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Nov 21 2011

LOBBYS NUCLEOCRATE ET EOLIEN: UNE BAGARRE ENTRE BOURGEOIS

Par Hempel Le Post 18/11/2011

Sous les quotidiennes sirènes du bonheur démocratique et des sondages conviviaux, on finissait par oublier que les élections ne sont pas l’affaire des électeurs, mais des désidératas des grands magnats industriels. Ce n’est pas « l’opinion », ni le « libre choix » des votants, ni les clubs sportifs, ni le Crif, ni le pape qui choisissent le parti éligible et son candidat, mais les banques, les grands patrons coalisés avec les petits, et le lobby nucléaire, consortium qui non seulement irrigue le pouvoir mais EST le pouvoir. La petite France n’est-elle pas depuis De Gaulle, la bombe A + ses centrales nucléaires, comme la Libye de Kadhafi était l’armée + le pétrole, comme Israël est son armée américaine et ses olives, etc.

A l’occasion (malencontreuse) d’un chipotage entre la gauche bourgeoise et ses sous-fifres de l’écologie, la péripétie autour du gommage, après validation des deux parties, du terme MOX, dans le communiqué commun validant le charcutage électoral mutuel, avec parachute garanti, le sang non irradié du lobby nucléocrate (EDF + AREVA) n’a fait qu’un tour. Sans précaution d’arrière cuisine, le lobby a montré les dents. En langage diplomatique, mais trop vite rendu public par les officines de l’empereur de l’Elysée, Areva a indiqué avoir averti « ses contacts ordinaires au PS » de « conséquences économiques, sociales, industrielles, environnementales très graves, qui conduiraient aussi à la disparition du leadership de la France dans le nucléaire civil ». On a alors dénoncé tout azimut une nouvelle désindustrialisation de la nation, et le probe trust s’est livré sans ambages à un chantage à l’emploi. Rejoint aussitôt par les perroquets du gouvernement et par les syndicats gouvernementaux, le chœur des protecteurs de l’industrie française – avocat désintéressé de ses nombreux ouvriers – n’a pas eu de mots assez durs contre ces « amateurs » du PS et leur girouette Hollande. CGT, FO, CFTC et la CFDT, syndicats « indépendants » se sont indignés que le staff de Hollande et des verts de gauche n’aient pas pris la peine de se concerter avec le lobby nucléocrate.

Outre une sévère leçon pour les électeurs naïfs qui baignent dans la mystification démocratique, nous, pauvres spectateurs, découvrîmes un produit assez spécial, inconnu du public jusqu’ici, le MOX. Pauvres ignorants que nous sommes, nous pensions que les centrales fonctionnaient, sans cette histoire de retraitement, à base d’uranium, voire de plutonium, enfin d’un combustible assez primaire quoique dangereux pour sa conservation au long terme, et les politiciens écolos commençaient à nous lasser avec leur éclairage à la bougie et les trucs sophistiqués et chers pour économiser l’énergie dans les résidences secondaires des couches moyennes.

Nous savions que de toute façon on ne nous demande pas notre avis sur la manière de gérer l’Etat bourgeois et la matière pour nous embobiner, car nous savons bien qu’on ne peut se passer du jour au lendemain d’une foule d’énergies polluantes : pétrole, nucléaire, guerres, maladies endémiques, famines, bêtise médiatique, etc. Mais cet accommodement d’impuissants exploités n’imagine jamais combien la loi du profit et les querelles de puissances en compétition nous préparent des lendemains plus horribles encore pour l’humanité, et que les commerciaux écologistes se proposent de bannir.

Le MOX n’est pas un simple uranium enrichi ou appauvri. Il est issu d’opérations de retraitement. Fabriqué dans l’usine Melox de Marcoule (Gard), il alimente partiellement des centrales japonaises, allemandes et françaises (21 des 58 réacteurs d’EDF). L’EPR de Flamanville doit aussi fonctionner au MOX. Par la présence de plutonium dans sa composition, ce combustible est hautement « proliférant », dénoncent depuis des années les amis de l’écologie universelle, cette promesse d’avenir radieux et pas radiant pour l’humanité. Les industriels répliquent qu’il n’y a aucun risque que ce plutonium serve à la fabrication d’une bombe puisqu’il n’est pas de qualité militaire. Un argument d’imbécile appauvri.

