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Jan 31 2012

Cour des comptes: les investissements de maintenance renchériraient de 10 % les coûts de production

Dans son volumineux rapport (380 pages), la Cour des comptes indique que les dépenses futures pour la maintenance des centrales, leur démantèlement et la gestion des déchets radioactifs ne feront pas exploser les coûts de production de l’électricité nucléaire. Il n’en reste pas moins que de « nombreuses incertitudes »demeurent. Le rapport ne clôt pas pour autant le débat sur la pertinence de développer d’autres filières énergétiques, comme celle des renouvelables.

Coûts de construction

 Le coût au mégawatt (MW) installé n’a cessé de progresser, notamment pour répondre à des normes de sûreté plus exigeantes. De 1,07 million d’euros par MW à Fessenheim (1978), il est passé à 1,37 million à Civaux, le dernier réacteur mis en service (2000). Pour le réacteur EPR (troisième génération), la « tête de série » de Flamanville (Manche), qui coûtera au moins 6milliards, le coût du MW est de 3,7 millions; les EPR de série pourraient coûter 5 milliards, ramenant ce coût à 3,1 millions. « Il est beaucoup trop tôt pour donner et valider un calcul du coût de production d’un parc d’EPR », juge la Cour.

Charges d’exploitation

Elles étaient de 8,9 milliards en 2010 pour le parc de 58 réacteurs et sont « bien identifiées ». Toutefois, elles sont appelées à augmenter en raison du renforcement de la sûreté et du nécessaire renouvellement des effectifs dans la filière.

Coûts du démantèlement

Les dépenses de « démolition » des 58 réacteurs étaient estimées à 18,4 milliards fin 2010. Toutefois, « les résultats des évolutions passées font craindre la possibilité de futures augmentations de certains devis ». D’autant que « les charges de démantèlement pourraient augmenter du fait d’une plus grande exigence dans le futur des normes de dépollution des sites ». Les rapporteurs observent aussi que« les comparaisons internationales mettent toutes en évidence que le montant retenu par EDF (…) est inférieur aux coûts calculés à l’étranger ». Un doublement du devis de démantèlement entraînerait une hausse de 5 % des coûts de production. Le gouvernement a lancé un processus d’audits techniques pourconnaître ces coûts.

Coûts du traitement et du stockage des déchets radioactifs

Leur estimation (28,4 milliards fin 2010) est, elle aussi, jugée « fragile ». Pour les déchets à vie longue, le devis du projet de centre de stockage profond de Bure (Meuse), qui était de 16,5 milliards en 2005, se monte désormais à 36 milliards. La Cour note que le coût final de cet enfouissement est appelé à évoluer « du fait des évolutions techniques et réglementaires au cours de son exploitation, qui durera au moins centans ». Un doublement de la facture initiale entraînerait une hausse de 1 % des coûts de production de l’électricité.

Coûts de maintenance et de prolongation des réacteurs

Leur évolution est « nettement plus sensible » que celle relative au démantèlement des centrales ou au stockage des déchets. Les investissements de maintenance, estimés par EDF à 55 milliards entre 2011 et 2025 – soit 3,7 milliards par an contre 1,5 milliard en 2008-2010 – renchériraient « de l’ordre de 10 % » le coût du MWh. Ces 55 milliards tiennent compte des nouvelles exigences imposées à EDF par l’Autorité de sûreté nucléaire après Fukushima. Elles alourdissent la facture de 5 milliards.

Prolonger l’exploitation au-delà de quarante ans, c’est « éloigner le moment du décaissement des charges futures, ce qui diminue le montant des provisions et repousse à plus tard les investissements de renouvellement du parc, qui nécessiteront des ressources de financement importantes », prévient la Cour. D’autant que les coûts des réacteurs de nouvelle génération seront bien supérieurs à ceux des anciens.

Coûts de la recherche

Le programme d’étude des réacteurs dits de 4e génération (à neutrons rapides) – la France finance pour l’instant à hauteur de 650 millions le démonstrateur Astrid – va « sensiblement » accroître les dépenses de recherche sur crédits publics, notent les rapporteurs. Ils jugent « prudent de travailler à des solutions alternatives, au cas où l’hypothèse de la 4e génération ne se révélerait pas réalisable à grande échelle ». Mais le coût de la 4e génération, qui pourrait être exploitée à l’horizon 2040, est « inconnu ».

Coûts des garanties en responsabilité civile d’EDF

En cas d’accident, l’engagement d’EDF est aujourd’hui plafonné à 91,5 millions d’euros par accident. Le gouvernement doit déposer un projet de loi pour porter ce plafond à 700 millions, conformément aux conventions européennes. Il reste que ces sommes sont dérisoires en cas d’accident grave. C’est l’Etat qui, selon la Cour, reste le « garant ultime ».

Jean-Michel Bezat et Pierre Le Hir

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