Déc 02 2011

Drôle d'exercice à la centrale nucléaire de Paluel: sécurité burlesque…

Des élus voulaient vérifier, de nuit, la sécurité des réacteurs de Paluel (Seine-Maritime). Ils ont eu froid dans le dos. 

Le nucléaire sur  n’existe pas, l’UMP le prouve.

Marianne 1-12-2011; Ouest France 2-12-2011.

Paluel, un demi-millier d’âmes, près de Dieppe (Seine-Maritime).

Mercredi soir, Claude Birraux, député UMP de Haute-Savoie et président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), frappe à la porte de la centrale nucléaire d’EDF. Celle-ci compte quatre réacteurs de 1 300 MW, chacun mis en service entre 1984 et 1986.

À.sa demande, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) simule un accident du type Fukushima : une perte totale d’électricité et du groupe électrogène de secours du réacteur n° 1. Ce qui nécessite un branchement sur l’installation du réacteur n° 2 ..

L’alerte fictive, déclenchée à 22 h, donne lieu à un enchaînement de « situations burlesques « , selon le député. Les agents d’astreinte arrivent bien, rapidement. Mais, à 23 h 30, ils annoncent qu’une clef nécessaire pour ouvrir un panneau d’alimentation électrique est actuellement « en commande » …

À minuit, ils entrent dans le local électrique de la tranche 1 « mais les indications du document de procédure ne correspondent pas au panneau électrique « , raconte le député.

Après d’autres découvertes tout aussi stupéfiantes, les techniciens décident alors, de leur propre initiative, de se raccorder sur le réseau du réacteur n° 3. Mais, insiste Claude Birraux, le guide de procédure d’EDF comporte de nouvelles inexactitudes et des ambiguïtés. Dans ce grand capharnaüm, le député félicite le personnel : « Il a su se poser de bonnes questions, n’est jamais resté bloqué devant ces situations « .

Marianne Rapporte qu’heureusement aussi qu’il s’agissait d’un exercice théorique. La tranche 1 de Paluel n’a pas été mise à l’arrêt et donc les personnels ont travaillé avec de la lumière, comme en plein jour. « Imaginez la situation plongée dans le noir, obligé de travailler avec une lampe de poche dans une main, et les documents dans l’autre… », rappelle Claude Birraux. En situation réelle, le réacteur aurait vécu en situation critique pendant au moins de 3h30, refroidi à minima par l’ultime système de secours : des ailettes qui tournent avec la vapeur du réacteur, et permettent de le refroidir avec un filet d’eau…

Au même moment, Bruno Sido, sénateur UMP de Haute-Marne, était à la centrale du Blayais (Gironde). Il s’agissait de simuler une grosse tempête qui menace les sous-sols des réacteurs d’inondation, ce qui s’était produit en décembre 1999. Le sénateur Bruno Sido a constaté que depuis lors les digues de protection ont été relevées et complétées.Il a constaté lui aussi les difficultés des agents à se repérer dans le maquis des documents et des procédures édictés par EDF.

Un seul incident relevé : deux capteurs de la hauteur d’eau donnent des indications différentes. Laquelle choisir pour arrêter le pompage de l’eau de refroidissement ? Au bout d’une demi-heure, on s’aperçoit alors que la réponse existe bien, mais pas dans le bon dossier…

La mauvaise surprise, relative, pour les inspecteurs arrive lorsqu’ils accèdent au sous-sol. Bruno Sido en retire une « impression mitigée » : « Nous avons pu voir des fuites non identifiées non traitées, un repérage insuffisant des tuyauteries, dont certaines très corrodées, un plot en béton et des déchets divers traînant au sol… »

« On ne va jamais dans les sous-sols lors des visites habituelles, c’est dommage », commente le sénateur. L’Opesc l’assure : il y a aura d’autres opérations « Opera » à l’avenir. Puisqu’il s’agit de se mettre à l’heure du post-Fukushima, nous préconisons la simulation simultanée de la perte de l’alimentation électrique et d’une invasion par les eaux, comme au Japon. Cela pourrait se révéler « burlesque », non ?

Jeudi :

Qu’en serait-il demain avec ‘EPR, qui est si complexe ? Qui aura connaissance des plans de cette installation dans 40 ans? C’est à frémir…

Face à l’indifférence du grand public au regard du danger nucléaire et face aux certitudes du lobby nucléaire UMPS, voila une information à faire circuler …

Pour compléter cet article un rappel utile est proposé par Sortir du Nucléaire sur son site:

http://groupes.sortirdunucleaire.org/4-Et-des-tremblements-de-terre-sur

Voici quelques extraits:

« L’expérience prouve que les exercices de crise ont le plus souvent donné lieu à des fiascos dont on a peine à rire. Le journaliste Claude-Marie Vadrot jetait ainsi un regard cinglant sur l’exercice qui eut lieu à Belleville-sur-Cher le 29 janvier 2009 [15] :

« Tandis que les ingénieurs et techniciens de la centrale s’activaient mollement dans une salle de commande qui n’est qu’un instrument de simulation, les élus et habitants de la région ont constaté une incroyable pagaille. Pourtant les habitants qui avaient accepté d’être prêt à jouer le jeu de l’accident n’étaient que…seize. Et la plupart, n’ont même pas entendu la sirène annonçant le début de l’alerte pourtant déclenchée en plein jour, à 9 h 18 exactement ; et les autres n’ont pas compris qu’ils se trouvaient au cœur d’une catastrophe dont ils n’ont évidemment pas su qu’elle était fictive. Pas plus qu’ils n’ont entendu le véhicule d’alerte des pompiers diffusant par haut-parleur un message d’alerte. Quant au nouveau système d’avertissement automatique par téléphone, il n’a même pas fonctionné chez chacun des seize volontaires qui l’ont attendu en vain. Même chose pour le message d’alerte diffusé par France Bleu Berry… que personne n’écoutait puisque cette filiale de Radio France était ce jour là en grève. »

Bilan de cette opération : des centaines de victimes irradiées. Heureusement que l’accident était aussi fictif que le plan mis en œuvre. »

Nous aurions pu écrire à quelques détails prêts le même article l’an dernier à l’occasion de l’exercice de crise organisé autour de la centrale de Penly le 9 septembre 2010. La tentative d’évacuation des habitants de Penly et Biville-sur-Mer a donné lieu à une incroyable pagaille : les bus astreints au ramassage scolaire ont déterminé le planning de l’exercice, l’évacuation dans un gymnase dieppois n’aura au final duré que deux petites heures se limitant pour l’essentiel aux enfants des écoles et à quelques 70 personnes qui ont accepté de « jouer le jeu »… quant au périmètre d’exercice, en principe bouclé, il est resté largement ouvert à des véhicules circulant sans encombre sur la D 975. Ne parlons pas de l’indigence des moyens de la sécurité civile et du climat d’improvisation complet qui régnait au poste de commandement dieppois.

Cette désastreuse expérience montre au moins deux choses :

  • d’abord que les autorités ne croient pas vraiment à leurs exercices qui ne servent qu’à conforter des plans technocratiques et ensuite, de l’aveu même des responsables de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire,
  • qu’un accident sera ingérable et ne pourra qu’entraîner de nombreuses victimes. »

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