Rendons grâce à notre nation française post-gaulliste qui s’honore d’être le premier exportateur net d’électricité au monde grâce à sa production nucléaire. Elle en tire chaque année trois milliards d’euros à l’export. La valeur ajoutée totale produite par le nucléaire serait au total de plus de 12 milliards d’euros, et contribuerait pour 0,71% au PIB français. Ce qui n’est pas rien en regard des dettes pharaoniques à rembourser pour agréer aux agences de notation.

Le lobby des élus verts, qui prétend représenter une foule de PME, comme son concurrent PS fît aussitôt valoir que la transition, en cas d’alternance avec le règne sarkozien, vers les énergies renouvelables «créera bien plus d’emplois qu’elle n’en détruira» ; avec leur argument « stop immédiat au nucléaire », ils font rigoler même une mémé auvergnate chauffée au mazout. Un rapport d’un quelconque Conseil d’analyse stratégique (CAS) paru l’année dernière évaluait à 440.000 le nombre d’emplois directs qui seraient potentiellement induits par un accroissement du marché des produits et matériaux au label écologique, certifié DCB ou EELV. Ces fumeurs de shit arguèrent qu’en Allemagne, le secteur aurait d’ores et déjà généré quelques 370.000 emplois directs et indirects. Bonne promesse électorale qui ne fait pas dans la demi-mesure, les compétiteurs écologistes ont assuré en outre que le transfert des employés du nucléaire vers la filière énergies vertes serait par ailleurs facilité par les départs à la retraite massifs qui devraient intervenir d’ici 2020 ; ce qui est le plus beau mensonge à mettre au crédit des politiciens verts. La filière nucléaire emploie en effet un nombre important de travailleurs saisonniers sans protection ni syndicale ni juridique, et trop jeunes pour espérer partir en retraite en 2020. Et déjà contaminés comme d’autres à l’amiante longtemps après…

« On a reçu une instruction politique », se souvient un dirigeant d’EDF, qui parle de l’EPR comme d’« un réacteur plus politique qu’industriel ». Ce sera une centrale franco-allemande, car le couple Mitterrand-Kohl voulait rééditer dans l’énergie le succès du programme Airbus. Et ce fût l’European Pressurized Water Reactor (EPR). EDF et Framatome s’exécutèrent et se rapprochèrent de Siemens et des électriciens allemands. Ils s’étaient aussi invités à travailler main dans la main avec les autorités de sûreté nucléaire des deux pays. La catastrophe de Tchernobyl, en avril 1986 a refroidi l’amical combustible à profit. Elle a pétrifié les opinions publiques, vitrifié de nombreux projets… Puis il y a eu le drame de Fukushima, non pas dû à une fission nucléaire incontrôlée mais au fait que la centrale avait été construite en bord de mer dans une zone sismique à risque, avec l’aide d’ingénieurs français. Aubaine pour les politiciens écologistes qui y virent une occasion de gonfler leurs scores en Europe. Peine perdue avec la nouvelle crise systémique, autrement plus grave, de la crise capitaliste ! Fort de sa campagne des primaires dopée par tant de spectateurs indignés des rapines des banques, l’appareil du PS avait cru bon de mépriser ses alliés petits bourgeois écologistes trop vite boostés par les cadavres japonais. Et, comme n’importe quel vieux parti stalinien, ce parti qui ne sent plus la roses’était autorisé à ôter la mention du MOX dans le laborieux compromis verts-rose, qui faisait tâche d’huile sur le veston des intérêts de la nation.

