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Juil 22 2013

Les militants écologistes de plus en plus menacés dans le monde

Depuis quelques semaines, le gouvernement brésilien a pris des mesures pour protéger des petits paysans et des écologistes menacés de mort en Amazonie. En mai, un couple de militants avait été assassiné lors d’une embuscade dans l’Etat du Para. La marche du mouvement des sans terre s’est terminé dans la violence, face au palais présidentiel de Brasilia, le 17 mai 2005. 
Un exemple loin d’être isolé. Le 12 juin, Celso Rodriguez, un Indien guarani de 42 ans, est, lui aussi, tombé dans une embuscade tendue par deux hommes armés, supposés à la solde d’éleveurs qui occupent le territoire de la communauté de Paraguassu, relate l’ONG Survival International. « La bataille pour la possession des terres est très violente, explique Fiona Watson, directrice des campagnes à Survival International. N’oublions pas que les sols qui appartiennent aux peuples indigènes recèlent de nombreuses richesses, en particulier des minerais. » Par Rémi Barroux et Marie Jégo (à Moscou) Le Monde  20.07.2013 

Selon le travail de recensement réalisé cette année par l’ONG Global Witness, deux personnes sont tuées chaque semaine en raison de leur engagement pour l’environnement. Militants écologistes, représentants de peuples indigènes, ils sont menacés et persécutés par des organisations paramilitaires, des milices privées, voire des polices officielles. Ce chiffre, bien sûr difficile à établir avec précision, aurait doublé depuis 2000.

« En fait, les défenseurs des droits à la terre contre les grands projets industriels ou agricoles, sont soumis à de nombreuses pressions, explique Gerald Staberock, responsable de l’Organisation mondiale contre la torture. Ces militants se mobilisent souvent dans des régions rurales isolées, donc plus vulnérables. Ils sont à la merci de milices privées payées par les grandes entreprises. Et les Etats qui devraient les protéger sont bien souvent corrompus par ces mêmes groupes. »

Dans son rapport annuel 2013, Amnesty International estime que ces peuples « gardiens de la terre » sont en danger dans le monde entier : Brésil, Colombie, Guatemala, Cambodge, Inde, Costa Rica, Indonésie, Mexique, Honduras, Philippines, Thaïlande, Cameroun, etc.

Certes, le contexte politique est à chaque fois différent, mais la motivation de ces meurtres est quasi identique. « Dans certains cas, affirme Amnesty International, les gouvernements censés les protéger s’emparent de leurs territoires au nom de l’Etat souverain, puis les louent ou les vendent à des tiers. »

Le processus est souvent le même, décrivent les responsables d’ONG. « On menace de mort les chefs, leurs enfants sont aussi visés et, si cela ne suffit pas, on les élimine », raconte Nicolas Krameyer, responsable du programme des personnes en danger à Amnesty International.

La lutte acharnée pour ces terres et leurs matières premières n’est pas nouvelle, mais elle gagne en intensité. « En Malaisie, la criminalité est de plus en plus forte dans le secteur forestier, explique Pascal Husting, directeur des campagnes de Greenpeace International. La plupart des bois vendus sur les marchés sont de provenance illégale. »

LABEL RUSSE D' »AGENT ÉTRANGER »

« Contre cette violence accrue, il nous faut être plus offensifs », analyse le militant. L’ONG, dont les campagnes contre le nucléaire, la pêche de certaines espèces et le trafic de bois sont très centralisées, a élevé le niveau de préparation de ses militants : « Nos formations sont plus poussées : il faut que l’on soit capables de maintenir l’intégrité physique et psychologique de nos militants dans des zones rurales. »

La police russe arrête un écologiste devant la Douma, avant qu’elle n’approuve une loi plaçant les activités des ONG sous le contrôle de l’Etat, mercredi 23 novembre.

La criminalisation de ces mouvements se généralise. En Russie, les écologistes subissent perquisitions et interrogatoires. Selon une loi adoptée en 2012, les ONG qui reçoivent des financements de l’étranger doivent se déclarer en tant qu' »agents étrangers », ce qu’aucune d’elles n’a voulu faire jusqu’à présent. Un qualificatif aisément assimilable au terme « espions » qui, d’emblée, discrédite le travail des ONG aux yeux de l’opinion publique.

Ces derniers mois, le parquet russe a mis en demeure les organisations écologistes les plus actives – Bellona, Greenpeace, WWF et, en province, La Vague écologique du Baïkal, l’Observatoire de l’environnement à Sakhaline – de s’enregistrer au ministère de la justice sous cette appellation.

En cas de refus, elles encourent six mois de suspension d’activité. Les personnes physiques risquent jusqu’à trois ans de prison. Les amendes prévues par la loi sont coquettes, jusqu’à 15 000 euros. Fin avril, l’ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, a ainsi été punie de son rejet du label « agent étranger » d’une amende de 9 523 euros.

Le grief retenu en Russie contre beaucoup de ces ONG touche leurs actions – tables rondes, campagnes d’informations – perçues comme trop « politiques » par le Kremlin. « Apprendre à la population à construire des toilettes à compost est en effet une activité hautement politique », ironise Marina Rikhvanova, l’un des piliers de La Vague écologique du Baïkal, créée en 1990, située à Irkoutsk en Sibérie et spécialisée dans la protection du lac Baïkal, la plus grosse réserve d’eau douce de la planète.

Le 16 mai, les bureaux de l’ONG ont été perquisitionnés et le parquet a averti : « Votre organisation présente tous les signes de « l’agent étranger » ». La purge est en cours. Après les premières perquisitions visant les défenseurs des droits de l’homme, c’est au tour des écologistes d’être sous haute surveillance.

Marie Jégo (à Moscou)

Journaliste au Monde

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