De la contamination par Rhutenium 106 en Europe

Témoignage de Nadezda Kutepova – 20/11/2017 Communique pour la presse

Introduction

Je m’appelle Nadezda Kutepova. Je suis réfugiée politique en France depuis juillet 2015.
Pendant seize ans (1999-2015), en tant qu’avocate et directrice de l’ONG « La Planète des Espoirs », j’ai défendu des habitants contaminés par les usines de Mayak qui vivent dans la ville fermée d’Ozersk dans la région de Tcheliabinsk. C’est pourquoi mon ONG a été reconnue comme étant un « agent de l’étranger » et accusée d’espionnage. Ainsi, j’ai été contrainte de quitter la Russie pour éviter la prison.
Je suis née et j’ai grandi dans la ville fermée Ozersk, tandis que ma grand-mère, comme mon père, travaillaient à Mayak.
Je suis toutes les nouvelles en provenance d’Ozersk et de Mayak parce que je voudrais y revenir et continuer à travailler dans cette région dès que je serais sûre d’obtenir des garanties pour ma sécurité.
J’ai suivi de près l’évolution des données sur la contamination par le ruthénium 106, dès l’instant où le Ministère allemand en charge de la Sûreté Nucléaire a publié son premier communiqué de presse.

Synthèse chronologique

– 4 octobre : l’IRSN, Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire, signale une détection de ruthénium 106 dans l’est et le sud-est de l’Europe.

– 5 octobre 2017, l’association française CRIIRAD a publié une information sur l’existence d’une contamination par du ruthénium 106.

– 8 octobre 2017, le Ministère de Sûreté Nucléaire d’Allemagne a annoncé que la contamination par ruthénium 106 a été trouvée dans toute l’Europe, et que l’on pensait que sa source se situerait dans le sud de l’Oural.

– 9 octobre 2017, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) a déclaré avoir également trouvé en France une contamination par du ruthénium 106.

– 11 octobre 2017, Rosatom et l’Autorité de la région de Tcheliabinsk (où le site de Mayak est implanté) ont annoncé qu’ils surveillent la situation des installations nucléaires et qu’il n’y a eu ni incident, ni accident. https://www.kommersant.ru/doc/3435048
Le Ministre de la sécurité publique de la région de Tcheliabinsk a précisé qu’il pensait que cette information sur la contamination résultait peut-être d’une confusion, du fait de l’anniversaire de l’accident de Mayak du 29 septembre 1957. Il suppose qu’il s’agit-là d’une astuce politique lancée par quelqu’un qui espère ainsi recevoir des données secrètes sur l’usine.

– 16 octobre 2017, j’ai donné une interview pour le journal « Kommersant » au cours de laquelle j’ai donné l’information que Mayak a testé de nouveaux équipements les 25 et 26 septembre 2017 dans l’usine de retraitement des combustibles nucléaires irradiés et qu’il se peut que quelque chose d’anormal soit arrivé.
https://www.kommersant.ru/doc/3440903
Le Directeur de Mayak a refusé de commenter cela pour le journaliste de ce journal. La personne porte-parole de Mayak a déclaré : « Il n’y a pas ruthénium ici ». Parce que, chez nous, en Russie, tout va toujours bien.

– 18 Octobre
https://ura.news/news/1052308988
Le Directeur de Mayak, M. Pokhlebaev, a soudain donné une interview pour une autre agence d’information de la région, où il a annoncé qu’il pense que la source de contamination par le ruthénium est située en dehors de Mayak. Il a dit :
« Il n’y a aucun dangerosité pour la population habitant autour de Mayak. L’information d’une augmentation d’une émission (contamination) par le ruthénium à Mayak n’est pas exacte. Le retraitement de déchets nucléaires continue normalement, au régime habituel. Les émissions de tous les radionucléides par les usines du Mayak sont inférieures aux limites fixées par Rostehnadzor, ce qui est confirmé par les résultats des mesures de surveillance de l’environnement, qui couvrent tout le territoire autour de Mayak (villes et villages) ». » L’émission de tous les radionucléides pour 2017 incluant ces derniers jours est à moins de 3 pour cent des limites fixées. Des valeurs de substances radioactives (y compris le ruthénium 106) sont au niveau pluriannuel moyen. Pour la période observée il n’y avait également aucune augmentation de radioactivité, ni pour les retombées, ni celles en surface ».

