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Nov 20 2011

Fukushima : Le directeur de la centrale raconte l'accident

par Michel de Pracontal | Mediapart | jeu 17 nov 11

Neuf mois après l’accident, Masao Yoshida, le directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, exploitée par la firme Tepco, a donné pour la première fois une conférence de presse samedi 12 novembre 2011. Livrant ses impressions à la presse japonaise rassemblée sur le site nucléaire, Yoshida a reconnu qu’il avait vécu, avec son équipe, des moments très durs. La période la plus difficile a été la première semaine de la crise, déclenchée le 11 mars 2011 par un séisme de magnitude 9 suivi d’un tsunami qui a noyé une partie de l’installation…

« La fin de notre monde »

« Je n’avais aucune idée du prochain événement qui se produirait, et nous avons fait tout ce qui était imaginable », raconte Masao Yoshida, le directeur de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, exploitée par la firme japonaise Tepco. Et d’ajouter : « Pour dire les choses très franchement, à plusieurs reprises nous avons pensé que nous allions mourir ». Les propos de Yoshida sont recueillis par le quotidien Mainichi. Le journal rapporte le récit du directeur de la centrale concernant l’explosion d’hydrogène qui a détruit le bâtiment du réacteur n°1, le 12 mars 2011.

« D’abord, nous avons entendu un « boink » et nous nous sommes demandés ce que c’était. Des agents revenant du lieu de l’explosion nous ont dit : « On dirait que le réacteur n°1 a explosé ». […] En voyant des travailleurs blessés revenir du lieu de l’explosion, nous avons pensé que si l’enceinte de confinement avait explosé, il y aurait des rejets radioactifs massifs et que la situation serait hors de contrôle. Il y a eu ensuite une explosion affectant le réacteur n°3 et, par ailleurs, nous n’arrivions pas à pomper de l’eau dans le réacteur n°2. On ne voyait aucune amorce de règlement de la crise. Dans le pire scénario, nous pensions que les fusions de combustible dans les réacteurs accéléreraient rapidement et échapperait à tout contrôle, signifiant la fin de notre monde ».

Une perception très incomplète de la situation

A en croire le récit de Yoshida, l’équipe sur le site n’avait qu’une perception très incomplète de la situation. Ainsi, les agents de Tepco ont entendu l’explosion qui a touché le réacteur n°3 mais ne l’ont vue qu’à la télévision. Depuis leur quartier général, les agents ont entendu une troisième explosion, sans savoir si elle avait touché le réacteur n°4 ou le n°2 – en fait, elle s’était produite dans le bâtiment du réacteur n°4.

Interrogé sur le moment où il a jugé que la crise était surmontée, Masao Yoshida précise que l’équipe de Tepco a travaillé très dur pour mettre en place un système de traitement de l’eau fortement contaminée, qui a commencé à fuir à partir du mois d’avril 2011 : « Nous avons vraiment souffert en juin. L’ensemble de la situation s’est stabilisé en juillet-août ».

Les réacteurs stabilisés mais pas « super stables »

Selon Yoshida, les réacteurs sont aujourd’hui stabilisés, ce qui ne signifie pas qu’ils soient « super stables ». Les niveaux de radiations sont toujours extrêmement élevés et continuent de rendre le travail quotidien dangereux. Yoshida estime qu’il n’y a pas de risque pour les habitants des environs de la centrale. En revanche, selon le directeur de la centrale, la situation des agents sur le site reste très difficile : « L’exposition des travailleurs aux radiations et la rotation des personnels constituent des problèmes épineux ». A la question « Quelle dose de radiation cumulée avez-vous personnellement reçue ? », Masao Yoshida a répondu que cette dose atteignait « un certain niveau », refusant de donner une valeur chiffrée car il s’agit d’une « information personnelle ».

Son prochain objectif est de parvenir à une situation « d’arrêt à froid » de la centrale, dans laquelle le fluide de refroidissement se trouve dans un état proche des conditions ambiantes de température et de pression. Cet objectif devrait être atteint d’ici la fin de l’année 2011. Mais la suite des opérations prendra beaucoup plus longtemps : on ne pourra pas commencer à retirer les barres de combustible fondu avant une dizaine d’années.

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