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Juin 12 2013

MOX Grande-Bretagne : un nouveau scandale à Sellafield ?

Dans un papier du 9 juin The Independant revient sur l’échec fracassant du programme de retraitement de combustible anglais, une filière qui a finalement délivré moins du dixième du combustible MOX qu’elle était censée produire tout en coûtant 5 fois plus cher qu’initialement prévu. Retour sur un nouveau puits sans fonds électronucléaire… Par Trifou , mardi 11 juin 2013

1997-2010 : l’usine SMP de BNFL

British Nuclear Fuel Limited était une compagnie publique Britannique chargée de produire le combustible brulé dans les centrales anglaises et certaines centrales électronucléaires étrangères ; son usine Sellafield Mox Plant produisait à Sellafield / Windscale une partie du combustible nucléaire MOX[1] destiné à alimenter les centrales électronucléaires Japonaises. A la suite d’un scandale  impliquant une tromperie sur un chargement de combustible destiné au réacteur moxé n°. 4 de la centrale de Takahama, le Japon a définitivement abandonné dès l’année 2000 le MOX de Sellafield pour se tourner vers le fournisseur français AREVA.

Le projet de l’usine SMP avait été approuvé en 1993 et devait initialement coûter environ 300 millions de livres ; il était entièrement tourné vers l’export car, bizarrement, aucune centrale nucléaire anglaise n’utilise le combustible mixte [2]. L’usine était donc principalement dépendante des commandes Japonaises. En 2011, lors de l’arrêt définitif de la chaine de retraitement, la facture présentée au contribuable anglais s’élevait à 1.4 milliard de livres, une somme à laquelle il faut ajouter les quelques 800 millions de livres destinées à démanteler et dépolluer – du moins ce qui peut l’être – le site de l’usine SMP.

Le MOX, une technique complexe et un gouffre financier

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Mis à part le français AREVA qui – pour l’instant – semble contrôler plus ou moins l’ensemble de la chaine de retraitement de combustible nucléaire, tous les autres projets similaires ont échoué à plus ou moins long terme. Les japonais et les Russes n’en ont jamais produits que quelques tonnes et les anglais moins d’une quinzaine (avec la qualité que l’on sait). Le principe même de réutiliser en partie le combustible partiellement brulé dans les réacteurs à eau légère est loin de faire l’unanimité ni même d’avoir prouvé une quelconque utilité ou rentabilité, tout au moins dans le contexte actuel d’une offre d’énergie abondante. Les États-Unis eux-mêmes, s’ils étaient bien à l’origine du procédé de séparation « PUREX » [3], ont refusé dès les années 1970 [4] de promouvoir ce type de combustible, le jugeant « dangereux » et « non rentable » avant de réfléchir de nouveau à la question un peu avant la catastrophe de Fukushima.

En 1982, les USA s’orientèrent définitivement (?) vers une solution de stockage géologique, le combustible irradié ayant été retiré pour l’occasion de la catégorie des « ressources » pour être placé dans la catégorie des « déchets » [5]. En 2005, les États-Unis estimaient toujours que la rentabilité du retraitement du combustible irradié n’était pas assurée. Une étude Japonaise réalisée par la JAEC [6] en 2004 estimait de son côté que le surcoût lié au retraitement du combustible Japonais sur les installations de Rokkasho pouvait être estimé à environ 100 millions d’Euros [7]. Il n’y a jamais que la France pour annoncer aujourd’hui que retraiter peut être rentable (dans des conditions de sécurité optimales) !

Les tactiques habituelles du lobby nucléaire tentent désespérément de rendre le processus de retraitement « présentable »

Les anglais ont bien compris que la totalité du projet de retraitement était viciée, que les dès étaient pipés dès le départ du projet. Le député (travailliste) anglais Michael Meacher  qui était Ministre (travailliste) de l’environnement dans le cabinet Blair lors de la construction de l’usine SMP a d’ailleurs précisé une étonnante qualification des faits que – vous nous connaissez – nous ne nous serions jamais permis d’oser formuler :

Ce qui n’a jamais été précisé est que la totalité du projet [de l’usine de retraitement de Sellafield] était une escroquerie, et ce, depuis le départ.

En France, sans arriver à ces extrémités oratoires, un avis rendu en juillet 2010 par le haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (ouf !) a néanmoins estimé que la communication des industriels concernés manquait de clarté et de compréhension et que ces derniers (AREVA et EDF) avaient toujours tendance à brosser un tableau bien optimiste du retraitement en informant par exemple que le taux de retraitement du combustible français s’approchait de 100%. En réalité, seul 12% du combustible brulé lors de l’année 2009 a été recyclé, avec pour corollaire évident que les stocks de combustible irradié augmentent chaque année pour se projeter à environ 450.000 tonnes à l’horizon 2040 . Par extension, les stocks bruts de Plutonium entreposé en France augmentaient de la même manière [8]. Comment pourrait-il en être autrement ?

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Désinformation, minimisation des défauts inhérents, maximisation des bénéfices, nous connaissons depuis longtemps la palette des « enluminures » couramment utilisées par le village pour embellir le panorama global de l’industrie électronucléaire ; même si l’illusion peut (parfois) être entretenue pour un simple observateur distant, une étude attentive des « éléments de langage » dispensées par lesdits industriels français comparée aux discours de leurs éminents collègues étrangers révèle facilement le pot-aux-roses : le bilan global du retraitement du combustible irradié semble nettement moins glorieux que celui claironné par les industriels français… et leurs ardents défenseurs.


Sources : Revealed: £2bn cost of failed Sellafield plant  (The Independant, 9613) – The Sellafield MOX plant  (wiki anglais) – Japan vents fury on BNFL  (BBC, 1820) – What is plutonium MOX fuel? (Greenpeace) – MOX fuel  (wiki) – USA’s MOX plutonium nuclear fuel plant a costly, dangerous, flop (nuclear-news, 201011) – Is U.S. Reprocessing Worth The Risk?  (Arms Control Association, 2005) –Déchets nucléaires : Beaucoup moins de recyclage qu’annoncé officiellement  (le marché citoyen, 1910)


Notes :

[1Mixed OXydes, combustible mixte Plutonium / Uranium

[2Mixed Oxide Fuel , WNA

[3PUREX : Plutonium URanium EXtraction, séparation du Plutonium et de l’Uranium, brevet américain de 1950

[4] Sous les mandats respectifs de MM. Ford et Carter, suite à l’affaire de la bombe Indienne « pacifique » de 1974 

[5Nuclear Waste Policy Act  de 1982

[6JAEC : Japan Atomic Energy Commission

[7]  Nuclear Power and Spent Fuel in East Asia: Balancing Energy, Politics and Nonproliferation  (Japan Focus, 2010)

[8] 1996 : 43.6 tonnes ; 2006 : 48.6 tonnes (source global chance )

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