En toute discrétion, des milliers de déchets nucléaires supplémentaires stockés à La Hague

Areva s’apprête à presque doubler le stock de ses déchets nucléaires sur le site de La Hague, dans le Cotentin. Cela accroît le risque d’accident déjà grand et dont les conséquences seraient immenses. 19 mai 2015 / Robin des Bois

La Hague n’est plus une presqu’île. Le plateau granitique de Jobourg est comme coupé du monde après un demi-siècle de nucléaire. A Beaumont-Hague, le registre d’enquête publique pour une nouvelle extension des activités est resté quasiment vide. La clôture de l’enquête était pour le soir de lundi 18 mai.

L’affaire est pourtant importante. Elle concerne aussi l’avenir de l’Europe et de l’humanité.AREVA veut augmenter la capacité d’entreposage des déchets issus du retraitement des combustibles irradiés d’EDF et des clients étrangers.

La radioactivité globale de ces déchets de haute activité à vie longue en attente d’une destination sûre dépasse aujourd’hui 200 Ebq (Exa becquerel) soit 200 milliards de milliards de becquerels.

C’est la méga bombe à retardement du tri et du tripatouillage des combustibles des centrales nucléaires pratiqués depuis 1970 par l’ex COGEMA et AREVA avec l’aval des Présidents de la République et des gouvernements français.

La capacité actuelle d’entreposage s’élève à 16 848 conteneurs. Chacun d’entre eux contient 80 kg de produits de fission nucléaire pris en masse dans 150 l de verre. La capacité supplémentaire demandée par AREVA est de 12 636 conteneurs.

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Implantation de l’INB 116 et du projet d’extension, sur la partie est du site

La chaleur résiduelle dégagée par les déchets est évacuée par les cheminées des bâtiments récepteurs. D’après l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), la perte du système de refroidissement provoquerait en 48 heures une montée en température des bétons de structure et des verres radioactifs atteignant respectivement 90 et 650°C.

L’étanchéité des matrices vitreuses piégeant les déchets radioactifs serait dans le cours de cette séquence accidentelle irréversiblement dégradée. La reprise et le reconditionnement des conteneurs pourraient dès lors s’avérer impossible.

AREVA prétend avoir les moyens de mettre en œuvre les mesures correctrices dans les délais nécessaires pour enrayer les conséquences catastrophiques de ce scénario. Rien n’est moins sûr.

Les halles existantes et à venir d’entreposage des déchets vitrifiés sont intégrées à l’INB 116 (Installation Nucléaire de Base) de l’usine de La Hague. L’INB 116 concentre les piscines de refroidissement des combustibles irradiés, les unités de séparation et de purification de l’uranium et du plutonium. Tous ces ateliers connectés sont soumis à des risques internes d’incendie, d’explosion et de dispersion massive de radioactivité artificielle qui peuvent obliger à une évacuation générale du complexe nucléaire et empêcher au moins pendant quelques jours toute intervention humaine.

L’étude de maîtrise des risques jointe au dossier d’enquête publique dans les mairies voisines de l’usine et à la sous-préfecture de Cherbourg (sauf quand elle fait « le pont » de l’Ascension) est totalement muette sur ce sujet épineux des accidents en cascades à l’intérieur des plateformes industrielles.

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Le site de La Hague se situe au nord-ouest du Cotentin, au nord de la centrale de Flamanville où se construit un EPR

Concernant les agressions externes, là aussi c’est le vide. Déconnectée de la réalité, AREVA cite comme accident de référence la chute d’un Cessna 210, un humble monomoteur, et considère le risque pour toute l’INB 116 comme infime. Qu’un A320 ou un autre gros porteur se projette volontairement sur les installations sensibles et notamment les hangars à déchets vitrifiés n’a pas effleuré l’esprit des rédacteurs du dossier. Le cas Germanwings volontairement crashé à 80 km du complexe nucléaire de Cadarache sans que les Rafale basés dans le sud de la France puissent montrer le bout d’une aile démontre une fois de plus que le risque avion est bien pesant et pressant. Les cheminées des hangars d’entreposage pointent à 40 m de hauteur et constituent par leur volumétrie un repère visuel caractéristique et vulnérable sur les 300 ha du site industriel.

L’usine de La Hague est un parcours de déchets radioactifs divers. AREVA du temps de sa prospérité n’a pas considéré comme une priorité de les caractériser, de les conditionner et de les évacuer. Aujourd’hui, AREVA ne présente plus de garanties financières, morales et juridiques suffisantes pour assurer la gestion des déchets qu’elle a produit.

L’exploitation des halls de réception des déchets vitrifiés est prévue au moins jusqu’en 2140.

Robin des Bois estime que dans l’état actuel du fonctionnement et des passifs de l’usine de La Hague, les déchets vitrifiés existants et à venir ne doivent pas y être stockés même provisoirement.

http://www.reporterre.net/En-toute-discretion-des-milliers-de-dechets-nucleaires-supplementaires-stockes

 

 

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