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Fév 17 2012

Hanté par Fukushima, Naoto Kan se mobilise sur l'énergie

Près d’un an après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Premier ministre japonais de l’époque, Naoto Kan, reste hanté par la crainte d’une crise encore plus grave qui forcerait des millions d’habitants à fuir Tokyo et mettrait en péril l’existence même du pays. 

« J’en suis arrivé à la déduction que le moyen le plus sûr de construire une société ne doit pas inclure de sites de production nucléaire et cette option est parfaitement réalisable.« 

TOKYO (Reuters) – Créé le 17-02-2012 par Linda Sieg et Yoko Kubota

« Avoir fait l’expérience de la catastrophe nucléaire du 11 mars m’a fait changer d’opinion. La principale raison est que nous avons été à un moment confronté à la possibilité qu’il n’ait plus été possible de vivre dans la région englobant Tokyo et qu’il ait fallu évacuer », a déclaré Kan lors d’un entretien vendredi avec Reuters.

« Si nous en étions arrivés à ce stade, non seulement cela aurait été une terrible épreuve pour la population, mais l’existence même du Japon aurait été mise en péril. »

Généralement peu avare de mots, Kan a toutefois marqué une longue pause en réfléchissant au souvenir le plus marquant qu’il a gardé de la catastrophe.

« Il y en a beaucoup. Dès le début et tout du long ensuite, il y en a beaucoup », a-t-il finalement répondu. « Mais le plus grand, c’est quand je me suis demandé, au plus fort du tourbillon, ce qu’il adviendrait du Japon en tant que pays si la zone inhabitable s’étendait à 200 ou 300 kilomètres. Je l’ai ressenti très fortement à l’époque, et j’y repense souvent. »

Telle est la hantise qui a poussé Kan à proclamer la nécessité pour l’Archipel de sortir de sa dépendance à l’atome en développant les énergies renouvelables, qui ont longtemps été le parent pauvre du bouquet énergétique japonais.

« SOYEZ BRAVE, MAIS PAS IMPRUDENT »

Dans la foulée du séisme, trois des réacteurs de la centrale du Fukushima sont entrés en fusion, déclenchant des explosions en série et diffusant dans l’atmosphère des matières radioactives qui se sont répandues dans l’est du Japon.

Plusieurs dizaines de milliers d’habitants ont dû quitter leurs foyers tandis que l’air, l’eau et les aliments étaient contaminés. Les réacteurs n’ont été stabilisés qu’en décembre, mais la décontamination du site risque de prendre plusieurs décennies.

La crise de Fukushima a détruit le mythe de la sûreté nucléaire et poussé Tokyo à renoncer à un projet prévoyant de porter d’ici 2030 la part du nucléaire dans son « mix » énergétique à plus de 50%.

« On peut prendre de nombreuses mesures technologiques pour assurer la sécurité des centrales nucléaires, mais ces mesures ne peuvent pas à elles seules couvrir les risques majeurs », a souligné Naoto Kan.

Derrière l’ex-Premier ministre âgé de 65 ans est fixé au mur un parchemin portant, en calligraphie, le proverbe chinois « Soyez brave, mais pas imprudent ».

Au pouvoir depuis moins d’un an lorsque la catastrophe a frappé le 11 mars 2011, sous la forme d’un séisme majeur suivi d’un tsunami qui a emporté de nombreuses villes situées sur et près de la côte nord-est du Japon, Naoto Kan a démissionné en septembre.

Son taux d’approbation s’était alors effondré sous les 20%, le public lui reprochant ses revirements et sa gestion du désastre, tandis que les politologues pointaient ses décisions hâtives et irréfléchies.

QUERELLES POLITICIENNES

Ses défenseurs soutiennent en revanche que le choix de Kan de réduire la part du nucléaire dans le bouquet énergétique nippon a joué un rôle essentiel dans sa chute. Cette cause, populaire auprès de l’opinion, est logiquement combattue par de grands groupes de services collectifs, politiquement puissants.

Naoto Kan, ancien militant de la société civile réputé avoir mauvais caractère, a souligné durant l’entretien que sa priorité était désormais de promouvoir les énergies renouvelables et non de se livrer à des manoeuvres politiques.

Il n’a émis aucune critique à l’encontre de son successeur, l’actuel Premier ministre Yoshihiko Noda.

