Août 10 2013

Janick Magne: Contamination à Fukushima, des « murs du Pacifique » dérisoires

162889_1691069674303_1164593406_31759392_1255268_nLe site de la centrale de Fukushima-1 est entouré de belles collines boisées. De l’eau descend en permanence de ces collines en direction de l’océan et imprègne les sols. Ces eaux souterraines naturelles circulent et viennent se mélanger aux eaux toxiques dans les soubassements de la centrale ou bien sont infiltrées par elles dans le sol. Janick Magne EELV, TRIBUNE Rue 89.  10 aout 2013

Le chiffre de 1 000 tonnes par jour d’eaux naturelles souterraines en circulation a été officiellement avancé. 400 tonnes d’eaux souterraines se déversent dans la centrale et 300 tonnes d’eaux contaminées se déversent dans l’océan chaque jour.

Sur les 700 restantes, la moitié environ se contamine moins gravement au contact des sols imprégnés de radionucléides. L’électricien nucléaire Tepco et les autorités assuraient avec conviction que les eaux contaminées n’atteignaient pas l’océan.

Des puits ont été creusés pour, prétendument, stopper un quart environ des eaux naturelles avant qu’elles n’atteignent la centrale…

L’EAU, UN DES MAUX DE FUKUSHIMA

Sur tous les fronts, le site est inexorablement envahi par l’eau. D’abord, l’eau douce qui refroidit en permanence les cœurs fondus des trois réacteurs à raison de 5m³/h : devenue hautement toxique et radioactive à leur contact, elle est en partie traitée pour entretenir la chaîne de refroidissement.

Le césium extrait (entre autres nucléides) est conservé dans des milliers de bidons sur le site. Ce qui reste de l’eau toxique est stocké dans des citernes et des réservoirs : 320 000 tonnes environ, pour une capacité maximale actuelle de 380 000 tonnes, qui sera atteinte vers la mi-novembre 2013.

PISCINE-RÉSERVOIR

Des piscines-réservoirs creusées dans l’urgence se sont avérées inadéquates : elles fuyaient. Chaque jour, près de 300 tonnes d’eau extrêmement toxiques sont issues de ce processus de refroidissement dont bien malin sera celui qui prédira quand il va s’arrêter.

Une partie est pompée pour retraitement partiel (62 radionucléides sur une centaine) et une partie s’accumule dans les sous-sols de la centrale dont personne ne connaît l’état depuis qu’ils ont subi le méga-séisme de mars 2011, le tsunami, des milliers de répliques sismiques (toujours en cours), l’exposition à une radioactivité intense, l’action de l’eau de mer, de l’eau douce, et celle des coriums en perdition, le tout pendant depuis deux ans et demi.

Infos cachées pendant la campagne

Le premier coup de théâtre a eu lieu fin juillet 2013 : on nous annonce que les eaux de Fukushima connaissent une hausse phénoménale de leur radioactivité et du tritium (Tepco ne parle guère des autres contaminants et ça inquiète).

On nous prévient début août que le taux de césium 137 est très élevé en profondeur et que le niveau de l’eau dans les puits d’observation change avec la marée.

Ce qu’on ne nous dit pas, c’est que ces informations et celles qui vont suivre ont été soigneusement cachées tant que la campagne électorale était en cours.

Le 21 juillet, une fois de plus, le Parti libéral-démocrate du premier ministre Abé, pro-nucléaire et pro-militariste, a remporté la majorité aux élections de la Chambre haute. C’est le moment que choisit Tepco pour nous expliquer que finalement les eaux contaminées n’ont probablement jamais cessé de couler directement dans l’océan.

Le 6 août, le gouverneur de la province de Fukushima demande au gouvernement japonais de prendre en charge les travaux et la gestion à la centrale accidentée. La situation d’urgence est décrétée.

40% des poissons impropres à la consommation

Le 7 août, le gouvernement confirme que 300 tonnes environ d’eau hautement contaminée se déversent dans l’océan quotidiennement, menaçant gravement la chaîne alimentaire et l’écologie marine. 40% des poissons pêchés autour de Fukushima sont déjà impropres à la consommation, quarante espèces des grands fonds sont touchées. Des filets sont tendus en mer pour tenter d’empêcher la circulation des poissons qui se sont contaminés près des côtes.

Du coup, on nous assaille de détails sur la construction de « murs du Pacifique » d’un genre très particulier. Pour tenter de bloquer ces eaux encombrantes en solidifiant le sol, Tepco a construit un mur chimique souterrain étanche, sans succès pourtant puisque les eaux ont commencé à passer au-dessus.

Tepco envisage maintenant la construction d’un mur de glace souterrain autour des bâtiments des réacteurs. Outre que ce type d’ouvrage n’a jamais été tenté pour le long terme, la construction pourrait prendre deux ans. En attendant, Tepco promet de recueillir l’eau contaminée dans des puits avant qu’elle n’atteigne l’océan, de la pomper et de la stocker dans de nouvelles citernes qu’il reste à installer.

Au vu de la situation catastrophique, de l’incompétence de Tepco, du manque flagrant de spécialistes de qualité, de l’insuffisance des moyens financiers et d’un défaut crucial de main d’œuvre, je ne suis plus la seule à penser qu’il faut nous attendre à voir le site de la centrale se transformer d’ici peu en un immense marécage radioactif difficilement pénétrable.

http://www.rue89.com/2013/08/10/contamination-a-fukushima-murs-pacifique-derisoires-244839

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*