Fukushima, l’impossible retour dans les villages de l’ancienne zone d’évacuation : l’exemple d’Iitate

La commune d’Iitate, dans le département de Fukushima, a été durement frappée par les retombées radioactives de la catastrophe de mars 2011. Désertée par les habitants après l’ordre d’évacuation, elle porte les séquelles de l’accident et de plusieurs années d’abandon. Alors que les autorités incitent au retour et abolissent les aides aux réfugiés, les anciens habitants redoutent de regagner un environnement où la radioactivité reste supérieure aux normes internationales.  04/10/2018 Cécile Asanuma-Brice, chercheuse – CNRS
SOMMAIRE
  1. 1. Le village d’Iitate : entre océan et montagne
  2. 2. La décontamination a-t-elle fonctionné ?
  3. 3. Le village d’Iitate, un retour impossible ?
  4. 4. Quelles sont les revendications des habitants ?
De la même auteure, lire aussi sur Géoconfluences : Cécile Asanuma-Brice, « Les migrants du nucléaire », octobre 2017.

Le désastre du Tohoku qui s’est accompagné d’une catastrophe industrielle sans précédent avec l’explosion de la centrale de Fukushima dai ichi le 11 mars 2011 n’a pas fini de générer débats et tensions quant aux solutions proposées concernant la gestion de la protection des habitants. La situation est complexe, mêlant intérêts industriels internationaux et nationaux, nécessité de revitalisation locale et gestion sanitaire et sociale. Les habitants sont tiraillés entre le désir d’un retour impossible, les politiques de résilience contrainte[1] et la réinstallation difficile dans leur nouvelle commune d’accueil (Asanuma-Brice, 2014, 2015, 2016, 2017).

Dans cet article, nous proposons de faire un premier bilan de la situation à Iitate, ancien village évacué après la catastrophe, rouvert à l’habitat en 2017, et dont les anciens résidents ont vu suspendre les aides financières publiques au refuge en avril 2018.

1. Le village d’Iitate : entre océan et montagne

Le département de Fukushima est traversé par deux grandes chaînes montagneuses : Ôusanmiyaku, la plus longue chaîne montagneuse du Japon, qui traverse l’île principale à partir de la préfecture de Aomori au nord, pour prendre fin au sud du département de Tochigi, et Abukumakôchi (couramment appelée Abukumasanchi) qui s’étend du sud de Miyagi au nord du département d’Ibaraki. Ces deux cordillères rocheuses ont découpé le territoire en trois zones : à l’ouest la région d’Aizu, au centre Nakadôri et à l’est, la région de Hamadôri qui longe la côte pour s’étendre jusqu’au Pacifique (figure 1).

Figure 1. Localisation d’Iitate dans la région de Hamadôri et le département de Fukushima
Carte localisation Iitate et Fukushima Japon régions et préfectures

Iitate est localisé au nord-ouest d’Hamadôri, sur la partie émergée de la plaque du Pacifique. La zone habitée est engoncée au cœur des montagnes d’Abukumakôchi, dont le point culminant sur le périmètre de la collectivité est le mont Hanatsukaya (918,5 mètres). La population s’élevait à environ 6 000 personnes au moment de l’accident. Les forêts qui recouvrent la quasi totalité du territoire(figure 2) sont riches d’une variété foisonnante d’arbres : ginkgo biloba, keyaki (Zelvoka serrata), sapins, hêtres, harigiri (kaopanax pictus, un épineux), osmanthe, chênes… Outre la forêt (75 % du territoire de forêts dont environ 50 % appartiennent à l’Etat), le territoire de la commune était surtout voué à l’agriculture (8 % de prairies pour l’élevage du bœuf dit « bœuf noir », 6,2 % de rizières, 4,9 % de champs, les 7 % restant sont dispersés en activités diverses [source]).

Figure 2. Un environnement forestier à une quarantaine de kilomètres de la centrale de Fukushima dai-ichi
Carte terrain et localisation Iitate et centrale Fukushima Japon

L’image satellite de la région met en évidence les paysages découpés, au sein des franges montagneuses, la présence importante des forêts, et la proximité de la centrale nucléaire de Fukushima dai ichi, à 60 km des limites communales d’Iitate.

La localisation des zones urbanisées à l’intérieur des bassins ménagés entre chaque montagne les a rendu particulièrement vulnérables aux dépôts des isotopes emportés par les vents en provenance de la centrale Fukushima dai ichi (Asanuma-Brice, Libération, 2018).

La commune se trouve ainsi à l’extrême nord-ouest du flambeau de contamination, les vents transportant le nuage chargé de matière nucléaire s’y étant engouffrés. Alors que le nuage radioactif survolait la région le 14 mars, la neige a déposé au sol la contamination, salissant pour de nombreuses années une nature luxuriante.

Figure 3. Doses de radiation et zone interdite après la catastrophe

Carte taux de radiation autour de Fukushima

En 2011, quelques mois après le réajustement de la zone d’évacuation d’abord délimitée en un demi-cercle de 20 km autour de la centrale (figure 3), le village d’Iitate est finalement évacué ainsi que toutes les communes sur lesquelles s’était abattu le nuage radioactif (figure 4). Si depuis 2016 la levée d’ordre d’évacuation avait pu être repoussée sous la pression des habitants, elle est effective depuis mars 2017. En avril 2018, les aides financières au refuge attribuées aux anciens habitants du village sont abolies.Depuis 2014 le gouvernement avait opté pour un budget de communication sur le risque afin d’influencer les réfugiés au retour. Le gouvernement et les institutions internationales maintiennent l’argumentation d’un coût trop élevé qui serait lié à une politique du refuge (Asanuma-Brice, 2014).

