Jan 17 2013

Des Maliens aux malins…

Les médias en chœur reprennent le discours officiel du gouvernement français : l’intervention française au Mali s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Et si les raisons étaient ailleurs ? Agoravox mercredi 16 janvier – par olivier cabanel

On se souvient qu’en septembre 2010, Aqmi (Al Qaida au Maghreb Islamique) avait enlevé 7 français, lesquels étaient des employés d’Areva, (ou du sous-traitant, Satom, filiale du groupe Vinci) travaillant dans une mine d’uranium au Niger.

En janvier 2011, le gouvernement français de l’époque, sous le couvert de « l’engagement des forces nigériennes  », tentait de reprendre les otages, mais l’opération fut un échec, provoquant la mort de 2 otages français. lien

Aujourd’hui, ils sont encore 4 otages à être détenus par Aqmi (auxquels s’ajoutent 2 géologues capturés au Mali) : Daniel Larribe, experts en technique minière d’Areva, Pierre Legrand, travaillant pour une filiale de Vinci, Marc Ferret, employé de la même entreprise, et Thierry Dole, employé d’un sous-traitant d’Areva. lien

Les tentatives de négociations menées par un discret « ingénieur-Directeur » d’Air France, spécialiste « Afrique » pour cette compagnie, très renseigné sur la situation, et ayant de nombreux relais chez les preneurs d’otages, ont échoué.

Au-delà de cette prise d’otage, on ne peut passer sous silence l’exploitation des mines d’Uranium d’Areva au Niger, responsables non seulement d’importantes pollutions pour les 80 000 habitants d’Arlit et d’Akokan mais aussi pour le partage discutable des revenus générés par cette exploitation.

Des 2010, Greenpeace avait accusé Areva de mettre en danger la santé des riverains de ces mines, déclarant : « les habitants d’Arlit et d’Akokan continuent à vivre entourés d’air empoisonné, de terres contaminées et d’eau polluée  ».

La Criirad, par la voix de Bruno Chareyron constatant des concentrations anormales d’uranium dans le sol et de radon, a déclaré « les études montrent que le manque de radioprotection conduit certains habitants à un dépassement de la dose annuelle admissible ». lien

La totalité du rapport de la Criirad est sur ce lien

Comment s’étonner des lors que les Touaregs habitants cette région aient pris le maquis des 2007, revendiquant un partage plus équitable des richesses de leur territoire, et demandant que les conditions d’exploitation du minerais d’uranium respectent leur mode de vie, leur santé et leur environnement.

Cela fait 47 ans qu’Areva (ex Cogema) exploitent ces mines sans s’embarrasser de ces demandes, et plus d’1/3 de l’uranium utilisé dans les centrales nucléaires françaises proviennent du Niger. lien

L’exploitation d’Areva pose différents problèmes : d’une part, les ferrailles radioactives, provenant du site atterrissent dans les bourgades environnantes, servant à tout, même à faire des casseroles.

D’autre part, les résidus, boues radioactives, sont stockés sur place, et ce sont 20 millions de tonnes qui, au gré des vents, s’invitent dans les poumons des populations indigènes.

Ce que conteste Yves Dufour, porte parole d’Areva, assurant que ces boues radioactives, lorsqu’elles sèchent, forment une croute qui empêcherait des poussières de menacer la santé des habitants de la région.

Bruno Chareyron ajoute que les cancers ne se déclareront que dans quelques années, mais on sait déjà que les employés d’Areva sont aussi concernés, puisque Serge Venel, mort d’un cancer du poumon en juillet 2009, avait travaillé de 1978 à 1985, et qu’Areva a été condamné le 11 mai 2012 par le tribunal de Melun à verser 200 000 euros de dommages et intérêt à la veuve du défunt. lien

Cette courte vidéo fait un constat accablant de la situation des petites villes voisines de la mine : nappe phréatique polluée, poussières radioactives, gaz toxiques : l’industrie nucléaire ne fait pas le bonheur de tous.

Alors le MNJ (mouvement des nigériens pour la justice) et les rebelles Touaregs qui le composent n’ont pas trouvé d’autres moyens que d’entrer en résistance, multipliant les enlèvements, les attaques de garnison, bloquant parfois les axes routiers névralgiques.

On peut découvrir sur ce lien, un reportage de 47’ en caméra caché, sous le titre « Niger, la bataille de l’uranium  » afin de mieux comprendre la situation.

Dans ce document accablant, il faut écouter Moussa Ghali, l’un des combattants du MNJ, qui raconte les massacres perpétrés par l’armée nigérienne, faisant découvrir aux réalisateurs du film, les cadavres de 9 personnes dissimulés sous un monceau de pierres, et tués d’après lui, par l’armée régulière nigérienne.