SOUS LES QUERELLES FRANCO-ELECTORALE LA GUERRE ECONOMIQUE

Le lobby d’EDF était pourtant sévère sur le choix de l’EPR cancanant qu’il a compromis le déploiement de l’industrie nucléaire française en Chine. Dans les années 1980-1990, le lobby a fait construire les centrales de Daya Bay et de Ling Ao pour China GuangdongNuclear Power Company. La présidente d’Areva, récemment licénciée par Sarkozy, ne l’entendait pas ainsi. Anne Lauvergeon puisqu’elle avait réussi vendre son EPR à la Finlande et voulait renouveler l’opération à l’échelle chinoise. A Pékin, les autorités se sont mis à douter des grands commerçant du nucléaire français. Et c’est finalement AP 1 000 de l’Américain Westinghouse qui sera choisi, fin 2006, comme réacteur de référence du programme électronucléaire chinois. D’où le licenciement post negociatum de la mère Lauvergeon. Areva sauvera la face un an plus tard en vendant deux EPR et leur combustible pour 8 milliards d’euros. Peut-être en livrera-t-il deux autres et quelques-uns en Inde. « Mais la France ne peut pas avoir que l’EPR dans son catalogue », modère Henri Proglio depuis sa nomination par le cador de l’Elysée: il fautêtre présent sur l’énorme marché chinois. Il y a vingt ans, avec l’EPR, la France privilégiait la coopération franco-allemande, puis Siemens est sorti du capital d’Areva en 2009 avant de sortir du nucléaire en 2011 ; aujourd’hui, le lobby nucléocrate veut croire à un axe franco-chinois.

A l’entrée du chantier de l’EPR de Flamanville, dans la presqu’île du Cotentin, où le bâtiment réacteur est posé au-dessus du niveau de la mer, comme à Fukushima, des propagandistes de Greenpeace (dont les leaders ont leur siège aux USA) distribuent un tract expliquant en 20 points « pourquoi arrêter le chantier EPR » : retard de quatre ans sur le calendrier ; dérapage de la facture passée de 3,3 à 6 milliards d’euros ; mises en garde de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la fiabilité du contrôle-commande, véritable « cerveau » de la centrale ; malfaçons dans le génie civil ; deux morts sur le chantier cette année ; prix très élevé de l’électricité produite… Et tout cet argent détourné de sa vocation, « le développement réel d’énergies alternatives ». Le PS et sa nouvelle prima donna ne contestaient pas cette réalité peu avant leur entrée en scène électorale un peu trop précoce suite aux mauvaises ondes d’un de leurs principaux candidats pervers. Fin octobre, l’ex ministre de Jospin, Michel Sapin, évoquait maladroitement un « grand ratage industriel »(sans concertation avec le lobby nucléocrate) (sic la faute à Lauvergeon pourtant simple missi dominici de l’Etat). Quinze jours plus tard, le député européen accessoire Daniel Cohn-Bendit avait parlé d’« un tombeau industriel et financier ». Les énergies « alternatives » semblaient pouvoir incarner une bonne éolienne électorale menaçant de souffler bon nombre de places oligarchiques au PS sanctuarisé.

Retour de bâton industriel dans les roues de la gauche caviar à panneau solaire, lorsque la nucléocratie apprit que l’EPR de Penly (Seine-Maritime) ne se fera pas si le cartel Hollande accède à l’Elysée. Et puis quoi encore ? Renoncer à Flamanville ? Début novembre, la rumeur d’un arrêt du chantier en cas de victoire de la gauche avait faitplonger EDF en Bourse. Trois à quatre milliards d’euros ont déjà été dépensés en études, en équipements et en main-d’oeuvre. Et EDF, maître d’ouvrage, devrait verserd’énormes dédits à ses partenaires et à ses fournisseurs. Pourtant, après quatre années chaotiques et 15 millions d’heures travaillées, le chantier avançait bien. Aux yeux des ingénieurs d’EDF, l’EPR est entaché pourtant d’un péché originel : ne pas être « made in EDF ». Même s’ils y ont mis leur patte à Flamanville, il reste un produit conçu par Areva et l’allemand Siemens. Architecte-ensemblier des 58 réacteurs français mis en service entre 1977 et 1999, EDF et sa puissante ingénierie avaient toujours été étroitement associés à Framatome pour leur conception. Cela lui permettait de ne pas êtredépendant du fabricant des réacteurs et de les améliorer en permanence, ce que n’a pufaire le japonais Tepco avec son fournisseur américain General Electric au moment de l’accident de Fukushima.

