Nucléaire, renouvelables… le détail du plan du gouvernement en matière d’énergie

D’ici à 2028, entre quatre et six réacteurs nucléaires devraient être fermés. Le gouvernement promet un plan ambitieux de développement des énergies renouvelables.
Emmanuel Macron et François de Rugy ont présenté, mardi 27 novembre, les grandes lignes de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Cette feuille de route voulue par la loi de transition énergétique de 2015 vise deux objectifs :
  • affronter le défi du changement climatique en limitant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, qui sont reparties à la hausse depuis 2015 ;
  • permettre de diversifier le mix électrique, en réduisant la dépendance de la France au nucléaire.
Par Stéphane Mandard, Pierre Le Hir, Grégoire Allix, Nabil Wakim et Virginie Malingre Le Monde 27 nove 2018

 

Mais le mouvement des gilets jaunes est venu percuter les projets du gouvernement, qui martèle depuis que sa préoccupation est de « penser à la facture énergétique des Français ». Dans ces annonces, il mêle les grandes lignes de la PPE et les réponses de plus court terme au mouvement des gilets jaunes.

La PPE présentée mardi n’en est qu’au début de son processus. Elle va être soumise dans les mois qui viennent à plusieurs instances consultatives. Parallèlement, la loi de transition énergétique doit être modifiée en partie pour intégrer l’objectif de réduction du nucléaire à 2035 – contre 2025 auparavant. La PPE devrait connaître sa mouture finale à l’été 2019. Voici les grandes lignes du projet du gouvernement.

  • Nucléaire : entre 4 et 6 fermetures de réacteurs d’ici à 2028

Le gouvernement fixe à 2035 la date de réduction à 50 % du nucléaire dans la production d’électricité, contre 75 % aujourd’hui. Pour ce faire le gouvernement propose de fermer deux réacteurs nucléaires en 2027 et 2028 – en plus des deux réacteurs de la centrale alsacienne de Fessenheim, qui doivent s’arrêter au printemps 2020.

Deux autres pourraient fermer sur la période, si le développement des énergies renouvelables se fait à un rythme soutenu. Soit un total de 4 réacteurs. Ce scénario est inférieur à celui évoqué par Nicolas Hulot lors de sa démission. L’ancien ministre défendait la fermeture de 8 réacteurs avant 2028, dont les deux de Fessenheim.

L’exécutif confirme par ailleurs sa volonté de fermer les quatre dernières centrales à charbon françaises d’ici la fin du quinquennat.

  • Quatorze fermetures d’ici à 2035

Les fermetures de réacteurs pourraient s’accélérer après 2028, avec six à huit fermetures supplémentaires sur la période. Concrètement, si le plan du gouvernement se déroule comme prévu, cela pourrait conduire à fermer 14 réacteurs entre 2020 et 2035, soit 20 % du parc actuel. Ces décisions devraient concerner certains des plus vieux réacteurs, notamment sur les sites de Bugey (Ain), Tricastin (Drôme), Cruas (Ardèche), Gravelines (Nord) et Dampierre (Loiret), Blayais (Gironde), Chinon et Saint-Laurent. Le gouvernement précise toutefois qu’aucune centrale ne sera complètement fermée pour limiter les conséquences sociales et économiques pour les territoires.

Ce scénario est relativement conforme à celui avancé par EDF, qui défendait l’idée d’atterrir en 2035 avec une douzaine de fermetures. Mais le groupe espérait que ces décisions se concentrent sur la période 2028-2035.

Le nucléaire a provoqué un vif débat dans l’exécutif entre le ministre de la transition écologique, François de Rugy, d’une part et le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, d’autre part. A Matignon, on explique que « le nucléaire n’est pas une énergie du passé ». Une manière d’ouvrir la porte à la construction de futurs réacteurs de type EPR, après le démarrage de celui de Flamanville (Manche). Mais le gouvernement ne commandera pas de nouvel EPR d’ici la fin du quinquennat.

  • Energies renouvelables : une forte impulsion au solaire et à l’éolien 

Le gouvernement veut respecter l’ensemble des objectifs de la loi de transition énergétique de 2015 : à savoir porter leur part dans la consommation finale d’énergie à 32 % en 2030 (contre 17 % aujourd’hui), soit 40 % de la production d’électricité, 38 % de la consommation de chaleur, 15 % de la consommation de carburants et 10 % des besoins en gaz.

Pour ce faire, il projette de donner une forte impulsion au développement des filières solaire et éolienne. La puissance installée du parc photovoltaïque, qui était de 8,4 gigawatts (GW) fin septembre 2018, doit ainsi grimper à 40 GW en 2028, soit une multiplication par presque cinq. Celle de l’éolien terrestre, actuellement de 14,3 GW, doit passer à 35 GW, c’est-à-dire plus que doubler.

Si ces objectifs paraissent ambitieux, ils restent toutefois en deçà des perspectives tracées par les industriels du secteur.

