EPR en Inde : le projet de centrale nucléaire de Jaitapur sous haute tension

En visite en Inde, François Hollande s’exprime ce vendredi 15 février devant les chefs d’entreprise indiens, dans la capitale économique du pays, Bombay. Une étape importante au moment où le groupe français AREVA prévoit de construire la plus grande centrale nucléaire du monde, d’une capacité de 9,9 GW, sur le site de Jaitapur, à 400 km au sud de Bombay. Celle-ci doit utiliser la nouvelle technologie EPR. Un premier accord avait été signé en 2009, prévoyant la construction des deux premiers réacteurs sur les six. Mais le projet est rejeté par une grande partie de la population locale forcée à vendre leurs terres. Ces protestations se sont renforcées au lendemain l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, ce qui a considérablement retardé ce projet. Correspondant RFI à Bombay, Sébastien Farcis
Des manifestants protestent à New Delhi, contre le projet de centrale EPR de Jaitapur, le 14 février 2013

Des manifestants protestent à New Delhi, contre le projet de centrale EPR de Jaitapur, le 14 février 2013

REUTERS/Mansi Thapliyal
Par RFI

Ils ne sont que paysans ou pêcheurs, mais ils ont fait 400 km de route jusqu’à Bombay pour débattre sur le nucléaire avec des experts. Ils habitent près de Jaitapur, et devraient donc être affectés par l’énorme centrale EPR d’Areva. Certains craignent que les eaux chaudes relâchées tuent les poissons, d’autres sont inquiets de la sécurité en général. Tous, en tout cas, ont manifesté plusieurs fois ces derniers mois contre le projet.

Risque de séisme de niveau 6

« Depuis plus de quatre ans, le gouvernement invoque une situation d’urgence pour acquérir nos terres », explique Pravin Gavankar. Comme la grande majorité des paysans locaux, il refuse de vendre ses terres agricoles pour la construction de la centrale. « Moi j’ai 70 hectares de mangues, et ils en ont pris une partie, alors que je refuse toujours leur argent. Sur les 2 335 familles qui possèdent des terres autour de Jaitapur, seulement deux cent ont accepté de vendre, et ce sont celles qui ne vivent même pas sur place.»

Le gouvernement a promis de payer de vraies fortunes aux paysans pour qu’ils abandonnent leurs terres, mais cela n’a rien changé. L’inquiétude s’est en plus accrue récemment avec la publication d’une étude scientifique, qui conclut qu’un séisme de niveau 6 sur l’échelle de Richter avait des « chances faibles mais probables » de survenir juste en dessous de la centrale. Un risque qui n’a pas semblé majeur pour le gouvernement, qui a délivré le permis en 2011.

Des besoins énergétiques énormes
« Nous ne voulons pas de l’énergie nucléaire pour notre pays, surtout avec cette nouvelle technologie qui n’a pas été testée. Par contre j’ai déjà dit aux élus que s’ils voulaient construire une centrale à énergie solaire, je leur vendrais ma terre tout de suite. » ajoute Pravin Gavankar.

Ni le gouvernement, ni la compagnie AREVA, n’ont souhaité répondre à nos questions. Mais ce qui est sûr, c’est que les besoins énergétiques de l’Inde sont énormes : à ce jour, plus de la moitié de l’énergie du pays provient du charbon, or cette production est gérée par un réseau public vétuste et inefficace. Ainsi, plus d’un tiers de la population indienne, soit environ 400 millions de personnes, vivent sans électricité.

« Nous avons besoin de développer toutes les sources d’énergie pour faire face à notre énorme manque en électricité », confirme Vivek Pandit, responsable du secteur énergie à la fédération des chambres indiennes de commerce. Selon lui, « le nucléaire est une bonne option pour l’Inde, car c’est une énergie bon marché et plus efficace sur le long terme. La sécurité des installations doit bien sûr être une priorité, mais le gouvernement a mis en place de bonnes procédures pour s’assurer de cela. »

L’Inde produit aujourd’hui 2,5 % de son énergie grâce au nucléaire, et le gouvernement prévoit de doubler ce chiffre d’ici à 2020.

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