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Oct 08 2014

Deux EPR d'EDF en Grande-Bretagne, un scandale européen

La Commission européenne, s’apprête à voter, ce mercredi, la construction de deux réacteurs nucléaires ( EPR ) d’EDF en Grande-Bretagne. Une affaire scandaleuse, pour les députés du groupe des Verts en charge des questions énergétiques, qui co-signent cette tribune. Ils expliquent pourquoi.  Par  EELV Nouvel Obs LE PLUS. 8 oct 2014 Édité par Rozenn Le Carboulec  Auteur parrainé par Sébastien Billard

Deux EPR d’EDF en Grande-Bretagne, pour quel avenir énergétique ? Un scandale européen

EDF prévoit de construire deux réacteurs nucléaires à Hinkley Point, en Grande-Bretagne

Quel entrepreneur ne rêverait pas de se voir octroyer une « rente » pendant au moins 35 ans, lui garantissant au minimum l’amortissement de ses investissements ?

C’est en substance ce que s’apprête à faire le gouvernement britannique au profit d’EDF avec la bénédiction du commissaire européen à la concurrence, l’Espagnol Almunia.

Pendant plus de trois décennies, la compagnie française pourrait donc être mise à l’abri des aléas du marché en bénéficiant d’un prix fixé à 115 euros le mégawattheure. Le double du prix du marché actuel dans lequel les énergies solaires et éoliennes sont plus compétitives. Autrement dit, si EDF n’est pas en mesure de s’aligner sur des prix tirés vers le bas en raison de la concurrence, la différence lui sera versée avec de l’argent public.

Un calcul d’autant plus scabreux que ce prix soumis à l’inflation devrait atteindre les 300euros/MWh en 2058, date de fin du contrat.

Un précédent délétère pour notre avenir énergétique

Si cette affaire a de quoi scandaliser, ce n’est pas simplement parce qu’il est question de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires à Hinkley, en Grande-Bretagne. Après tout, les États européens restent maîtres de leur « mix énergétique », autrement dit du choix des types d’énergie utilisées pour répondre à leurs besoins.

Ce qui est grave c’est qu’avant de passer le flambeau à Jean-Claude Juncker, la Commission Barroso prenne le parti de privilégier durablement un certain type d’industrie au détriment d’autres, créant ainsi un précédent délétère pour notre avenir énergétique.

Une nouvelle illustration de l’isolationnisme des Britanniques

C’est donc à la majorité que les Commissaires européens sortants devraient entériner, ce mercredi 8 octobre, l’octroi de 20 milliards d’aide d’État sans par ailleurs que les Britanniques n’aient leur mot à dire sur cette politique pharaonique de leur gouvernement. Une option qui ne leur garantit même pas la sécurité énergétique devenue brûlante avec la crise ukrainienne, puisque la production d’électricité de cette centrale n’aura lieu, au plus tôt, qu’en 2023.

Une nouvelle illustration de l’isolationnisme des leaders britanniques, qui préfèrent s’engouffrer dans le nucléaire plutôt que de « dépendre » de leurs partenaires européens, qui pourraient les approvisionner en énergie « propre » avec seulement deux milliards d’investissements en interconnexions réalisables rapidement.

Le gouvernement autrichien, qui a opté pour une autre politique énergétique, compte entamer une procédure auprès de la Cour de Justice européenne au cas où la Commission Barroso refuserait d’entendre raison.

La non-viabilité du nucléaire est une évidence

Si après plus de soixante ans d’existence, le nucléaire a encore besoin d’aides publiques, le moment n’est-il pas venu d’accepter l’évidence de la non-rentabilité et de la non-viabilité de cette énergie ? Des termes pourtant inlassablement invoqués quand il est question de fermer des entreprises européennes.

Ce ne sont pas les technologies qui sont en retard mais les mentalités. Et contrairement aux ambitions énergétiques de certains États, l’idée d’une Union européenne interconnectée des énergies renouvelables, adossée à une politique d’efficacité énergétique, est en lien avec la réalité et les besoins de ce siècle.

En optant à présent pour des politiques énergétiques intelligentes, nous pouvons réaliser l’objectif de pratiquement 100% d’énergies renouvelables dans l’UE d’ici 2050. Avec, en prime, les retombées positives d’un tel processus en termes d’emploi, de sécurité, de pouvoir d’achat des ménages et de compétitivité pour nos entreprises.

C’est à la Commission de veiller au respect de la concurrence

Si les services de la concurrence n’ont pas toujours bonne presse, il n’empêche qu’ils sont aussi ceux qui ont décidé d’enquêter sur les pratiques d’optimisation fiscale de certaines sociétés dont Apple, Fiat ou Starbucks. Et une fois de plus, bien que les États restent les maîtres de leur politique fiscale, il n’empêche que c’est à la Commission de veiller au respect des règles de la concurrence, afin d’empêcher les distorsions de marché qui pénalisent les consommateurs, les nouveaux entrants et au final la croissance.

Dans son audition devant le Parlement européen, Margrethe Vestager, la Commissaire danoise qui prendra la relève à la concurrence, a insisté sur l’application impartiale des règles, y compris aux secteurs des télécommunications et de l’énergie, qui ont jusqu’ici principalement profité aux grosses industries sans retombées substantielles pour le consommateur européen.

Comment, dès lors, ne pas trouver insensé que, dans son dernier acte, la commission Barroso s’aventure à décider du sort des politiques qui engagent notre avenir énergétique…

Tribune cosignée par les députés du groupe des Verts en charge des questions énergétiques : Michèle Rivasi (France), Yannick Jadot (France), Claude Turmes (Luxembourg), Molly Scott Cato (Grande-Bretagne) et Rebecca Harms, co-présidente (Allemagne).

Voir aussi:

AIDES D’ETAT: L’ACCORD ILLÉGAL D’HINKLEY POINT C APPROUVÉ PAR LA COMMISSION PROVOQUE UNE RENAISSANCE FORCÉE DU NUCLÉAIRE

http://www.michele-rivasi.eu/medias/aides-detat-laccord-illegal-d%E2%80%99hinkley-point-c-approuve-par-la-commission-provoque-une-renaissance-forcee-du-nucleaire/