Figure 4. Statut des levées d’interdiction de la zone, situation en 2018

Carte des zonages d'interdiction après catastrophe de Fukushima

Cette décision n’est pas sans éveiller le désarroi de scientifiques spécialisés en physique du nucléaire qui estiment qu’il est encore bien trop tôt pour prendre de telles mesures. C’est notamment le cas du professeur Imanaka Tetsuji, professeur au centre d’expérimentation nucléaire de l’université de Kyôto, ou encore de Kôji Itonaga, professeur au département des ressources biologiques de l’université Nihondaigaku à Tôkyô. L’un et l’autre ont présenté les résultats de leur expertise au symposium Iisora, qui réunissait le 17 février 2018 à Fukushima les anciens habitants du village et des chercheurs de diverses obédiences afin de débattre de la pertinence ou non de cette décision (figure 5).

Figure 5. Symposium Iisora à Fukushima, 17 février 2018
Cécile Asanuma Brice — photo réunion publique Iitate

Symposium Iisora à Fukushima, 17 février 2018 – Le professeur Imanaka (centre d’expérimentation nucléaire de l’université de Kyôto) présente ses résultats : « 20 msv est-il un taux de sécurité acceptable ? ». Cliché : Cécile Asanuma-Brice

2. La décontamination a-t-elle fonctionné ?

Dans le village d’Iitate, la situation est encore loin d’être réglée. Les multiples campagnes de décontamination n’auront pas eu raison du taux de radioactivité toujours équivalent à 10 fois la norme d’avant l’accident pour les mesures faites autour des habitations, et 20 fois pour les mesures réalisées en montagne. En août 2017, une campagne de mesure effectuée par l’équipe du professeur Itonaga (université du Japon/Nihondaigaku) sur 8 maisons du village a mis en évidence des taux s’échelonnant entre 0,15 et 0,4 microsievert/h pour les mesures effectuées sur le plancher, et 0,23 à 0,78 microsievert/h pour les mesures effectuées à proximité du plafond des habitations. En 2014, les taux étaient considérablement plus élevés, pouvant grimper jusqu’à 2 microsievert/heure selon les cas. On note donc une baisse, mais néanmoins jugée insuffisante par les deux professeurs pour permettre le retour à l’habitat, d’autant qu’hors des habitations, les taux enregistrés s’envolent rapidement. La moyenne mesurée au sol est de 0,65 microsievert/h, celle faite à 1 mètre du sol est de 0,59 microsievert/h. Ces maisons entourées par la forêt subissent les effets de la végétation environnante qui ne peut être décontaminée. Ces maisons deviennent paradoxalement victimes de leur environnement naturel, pollué pour de nombreuses années encore. Les précipitations suivant les fortes dénivellations charrient les isotopes vers les zones de vallées où se trouvent les habitations qui voient à leur tour le taux de contamination augmenté malgré les vagues répétées de décontamination.

Sur l’échantillon prélevé, le professeur Itonaga (figure 6) estime qu’il faudra encore cinquante années avant que le taux moyen d’irradiation ambiante revienne à 1 msv/an, taux internationalement défini comme acceptable pour la population[2]. En outre, ce taux d’acceptabilité a été augmenté à 20 msv/an, la commune faisant partie du périmètre classé en état d’urgence. La levée de l’ordre d’évacuation est donc décidée en l’état par l’administration qui, tout en reconnaissant l’instabilité de l’environnement toujours classé « zone d’urgence », contraint, en supprimant les subventions au refuge et en fermant les cités de logements provisoires, les habitants à retourner vivre dans des zones encore contaminées

Figure 6. Symposium Iisora à Fukushima, 17 février 2018
Cécile Asanuma Brice — photo réunion publique Iitate

Symposium Iisora à Fukushima, 17 février 2018 – Le professeur Itonaga (département des ressources biologiques de l’université Nihondaigaku, Tôkyô) anime le débat avec les intervenants de la journée composés de scientifiques et d’anciens habitants du village d’Iitate. Cliché : Cécile Asanuma-Brice

En 2017, les autorités ont déclaré vouloir recycler la totalité des déchets en deçà de 8 000 Bq/kg, bien que la norme avant l’accident était de 100 Bq/kg, dans les travaux des ponts et chaussées. Néanmoins, les niveaux de radioactivité mesurés dans la région d’Iitate sont plus de deux fois supérieurs à ce seuil, avec des pics allant jusqu’à 40 000 Bq/kg pour la mesure des seuls césium 134 et 137, dans les montagnes environnantes. En juin 2017, des mesures effectuées sur la sève d’arbres des montagnes adjacentes aux habitations ont permis de mettre en évidence des taux de 143 298 Bq/kg (par association de la mesure des 2 césium 134 et 137) pour un chêne et 39 185 Bq/kg pour la sève d’un cerisier (voir encadré 1).

