Oct 28 2013

Olivier Cabanel: le nucléaire au pays du mensonge

Plus le mensonge est gros, plus il passe facilement, et régulièrement des médias complices, ou abusés, publient des affirmations trompeuses, voire mensongères, manipulés qu’ils sont par d’habiles lobbyistes pro-nucléaires. En résumé, le nucléaire n’est rentable qu’à l’aide de subventions publiques, son prix est toujours sous-estimé pour rendre le projet attractif et aucune solution recevable n’a été trouvé pour les déchets nucléaires les plus dangereux, ni pour démanteler les vieilles centrales. Les mensonges sont-ils donc le terrain de prédilection de l’industrie nucléaire ? On finirait par le croire.  Olivier Cabanel Agoravox 28 10 2013

Evoquons par exemple la fameuse électricité d’origine nucléaire qui représenterait officiellement 75% de notre consommation, alors qu’en réalité, elle ne correspond qu’à 15 à 17% de la consommation finale.

On comprend bien le but des lobbyistes, qui est de démontrer qu’il serait dès lors difficile de remplacer ce nucléaire par d’autres énergies, puisqu’il couvrirait les ¾ de nos besoins. lien

En réalité, la sortie du nucléaire est tout à fait possible, et aurait du commencer depuis longtemps, si les pouvoirs publics avaient réellement l’intention d’agir, puisque toutes les énergies propres et renouvelables, permettent facilement de prendre le relais.

Un autre mensonge notoire mis en avant, concerne le solaire et l’éolien, dont on sait qu’ils sont tributaires des éléments, oubliant volontairement au passage les autres énergies, géothermie de grande profondeur, fabrication de méthane, hydraulique, hydroliennes, etc…qui produisent de l’énergie quel que soit l’ensoleillement, ou la force du vent. lien

C’est d’ailleurs ce qu’on comprit les responsables politiques du Nord-Pas de Calais, en validant le projet de Jeremy Rifkin à qui le Conseil Régional, a donné mandat de mettre en place son projet de 3ème révolution industrielle, lequel mise sur les énergies renouvelables, et les partages de réseaux pour sortir la région de l’ornière nucléaire. lien

C’est peut-être l’occasion de donner le vrai prix de l’énergie nucléaire, car si l’on tient compte de l’improbable et couteux démantèlement, et de la gestion complexe de plus d’un million de mètres cubes de déchets que cette énergie a produit, il devient de plus en plus difficile d’assurer qu’elle n’est pas chère. lien

Alors même que dans le camp des lobbyistes nucléaires on affirme que la sortie du nucléaire ferait grimper la facture d’électricité de 50% en 20 ans, oubliant de préciser que cette facture a d’ores et déjà augmenté et que les énergies propres n’ont pas grand-chose à voir avec cette hausse, la raison étant vraisemblablement les pertes financières importantes subies par EDF, et sous la pression de la CRE (commission de régulation de l’énergie) qui entend répercuter la hausse des coûts de l’électricité, les prix ne font que grimper. lien

Il est vrai que lorsque l’on regarde de plus près le chantier de l’EPR de Flamanville, on constate que le budget envisagé va tripler puisqu’il atteindra les 10 milliards d’euros alors qu’il était prévu à la hauteur de 3,3 milliards en 2007. lien

Une autre raison moins connue est due à l’installation des si contestés compteurs Linky, (lien) présentés pourtant comme des « compteurs gratuits pour les consommateurs  » et accusés a juste titre d’émettre une pollution magnétique dommageable à la santé des consommateurs. lien

Allons au Japon, où Tepco ne cesse d’avancer des informations qui, après coup, se révèlent totalement fausses, ou manipulatrices.

On se souvient de la fable de l’arrêt à froid, décrétée en décembre 2011 (lien) alors même que les coriums en fusion continuaient à s’enfoncer dans le sous sol de la centrale, provoquant toujours plus d’importants dégagements de radioactivité.

Le mensonge est un proche cousin de la dissimulation, et l’entreprise japonaise en a apporté à plusieurs reprises la preuve, cachant aux médias que, chaque jour, depuis mai 2011, 300 mètres cube d’eau fortement radioactive rejoignent directement l’Océan Pacifique…mais il aura fallu attendre plus de 2 ans pour apprendre la mauvaise nouvelle. lien

Il a fallu aussi attendre plusieurs semaines avant de découvrir que les cœurs de 3 réacteurs avaient bel et bien fondu, quelques heures après le passage du tsunami. lien

Autre dissimulation : quid du sort des forçats du nucléaire, souvent pris dans les couches des japonais les plus pauvres, et soumis à la loi du silence sous peine de sanction. lien

L’un deux, Shota, a brisé le tabou et s’est exprimé devant un journaliste (lien), mais où sont passé les 840 travailleurs de Fukushima pour lesquels l’entreprise est dans l’impossibilité de donner une réponse si l’on en croit le journal « Fukushima Diary » ? lien

Quant à la pollution émanant de la centrale dévastée, alors qu’en haut lieu on affirmait que, s’il était vrai qu’elle avait fait le tour de la planète, la dilution faisait qu’elle n’aurait aucune conséquence ailleurs qu’au Japon. lien

On sait depuis que c’est aussi un gros mensonge, puisque les mesures effectuées aux USA confirment que la cote Ouest est contaminée par les rayonnements émanant de Fukushima.

