«

»

Déc 01 2011

L'accord PS-EELV sur le MOX signe-t-il la fin de l'usine nucléaire de la Hague?

Pour les employés de l’usine de La Hague comme pour les écologistes, ça ne fait pas de doute : s’il est appliqué mot à mot, l’accord PS-EELV programme la fin de l’usine de retraitement de déchets nucléaires. « Absolument pas », rétorquent les responsables socialistes. Une cacophonie qui révèle, côté PS, un accord assez mal préparé sur le volet nucléaire.

Les Inrocks  30/11/2011

Crédits photo:  Une porte dans l’usine de La Hague (Geoffrey Le Guilcher)

Mardi dernier, en fin d’après midi, l’accord passé entre le PS et Europe écologie les Verts (EELV) est envoyé à la presse. Le portable de Bernard Cazeneuve, député PS de la Manche et maire de Cherbourg, ne tarde pas à sonner. Si Areva a bien appelé le député maire de Cherbourg, les syndicats CFDT, FO et CGT de l’usine nucléaire de la Hague ont tour à tour fait de même.

Un passage de l’accord inquiète les employés. Le même qui disparaîtra mardi soir de la version socialiste, avant de réapparaître le mercredi. Ce paragraphe mentionne « la reconversion, à emploi constant, de la filière de retraitement et de fabrication du MOX« . Un mot un peu étrange pour désigner le combustible « Mélanges d’Oxydes », issu de plutonium retraité et d’uranium appauvri.

L’usine nucléaire de la Hague ne produit pas de MOX comme l’usine Melox de Marcoule. Mais elle constitue le premier maillon de la chaine qui fait qu’Areva produit 95% du MOX dans le monde. Ce sont ses infrastructures qui récupèrent le combustible usé des centrales nucléaire pour en séparer les éléments radioactifs, tels le plutonium et l’uranium (voir notre enquête sur l’usine). En d’autres termes, la fin de la filière MOX menacerait la raison économique du processus de retraitement et, avec elle, quelque 5 000 emplois.

La mort de la région

« A la lecture de l’accord (Vert-PS), j’ai tout de suite pensé à l’usine de la Hague, reconnaît, Bruno Blanchon, responsable national de la branche énergie atomique de la CGT. Car pour avoir du MOX, il faut retraiter. » Lui aussi, le mardi après midi, a immédiatement appelé Bernard Cazeneuve, afin d’organiser une rencontre le vendredi avec la section syndicale de l’usine.

Présent lors du rendez-vous, l’un des employés de l’usine souhaitant garder l’anonymat confirme que la délégation est arrivée très tendue.

« Ici, l’application de cet accord signifierait la mort de l’usine et la mort de la région. Niveau électoral ça peut faire trainée de poudre. Cazeneuve le sait, il ne pourrait même plus prendre le train à Caen. »

Rappelons que sur le territoire de l’élu socialiste, on trouve trois installations nucléaires : la centrale de Flammanville, le chantier de l’EPR et l’usine de la Hague. Les employés de la Hague ont apprécié le discours de leur élu. Il leur a promis « aucun plan social jusqu’en 2017 » et leur a conseillé de se fier à l’intervention de François Hollande au JT de TF1 du mercredi soir, qu’il résume en trois points : on garde la filière MOX, celle du retraitement et l’EPR.

Pourtant, Denis Baupin, adjoint à la mairie de Paris et négociateur en charge du volet nucléaire côté Verts, interprète la phrase sur le MOX de façon très différente. « Quand on dit que l’on reconvertit, c’est que l’on arrête« , nous explique-t-il. Pour comprendre ces divergences d’interprétation post accord, il faut examiner de près la confusion qui a régné au PS lors de la « disparition réapparition » de la phrase sur le MOX.

Les socialistes moins préparés

Aussi étonnant que cela puisse paraître, pendant la négociation de l’accord, l’équipe socialiste n’a pas bénéficié de l’avis de ses experts sur le MOX. L’auteur de la dernière loi sur les déchets nucléaires qui porte d’ailleurs son nom, Christian Bataille, député PS du Nord et membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, ne cache pas son agacement.

« L’énergie nucléaire est très spécifique et je ne crois pas que dans notre équipe de négociation il y avait des gens qui connaissaient bien le dossier. J’ai l’impression que la négociation a été bâclée et précipitée. En face, ils étaient très pointus ou bien renseignés. »

En face, il y avait Denis Baupin, en charge du volet nucléaire pour EELV. Les socialistes semblaient-ils moins préparés ? « Oui je l’ai ressenti, nous confie Denis Baupin. Il y a quand même eu un choix de François Hollande et de ses équipes de ne pas participer avec les équipes d’Aubry, depuis des mois, à la commission de travail sur l’énergie.« 

Bernard Cazeneuve, désormais porte-parole de François Hollande, ne peut le reconnaitre qu’à demi-mot. S’il envoyait bien, depuis plusieurs mois, des « notes d’expert » sur le nucléaire à Aubry et Hollande, il n’a pas participé aux négociations. Tout comme François Brottes, l’autre député PS expert du nucléaire, Cazeneuve affirme avoir découvert le fameux accord, mardi après midi, dans la presse. Oui, Areva l’a bien appelé, mais le bruit que l’on a fait autour de cet appel serait selon lui « une grosse blague« .

« Je n’ai nullement besoin d’eux pour faire mon job, ils m’ont appelé après que j’ai prévenu le parti des conséquences que ce passage pouvait avoir pour l’usine de la Hague. »

Michel Sapin, négociateur en chef pour le PS, refuse désormais de s’exprimer sur le sujet et nous renvoie au communiqué commun publié ce week end avec le sénateur Vert Jean-Vincent Placé. Un communiqué qui révèle davantage le respect mutuel que se portent les deux négociateurs qu’une vision commune des deux partis sur le nucléaire. Une précision a néanmoins été apportée pour les deux usines nucléaires :

« Au cours de la prochaine législature, les activités dans les filières concernées de retraitement et de production de combustible et les emplois afférents seront maintenus dans les deux sites de production, La Hague et Marcoule. »

Dans sa tribune au Monde de lundi dernier, François Hollande a également senti le besoin de préciser que « le système de retraitement des déchets et la filière qui l’accompagne seront préservés« . Le MOX, désormais élevé au rang de gros mot, est devenu « la filière qui l’accompagne« .

Un accord « pas forcément appliqué »

Ecologistes comme socialistes s’accordent néanmoins pour évoquer le long terme dans les changements qui pourraient toucher l’usine de la Hague. Didier Anger, ex eurodéputé Vert et fondateur du Crilan (Comité de réflexion, d’information et de lutte antinucléaire), assure qu’avec « la reconversion à emploi constant » il y a au moins du travail pour 25 ou 50 ans à la Hague.

« Ce ne sera pas le même type d’emploi mais il faudra bien utiliser des gens spécialisés dans le nucléaire. Notre mot d’ordre n’a jamais été : la Hague fermez-la! »

Bernard Cazeneuve semble quant à lui miser sur une certaine « inapplicabilité » de l’accord en nous filant la métaphore suivante : « En 1981, les 101 propositions du programme commun n’ont pas toutes été appliquées… » Bruno Blanchon, responsable atome pour la CGT, estime que Cazeneuve est tout de même en porte à faux. « L’exemple qui me vient à l’esprit c’est la sidérurgie en Lorraine et les mines dans le Nord pas de Calais, on a vu ce que ça donnait la reconversion…« 

Geoffrey Le Guilcher

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

*