Bien que la contamination soit disparate et mobile en fonction des précipitations, et que la décontamination soit momentanément efficace sur un lot de terre pour lequel on aurait gratté 15 cm de terre de surface remplacée par du terreau sain, la demi-vie du césium 137 étant de trente années, il paraît difficile d’envisager une baisse du taux d’irradiation environnant général avant la fin de cette période.

Encadré 1. Radioactivité, becquerels, césium, de quoi parle-t-on ?

Le becquerel par gramme (ou par kilogramme) caractérise la teneur globale en éléments radioactifs. Les césium 134 et 137 sont les deux principaux nucléides dispersés dans l’environnement après l’explosion de la centrale de Fukushima. On en retrouve en grande quantité et potentiellement loin de la centrale. D’autres nucléides tel que le plutonium, le strontium, le tritium, sont également présents, mais en moindre quantité et principalement dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour de la centrale car ces particules sont plus lourdes. La demi-vie du césium est de 30 ans en moyenne. Or, « le césium est un métal alcalin. Pour l’organisme humain, il ressemble fortement au potassium. Or le corps contient d’importantes quantités de potassium, c’est essentiel aux humains […]. Et pour cette raison, quand le cesium est relâché dans l’environnement, le corps le considère comme il le fait avec le métal alcalin potassium, c’est-à-dire qu’il l’intègre et l’accumule dans notre organisme. »*

*Hirano, Kasai, 2016, extrait traduit du japonais par Robert Stolz et de l’anglais par Géoconfluences

3. Le village d’Iitate, un retour impossible ?

Le village d’Iitate qui s’étend sur 230 km² avait déjà entamé son déclin démographique avant l’évacuation, passant de 9 385 habitants en 1970 à 6 209 en 2010 (figure 7). Il n’est plus composé que de 41 personnes selon les autorités en 2015. En 2018, une partie de la population est retournée vivre dans ces territoires, ne pouvant assumer un loyer ailleurs sans subsides de l’État, et ce sont aujourd’hui environ 700 personnes qui sont retournées vivre dans le village.

Figure 7. Population communale du village d’Iitate 1970-2015
graphique

Parmi la population initiale d’avant la catastrophe, 4 934 personnes[3] réparties en 2 032 ménages se sont réfugiées à l’intérieur du département de Fukushima, dont une très grande majorité dans la ville même de Fukushima (3 174 personnes) (figure 9). Seules 297 personnes, réparties en 156 ménages, ont migré à l’extérieur du département, principalement dans la région de Tôkyô (départements de Saitama, Chiba, Kanagawa et Tôkyô, voir figure 8). Au total 90 % de la population a donc déménagé en sept ansalors que 546 personnes réparties en 288 ménages prévoient de rentrer au village. Pour ces dernières, la répartition par ménage nous permet de constater qu’il s’agit quasi exclusivement de couples sans enfant, la taille de ces ménages étant de 1,9 personne.  Ils s’apprêtent à rentrer dans un écosystème majoritairement composé de forêts, autrefois anthropisées, mais laissées à l’abandon depuis 7 années. Ainsi, les rizières jadis en activité demanderaient un travail colossal pour être remises en état. Les forêts elles-mêmes ne sont plus entretenues et la nature a repris ses droits dans la grande majorité du territoire.

Figures 8 et 9. Destination des personnes réfugiées en provenance du village d’Iitate
Carte réfugiés d'Iitate en dehors du département de Fukushima Carte réfugiés d'Iitate selon destination

La levée des indemnités en avril 2018 entraine, pour la plupart des personnes âgées sans ressources, un retour contraint dans une région désertée. Parmi les 4 934 personnes qui ont trouvé refuge à l’intérieur du département, 384 d’entre elles, réparties en 233 ménages, étaient accueillies dans sept sites de logements provisoires en cours de fermeture. 363 personnes (174 ménages) ont été relogées dans des logements publics, soit 8 % du total, 1 053 (550 ménages) sont relogées dans des logements du secteur privé dont le loyer était assumé par les services publics, et la quasi majorité, soit 49 %, composée de 3 119 personnes réparties en 1 060 ménages est accueillie par des parents. 15 personnes seules sont en maison de retraite.

En décembre 2017, une enquête menée par le laboratoire du professeur Itonaga auprès de 52 ménages totalisant 195 personnes a permis de dégager les principales tendances concernant les intentions des habitants face à la politique du retour (figure 10).

Figure 10. Décisions des habitants au sujet de leur retour et de leur maison à Iitate.
Graphique 1 Graphique 2

Ces statistiques permettent de montrer que sur les 28,9 % de ménages qui ont décidé de rentrer, 11,1 % des ménages le font pour se conformer à l’ordre des autorités administratives, mais 17,8 % parce qu’ils ne peuvent assumer leur quotidien ailleurs sans l’aide des indemnités. 20 % de ces ménages, malgré l’étau financier dans lequel ils se trouvent, ne rentreront pas, et 46,7 % n’ont pas encore décidé en décembre 2017.