On avait déjà quelques soupçons, lorsque des thons péchés au large de San Diégo se sont révélés pollués par le césium 137 en provenance de la centrale japonaise, (lien) mais là, un certain Michael T. Snyder, ancien avocat, à produit un document accablant, prouvant en 28 points la réalité de cette pollution.

Des plaies ouvertes, aux perte de fourrure d’ours polaires, de phoques, en passant par les épidémies de lions de mer morts le long de la côte californienne, la baisse drastique du nombre de saumons de la cote du Canada à la cote de l’Alaska, à l’amoncellement de débris radioactifs flottants au large de la Californie de la taille de ce pays, aux niveaux très élevés de césium 137 dans le plancton présent entre Hawaï, etc…il a compilé les preuves flagrantes de la pollution de la cote Ouest des USA en provenance de Fukushima. lien

Ce qui nous ramène en France, ou à l’époque de la catastrophe de Tchernobyl, on avait en vain tenté de nous faire croire que la pollution nucléaire s’était arrêtée à la frontière, alors que Valéry Giscard, martelait : « pas de danger pour la population  ». lien

Lorsque l’on se souvient que cet ex-président était aussi l’époux d’une certaine Anne-Aymone, laquelle est liée à la famille Schneider, (lien) l’un des barons du nucléaire français, on comprend mieux la tentative maladroite de Giscard qui a tout fait alors pour relativiser la catastrophe.

Rappelons que cette famille Schneider doit une partie de son succès à l’industrie nucléaire, grâce à la mise au point d’aciers spéciaux destinés aux cuves des centrales (lien) et que Giscard est l’un des principaux acteurs qui ont permis de lancer le programme nucléaire français. lien

Il faut aussi ouvrir le chapitre de la gestion des déchets nucléaires, suite au débat avorté concernant le site d’enfouissement de Bures sur Yvette, rappelant que le coût initial du chantier évalué à 15 milliards, pourrait être porté à 35 milliards s’il se réalisait. lien

Rappelons aussi que les scientifiques du CEA ont publié une étude affirmant que la vitrification des déchets nucléaires haute activité-vie longue était maintenant tout à fait validée.

Ce serait sans compter sur l’enquête qu’a mené Gilbert Tallent prouvant bien au contraire que les prévisions de durabilité des colis vitrifiés qui seraient enfouis en couche profonde était tout à fait aléatoire, relevant plus d’un acte de foi, qu’à une réalité scientifique.

Alors que les « experts » es-nucléaire affirmaient qu’il faudrait 300 000 ans pour que ces futs vitrifiés soient détruits par les eaux profondes, preuve a été apporté que cette affirmation relevait plus de l’affabulation que d’une réalité scientifique, ridiculisant la thèse d’Etienne Vernaz qui avançait, sans preuves, des phénomènes d’autoréparation du verre. lien

Le dernier mensonge en date mérite le détour. Il se rapporte à la soi-disant vente à la Grande Bretagne de 2 réacteurs nucléaire EPR pour la somme de 18 milliards d’euros.

Tout d’abord, le prix annoncé pose problème.

En effet, on n’a pas oublié que l’EPR finlandais était à l’origine prévu pour la somme de 3 milliards d’euros…et que les dépassements constatés n’étaient dus en principe qu’au fait qu’il s’agissait d’un « prototype ».

Ajoutons que cette somme n’est pas un bénéfice que va engranger notre pays, puisqu’il faudra en déduire fatalement le prix réel de sa construction.

Que le promoteur se « fasse une marge » en échange de la mise en place de sa technologie, rien de plus normal, mais claironner sur tous les toits que 18 milliards (ce qui mettrait l’EPR à 9 milliards, soit quasi le triple de ce qui était prévu) vont tomber dans les caisses de l’état ressemble plus à une opération de com, qu’à une véridique information.

Stéphane Lhomme, responsable de l’Observatoire nucléaire, a fait le point dans un communiqué sur la réalité de cet accord.

Tout nous laisse croire qu’il serait définitif…ce qui est faux, puisqu’il y a une clause, portant sur le fait que lorsque une opération est soutenue par une forme de subventionnement massif avec de l’argent public, pour une activité lourdement déficitaire, la commission européenne devrait logiquement la sanctionner. lien

En résumé, le nucléaire n’est rentable qu’à l’aide de subventions publiques, son prix est toujours sous-estimé pour rendre le projet attractif et aucune solution recevable n’a été trouvé pour les déchets nucléaires les plus dangereux, ni pour démanteler les vieilles centrales.

Les mensonges sont-ils donc le terrain de prédilection de l’industrie nucléaire ?

On finirait par le croire.

Comme dit mon vieil ami africain : « le mensonge donne des fleurs, mais pas des fruits ».

L’image illustrant l’article vient de « info-resistance.org »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/nucleaire-au-pays-du-mensonge-142822

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