EPR indiens: mobilisations des villageois de Jaitapur contre les banques françaises

Des représentants indiens étaient cette semaine à Paris pour négocier auprès de BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole le financement de réacteurs EPR vendus par Areva. L’occasion pour les villageois de Jaitapur, site de la future centrale, de réaffirmer leur opposition au projet. Mediapart 07 juin 2013 Par Ivan Villa

Mobilisations indiennes contre les banques françaises

 

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Environ un millier de personnes se sont rassemblées jeudi 6 juin à Jaitapur sur la côte ouest de l’Inde, là où Areva prévoit de livrer plusieurs réacteurs nucléaires. Ils protestaient contre les négociations qui se déroulaient les 5 et 6 juin à Paris entre le gouvernement indien et plusieurs banques françaises. « Les villageois étaient choqué d’apprendre que des cadres du Nuclear Power Corporation of India (NPCIL, l’équivalent de notre EDF français) et du Département à l’Energie Atomique se rendaient à Paris pour trouver des financements. Des slogans ont été scandés contre le NPCIL, Areva et les banques françaises », a indiqué un villageois au quotidien indien Daily News and Analyses (DNA) (1).

Les habitants de plusieurs villages ont également envoyé une lettre par e-mail à trois banques françaises – BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole – , les priant de ne pas financer le projet. L’e-mail déclare que « le NPCIL et les représentants du gouvernement indiens présentent une version tronquée de la réalité, cachent certaines données de base et déforment les faits.». (2)

Jaitapur, traversée par trois failles tectoniques, est une zone « à haut risque sismique », selon le bureau gouvernemental d’étude géologique, le Geologic Survey of India. Amjad Borkar, un pêcheur opposé au projet, dénonce dans le DNA « une énergie nucléaire qui va détruire la vie aquatique et réduire les pêcheurs à la misère ». Les agriculteurs de la région ont rappelé qu’ils n’abandonneraient pas leurs terres, malgré des indemnités toujours plus élevées promises par le gouvernement.

Areva prévoit de livrer deux réacteurs EPR, six à terme. Mais la vente officielle n’a toujours pas eu lieu : seul un accord-cadre signé en décembre 2010 prévoit la livraison de deux réacteurs à l’horizon 2012-2013 pour un montant oscillant entre 5 et 7 milliards d’euros. Malgré le ralentissement des négociations suite à la catastrophe de Fukushima, New Delhi et Paris semblent tenir à un contrat aux enjeux tant économiques que politiques.

Quatre banques françaises (BNP Paris, Société Générale, Crédit Agricole et Natixis) ainsi que plusieurs autres banques étrangères se sont dites intéressées pour participer au financement de la centrale de Jaitapur. Le NPCIL, l’exploitant public indien, n’apportera que 30% en fonds propres tandis que les 70 % restants seront des prêts, d’un montant de 3 à 4 milliards d’euros.

« On retrouve là les mêmes « usual suspects » que pour la majorité des projets controversés dans lesquels des banques françaises sont impliquées. BNP Paribas s’était déjà brillamment illustré pour son implication dans le projet de centrale nucléaire en zone sismique de Belene, en Bulgarie, et la Société Générale et le Crédit Agricole dans celui de Mochovce, en Slovaquie, deux projets obsolètes toujours pas opérationnels après 20 ans de tergiversations », déclarait déjà en 2009 Yann Louvel, à l’époque chargé de campagne Finance Privée aux Amis de la Terre. (3)

Dans un article paru à l’automne 2012, la revue d’enquête et de critique sociale Z racontait le mécanisme encourageant les banques à soutenir de gros projets industriels à risque :

« Les banques – dont la BNP, première d’entre elles à financer le nucléaire dans le monde – acceptent de financer cette énergie grâce à un mécanisme dont personne (ou presque) ne connaît l’existence : la garantie d’Etat par la Coface (Comapgnie française d’assurance pour le commerce extérieur), l’agence de crédit à l’exportation française. Cette société privée est missionnée par l’Etat pour garantir une société exportatrice contre le risque de non-paiement.

La Coface, privatisée en 1994, cotée en bourse entre février 2000 et avril 2004, appartient désormais à 100% au groupe bancaire français Natixis. Elle est née en 1946, lorsque les Etats ont commencé à mettre en place des mécanismes visant à apporter un soutien public à l’exportation de technologies nationales – dont l’armement.

Le mécanisme est simple. L’organisation Greenpeace en livre une explication sur son site : « Lorsque l’importateur (étranger) risque de ne pas rembourser la facture, l’exportateur qui a souscrit un contrat d’assurance avec l’organisme assureur (la Coface pour la France), le sollicite pour qu’il le paie à la place du client défaillant. Si le montant des indemnisations versées par l’organisme assureur est supérieur au montant des primes d’assurance perçues, il se rembourse, en toute légalité, dans le budget public. Autrement dit, l’objectif de ce système est de transférer le risque qui pèse sur une transaction de l’investisseur privé, à savoir la banque, vers l’Etat, à savoir le contribuable ».

Pour la France, grand fournisseur de nucléaire, la combine est capitale, car elle permet de rassurer les banques privées, qui n’accepteraient pas, sans cela, d’assumer les risques d’un tel projet. « Autrement dit, les banques occidentales reçoivent de la part des Etats nucléaires des garanties pour financer aveuglément des projets nucléaires dangereux à l’étranger, leur permettant ainsi d’exporter leurs technologies », conclut Greenpeace.

La BNP, qui est la banque-conseil dans les négociations et pourrait ensuite devenir la banque arrangeuse, n’a donc pas besoin d’étudier les risques environnementaux, car elle sera de toute façon remboursée ». (4)

(1) http://www.dnaindia.com/mumbai/1844757/report-don-t-fund-jaitapur-locals-urge-european-banks

(2) http://www.dianuke.org/anti-areva-protest-letter-to-french-and-european-bankers-from-fishermen-and-farmers-of-jaitapur/

(3) http://www.banktrack.org/show/news/epr_les_banques_francaises_portent_bout_de_bras_un_fiasco_industriel

(4) http://www.zite.fr/-Numero-6-Paris-JaponAutomne-2012-

http://blogs.mediapart.fr/blog/ivan-villa/070613/mobilisations-des-villageois-de-jaitapur-contre-les-banques-francaises-et-lepr

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