Les résultats du questionnaire à choix multiples concernant les modes d’habitation à l’intérieur du village d’Iitate pour les habitants qui sont retournés vivre dans le village montrent que si 25 % de ces dix-sept ménages ont pu rénover leur ancienne habitation, 25 % la préserveront dans son état actuel, et 12,5 % ne prévoient pas de la reconstruire, par manque de moyens physiques et/ou financiers. Or, la plupart des constructions ont été réalisées avec des matériaux naturels et par conséquent périssables (structure de bois, tatamis, etc.). Le Japon est sous l’influence d’un climat subcontinental humide en été, ce qui se traduit par l’enregistrement simultané de chaleurs élevées avec un niveau d’humidité très important. Une saison de mousson (mai-juin) précède deux saisons de typhons qui balaient l’archipel, en juin et en septembre, produisant des précipitations très élevées, et générant des inondations régulières. Autant de motifs qui rendent nécessaire la rénovation fréquente des bâtiments. Ces bâtisses restées vacantes durant sept années sont pour la plupart dans un état de délabrement avancé. En outre, les animaux ont reconquis ces espaces longtemps inhabités. Les maisons ravagées par les sangliers ou les bovins, venus découvrir les lieux, ne sont pas rares. On peut donc présumer du fait que dans les 37,5 % des ménages qui préserveront leur habitat en l’état actuel, une bonne partie vivra dans des conditions précaires et instables.

La raison principale (68,9 %) pour laquelle les habitants ne souhaitent pas rentrer dans leur village est le fait de devoir vivre sans la proximité de leurs enfants et petits enfants qui, quant à eux, ne rentreront pas.

Une part non négligeable des anciens habitants justifie leur décision de non retour par le refus de vivre dans un territoire où montagnes et forêts sont encore contaminées (64,4 %). Les forêts recouvrant plus de 70 % de la commune, ce point est d’importance et ne pourra pas être résolu aisément. Un même pourcentage de personnes (environ 65 %) rechigne à rentrer en raison du regain de la nature sur le village. Entre autres, on note la surabondance d’animaux sauvages qui ont repris leurs droits sur ces territoires[4].

Pour 62,2 % d’entre eux, l’absence des commerces, hôpitaux et autres services du quotidien sont à l’origine de leur décision de non retour.

53,3 % estiment que le taux de radioactivité ambiant est encore trop important pour pouvoir envisager de retourner vivre dans leur village. 51,1 % évoquent l’impossibilité d’avoir une activité agricole, 51,1 % sont inquiets pour les effets sanitaires futurs. Un nombre également important d’habitants, soit 46,7 % ne rentrera pas en raison de la présence des sacs de terre contaminée parsemés sur le territoire de la commune. Les raisons secondaires (en deçà de 40 %) sont relatives à l’impossibilité de consommer des champignons et autres végétaux des montagnes, à l’absence de voisins et au délitement des liens communautaires. Pour certains habitants d’Iitate, c’est tout simplement « inhumain de faire rentrer les gens pour retrouver ça » (McNeill & Matsumoto, 2017).

 

4. Quelles sont les revendications des habitants ?

La question de la prise en charge de la responsabilité de l’accident par le gouvernement ou par Tepco a amené les habitants à se regrouper en associations afin de défendre leurs droits devant les tribunaux. Néanmoins, ces démarches sont parallèles et ne répondent pas aux situations de réinstallations contraintes par les autorités. Nous listons ci-dessous quelques points régulièrement évoqués par les habitants lors de nos enquêtes de terrain :

  1. il serait souhaitable que les autorités reconnaissent la difficulté de maintenir le droit de résidence dans les communes où le taux de contamination reste élevé pour cause de « pollution industrielle de longue durée ». Ainsi, pour les habitants qui souhaitent rentrer, des indemnités devraient être mises en place afin de permettre la rénovation de leur habitat, ainsi que les travaux de décontamination qui s’imposent à rythme régulier.
  2. un suivi sanitaire constant et gratuit des populations rentrantes
  3. des mesures de radioactivité fréquentes, non seulement atmosphériques, mais également des végétaux et autres produits de consommation courante.
  4. pour ceux qui décident de rester vivre à l’extérieur de la commune : des aides et soutiens devraient être établis afin de leur assurer, si ce n’est la possession, en tous les cas la location d’une propriété sûre à l’endroit de migration, ainsi qu’un soutien à la recherche d’emploi dans le cas des personnes en âge d’être actives. Pour les personnes qui ne sont plus en mesure de travailler, une subvention devra leur être attribuée afin de leur permettre de pouvoir subvenir à leur quotidien.
  5. les problèmes relatifs à l’appartenance simultanée à deux communes distinctes en raison du dédoublement du lieu d’habitat restent également à régler. Cela génère des questions relatives au paiement des impôts locaux, au droit de vote ainsi qu’aux documents divers du quotidien (permis de conduire, point de rattachement administratif pour toute démarche d’emploi, etc.)
  6. un problème récurrent est la présence des déchets radioactifs sur le territoire qui participe à maintenir un taux de radioactivité ambiant élevé. La nécessité de créer des règles législatives adaptées reconnaissant les dommages entrainés par l’obligation de vivre dans un territoire touché par une catastrophe industrielle et permettant d’obtenir les compensations appropriées.

 

Conclusion

La levée de l’ordre d’évacuation dans les zones contaminées de la préfecture de Fukushima plonge la population dans le désarroi le plus profond. Les choix impossibles auxquels sont confrontés les habitants depuis maintenant sept années les conduisent de trop nombreuses fois à se tourner vers l’ultime sortie : le suicide.