– 19 Octobre
https://www.kommersant.ru/doc/3442811
L’autorité de la région de Tcheliabinsk modifie sa position et annonce que « le 25 septembre, on a trouvé des traces de ruthénium 106 dans la région, qui sont 200 fois inférieures aux limites autorisées. On ne connaît pas l’origine de ce ruthénium ».
L’autorité explique que la présence de cet isotope n’a pas été détectée auparavant car il est très difficile à identifier du fait qu’il émet un rayonnement bêta dont la détection demande un équipement spécial. Elle précise cependant qu’il existe un tel équipement dans la région1.
Des spécialistes de Rosgydromet (département de l’Etat qui fait des mesures de contamination) de Tcheliabinsk effectuent normalement des mesures hebdomadaires ou mensuelles. Cependant ils n’arrivent pas à des résultats immédiatement, Pour faire cela, ils envoient les résultats de mesure à Iekaterinbourg où d’autres spécialistes les déchiffrent et identifient s’il y a des émissions excédentaires ou pas. L’autorité de Tcheliabinsk a programmé le grand conseil des spécialistes nucléaires au 2 novembre 2017.

– 20 Octobre
http://uralpress.ru/…/ozerskiy-mayak-ne-vinovat-v-poyavleni…
Le Vice-gouverneur M. Klimov de la région de Tcheliabinsk, a déclaré :
1. Mayak n’est pas la source de la contamination de ruthénium. Parce que, pendant le retraitement, le ruthénium ne peut pas se trouver isolé des autres radionucléides.
2. A la date du 20 octobre, il n’y a pas eu de ruthénium dans la région de Tcheliabinsk.
3. Mais le 25 septembre, il a été trouvé par Rogydromet. C’était 20 000 fois moins que la dose annuelle pour le public. C’était du ruthénium « en transit », pas de provenance locale. Il est arrivé de 1000 km de la région, mais on ne sait pas d’où.

D’où peut provenir cette émission de ruthénium, à Mayak ?

De l’usine de retraitement 235 ou RT 1, ou situe l’usine de vitrification de déchets nucléaires de très haute activité2. Le four de vitrification fait partie de l’usine N 235 de retraitement des combustibles irradiés N 235 de Mayak

Le nouveau four de vitrification, modèle ЭП-500/5, a commencé à fonctionner le 27 décembre 2016. Déjà, il y avait eu des problèmes pendant la construction et les tests.

Selon le programme officiel, le four aurait dû commencer à fonctionner en septembre 2015.
Il y a un article dans lequel des personnes anonymes expliquaient que Mayak a payé une entrepris pour la construction du four mais qu’elle n’a rien réalisé et s’est retrouvée en faillite.
http://www.atomic-energy.ru/SMI/2016/10/28/69941

Alors, Mayak a cherché d’urgence une autre entreprise car il y avait une augmentation des déchets de haute activité non vitrifiés. Pendant les tests, la vitrification a été faite pour des déchets de basse activité et il y a eu plusieurs problèmes qui ont pu être résolus rapidement, sans accident notable.
Le nouveau four de vitrification, modèle ЭП-500/5, a commencé à fonctionner le 27 décembre 2016.
http://mirtesen.sputnik.ru/…/Novaya-elektropech-PO-%C2%ABMa…

IL y a le schéma du four et vous pouvez voir l’endroit où il est écrit « Capteur de RhuO »
Mon idée est quelle four a été construit avec beaucoup de problèmes qui se traduisent dans l’exploitation et je pense que cela est la cause de la fuite de ruthénium 106 en Septembre 2017.