Le gouvernement japonais cherche actuellement à définir un nouveau plan à moyen terme concernant la part du nucléaire dans son bouquet. Les détracteurs de Noda, l’ancien ministre des Finances de Kan, estiment qu’il ne souhaite pas réellement réduire le nucléaire au profit des énergies renouvelables.

« Il est faux de dire que rien n’a progressé (sous Noda). Il y a eu des changements radicaux », a affirmé Kan.

« Le gouvernement Noda met en place exactement ce à quoi je pensais à l’époque, mais il existe plusieurs sources de résistance, notamment de la part de certaines entreprises. Noda et son ministre du Nucléaire restent toutefois sur la route des réformes.

L’ancien chef du gouvernement a en tout cas mis en cause l’attitude de la classe politique dans son ensemble, lui reprochant de se livrer à des querelles politiciennes au lieu de coopérer.

« Le peuple japonais a agi dans le calme et s’est montré patient dans sa réaction à l’accident. Mais malheureusement, les politiques n’ont pas pleinement coopéré, ni au moment de la catastrophe ni après. »

De nombreux Japonais espéraient que la triple catastrophe – le séisme, le tsunami et l’accident nucléaire- serait le déclencheur d’un processus de réforme permettant au pays de sortir de la stagnation économique.

Kan a estimé qu’il était encore trop tôt pour en juger, mais qu’il restait motivé par la volonté de résoudre les problèmes du pays.

« Si je pense que quelque chose ne fonctionne plus, alors j’y réfléchis et je fais une proposition. Au lieu de seulement critiquer, j’essaie de trouver une alternative. Je pense qu’on peut dire que c’est là ma source d’énergie. »

Avec Rie Ishiguro, Gregory Schwartz pour le service français

Le même sujet repris par Gen 4  18/02/2012

Selon Naoto Kan, le mythe d’une énergie nucléaire sûre, économique et propre a volé en éclat après la catastrophe de Fukushima

M. Kan se veut désormais le chantre de la dénucléarisation du Japon

Naoto Kan, l’ancien Premier ministre du Japon qui a du gérer la phase aiguë de la catastrophe de Fukushima-Daiichi, semble avoir définitivement choisi le camp des anti-nucléaires. Dans un long entretien avec des journalistes de l’agence Reuters, il a martelé son nouveau credo pour un Japon sans électronucléaire. M. Kan semble avoir énormément souffert des conséquences de la catastrophe nucléaire ce qui semble avoir modifié radicalement sa position initiale sur la question.

« Ayant traversé le désastre nucléaire du 11 mars, j’ai changé ma manière de voir les choses. Le plus grand questionnement a été comment, à un certain moment de la crise, nous avons dû faire face à la situation inédite qui voyait surgir une probabilité d’évacuation prolongée de la région de Tokyo« .

« J’en suis arrivé à la déduction que le moyen le plus sûr de construire une société ne doit pas inclure de sites de production nucléaire et cette option est parfaitement réalisable.« 

Certains observateurs estiment que le départ de M. Kan au mois d’aout 2011, alors que le gros de la crise nucléaire n’était pas passé, avait plus ou moins été précipité par ses ultimes prises de positions contre la poursuite de la production électronucléaire au Japon. Croyez-nous, cette déclaration a créé un certain émoi dans le bloc industriel nucléaire !

Le 14 juillet 2011 (sic) Naoto Kan avait estimé, à la surprise générale, qu’il ne croyait plus que la technologie électronucléaire était sûre. Une déclaration aussitôt qualifiée d' »irresponsable et irréaliste » par une partie de la presse, la droite Japonaise ainsi que le lobby nucléaire Japonais dans un chœur bien accordé. Un mois et demi plus tard, M. Kan démissionnait de son poste de Premier ministre ; cette période a du lui sembler bien longue… ainsi qu’à ses nouveaux ennemis mortels.

Notre opinion ( Gen 4)  : Nous estimons que M. Kan est sincère dans son revirement. L’homme a tout simplement, dans un éclair de lucidité, entrevu le monde qui serait le nôtre si un accident nucléaire majeur tournait vraiment très, très mal ; M. Kan a simplement pris conscience du danger, ses yeux se sont tournés vers l’intérieur, il a rencontré son âme. A qui le tour ?

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