Le 3 mars 2018, le journal local, Fukushima Minpô titre : « Au cœur du refuge, plus de 2 211 personnes sont mortes de raisons directement imputables au stress du refuge ». Les communes les plus touchées sont celles de Minamisôma (507 personnes), Namie (414) Tomioka (410 personnes), Futaba (147 personnes) autrement dit, les communes dont la population a été évacuée sans soutien pour une réinsertion possible dans leur lieu d’accueil. Le nombre de morts dont il est question ici excède ceux imputables à la catastrophe naturelle, (tsunami ou au tremblement de terre). Sur un total de 4 040 habitants du département de Fukushima ayant perdu la vie pour des raisons relevant directement de la catastrophe, 1 605 (39,7%) personnes sont mortes des suites du désastre naturel, et 2 211 (54,7%) en raison de la mauvaise gestion du refuge.

Le suicide de ces personnes est imputable au stress des politiques de retour contraint, de prolongation de l’hébergement durant sept années en logements provisoires (alors que cette durée est limitée à quatre années dans la loi), du maintien dans l’espoir d’un retour possible de personnes, souvent âgées, qui sont confrontées à une réalité déplorable de l’environnement dans lequel ils retournent néanmoins, faute de pouvoir assumer leur vie ailleurs.

Le 21 février 2018 les journaux nationaux et locaux consacrent leur une au suicide d’un homme de 102 ans en provenance du village d’Iitate. « Oh ! J’crois qu’ j’ai vécu trop longtemps » furent les dernières paroles de monsieur Okubo, un fermier d’Iitate comme tant d’autres.

 


Pour compléter

De la même auteure :
  • Cécile Asanuma-Brice : (2018) « L’être en son milieu, du rapport humain-objet-milieu au Japon comme ailleurs sur la planète », Libération, 11 juin 2018,
  • Cécile Asanuma-Brice (2017) “Atomic Fission and Japan’s Nuclear Meltdown: When politics prevails over scientific proof”, inChristophe Thouny and Mitsuhiro Yoshimoto (eds.), Planetary Atmospheres and Urban Society After Fukushima, Palgrave McMillian.
  • Cécile Asanuma-Brice, « Les migrants du nucléaire », Géoconfluences, octobre 2017.
  • Cécile Asanuma-Brice (2016). La mémoire de l’oubli, une forme de résistance à la résilience, publication des actes du colloque « Après le désastre, réponses commémoratives et culturelles », Éditions de l’Université de Tôkyô (en français).
  • Cécile Asanuma-Brice (2016) Franckushima, rédaction de la Préface et chapitres, Direction Géraud Bournet, L’utopiquant.
  • Cécile Asanuma-Brice (2015) « De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême : Le cas de la gestion des conséquences de l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima », Revue Raison Publique, no. « Au-delà du risque Care, capacités et résistance en situation de désastre », Sandra Laugier, Solange Chavel, Marie Gaille (dir.)
  • Cécile Asanuma-Brice (2015) « À Fukushima, la population est dans une situation inextricable », CNRS Le Journal, mars 2015.
  • Cécile Asanuma-Brice (2014) « La légende Fukushima », Libération, septembre 2014.
  • Cécile Asanuma-Brice (2013) « Fukushima, une démocratie en souffrance », Revue Outre terre, mars 2013.
  • Cécile Asanuma-Brice (2012) « Les politiques publiques du logement face à la catastrophe du 11 mars », in C. Lévy, T. Ribault, numéro spécial de la revue EBISU de la Maison franco-japonaise n° 47, juin 2012.
Autres articles de l’auteure à consulter ici :

https://cnrs.academia.edu/C%C3%A9cileAsanumaBrice

Bibliographie | citer cet article


[1] On entend par là qu’on ne propose pas aux habitants de solution viable leur permettant notamment de pouvoir stabiliser leur situation dans le lieu de refuge, on les contraint à être résilients sur leur lieu d’habitat au moment des faits. Voir à ce sujet : Cécile Asanuma-Brice dans Raison Publique, 2015.
[2] Itonaga, Symposium Iisora à Fukushima, 17 février 2018
[3] Données au 1er mars 2018, fournies par la préfecture de Fukushima
[4] Le symbole du village d’Iitate est le loup blanc, un des dieux descendu des montagnes. Ashitaka, le héros du dessin animé La princesse Momonoke, réalisé par les studios Ghibli (Hayao Miyazaki), a été imaginé comme provenant de cette région. Cela nous donne des indications quant à la force sauvage de la nature en présence. Une attention particulière, mêlée de peur et de respect, est accordée à cet environnement à la fois vital et rude.

 

 

Cécile ASANUMA-BRICE
Chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

Mise en web : Jean-Benoît Bouron

Cécile Asanuma-Brice, « Fukushima, l’impossible retour dans les villages de l’ancienne zone d’évacuation : l’exemple d’Iitate », Géoconfluences, octobre 2018.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/fukushuma-iitate-impossible-retour

 

Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat !

Devant l’urgence climatique, l’énergie nucléaire est souvent évoquée en France, malgré les risques qui s’y attachent, comme une solution crédible au niveau mondial à la lutte contre le réchauffement climatique, à l’égal des économies d’énergie et des énergies renouvelables. La filière nucléaire n’a aucune chance d’apporter une solution à la hauteur des enjeux climatiques au niveau mondial dans les délais nécessaires, d’ici 2030 ou 2040. De Benjamin Dessus et Bernard Laponche 3 octobre 2018 dans Alternatives Économiques

La production d’origine nucléaire ne permet d’éviter que 2,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre 

Aujourd’hui, la production d’origine nucléaire représente 10% de la production d’électricité mondiale (en régression de 7 points depuis 1996), à peine 2% de la consommation d’énergie finale, et ne permet d’éviter que 2,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ! L’âge moyen du parc mondial continue d’augmenter et atteint 30 ans en 2018. Pas étonnant puisque le nombre des débuts de construction de nouveaux réacteurs a chuté de 44 en 1976 à 15 en 2010 et 5 en 2017.

Alors que 260 milliards de dollars ont été investis au monde dans les filières photovoltaïque et de l’éolien en 2017, dont les coûts d’investissement et de production décroissent de façon continue depuis une décennie, seuls 16 milliards l’ont été dans la filière nucléaire dont les coûts ont subi un facteur deux d’augmentation durant la même période1. L’Agence Internationale de l’Energie Atomique ne s’y trompe d’ailleurs pas quand elle s’inquiète de la baisse prévisible de la participation du nucléaire au bilan énergétique mondial en 2030.

Il est totalement invraisemblable de prétendre assurer à court et moyen terme (2030-2040) un développement mondial du nucléaire capable de sortir cette filière de la marginalité actuelle des émissions de gaz à effet de serre qu’elle évite.

Il faudrait en effet pour sortir de la marginalité climatique et atteindre des chiffres de l’ordre de 10% des émissions évitées, démarrer un nouveau réacteur chaque semaine, sans qu’on ait la moindre idée des pays susceptibles de les accueillir sur leur réseau, des pôles industriels à développer intensivement et de l’origine des sommes gigantesques à rassembler pour financer ces investissements à haut risque et à temps de retour de cinq ou six décennies.

Sans compter la multiplication exponentielle des risques d’accident majeur, l’accumulation de déchets à haute activité et très longue durée de vie dont personne ne sait que faire, mais aussi les risques de prolifération vers les activités militaires que susciterait une dissémination trop rapide des technologies nucléaires dans des pays qui ne disposent ni de la stabilité politique, ni des infrastructures ni de la culture de sûreté et de sécurité indispensable.

La France, dont les émissions de gaz à effet de serre, contrairement à ses propres engagements au titre de l’accord de Paris, ont augmenté de 3% en 2017, devrait-elle échapper à cette analyse ? C’est la conviction que tentent de continuer à nous imposer l’industrie nucléaire, une bonne partie de la classe politique française, le gouvernement et la haute administration.

Les signaux d’alerte se multiplient pourtant dangereusement : l’opérateur historique s’avère incapable de maîtriser techniquement et financièrement le chantier de l’EPR de Flamanville supposé préfigurer le parc nucléaire des années 2030.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire se voit contrainte d’accorder des dérogations injustifiables à EDF pour lui permettre la poursuite de sa construction, dont la mise en service recule d’année en année. Le devis du « grand carénage » indispensable à la mise aux normes de sûreté du parc français actuel dépasse déjà le coût d’investissement initial de ce parc, sans qu’EDF puisse assurer pour autant une prolongation significative de production d’électricité sans risque. L’Etat s’est vu dans l’obligation d’aligner 5 milliards d’euros pour éviter la faillite d’Areva, englué dans les aventures minières, le surcoût de l’EPR en Finlande et les suites des falsifications effectuées dans son usine Creusot Forge.

C’est pourtant dans ce contexte délétère qu’EDF, qui a déjà réussi à convaincre le gouvernement de décaler d’au moins dix ans le calendrier de fermeture de la vingtaine de centrales nécessaire au respect de la loi de transition énergétique de 2015, tente, pour maintenir coûte que coûte son parc au niveau actuel, d’imposer sa vision d’un nucléaire « sauveur du climat ». La solution proposée par EDF consiste à faire augmenter le plus rapidement possible la consommation française d’électricité, stagnante depuis plusieurs années, de telle sorte que la part du nucléaire redescende « naturellement » à 50% du total vers 2030, rendant inutile toute fermeture de centrale.

Sous le prétexte d’une « transition bas carbone » de bon aloi, c’est en fait d’une promotion discrète mais intense du nucléaire qu’il s’agit.

Quitte à proposer des scénarios improbables sur le plan technique et économique de pénétration massive de l’électricité dans les transports individuels (en particulier sous forme d’hydrogène) et le triplement des exportations d’électricité vers nos voisins européens, avec les problèmes d’extension massive des lignes haute tension transfrontières et les aléas politiques et économiques que suppose une telle stratégie.

Il faut revenir à la raison : une telle aventure est beaucoup plus risquée du point de vue technique, beaucoup plus onéreuse, moins efficace et beaucoup plus longue à mettre en œuvre que des politiques d’économie d’énergie (dont les économies d’électricité) et de développement des énergies renouvelables. Elle présente des risques majeurs, d’abord pour nos concitoyens, mais aussi pour nos voisins européens : risque d’accident majeur qui augmente avec le dérèglement climatique, risque de restriction de la production en cas de canicule, risque de rupture d’approvisionnement d’uranium d’origine géopolitique, risques provoqués par l’aval du cycle, le démantèlement des centrales et le traitement des déchets nucléaires, risques de prolifération vers les armes atomiques.