D’après l’expert français en radioprotection Jean-Claude Zerbib, la possibilité que cette contamination provienne de l’usine de vitrification des déchets s’explique de la façon suivante :
1. En mai et octobre 2001, l’association « ACRO » découvrait autour des usines de La Hague une contamination au sol par du ruthénium 106. Il s’est avéré que des incidents survenus lors d’opérations de vitrification avaient entraîné une fuite vers l’extérieur. Dans ce cas, toutes les opérations de lavage et de filtration au moyen de filtres de « Très haute efficacité » (filtres d’efficacité de 99,9%) sont court-circuitées.
2. La chimie du ruthénium est complexe. Comme les solutions à vitrifier sont chauffées à 650°C durant la calcination, le ruthénium peut se trouver sous une forme volatile (RuO4), une forme instable qui, au contact de l’oxygène de l’air, va redonner des aérosols de RuO2. Passé de la phase gazeuse à un nuage de fins aérosols, le ruthénium 106 peut alors se déposer au sol après avoir été transporté plus ou moins loin, suivant la hauteur à laquelle la transformation en RuO2 s’est réalisée. Cette situation peut également survenir lors des opérations de retraitement, mais dans ce cas tous les radionucléides gazeux (krypton 85 notamment) ou volatils (les iodes radioactifs) auraient accompagné le couple « ruthénium-rhodium 106.
3. Comme le gaz est chaud, il pourra monter assez haut en altitude, aussi les fins aérosols formés en hauteur pourront être transportés loin du point de rejet.
4. Les russes utilisent depuis 1987 la technique de vitrification et ont déjà traité plus de 4 000 tonnes de déchets vitrifiés.
5. Lors des campagnes de retraitement à La Hague portant en moyenne sur un millier de tonnes de combustibles, l’ordre de grandeur de l’activité annuelle totale en Ru 106 est voisine de 40 000 TBq, soit environ 40 TBq/t.
6. L’IRSN estime à 300 ou 400 TBq la quantité relâchée à la source, soit la quantité contenue dans une dizaine de tonnes de combustibles retraités (environ 20 assemblages combustibles). C’est une quantité compatible avec une opération de vitrification.

Ce ne sont pourtant que des hypothèses qui peuvent être levées par des mesures de prélèvements autour des installations de Mayak, à l’origine de la catastrophe du 29 septembre 1956, où des solutions de produits de fission ont été projetées dans les environs (explosion et inflammation dues probablement à de l’hydrogène produit par radiolyse des solutions). Les villes et villages contaminés ont été physiquement rayés des cartes soviétiques. Une catastrophe reconstituée par l’analyse scientifico-policière menée par Jaurès Medvedev.

Des questions générales.

Pourrait-on vérifier avec des témoignages locaux ?
Non, parce que les gens ont peur après l’histoire de mon intimidation et ONG La Planète des Espoirs. C’est toujours d’actualité en région : la police suit toutes les activités des militants.
Y a-t-il un suivi et contrôle indépendant?
Non, Mayak se contrôle lui-même.

L’histoire des accidents à Mayak
1949-1952 : Déversement de déchets nucléaires dans la rivière Techa.
Cette information est cachée pendant 40 ans
29 septembre 1957 : Explosion nucléaire – Information secrète pendant 32 ans.
2005: Déversement de 60 000 déchets nucléaires dans la rivière Techa.
Information cachée par Mayak et enquête ouverte par le Procureur général de Russie.
2007 : Accident dans l’usine de retraitement de déchets nucléaires (combustibles usés) avec contamination du territoire de Mayak.
Accident dissimulé par le directeur de l’usine. L’information est révélée grâce à notre alarme.

Qu’est-ce qu’il faut faire ?

Il faut créer un groupe international pour faire une enquête sur le site de Mayak peut-être dans le cadre du Parlement de Europe avec participation des personnes et spécialistes indépendants en provenance des États contaminés.

PS Vous pouvez regarder le film City 40 de 2016 pour connaitre d’histoire

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