Déc 23 2014

Belgique: plus dix ans pour ses vieux réacteurs nucléaires

Le gouvernement, qui s’était engagé en 2003 à sortir de l’atome en 2025, opère un revirement, par crainte de coupures d’électricité cet hiver. Le Monde 23 12 14 Jean-Pierre Stroobants

C’est un nouveau revirement pour la politique énergétique de la Belgique : le gouvernement de droite dirigé par le libéral Charles Michel va déposer un projet de loi visant à prolonger de dix ans la durée de vie de deux unités nucléaires, Dœl 1 et Dœl 2, qui ont atteint l’âge de 40 ans. Elles devraient fonctionner jusqu’en 2025. Ces deux réacteurs situés en Flandre et qui sont parmi les plus anciens des sept que compte le royaume allaient être arrêtés respectivement en février et décembre 2015. Et le pays était censé sortir complètement du nucléaire en 2025.

Une option désormais remise en question : la ministre de l’énergie, la libérale Marie-Christine Marghem, explique que, sans être favorable à l’atome, elle prône qu’il soit  » inclus dans la réflexion  » pour l’avenir énergétique du pays. La sortie du nucléaire, décidée en 2003 par le gouvernement Verhofstadt, avait déjà été révisée en 2012, avec la prolongation de l’unité Tihange 1, en Wallonie.

 » Lamentable « , a commenté Greenpeace en apprenant la prolongation de Dœl 1 et Dœl 2.  » Dogmatique et irresponsable « , juge le parti Ecolo, qui avait poussé à la sortie du nucléaire en 2003.  » Un vaudeville énergétique « , jugeait quant à lui le quotidien économique L’Echo vendredi 19 décembre. Il estimait toutefois que le dernier épisode en date est  » peut-être le moins ridicule et le plus économiquement raisonnable  » compte tenu de la situation actuelle, où l’approvisionnement énergétique du pays ne semble pas entièrement garanti.

C’est d’ailleurs le risque de black-out qui semble avoir principalement motivé la décision de la ministre. Les Belges ont appris il y a quelques mois que, si l’hiver était trop rigoureux, ils risquaient d’être soumis à des plans de  » délestage « , soit des coupures de courant programmées pour éviter un effondrement complet du réseau. En 2012 déjà, un groupe d’experts avait mis en évidence un risque de rupture d’approvisionnement. D’autant que deux réacteurs – Tihange 2 et Dœl 3 – ont été arrêtés après la découverte de microfissures sur leurs cuves, ce qui a privé le pays d’un tiers environ de sa capacité nucléaire. Une relance de ces réacteurs reste très incertaine.

 » Demande forte « 
Après l’annonce de la décision de Mme Marghem, plusieurs spécialistes du secteur ont toutefois fait remarquer que Dœl 1, l’un des deux réacteurs prolongés, ne sera pas disponible avant 2017. Electrabel, la filiale de GDF Suez qui exploite le parc nucléaire belge, ne disposera pas de l’uranium nécessaire à bref délai et exige en outre  » un cadre juridique et économique clair « .

La société, qui s’est plainte à la fois des hésitations des gouvernements successifs et de la  » rente  » qui lui était imposée en échange de l’exploitation de centrales financièrement amorties, devrait investir de 600 millions à 700 millions d’euros pour rénover Dœl 1 et Dœl 2.  » On peut s’attendre à ce que l’entreprise monnaye chèrement sa décision « , commente un expert de l’administration souhaitant garder l’anonymat. Electrabel pourrait exiger une révision de la taxe annuelle de 550 millions qui lui est imposée. Et il devrait traîner pour répondre à la  » demande forte  » de la ministre pour que la société attire de nouveaux investisseurs dans le capital de ses centrales.  » J’ai cru comprendre que Electrabel avait envie d’être plus transparent et plus ouvert, d’adopter une attitude différente vis-à-vis du marché et des autorités « , a expliqué le 19 décembre Mme Marghem à L’Echo.

Son projet semble toutefois encore très flou. Comme celui qui vise à la création d’un  » fonds de recherche sur la transition énergétique « , censé préparer – quand même – une sortie du nucléaire. Une option qui apparaît de plus en plus irréaliste puisque, depuis sa décision de 2003, le pays n’est parvenu à élaborer aucune réponse tangible à la perte éventuelle de 30 % de sa production électrique en 2025.