Le retraitement des déchets nucléaires reste illisible par le grand public

Dans un rapport sur le cycle du combustible remis à Nicolas Hulot le 27 juillet, le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire pointe les ambiguïtés de la rhétorique du recyclage des matières radioactives.    Agnès Sinaï

La gestion des déchets radioactifs demeure le talon d’Achille de l’énergie nucléaire.

Fin 2016, environ 13.770 tonnes de combustibles usés étaient entreposées en attente de retraitement, note le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) dans un rapport sur le cycle du combustible français remis au ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, le 27 juillet dernier.

La quantité de matières radioactives, non encore retraitées, entreposées sur le site de la Hague (Manche) au 31 décembre 2016, était de 9.778 tonnes de métal lourd (tML) pour une capacité de 14.000 tML, pointent les auteurs. D’ici à 2030, les piscines d’entreposage seront saturées. EDF a le projet de construire une nouvelle piscine centralisée pour pallier l’absence de capacité d’entreposage des combustibles.

Face à ces perspectives, l’industrie nucléaire, soutenue par l’Etat, entend créer des débouchés pour ces matières radioactives qui s’accumulent, les résorber par un  »cycle » idéalement  »fermé » : les combustibles usés sortant des réacteurs après irradiation subissent un traitement dans des usines spécialisées à l’issue duquel une partie des matières obtenues est recyclée. L’autre cycle est qualifié d’  »ouvert » : les combustibles usés sont considérés comme des déchets qui sont entreposés à sec ou dans des piscines de refroidissement à des fins de stockage définitif. La dénomination de  »cycle fermé » peut induire le public en erreur, souligne le comité des sages du nucléaire.

Un taux de recyclage de 1%

Sur 1.200 tonnes de combustibles chargées chaque année dans les réacteurs, 120 tonnes sont des combustibles MOX (Mélange d’Oxydes de plutonium et d’uranium appauvri) fabriqués à partir de 10,8 tonnes de plutonium recyclé annuellement produites. Si l’on comptabilise les quantités de matières recyclées, il convient de considérer un taux de recyclage inférieur à 1% correspondant au rapport 10,8 t (matières recyclées) / 1.200 t (matières totales chargées), pointe le rapport.

En outre, après avoir été utilisés en réacteur, les combustibles MOX ne sont aujourd’hui pas retraités. Hautement radioactif, le MOX usé, après avoir été suffisamment refroidi dans les piscines de refroidissement, est évacué et actuellement entreposé dans l’usine Orano (ex-Areva) de La Hague. A fin 2016, cet entreposage était de l’ordre de 1.330 tonnes.

Par ailleurs, de 1994 à 2013, une partie de l’uranium de retraitement (URT) a été ré-enrichie et utilisée pour la fabrication de combustible à l’uranium de retraitement enrichi (URE) dans le cadre du fonctionnement des quatre réacteurs de 900 MW de la centrale nucléaire de Cruas (Drôme). Mais depuis 2013, l’uranium de retraitement obtenu à l’issue du retraitement des combustibles usés n’est pas valorisé pour des raisons industrielles, économiques et environnementales.

A la recherche de débouchés pour le MOX

Outil de pilotage de la politique énergétique, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit pour la période 2019-2023 de maintenir la politique de traitement et de recyclage du combustible nucléaire et d’étudier les modalités d’utilisation du MOX dans les réacteurs de 1.300 MW, 1.450 MW et de l’EPR (1.600 MW).

La PPE envisage à plus long terme le recyclage des combustibles MOX usés dans le cadre des systèmes nucléaires de quatrième génération, notamment à l’aide des réacteurs à neutrons rapides (RNR). La France a lancé en 2010 les études de conception d’un démonstrateur RNR avec le projet Astrid. Le Gouvernement devra décider d’ici 2019 de la poursuite de ce projet et des orientations futures en matière de recherche sur les combustibles nucléaires.

Le Haut comité considère que la décision du Gouvernement sur ce sujet devra être explicitée au grand public en présentant les grandes orientations envisagées de la filière nucléaire et en particulier du cycle du combustible.

Une terminologie susceptible d’induire le public en erreur

Le Haut comité constate que les informations et les documents mis à disposition du public par les acteurs de la filière nucléaire et les parties intéressées sur le  »cycle du combustible » ne permettent pas toujours d’appréhender clairement le processus tel qu’il est mis en oeuvre actuellement.  »L’interprétation des éléments de communication sur le caractère «cyclique» du retraitement laisse parfois croire en effet à la mise en oeuvre de procédés de valorisation immédiate de l’ensemble des matières issues du traitement des combustibles usés », souligne le rapport.

Enfin, les éléments portés à la connaissance du public ne permettent pas de saisir l’échelle temporelle des différentes étapes du cycle du combustible, estime le HCTISN, qui recommande d »’anticiper dès à présent le maintien et la transmission de la mémoire à long terme des connaissances et des données sur les opérations de gestion des matières radioactives, quelles que soient les décisions qui seront prises pour le devenir de la filière nucléaire française ».

Quant aux associations, elles soulignent dans leur contribution que  »moins de 1% des combustibles irradiés sont recyclés actuellement (0,9%) » et estiment  »abusif » de parler de « cycle » et encore plus de« cycle fermé ». « La terminologie «cycle ouvert» pour qualifier l’absence de cycle frise le ridicule. Par ailleurs, plus du tiers des combustibles usés issus des réacteurs à eau pressurisée d’EDF ne sont actuellement pas retraités, quarante ans après le premier déchargement ».

L’analyse des données actualisées relatives aux flux et aux stocks de matières et de déchets radioactifs met en évidence que ces derniers pourront varier dans des proportions importantes et de fait affecter les générations futures dans les prochaines années. La réduction progressive de la part du nucléaire à 50%, prévue par la loi de transition énergétique, redonne des marges de manœuvre. Si elle est entérinée par la PPE, elle contribuera à réduire l’accumulation de ces encombrants combustibles.

https://www.actu-environnement.com/ae/news/retraitement-dechets-nucleaires-illisible-grand-public-hctisn-31836.php4

 

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