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Avr 24 2013

Nucléaire : au Larzac, dans un tunnel d'étude, l'IRSN explore l'argile de Tournemire semblable à celle du futur site de stockage de Bure

À trois semaines du lancement du débat public sur le futur chantier de stockage des déchets radioactifs, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a présenté les moyens techniques mis en œuvre dans son laboratoire souterrain de Tournemire (Aveyron) pour s’assurer de la meilleure expertise possible sur le sujet. Les enjeux pour l’ensemble du nucléaire français sont colossaux, à la hauteur du coût de ce projet pharaonique, entre 15 et 35 milliards d’euros, avec des kilomètres de galeries qui devront être creusées à 500 mètres sous la surface. Le Figaro 24 avril 2013.

Pourvu que l’IRSN et l’ANDRA ne s’y attardent  pas pour y faire un autre site de stockage HAVL ( haute activité, vie longue).

Ce projet de stockage géologique profond est porté par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), mais sa demande d’autorisation de construction prévue pour 2015 sera examinée en détail par l’IRSN, qui jouera le rôle d’expert pour l’État. «Grâce à Tournemire, l’IRSN sera capable de faire une contre-expertise compétente des risques associés à un futur site de stockage», affirme Jacques Repussard, directeur général de l’Institut.

Campagnes sismiques

Le site de recherche de l’IRSN, un ancien tunnel ferroviaire abandonné en bordure du plateau du Larzac, n’est pas destiné à accueillir de futurs déchets. Il présente en revanche l’intérêt unique de traverser une couche géologique très semblable à l’argile du site proche de Bure, à cheval entre la Meuse et la Haute-Marne, qui est le seul en lice pour accueillir à terme les produits les plus radioactifs de la filière électronucléaire française.

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Après quelques années de recherches et d’expériences par l’Andra à Bure, il ne fait plus de doute que la roche retenue, une argile très compacte, appelée argilite, présente toutes les qualités requises pour retenir au mieux pendant des centaines de milliers d’années les déchets hautement radioactifs. Ces couches géologiques sont très imperméables, ne laissant passer l’eau qu’à une vitesse d’environ 10 mètres par million d’années.

«En revanche, dès qu’il y a une faille dans la roche, nous avons constaté à Tournemire que les vitesses de circulation peuvent être multipliées par 10.000, explique Justo Cabrera, géologue à l’IRSN. Nous avons donc voulu vérifier si les techniques sismiques de pointe permettaient de détecter depuis la surface les failles que nous avons repérées dans nos galeries.»

Autour du laboratoire de Bure, des campagnes sismiques réalisées par l’Andra ont notamment servi à vérifier que la zone retenue pour le site de stockage ne contient aucune faille importante.

Avec la collaboration de la société CGG spécialisée dans la prospection du sous-sol pour l’industrie pétrolière, les chercheurs de l’IRSN ont installé 5600 capteurs au-dessus du tunnel, sur le plateau du Larzac, et ont envoyé des ondes sismiques pour faire une cartographie 3D à haute résolution du sous-sol. «La surprise c’est que nous n’avons pas vu les failles dans la couche d’argilite, mais seulement celles dans les couches inférieures, où le décrochement était plus grand, d‘environ 15 m, raconte Justo Cabrera. C’est important, car si on ne voit pas les failles par sondage sismique à Bure cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien.»

Grâce à cette technique de pointe, les experts de l’IRSN savent désormais que l’absence de faille dans les images sismiques de Bure indiquent simplement qu’aucun décrochement de plus de 5 mètres n’y est présent. Un facteur qui reste toutefois rassurant, car des déplacements aussi faibles risquent peu de mettre en circulation de l’eau contenue dans les couches géologiques qui sont au-dessus et au-dessous de l’argile autour de Bure.

Sûreté du stockage

Même sans utiliser de matières radioactives, les chercheurs arrivent également à mieux étudier des éléments clés de la sûreté du stockage, comme le comportement des bétons et des aciers au contact des parois rocheuses. «Nous savons désormais que l’importante activité chimique du béton n’altérera pas la roche au-delà d’un mètre, même au bout de 10.000 ans», assure Alexandre Dauzères, ingénieur de l’IRSN travaillant à Tournemire.

En revanche, l’expérience qui mesure la manière dont les bouchons d’argile gonflante devront sceller les galeries remplies de matières radioactives en fin d’exploitation est encore en cours. «On se rend compte que l’argile se sature en eau un peu plus lentement que ce qu’on attendait, et nous devrons attendre encore quatre ou cinq ans pour faire les tests de performance», explique Jean-Dominique Barnichon, chef du laboratoire d’étude sur les transferts et les interactions dans les sols de l’IRSN.

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