amis » ?

L’équation du ministre de l’économie Emmanuel Macron n’est pas simple. Sauver l’avenir de la filière, sans que cela ne devienne un gouffre financier pour les Français, en préservant l’emploi à cause des chiffres du chômage, le tout sans donner les clefs de la bécane aux Chinois ! Bon courage !

Dans ce contexte, l’attitude pro-chinoise d’un Philippe Varin qui se bat pour la sauvegarde de l’entreprise est forcément considérée comme maladroite, voire dérangeante. De nombreuses sources proches de Bercy soulignent qu’en novembre, la mission du président Varin, tout comme celle de Philippe Knoche, le directeur général d’Areva, qui s’est battu -trop aux yeux de l’Etat- pour maintenir l’intégrité de la maison, sera achevée. Un jour ou l’autre, pourtant, l’heure des vrais comptes sonnera. On saura alors combienAreva va coûter au contribuable français. Avant ou après les élections de 2017 ?

Odile Benyahia-Kouider

http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20150806.OBS3816/areva-sauve-par-la-chine-rien-n-est-moins-sur.html

Voir aussi

http://www.metronews.fr/info/nucleaire-areva-et-edf-ont-trouve-un-accord/mogD!DD6PJGLhcK3G/

 

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