Comme le déclare Mohamed Aoutchiki, conseiller du président du MNJ, Aghali Alambo : « nous ne voulons pas d’uranium pour faire une bombe atomique, nous ne sommes contre personne, nous voulons simplement partager cette ressource (…) et nous sommes soucieux de la préservation de notre environnement ».

Alambo ajoute : « depuis les 47 années d’exploitation de cette mine, nous n’avons pas reçu le moindre centime et nous avons demandé en vain à recevoir 50% des bénéfices dégagés  ».

Ces forces résistantes seraient plus de 3000 guerriers, décidés à faire entendre raison au gouvernement nigérian et à l’entreprise nucléaire française.

L’armée nigériane officielle protège les mines d’Areva, et la seule tactique possible de la petite armée Touareg reste le harcèlement.

Alors ils mènent des actions limitées, faisant des prisonniers au sein de l’armée nigériane, s’accaparant armes et véhicules.

Depuis quelques mois, ces rebelles ont trouvé des alliés : ils ont été rejoints depuis le début 2012 par d’anciens mercenaires Touaregs au service de Kadhafi, très bien armés, lesquels avaient quitté la Libye dès la chute du dictateur. lien

Selon une source touareg, ils auraient été  1500 nigériens Touaregs à avoir combattu pour Kadhafi, avec comme promesse 5000 euros, dont ils n’ont jamais vu la couleur, comme en témoigne Silimane Albaka, habitant d’Agadez.

Il avait été recruté par Agaly Alambo, le chef Touareg, lequel vivait à ce moment à Tripoli. lien

On sait moins que les USA s’étaient largement implantés au Mali : le Pentagone y a dépensé  1 demi milliard de dollars pour le plus grand profit de l’armée Malienne.

Cet investissement destiné à améliorer l’efficacité de cette armée s’est retourné contre les USA, puisque c’est ce programme « le programme anti-terroriste le plus ambitieux jamais mené dans la région » dixit le New York Times, (lien) qui a permis au capitaine Sanogo, bien entraîné par les américains, de renverser le 22 mars 2012, le président Touré. lien

Du coté du gouvernement nigérien, il n’y a pas de discussion, ni de débat envisageable, et comme le déclare Mohamed Ben Omar, ministre nigérien de la communication : «  on ne négocie pas, on ne discute pas, l’arme à la tempe : ce sont des bandits, des individus comme vous et moi, qui ont dit non à la loi, qui ont pris des armes contre la république…  »

Mais d’autres ennuis menacent Areva, accusée de corruption par une ONG, « l’Observatoire du nucléaire  », animée par Stéphane Lhomme, lequel a mis en ligne un compte rendu confidentiel montrant « comment Areva dicte (…) sa loi aux dirigeants du Niger ». lien

Sur ce lien, le document en question.

Il y a mieux : les intérêts d’Areva ne se limitent pas au Niger : il y a justement un projet d’exploitation d’uranium au Mali, à 350 km de Bamako, du coté de Faléa, avec la promesse de récolter 5000 tonnes du précieux minerais. lien

Les pourparlers sont bien avancés, puisque Christian Rouyer, l’ambassadeur de la France, est persuadé que « Areva sera le futur exploitant de la mine d’uranium à Faléa ». lien

Il est étonnant que les médias traditionnels mobilisés par la situation actuelle au Mali, ne fassent jamais, ou rarement, le rapprochement entre ces prises d’otages, et Areva, préférant évoquer d’un coté une population menacée et des terroristes de l’autre coté.

Pourtant tout est lié : les 4 otages français détenus au Mali sont bien des employés d’Areva  : Ils ont bien été capturés par les résistants Touaregs au Niger et il parait difficile d’écarter la piste nucléaire et les intérêts français. lien

Rappelons que les 2 otages supplémentaires enlevés en novembre 2011 à Hombori étaient des géologues, prospectant au Mali. lien

C’est d’ailleurs une opinion que quelques uns partagent, avec de convaincantes justifications, affirmant de plus qu’Hollande aurait engagé illégalement la France dans cette guerre. lien

En tout cas, il parait difficile de passer sous silence la piste de l’uranium, et on peut légitimement penser qu’il est pour une bonne partie responsable du conflit actuel.

On peut s’interroger sur ce que serait la situation aujourd’hui si Areva avait un peu mieux écouté les exigences légitimes des populations nigériennes mises en danger par l’exploitation de l’uranium ? Aurait-on pu éviter la prise d’otage…la guerre en cours ? Peut-être.

Comme dit mon vieil ami africain : « les puissants flattent l’éléphant et écrasent les fourmis ».

L’image illustrant l’article provient de « info-afrique.com »

Merci aux internautes pour leur précieuse collaboration

Olivier Cabanel

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