Nov 08 2013

Jeremy Rifkin, Angela Merkel et le doute sur la transition énergétique européenne

 Le prospectiviste américain vient de présenter son Master Plan, à Lille, pour introduire la région du Nord dans la troisième révolution industrielle. Au même moment, la Chancelière allemande dont il est le conseiller énergétique revient sur sa politique favorable aux énergies renouvelables, décidée après la catastrophe de Fukushima. Analyse. Les Echos Nidam Abdi Consultant Le Cercle 7/11/2013

La politique énergétique européenne est actuellement dans le flou. En 2011, après l’accident de Fukushima, on pensait qu’avec sa décision de se retirer rapidement de la production nucléaire en Allemagne, Angela Merkel s’était positionnée en leader de la politique énergétique sur le Vieux Continent. Mais, s’il y a des temps où les secteurs économiques de l’énergie connaissent des évolutions telles de longs fleuves tranquilles, il y a aussi des moments d’incertitudes dans l’innovation, des changements de paradigmes industriels mettant, les prospectivistes et décideurs de pays, devant des choix et des décisions complexes.

Lors de sa réélection aux législatives de fin septembre dernier, la Chancelière a explicité parmi ses quatre priorités, celle d’offrir aux consommateurs allemands une énergie mieux distribuée et à moindre coût. Effectivement, ces derniers commençaient à gronder au regard de leur facture, car ils payent le deuxième plus élevé prix en Europe. Sans oublier que les industriels allemands, très orientés vers l’exportation, ont tiré la sonnette d’alarme et ont averti que leur avantage concurrentiel est en danger. Certains d’entre eux ont menacé de délocaliser leur production à l’étranger si le gouvernement n’agissait pas pour réduire le prix de l’énergie.

La semaine dernière on apprend que dans la perspective de la nomination d’un nouveau gouvernement de coalition, ce dernier devrait soutenir les centrales à charbon et à gaz. C’est la ministre-présidente du SPD de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Hannelore Kraft, proche des géants de la production énergétique, qui se trouve en pole position sur ce dossier. Son leitmotiv, s’il hérisse les cheveux des écologistes allemands, fait par contre mouche auprès des consommateurs et industriels : « Le passage à l’énergie renouvelable ne devrait pas se faire au détriment de l’emploi et de l’énergie abordable ».

Non loin de l’Allemagne, l’ex-conseiller d’Angela Merkel, durant le lancement de la transition énergétique de 2011, Jeremy Rifkin, vient de poser ses valises à Lille, pour aider la région Nord-Pas-De-Calais de rentrer dans la troisième révolution industrielle. Le 25 octobre, il a dévoilé son Master Plan où les responsables de la région apprennent qu’il faudrait 5 milliards d’euros d’investissement, d’ici 2050, pour réduire de 60 % la consommation d’énergie et de créer 165 000 emplois.

Mais au regard de la centaine de journalistes qui se sont précipités à Lille, pour assister à la présentation de Jeremy Rifkin, il semble que l’opération pour l’instant est plus un succès de communication pour le Nord-Pas-De-Calais qu’une feuille de route claire sur les étapes à franchir pour la région, afin de réussir son saut vers la troisième révolution industrielle.

Jeremy Rifkin devrait comprendre qu’avec la récente expérience allemande et l’incertitude dans le monde de l’innovation, il est permis aux Français, en ces temps de crise économique, d’avancer avec une forte propension au doute. Le prospectiviste américain, en passionné d’histoire, doit savoir que Lucien Gaulard, le père français du transformateur électrique, s’est éteint incompris dans un asile à la fin du XIXe siècle. Il doit savoir que le père d’EDF et GDF, Marcel Paul, était sorti des camps de concentration nazis, un peu moins de 2 années avant de devenir ministre de l’Industrie et de faire adopter sa loi de nationalisation de l’électricité d’avril 1946.

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/energies-environnement/energies-classiques/221183804/jeremy-rifkin-angela-merkel-et

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