L’éolien en mer, de son côté, apparaît une fois de plus en retrait dans la programmation énergétique. Aux six parcs attribués par le passé au large des côtes normandes, bretonnes et vendéennes, pour un total de 3 GW, doit s’ajouter celui de Dunkerque, de 500 mégawatts (MW), pour lequel un appel d’offres vient d’être ouvert et qui sera attribué en 2019. Le gouvernement annonce un nouveau parc de turbines offshore de 1 GW dans la Manche, attribué en 2020, puis de nouveaux projets, attribués en 2023 et 2024, pour 1,5 GW.

Au total, l’exécutif promet un soutien de 71 milliards d’euros pour les énergies électriques renouvelables sur la période de la PPE (2019-2028), avec 20 milliards d’euros engagés sur les nouveaux projets. Ce qui fera passer de 5 à 8 milliards d’euros les dépenses annuelles de soutien à l’électricité renouvelable.

Dans le même temps, la filière du biogaz est appelée à monter en puissance, avec un objectif de 10 % de la consommation de gaz en 2030 (contre 0,1 % aujourd’hui).

  • Rénovation thermique : des moyens timides

Les artisans et les associations écologistes vont être déçus : la PPE n’inscrit pas d’accélération notable pour le plan de rénovation énergétique des bâtiments. Le crédit d’impôt rénovation énergétique (CITE) sera bien transformé en prime forfaitaire distribuée par l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) et bonifiée pour les ménages modestes, mais seulement à partir de 2020, un délai qui fait débat dans la majorité. La prime sera étendue aux propriétaires bailleurs pour aider aussi les locataires. Pour 2019, l’enveloppe du CITE est divisée par deux et le remplacement de vieilles fenêtres par du double vitrage, pourtant l’un des leviers les plus rapides pour faire baisser sa consommation d’énergie, reste pour l’heure exclu du dispositif.

C’est sur les chaudières au fioul que le gouvernement fait porter l’effort, avec un plan de disparition en dix ans. Outre un crédit d’impôt renforcé pour 2019, une prime à la conversion des chaudières au fioul (3 000 euros pour les ménages modestes, 2 000 euros pour les autres) devra aider à atteindre l’objectif du million de chaudières converties en 2023. Mais la mesure porte essentiellement sur les propriétaires de maisons individuelles, pas sur les logements collectifs. Et les propriétaires n’engagent des travaux aussi coûteux que quand leur chaudière est arrivée en fin de vie, pointe l’association écologiste CLER.

Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, il faudrait que le parc immobilier hexagonal soit à cette date entièrement rénové aux normes « bâtiment basse consommation ». Un objectif ambitieux, qui suppose de restaurer 500 000 logements chaque année. Or les acteurs du secteur dénoncent depuis des mois l’insuffisance des moyens alloués au plan de rénovation – c’était d’ailleurs une des raisons avancées par Nicolas Hulot pour expliquer sa démission du ministère de la transition écologique, le 28 août.

Pour tenter d’accélérer le mouvement, la PPE propose de rendre obligatoires de véritables audits énergétiques lors de la vente d’un logement « passoire thermique », et de financer à 100 % ces audits pour les propriétaires les plus modestes à partir de 2020. Elle inscrit aussi une forte simplification de l’éco prêt à taux zéro (éco-PTZ), qui devrait devenir accessible même pour de petits travaux ponctuels.

Surtout, la PPE ne dit rien d’un futur service public de la performance énergétique de l’habitat, inscrit dans la loi sur la transition énergétique en 2015 et resté dans les limbes depuis. Or ces guichets uniques en régions sont considérés comme la clé pour atteindre les objectifs du plan climat.

  • Transports : le pari de la voiture électrique

La ministre Elisabeth Borne a rappelé que l’objectif de la loi d’orientation sur les mobilités, présentée lundi 26 novembre en conseil des ministres, était d’en finir avec les ventes de véhicules à moteurs thermiques (essence et diesel) à l’horizon 2040.

Pour tenir ce cap, le gouvernement parie sur la voiture électrique. Il se fixe la cible ambitieuse de 4,8 millions de véhicules électriques en 2028. Avec 25 000 ventes en 2017, elles ne représentent qu’un peu plus de 1 % du parc automobile français.

Le gouvernement veut multiplier les ventes par cinq d’ici 2022 et déployer 100 000 bornes avant 2023. Il compte sur la prime à la conversion dont le bonus est porté à 6 000 euros pour l’achat d’un modèle électrique pour encourager les Français à troquer leurs vieux véhicules polluants contre des voitures à faibles émissions. Il estime que la prime profitera à terme à un million de ménages. Reste que pour l’heure, ladite prime a surtout été utilisée pour acheter des véhicules thermiques plus récents et seulement 7 % de modèles électriques.

Stéphane Mandard , Pierre Le Hir , Grégoire Allix , Nabil Wakim et Virginie Malingre

 

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