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Fév 07 2017

Fukushima, la reconstruction à l’épreuve de la contamination

Près de six ans après le désastre, l’activité économique patine, tandis que les dernières découvertes dans la centrale inquiètent toujours plus. LE MONDE Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)

« L’ombre et la lumière. » C’est par ces mots que Masao Uchibori, le gouverneur de la préfecture de Fukushima, résume la situation de son département, près de six ans après la catastrophe nucléaire qui l’a touché. Ils illustrent le contraste entre la reconstruction et les difficultés de s’extirper des conséquences du drame nucléaire provoqué par le séisme et le tsunami qui ont ravagé, le 11 mars 2011, le nord-est du Japon.

Le 6 février, M. Uchibori a profité d’un séminaire organisé dans la capitale nipponne pour détailler les ambitions de la préfecture, la « lumière ». En 2020, Fukushima veut ainsi devenir la base de production de l’hydrogène qui alimentera le village olympique des Jeux olympiques de Tokyo. Les autorités locales veulent également accueillir une partie des épreuves. Elles souhaitent aussi organiser, la même année, un forum mondial sur la robotique, s’appuyant sur les recherches menées pour développer les appareils de gestion de la centrale accidentée.

Ayant officiellement décidé, dès 2011, de se débarrasser du nucléaire, la préfecture de Fukushima prévoit en outre de couvrir l’ensemble de ses besoins énergétiques grâce aux énergies renouvelables, éolien, solaire, biomasse ou encore géothermie, et ce avant 2040.

Ces projets de renaissance se heurtent à « l’ombre » évoquée par M. Uchibori : les nombreuses conséquences de la catastrophe nucléaire. Au quotidien, la population doit par exemple se soumettre à un suivi médical, notamment les enfants pour des examens de la thyroïde. Officiellement, selon les chiffres publiés le 27 décembre 2016, 144 cancers de la thyroïde ont été confirmés depuis la catastrophe.

Les fondements de l’économie locale, l’agriculture et la pêche, sont toujours en difficulté. Troisième plus grande préfecture du Japon, Fukushima était la quatrième en termes de surface agricole. En 2010, ses riziculteurs produisaient notamment 439 100 tonnes de riz, soit 5,3 % de la récolte nationale, contre 336 000 tonnes en 2016.

« Nos agriculteurs et pêcheurs peinent encore à vendre leurs produits », regrette M. Uchibori. La marque Fukushima inquiète toujours, malgré les tentatives de convaincre de l’innocuité des produits, au travers, notamment, de contrôles réguliers des niveaux de contamination. Le 3 février, les autorités locales ont annoncé que ceux de 8 502 échantillons de poissons et de crustacés pris dans les eaux de la préfecture étaient, pour la première fois, tous inférieurs à la norme de 100 becquerels par kilo. Sans véritablement convaincre.

A Taïwan, qui interdit les importations de produits alimentaires de Fukushima, l’administration de la présidente Tsai Ing-wen a provoqué une vague de protestations, fin 2016, après avoir tenté d’organiser des consultations publiques sur la levée de cette interdiction. La Corée du Sud et Hongkong maintiennent des mesures similaires, malgré les demandes répétées du gouvernement nippon de les lever.

Dans ce contexte, le ministère de l’agriculture a promis 4,7 milliards de yens (39 millions d’euros) pour « lutter contre les rumeurs infondées » et s’assurer que les produits de Fukushima ne sont pas refusés par les détaillants.

Le tourisme lui aussi a du mal à se relever. Si le nombre de visiteurs atteint 88 % de son niveau d’avant la catastrophe, il doit être comparé à l’explosion récente de l’activité touristique au Japon : 8,6 millions de visiteurs étrangers s’étaient rendus dans l’Archipel en 2010, contre près de 22 millions par an au niveau actuel.

Autre problème : le retour de la population. Une massive opération de décontamination, dont les coûts devraient atteindre 4 500 milliards de yens (37 milliards d’euros), a permis de lever les interdictions d’accès à certaines des zones évacuées. Mais elle n’a pas concerné pas les zones forestières ou non habitées. Et parfois, en raison de la météo, la contamination revient.

D’après le gouvernement, seuls 13 % des habitants sont retournés dans ces zones « décontaminées ». Principalement des personnes âgées, les jeunes restant inquiets de l’impact des retombées radioactives ou ayant refait leur vie ailleurs.

Et la question du stockage des produits de cette décontamination continue de se poser. Un site doit être construit sur les communes d’Okuma et de Futaba, qui abritent la centrale et sont totalement évacuées. « Nous avons des difficultés avec les propriétaires des terrains », admet Satoshi Miura, de la préfecture de Fukushima.

Soucieux d’aller vite, le gouvernement commet des maladresses. « Si la reconstruction était un marathon, 30 kilomètres auraient déjà été parcourus », a déclaré, le 28 janvier, le ministre de la reconstruction, Masahiro Imamura. « Certaines zones qui avaient été évacuées ne sont même pas sur la ligne de départ », lui a rétorqué M. Uchibori.

Les informations sur les travaux à la centrale endommagée ne sont guère rassurantes. Le 3 février, Tepco a dit avoir observé des niveaux de radiations « pouvant atteindre 530 sieverts par heure » dans l’enceinte de confinement du réacteur 2. La mesure a été effectuée grâce à l’introduction d’un bras télescopique équipé de dosimètres et d’une caméra.

Une personne exposée à une telle radioactivité mourrait presque instantanément. Soumis à un tel rayonnement, le robot Sasori (« scorpion ») chargé d’explorer l’enceinte pourrait ne pas tenir plus de deux heures, contre les dix heures envisagées. Or, ce travail est indispensable pour déterminer la méthode d’extraction du combustible fondu, opération qui doit commencer en 2021. « Le processus de démantèlement du site pourrait se révéler plus complexe que prévu, estime Fumiya Tanabe, spécialiste de la sûreté nucléaire et de l’accident de la centrale américaine de Three Mile Island (Pennsylvanie) en 1979. On ne sait quasiment rien sur l’emplacement, la taille et la forme du combustible fondu. »

Tout cela fait craindre de nouveaux retards dans le démantèlement de la centrale, déjà prévu pour durer quarante ans. De quoi également relever le coût total de la catastrophe. En novembre 2016, le gouvernement avait revu à la hausse l’enveloppe totale à 20 000 milliards de yens (165 milliards d’euros) contre 11 000 milliards de yens auparavant. Soit près du double.

  Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)  Journaliste au Monde

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http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/02/07/a-fukushima-entre-reve-de-normalite-et-complexite-nucleaire_5075655_3244.html#tgThfJtYMELyT6wi.99

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