Oct 28 2011

Nucléaire: partis de gauche et référendum

Publié le 28-10-11 par Le Nouvel Observateur     

Le candidat du Front de gauche suggère aux candidats de gauche de s’accorder pour un référendum sur la sortie du nucléaire. Leurs réactions. Par Ronan Kerneur. 

Jean-Luc Mélenchon a proposé à François Hollande (PS), Eva Joly (EELV), Nathalie Arthaud (LO) et Philippe Poutou (NPA) de soutenir la proposition d’un référendum sur la sortie du nucléaire, dans une lettre publiée le 26 octobre, sur le site de « Marianne ». (lettre reprise ci-dessous)

Si le candidat du Front de gauche à la présidentielle s’avoue « favorable à une sortie programmée du nucléaire », il est conscient que  » la question du recours à l’énergie nucléaire divise la gauche ». Et plus largement, les Français. Il leur propose donc « un référendum argumenté et informé. (…) Chaque point de vue aurait le devoir de proposer un scénario énergétique complet avec son calendrier d’application et son mode de suivi et d’évaluation des résultats. »

Réactions des intéressés, contactés par « Le Nouvel Observateur ».

Parti socialiste 

« On ne peut pas ramener ce dossier compliqué et sérieux à la seule question du nucléaire », répond Stéphane Le Foll, directeur de campagne de François Hollande, à l’appel de Jean-Luc Mélenchon. « La question énergétique est très complexe et nous ne pouvons oublier que nous sommes aussi engagés à combattre le réchauffement climatique », poursuit-il. « François Hollande s’est engagé à engager un grand débat national après la présidentielle », souligne le bras droit du candidat socialiste, « et il a réussi à proposer quelque chose de concret et de raisonnable à une échéance donnée, 2025 », soit la baisse de de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la production d’énergie électrique.

Europe Ecologie-Les Verts (EELV)

« Le référendum, c’est l’élection présidentielle. Des candidats seront pour la sortie du nucléaire et d’autres contre. Et nous sommes pour », rétorque Denis Baupin, négociateur d’EELV sur la question du nucléaire. « Nous avons un programme que nous défendons », poursuit l’adjoint au maire de Paris, et « si Mitterrand avait proposé un référendum sur la peine de mort, nous n’aurions pas fêté le trentième anniversaire de son abolition ». Denis Baupin admet que « l’objectif de 50% pour 2025 est un point de passage sur lequel on pourrait s’accorder avec le PS », mais insiste sur la nécessité d’un engagement clair de François Hollande « sur une sortie du nucléaire à une certaine échéance ». »Une décision indispensable d’un point de vue écologique, mais aussi économique, car les industriels ont besoin de se projeter à long terme », justifie-t-il.

Lutte Ouvrière

« Je ne partage pas la fougue et l’enthousiasme de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis du référendum. Ce n’est pas le summum de la démocratie », explique Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière à la prochaine présidentielle. « Appelez les électeurs à décider une fois de temps en temps sur certains problèmes ne les amène pas à choisir la bonne solution. Regardez l’élection présidentielle », ironise-t-elle. L’enseignante d’économie et gestion précise que « l’objectif est de faire sortir les grands groupes capitalistes du nucléaire ». Son appel : « Nous n’appelons pas à la sortie du nucléaire mais à celle du capitalisme ».

Nouveau Parti anticapitaliste

« Le Front de gauche a du mal à défendre une position claire », souligne Philippe Poutou, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste à la présidentielle 2012. « On ne peut pas organiser un référendum sur des questions si complexes. Dans ce cas, pourquoi ne pas en proposer sur l’interdiction des licenciements économiques ou sur l’annulation de la dette « , s’interroge l’ouvrier de Gironde. « De plus, il n’y a aucune garantie que celui-ci soit respecté », poursuit-il en prenant l’exemple du référendum sur l’Europe. « Le NPA se prononce pour la sortie du nucléaire d’ici 10 ans. Dans l’immédiat, il ne faut pas renouveler les centrales en fin de vie et arrêter le programme EPR », déclare le candidat du NPA. Mais il précise qu' »il s’agit d’une politique globale qui dépend du niveau de production d’énergies renouvelables, de la mise en place d’une entité publique pour rationaliser la consommation énergétique ou encore de la politique des transports publics. »

Ronan Kerneur – Le Nouvel Observateur

Cher François Hollande, chère Eva Joly, chère Nathalie Arthaud, cher Philippe Poutou, 

