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Jan 03 2012

Les 1.001 erreurs qui ont conduit à Fukushima

Ce billet  est le résultat de la consultation du très officiel « Comité d’Enquête sur l’Accident de Fukushima ». Comité d’enquête diligenté par l’Etat Japonais et dont le résultat a été connu le 26 décembre dernier. 456 personnes ont été interrogées. 

 

 

 

 

 

 

02 Janvier 2012 Mediapart Par Michel Philips

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Voir ICI, à partir de Rue 89, un résumé en anglais, le seul disponible pour le moment.

Sans vouloir mettre en doute l’honnêteté scientifique de cette commission, on peut quand même s’interroger sur son impartialité : au Japon, comme en Ukraine, les autorités officielles ont toujours eu tendance à minimiser les faits.

N’en reste pas moins un rapport assez accablant.

Un grand nombre d’erreurs a conduit à la libération d’une « grande quantité de matières radio-actives ».

Rappelons que le séisme a été d’une magnitude de 9,0 et que les vagues du tsunami
ont atteint une hauteur de plus de 15 mètres à Fukushima. Plus de 110.000 personnes ont été évacuées.

Des manquements, des erreurs, des défauts, des imprécisions

1. Concernant la centrale

Le tremblement de terre et le tsunami qui a suivi ont privé la centrale nucléaire de son alimentation en électricité.

Il n’avait pas été prévu qu’une perte d’alimentation électrique de la centrale puisse survenir.

Il n’existait donc pas de système de refroidissement « autonome ».

Il a fallu faire appel aux services des pompiers.

Des erreurs de jugement concernant le mode opératoire de refroidissement ont eu lieu quand les pompiers sont arrivés. Il y a également eu un retard dans la mise en œuvre du refroidissement des réacteurs.

Erreurs de jugements et retards ont entrainé un explosion d’hydrogène formé autour des  réacteurs 1, 2 et 3. Il y a donc eu aggravation de la situation initiale.

De plus, il y a eu un manquement dans l’information des pays voisins d’eau radio-active rejetée dans l’océan.

2. Concernant le quartier général LOCAL chargé de gérer les « urgences nucléaires » (situé à 5 kms de Fukushima)

Il n’a pu fonctionner pour des raisons multiples :

  • il existait un défaut dans les moyens de transport (camion, état des routes) pour conduire le personnel dans ce quartier général, en raison du tsunami,
  • il y avait une disparition des moyens de télé-communications  pour la même raison,
  • il y avait un défaut de nourriture, une pénurie d’eau et aussi de carburant, pour la même raison également,
  • le niveau de radiation était trop élevé pour en permettre l’utilisation. Et ce en raison de l’absence de filtres à air qui avaient cependant été prévus dès 2009…mais n’avaient jamais été installés.

3. Concernant le quartier général CENTRAL des « urgences nucléaires »

C’était à lui de déléguer au quartier général LOCAL. Cela n’a pas été fait.

Il existait donc une « insuffisance de communication » entre ces deux centres.

Il existait aussi un défaut de communication entre le quartier général et les services chargés de doser la radio-activité.

4. Concernant l’organisation des secours

Les manuels expliquant la mise en route des secours « n’ont pas fonctionné correctement ».

Il n’y donc eu ni instructions correctes données, ni mesures appropriées correctes prises.

Il apparaît donc que TEPCO n’avait pas prévu une coordination correcte entre les différents services concernés.

« Une telle situation est tout à fait inappropriée chez des responsables d’exploitations nucléaires »  dit le rapport.

5. Concernant les radiations

Il y avait des confusions concernant l’utilisation des données de radiation recueillies.

Le système chargé de prédire le risque de dispersion de la radio-activité dans l’atmosphère (SPEEDI) n’a pas bien fonctionné.

Cela a entrainé des difficultés dans la gestion de la décision d’évacuer des populations menacées.

6. Évacuation des populations

La planification de la stratégie d’évacuation des population s’est faite sans pouvoir tenir aucun compte de l’utilisation du système SPEEDI.

7. Information de la population

« Les annonces publiques des informations, concernant une affaire aussi urgente, ont été retardées Des communiqués de presse ont été retenus. Des explications ambigües ont été données. »

8. Mesures de prévention

La commission de sécurité nucléaire qui a travaillé pendant 5 ans (2001-2006) n’a jamais fait appel au service d’un spécialiste en tsunami.

Elle s’est contenté de tabler sur une vague « d’environ 3 mètres » (comme au Chili) alors que des probabilités d’une vague de 9 à 15 mètres avaient été évoquées.

Conclusion

 Le Japon possède une grande expérience des tremblements de terre et des tsunamis (le mot est japonais).

Tokyo subit régulièrement des séismes graves sans connaître des pertes humaines importantes.

Dans le cas de Fukushima, force est de constater toute une série de manquements au niveau de ses dirigeants, TEPCO.

Tout s’est passé comme si les responsables manquaient de conscience professionnelle. Ou comme s’ils n’avaient pas vraiment conscience des dangers liés au nucléaire. Ou comme s’ils pêchaient par excès de confiance en eux.

On est frappé par la suite sans fin des « petits pépins », à tous les niveaux, conduisant à une catastrophe.

Une évidence : l’erreur est humaine.

Dans le cas du nucléaire, on en voit les conséquences.

Avons-nous la certitude que, en France, ce genre d’accident est impossible ?

Deux articles pour apporter un début de réponse:

Paluel, la visite inopinée et édifiée d’un parlementaire

La Hague: un exercice pris pour un jeu par la population

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