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Nov 08 2015

L’industrie française des énergies renouvelables éparpillée à tous vents

Dans moins de 3 semaines, la conférence mondiale sur le climat (COP21) qui se tiendra à Paris devrait être une excellente opportunité pour soutenir l’industrie française des industries renouvelable. Nous constatons, hélas, tout le contraire.
Déjà, en avril 2012, l’association Planète Eolienne[1] publiait sur son site une tribune alarmante : « Comment fabriquer 500 chômeurs de plus par jour en 5 ans ? ». Nous déplorions notamment que le président Sarkozy n’ait pas saisi l’opportunité qui lui tendait les mains : libérer les énergies renouvelables.
Nous ne pensions pas qu’en à peine 3 ans (!), nous pourrions multiplier ce chiffre par deux (!)[2]. Incroyable déconfiture. Martelons-le, tant les chiffres font froid dans le dos : en trois ans, la moyenne est de 967 chômeurs de plus par jour ! C’est 50 PME de 20 personnes ou 200 TPE de 5 personnes qui ferment.  . Blog Mediapart PAR BENOIT PRADERIE

 

Certes on s’agite dans le Landerneau. François Hollande a relevé de 50% les objectifs solaires 2020 (8000 MW contre 5400 MW auparavant). Mais en fait nous y sommes pratiquement déjà[3] ! Au delà d’une très molle et éphémère satisfaction, la réalité est qu’en 5 ans, la France a mis à terre une jeune filière qui avait su créer 25.000 emplois et qui est aujourd’hui considérée par tous (investisseurs, agences internationales, industriels) comme la future première énergie du monde. Fiasco.
Nos élites ont les mains prises dans la glaise du « tout nucléaire » comme en témoigne, avec un toupet certain, le nouveau patron d’EDF en affirmant que [contrairement au nucléaire] les énergies renouvelables sont subventionnées[4].
  • Les deux fois 6 mds€ pour l’EPR (Flamanville et Finlande),
  • les 2,5 mds€ de recapitalisation d’Areva,
  • les 2 mds€ du scandale Uramin,
  • les 20 mds€ d’augmentation du budet de Cigeo…
ne sont certainement pas des subventions. !?

Certes, Ségolène Royal a annoncé une simplification administrative dans l’éolien avec le permis unique, mais il faut toujours 2 à 3 fois plus de temps pour mettre en service un parc éolien en France que dans tous les autres pays. Nous continuons donc à fabriquer 2 à 3 fois moins vite de futurs champions, des vocations, des innovations, des emplois. Sans surprise, enjuin 2015 seul un tiers des objectifs 2020 des Schémas régionaux climat-air-énergie (SRCAE) étaient atteints.

Evoquons aussi l’éolien offshore dont l’atout « national » n’est plus. Les éoliennes d’Alstom ont été bradées à General Electric et celles d’Areva sont en recherche d’un repreneur afin d’éponger ses dettes pharaoniques. Fiasco à nouveau. Nos élites ont préféré vendre l’avenir de cette industrie à l’encan.

Les énergies renouvelables sont-elles seules à êtremal aimées ? Est-ce ainsi que l’on prépare la transition énergétique ? Certes non ! Le mouvement de désindustrialisation est beaucoup plus large, plus profond. Il dégoûte tout le pays par l’impéritie des gouvernements successifs qui moulinent sans vision et par le cynisme pécuniaire des patrons d’industries qui, à coup de millions d’euros, sont remerciés d’avoir si bien cassé notre « muscle industriel ». Marianne citait dans son édition du 11 septembre quelques « étoiles » de cette débâcle : Alstom et Patrick Kron, Lafarge et Bruno Lafont, Alcatel et Michel Combes, Peugeot et Philippe Varin, Areva et Anne Lauvergeon… Pour les PME connues ou moins connues, c’est pire.

Voilà des centaines de milliers d’emplois et des dizaines d’usines (les chiffres effraient) qui ont disparu et avec elles, les compétences de mobilisation, d’irrigation des territoires, de formation des jeunes, d’espoir en des jours meilleurs. On rappellera avec force à nos gouvernants qu’une agitation médiatique qui frise l’écœurement ne constitue pas une politique industrielle. Et on se scandalisera que l’on fabrique des charognards, osons le mot, dans les Grandes Ecoles de la République financées par nos impôts.

Claire Guélaud dans sa chronique du Monde du 18 septembre assénait ainsi que la France avait perdu 500.000 emplois industriels en sept ans quand l’Allemagne en gagnait 130.000.

S’il y a un secteur où nous pourrions créer 3 à 600.000 emplois[5]en 15 ans, c’est bien sur les thèmes de la transition énergétique, catalysés par la COP21 qui cogne à nos portes.

Face de cela, on entend ces jours-ci que 700 emplois (sic) ont déjà été créés dans le transport par autocar…

Il est grand temps de hisser haut nos idéaux.

 


[1] www.planete-eolienne.fr

[2] Juin 2015 : 1.059.100 chômeurs de plus de 3 ans (toutes catégories confondues).

[3] 6000 MW installés en Juin 2015 et 1500 MW en cours d’installation.

[4] Jean-Bernard LEVY, Les Echos, 22 septembre 2015.

[5] Etudes CIRED/CNRS de l’association NégaWatt (2013). Rapport ADEME (avril 2015). Rapport Greenpeace (sept. 2015).

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