La question du recours à l’énergie nucléaire divise la gauche. Cette situation paralyse la réflexion et l’action sur l’enjeu majeur de notre temps pour l’humanité. Car elle fait perdre de vue l’objectif commun : sortir des énergies carbonées. Notre génération a le devoir de ne pas se laisser enfermer dans l’impasse actuelle. La catastrophe écologique qui s’avance est sans doute la manifestation la plus terrible de l’aberration à laquelle conduit le mode de développement dominant. Les scientifiques s’accordent pour dire que les énergies carbonées aggravent le changement climatique dans des conditions qui ne tarderont pas à devenir immaîtrisables. Mais nous connaissons aussi les risques et les servitudes liés à l’utilisation de l’énergie nucléaire. Nul parmi nous ne les nie.Nous pouvons tous également anticiper la raréfaction puis l’épuisement des ressources en énergies fossiles. Hélas, rien n’est fait pour parer au problème. Alors même que ces processus menacent les conditions de la vie humaine sur Terre, le capital financier qui dicte aujourd’hui sa marche au monde ne se préoccupe que de ses profits à court terme. Il pousse même parfois le cynisme jusqu’à se prévaloir d’un « capitalisme vert » qui amnistierait le productivisme de ses tares.Notre responsabilité est donc immense. Jamais sans doute dans l’histoire, l’humanité toute entière n’a été confrontée à un tel défi. Jamais nous, les héritiers des lumières et du mouvement ouvrier n’avons été mis au pied du mur de résoudre une aussi grande difficulté. Il n’y a qu’un seul écosystème viable pour tous les êtres humains quelles que soient leurs opinions politiques, qu’ils soient riches ou pauvres. C’est à nous d’incarner une nouvelle fois dans l’histoire l’intérêt général humain, les droits universels. 

Dans ce contexte, nous ne pouvons-nous contenter d’échanger des anathèmes, de nous admonester mutuellement ou de nous opposer des oukases contradictoires. Nous devons, à mon avis, d’abord chercher ce qui peut unifier la société autour d’un intérêt général. Ce point de convergence c’est, je crois, la nécessité de sortir des énergies carbonées. Il est aujourd’hui partagé par tous. En prenant le problème posé par ce bout, on peut avancer. La question du recours à l’énergie nucléaire s’y ajoute. C’est une réflexion d’ampleur inouïe : proposons à la société tout entière de s’y impliquer.

Je n’évacue pas les discussions qui traversent la gauche sur ce point du nucléaire. Elles ont leur noblesse. La force des arguments qui se confrontent est connue.  Evitons de faire des dogmes avec des raisonnements. Admettons la loyauté de chacun de ceux qui contribuent à cette discussion et respectons les argumentations. Ma position personnelle à ce sujet est connue. Je suis favorable à une sortie programmée du nucléaire. Si je reviens sur cette conviction personnelle c’est précisément parce qu’elle n’est pas partagée au sein du Front de Gauche dont je suis pourtant le candidat commun. En effet, notre rassemblement regroupe plusieurs points de vue sur ce sujet, à l’image de la gauche et de la France dans son ensemble ! Comment avons-nous surmonté cette difficulté ? Nous avons pris le temps d’échanger nos arguments et de nous écouter. Je vous propose de vous inspirer de notre exemple. Je suggère qu’on en propose autant au pays.

Puisque cette question n’a jamais été soumise au peuple lui-même, faisons le maintenant. Rendons-le juge du problème à trancher. Proposons un référendum  au pays. Un référendum argumenté et informé. Ne demandons pas une réponse émotive ou crispée. Chaque point de vue aurait le devoir de proposer un scénario énergétique complet avec son calendrier d’application et son mode de suivi et d’évaluation des résultats.

Ne pouvons-nous nous accorder sur cette idée et la démarche raisonnée qu’elle avance ? Ne serions-nous pas les uns et les autres prêts à nous incliner devant la décision de la volonté populaire ? Notre pays ne sortirait-il pas grandi et mieux informé et donc plus fort après cet exercice de souveraineté populaire ?

Je vous propose donc que nous portions cette proposition tous ensemble. Elle est respectueuse des idées de chacun et permet au pays tout entier d’avancer sur la solution d’un problème majeur qui engage son avenir. Cette démarche serait à l’honneur de la gauche et à la hauteur de la responsabilité qui est la nôtre sur un sujet qui touche à l’intérêt général humain.

Je vous prie de croire, chers camarades, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Jean-Luc Mélenchon,
Candidat du Front de gauche

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