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Déc 28 2015

Belgique: Insécurité nucléaire maximale

BelgiqueNuke

 Notre sécurité d’approvisionnement énergétique serait largement garantie. Mais à un prix insoutenable : l’insécurité permanente qui nous place au premier rang des pays européens menacés par un accident nucléaire catastrophique. Une opinion de Paul Lannoye, président du Grappe asbl, Député européen honoraire et Docteur en sciences physiques.  OPINIONS Libre. Be 

Une heureuse nouvelle nous est récemment parvenue en provenance d’Electrabel : avant les fêtes de fin d’année, les sept réacteurs nucléaires situés sur notre territoire national seront opérationnels. Soyons rassurés. Les sapins de Noël sont tous illuminés !

Notre ministre en charge de l’Energie peut réaffirmer que notre sécurité d’approvisionnement est largement garantie. Elle a très probablement raison mais elle se garde bien d’ajouter que cela a un prix insoutenable : une insécurité permanente qui nous place au premier rang des pays européens menacés par un accident nucléaire catastrophique. La présence de sept réacteurs nucléaires (même jeunes et en bon état) sur un territoire de 30 000 km², avec une population de près de 11 millions d’habitants, par ailleurs riverain de deux centrales françaises de grande puissance (Gravelines et Chooz), nous placerait déjà au premier rang sur l’échelle du risque d’accident grave. Cette position privilégiée est nettement renforcée par les deux décisions récentes concernant le sort des unités fissurées de Doel 3 et Tihange 2 et la prolongation de dix ans de fonctionnement accordée à Doel 1 et Doel 2.

Fissures « probablement » inoffensives

Le cas de Doel 3 et Tihange 2 est emblématique. En 2012, des microfissures sont détectées sur les parties supérieure et inférieure de la cuve des réacteurs, ce qui entraîne la mise à l’arrêt des deux réacteurs jusqu’à ce que la preuve soit apportée que les défauts décelés n’affectent pas la sûreté.

En mai 2013, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, convaincue par le dossier remis par l’exploitant, autorise Electrabel à redémarrer les deux réacteurs. Ce qui a lieu en juin 2013. En février et en mars 2014, de nouveaux tests remettent en question les certitudes de 2013; l’exploitant décide d’arrêter à nouveau les réacteurs. S’ensuit une mobilisation sans précédent d’experts de toutes nationalités chargés de démontrer que l’intégrité structurelle des cuves des réacteurs n’est pas menacée par les très nombreuses microfissures présentes. Le 12 novembre dernier, l’AFCN, à nouveau convaincue, mais cette fois-ci pour de bon, autorise le redémarrage.

La lecture de ses conclusions est instructive. Elle nous dit que l’origine la plus probable des indications identifiées (lisez les fissures) dans les cuves des réacteurs est la formation de défauts dus à l’hydrogène liée au processus de fabrication. Elle ajoute qu’elle juge improbable une évolution significative des défauts dus à l’hydrogène au fil du temps.

Enfin, sachant que seules 0,25 % des configurations de défauts (autrement dit des fissures) sont éventuellement problématiques (selon l’exploitant), l’AFCN considère que les marges de sécurité sont suffisantes. Ouf ! Tout va bien puisque les cuves, selon toute probabilité, résisteront au vieillissement.

Vieux et dangereux

On sait que l’évolution du risque d’incident grave ou d’accident au long de la vie d’un réacteur nucléaire peut être schématisée par une courbe en baignoire. Le risque est élevé dans les premiers temps (période de rodage); il diminue nettement ensuite, pour remonter fortement en fin de vie (vieillissement). Le vieillissement lié au fonctionnement est dû à la fragilisation des matériaux du fait de l’accumulation des sollicitations thermiques et mécaniques, et surtout de l’irradiation. Cette fragilisation peut conduire à des défaillances graves ou des ruptures de pièces importantes. C’est pourquoi la durée de vie des réacteurs était limitée à 30 ans. Mais le vieillissement n’est pas seulement dû au fonctionnement. Il réside aussi dans la conception des installations et dans l’évolution des conditions d’exploitation du fait de l’expérience acquise. Les réacteurs de Tihange 1, Doel 1 et Doel 2 ont été mis en fonctionnement au milieu des années 1970. Les risques d’origine externe n’étaient guère pris au sérieux à cette époque, qu’il s’agisse de risques sismiques, d’inondation, de chutes d’avion ou de rupture brutale de l’approvisionnement en électricité ou en eau de refroidissement. Tout cela a fait l’objet de « stress tests » après Fukushima, tests jugés satisfaisants par l’AFCN moyennant certaines adaptations. On peut légitimement s’interroger sur le suivi des exigences formulées par l’AFCN après les « stress tests », sachant qu’il était prévu de fermer Doel 1 et Doel 2. Les adaptations jugées nécessaires ont-elles été réalisées avant le redémarrage ?

A remarquer aussi que l’impasse est faite sur les risques d’acte terroriste après les épisodes de survol par drone non identifié en France.

Concentration risquée

Un dernier élément, à mon avis essentiel, doit être avancé à charge du parc électronucléaire belge : la possibilité d’un accident dans une usine classée à haut risque proche des sites de Doel et Tihange. Un tel accident pourrait empêcher une gestion correcte d’un incident dans une centrale nucléaire. Or, la région anversoise où se situe Doel abrite 63 sites Seveso à haut risque; la région liégeoise, proche de Tihange, en comprend 12.

Le risque, dans un tel contexte, d’un accident catastrophique ne peut être considéré comme négligeable. Avec une densité de population aussi élevée qu’autour des sites de Tihange et Doel, il est illusoire de croire à la possibilité d’une évacuation des populations. Il faut donc envisager l’hypothèse selon laquelle nous serions appelés à vivre en territoire contaminé pendant des décennies.

Trente ans après l’explosion du réacteur de Tchernobyl, on sait aujourd’hui, grâce aux travaux effectués par les scientifiques russes, biélorusses et ukrainiens, que :

1. L’état de santé des populations vivant en zone contaminée s’est globalement détérioré. Les enfants sont particulièrement touchés : problèmes cardiaques, retard mental, maladies du système respiratoire.

2. En Biélorussie, l’incidence de toutes les affections cancéreuses (en ce compris le cancer de la thyroïde) a augmenté de 40 % entre 1990 et 2000.

3. Des malformations congénitales particulièrement graves (spina bifida, atrophie des membres, malformations du cœur et du système nerveux central, anencéphalie) sont apparues à un taux anormalement élevé dans les régions les plus contaminées.

A Fukushima, la situation sanitaire apparaît déjà comme annonciatrice de désordres du même type. Une étude récente effectuée sur le territoire de la préfecture de Fukushima montre que, parmi les jeunes gens âgés de moins de 18 ans, le taux de cancers de la thyroïde est déjà, 4 ans après, 30 fois supérieur à celui mesuré dans les zones non contaminées. Le cancer de la thyroïde est celui qui se manifeste le plus rapidement après une irradiation. Il est peu vraisemblable que nos concitoyens considèrent une telle perspective comme acceptable. Peuvent-ils s’accommoder d’une telle insécurité pour eux et pour leurs descendants ?

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