Drame industriel pour la bourgeoisie française. Les projets à l’exportation sont déjà durement frappés par le syndrome post-Fukushima. Areva a construit l’usine japonaise de Rokkasho-Mura sur le modèle de La Hague et négocie depuis des années avec la Chine. Un contrat qu’il évalue à 15 milliards d’euros. Il a aussi un projet d’usine de Mox à Savannah River, aux Etats-Unis. Dur dur après Fukushima et les cris des politiciens écologistes qui sont à la chasse aux places de dignitaires méritocratiques.

Le chipotage entre le PS et les Verts a donc ravivé la plaie concernant la « capacité du candidat Hollande » à gérer les affaires de la bourgeoisie française dans son flou artistique qui comporte une mirifique embauche de fonctionnaires pour l’Eduque naze et la possible promotion d’irresponsables verts.

Avec ce pain béni du MOX, l’intox de la droite au pouvoir a su ainsi dénucléariser la petite bombe Hollande. Bien mieux que l’exploitation des frasques de DSK, bien mieux que la parade du général Sarkozy vainqueur en Libye, bien mieux que la police exhibée comme protectrice de la veuve et de l’orphelin, et en concordance avec le souci national de faire se serrer toujours plus la ceinture aux prolétaires pour « sauver la nation », l’actuel hôte du palace de l’Elysée s’est confirmé à cette occasion comme le meilleur champion du lobby nucléocrate, méritant son adoubement industriel et populaire en 2012.

Toute cette stratégie électorale – Hollande sait très bien que les écolos déconnent et sont le talon d’Achille d’une gauche incrédible – participe (non d’une volonté de détruire le PS, car justement si le lobby a tiré les oreilles à Hollande, c’est en lui rappelant les obligations industrielles s’il parvenait à supplanter le clan Sarkozy) – mais bien d’une même attaque contre la classe ouvrière, en la divisant sur la question qui la concerne plus que tout autre : l’emploi ; non pour la pousser à voter Sarkozy, elle peut bien s’abstenir puisqu’elle est minoritaire et ce triste Mélenchon peut bien en canaliser une partie, c’est pas grave.

Il a bien tenté de rattraper la bourde le petit Hollande. Sur TF1, il s’est arrogé de lever toute ambiguïté : « Je suis pour qu’il y ait encore du retraitement du combustible, il le faut pendant le temps nécessaire. » Ne serait-ce, ajouta-t-il, que pour alimenter les 21 réacteurs fonctionnant en partie avec ce mélange d’uranium et de plutonium, dont Areva assure 95 % de la production mondiale.

Peine perdue, le nuage contaminé était bien passé au-dessus de sa tête. Avec force effets de manche, les politiciens de droite gouvernementale, ragaillardis, ont assuré, « eux », tout faire pour éviter « le saut dans l’inconnu », pour sauver les emplois dans l’automobile, dans les banques, à Sea France, etc. Tout en prenant soin de diviser le prolétariat. Pierre n’est pas traité comme Paul. Pierre travaille « au front » dans les PME, ses congés maladie ne lui sont pas rétribués. Paul fonctionnaire peut s’arrêter en maladie sans aucune rétorsion sur son salaire, pourquoi ne bénéficierait-il pas lui aussi de la « journée de carence » ? Comme pour les retraites, ne faut-il pas aligner tous à la même enseigne ? La devise au front des mairies n’est-elle pas : liberté, égalité, fraternité ?

Allez vous indigner contre une aussi onctueuse action d’intérêt national ?

Tout le reste n’est que littérature et les sondages suivront.

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