La filière nucléaire n’a aucune chance d’apporter une solution à la hauteur des enjeux climatiques au niveau mondial dans les délais nécessaires, d’ici 2030 ou 2040

A ceux, encore nombreux, qui pensent que le nucléaire est un « mal » mais un « mal nécessaire », voire indispensable, vue l’urgence climatique, nous disons que cette filière n’a aucune chance d’apporter une solution à la hauteur des enjeux climatiques au niveau mondial dans les délais nécessaires (d’ici 2030 ou 2040).

La France, si elle s’obstine seule dans cette voie d’une primauté au nucléaire, s’isolera donc chaque jour davantage dans le concert des nations qui se sont engagées résolument dans une transition énergétique rapide fondée sur les trois piliers que sont la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Elle devra en assumer tous les risques qu’elle fait courir à ses voisins, sans en recueillir de profits économiques, tout en retardant d’un bon demi-siècle son entrée dans la modernité énergétique.

https://www.alternatives-economiques.fr/non-nucleaire-ne-sauvera-climat/00086499

 

Dissuasion nucléaire. Paul Quilès, une voix qui détonne

« Quand j’entends les discours des ministres aujourd’hui, je retrouve les mêmes formules sur la stricte suffisance que celles qu’on me faisait lire à l’époque », raconte Paul Quilès.

Paul Quilès est une des rares personnalités françaises engagée en faveur du désarmement nucléaire. Lors d’une conférence, samedi, à la Maison des syndicats de Brest, l’ancien ministre de la Défense a récusé la pertinence du concept de dissuasion dans le monde d’aujourd’hui. 

 

« Quand j’entends les discours des ministres aujourd’hui, je retrouve les mêmes formules sur la stricte suffisance que celles qu’on me faisait lire à l’époque », raconte Paul Quilès. (Photo Jean-Luc Padellec)

 

Dans le cadre de la nouvelle loi de programmation militaire (LPM), les dépenses destinées à l’arme atomique vont pratiquement doubler entre 2019 et 2025. Une sénatrice socialiste avait voulu déposer un amendement en mai dernier, demandant un grand débat national sur la question. « Il ne me paraît pas judicieux de le relancer, au risque de mettre ainsi à nouveau en lumière toutes les oppositions sur le sujet et de donner la parole à tous ceux qui souhaitent se manifester contre le nucléaire d’une manière générale », avait répondu le président de la commission. L’amendement avait été retiré.

Cette fin de non-recevoir est éclairante pour Paul Quilès, qui dénonce « l’omerta générale » qui règne sur la question de l’arme atomique en France. « Près d’un demi-siècle après la mort du général de Gaulle, et malgré la fin de la guerre froide, le débat reste impossible », a-t-il déploré, samedi, devant un parterre de militants du désarmement nucléaire réunis à la Maison des syndicats, à l’invitation du Cian 29 qui milite pour que la France rejoigne, enfin, les 122 pays membres de l’Onu qui se sont déjà prononcés pour l’interdiction des armes nucléaires.

« Le système est verrouillé »


Étonnamment, l’ancien ministre de la Défense, qui ne fit qu’un passage éclair de six mois à l’Hôtel de Brienne en 1985-1986, mais qui présida ensuite la commission de la Défense pendant cinq ans, est devenu un allié de ce combat. Il raconte comment lui-même, alors ministre, récitait des discours serinés par des « savants, eux-mêmes pilotés en sous-main par le complexe militaro-industriel ».

Dans les années 90, après la chute du Mur de Berlin, et alors que l’on comptait 70 000 armes nucléaires dans le monde, celui qui fut également responsable des questions de stratégies de défense au Parti socialiste jusqu’en 2008 a tenté de faire passer quelques messages. « Mais c’est très difficile, car le système est verrouillé sans que personne ne s’en émeuve ».

Dans son dernier ouvrage coécrit, l’ancien polytechnicien, qui préside désormais l’IDN (Initiatives pour le désarmement nucléaire), dénonce « l’illusion nucléaire » en déconstruisant l’idée que l’arme atomique serait une garantie ultime de la sécurité par la dissuasion. « Cette affirmation reste non démontrée et bâtie sur des mensonges », soutient-il, en citant quelques exemples.

Une arme appartenant au passé


Ainsi, « on nous fait toujours croire que les deux bombes lâchées sur le Japon ont mis fin à la Seconde Guerre mondiale, alors que l’empereur avait déjà capitulé dans sa tête ». (…) On continue d’affirmer que l’objectif de l’arme nucléaire est d’impressionner, sans avoir à employer la bombe, pour en appeler à la raison de l’ennemi. Or, le président américain, Ronald Reagan, le disait très bien : ‘’Vous n’avez que six minutes pour décider comment réagir à un signal sur un écran radar et s’il faut, ou non, déclencher l’apocalypse ! Qui pourrait faire preuve de raison dans un moment pareil ? ‘‘»

Mais surtout, pour Paul Quilès, l’arme atomique appartient déjà au passé : « Aujourd’hui, le vrai danger est la cyber-menace. Et le hacker ne signe pas. S’il détourne un système de communication d’un sous-marin, que faites-vous avec votre arme nucléaire ? À qui lancez-vous des représailles ? » Samedi, à la Maison des syndicats de Brest, aucune autorité de l’Ile Longue n’était là pour répondre.

© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/france/desarmement-nucleaire-paul-quiles-une-voix-qui-detonne-30-09-2018-12093525.php#GKWuwezPDiUwSj9O.99

image: https://www.letelegramme.fr/images/2018/09/30/quand-j-entends-les-discours-des-ministres-aujourd-hui-je_4191428_540x271p.jpg?v=1

Les Autruches du lobby nucléaire

Le florilège des déclarations récentes des partisans du nucléaire français révèle les contradictions qui traversent cette communauté, son refus de voir les choses en face et les fables qu’elle est amenée à propager pour continuer de promouvoir le nucléaire.  Blogs MEDIAPART 1 10 2018 PAR 

Jugez en :

– Dès 2014 -2015, le plafond de puissance du parc nucléaire fixé par le législateur dans la loi de transition énergétique [1]est transformé par EDF, avec la complicité active de l’exécutif, en plancher de puissance à respecter strictement, au point que la fermeture de Fessenheim devient dépendante du démarrage constamment retardé de l’EPR de Flamanville.

– Pour justifier la poursuite de nouvelles constructions d’EPR en France, le président d’EDF déclare au cours d’une audition à l’assemblée nationale, sans même se rendre compte du ridicule, «si je devais utiliser une image pour notre situation (celle d’EDF qu’il préside) ce serait celle d’un cycliste qui pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler ». Il semble ignorer que depuis plus de 100 ans les vélos possèdent des freins qui permettent à ce même cycliste de mettre pied à terre avant d’exploser dans le mur au bas de la côte.

– Mais au même moment, Gérard Longuet, député de la Meuse, promoteur historique du nucléaire et du projet Cigeo d’enfouissement des déchets nucléaires, reconnaît le 22 septembre dans un débat sur LCP à propos du documentaire « Nucléaire, la fin d’un mythe » que « la filière française a été écrasée par le réacteur franco-allemand EPR. qui est une solution pour des pays à forte densité industrielle…. L’avenir est pour les petits réacteurs nucléaires afin de produire de l’électricité mais aussi directement de la chaleur pour alimenter les réseaux de chaleur ».

– Puis Pierre-Marie Abdie, directeur de l’Andra, dans une interview à l’Usine nouvelle [2]rompant brutalement avec le discours tenu depuis 1991 par l’industrie nucléaire et la puissance publique, qui ont toujours présenté l’enfouissement des déchets comme une condition incontournable au développement de la filière nucléaire, aussi bien en France qu’à l’exportation, prend prétexte d’un possible abandon de la filière nucléaire française pour justifier l’enfouissement des déchets nucléaires à haute activité et longue durée de vie. « La vraie alternative au stockage profond, c‘est de refaire de la recherche sur au moins un siècle, l’entreposage de long terme n’étant qu’une modalité d’accompagnement. Or une idée que l’on a pas aujourd’hui ne sera pas opérationnelle dans 50 ans. Si le nucléaire n’est pas l’option qui a vocation à perdurer, il ne faut pas imaginer des investissements massifs dans une filière qui n’aurait plus d’avenir ». Alors que, justement, il faudrait se donner les moyens de refaire de la recherche, en parallèle à l’entreposage de long terme.

– Quant à Sébastien Lecornu, le secrétaire d’Etat qui a survécu au départ de son ministre Nicolas Hulot du ministère de la Transition écologique et solidaire, il ne trouve pour toute défense du projet d’enfouissement Cigeo que la citation de son ancien patron « La solution de l’enfouissement en couche géologique profonde n’est pas entièrement satisfaisante mais c’est la moins mauvaise » en se gardant bien d’y adjoindre la phrase qui la précédait, terrible dans sa simplicité, « Il n’y a pas de solution satisfaisante pour la gestion des déchets nucléaires » ou de citer les prises de position totalement hostiles à Cigeo du même Nicolas Hulot quand il n’était pas encore ministre, ni « la folie nucléaire dans laquelle la France s’entête», évoquée par le même ministre à l’occasion de sa démission.

– De même, alors qu’en janvier dernier Xavier Ursat, patron du nouveau nucléaire chez EDF, répétait encore que l’« EPR nouveau modèle » en préparation chez EDF et Areva, avait pour objectif précis  « de coûter moins cher en euros par kilowattheure que la moins chère des énergies renouvelables installée au même endroit à cette époque-là, le même Xavier Ursat, le 19 septembre dernier, n’avait plus comme objectif que de rendre l’EPR « compétitif par rapport aux énergies fossiles », l’idée de produire une électricité meilleur marché que les énergies renouvelables ayant clairement disparu[3].

– Ajoutons-y la fable constamment répétée mais grossièrement fausse du retraitement recyclage qui permettrait de ramener à 4% les déchets ultimes du nucléaire « qui tiendraient dans  une piscine olympique ! » alors que le projet Cigeo prévoit 300 km de galeries et alvéoles, rien que pour stocker les déchets « officiels »[4] les plus dangereux du parc actuel (une piscine olympique à 35 milliards € !).

– Sans oublier la sempiternelle affirmation de la classe dirigeante – y compris le nouveau patron du Medef – que la baisse du nucléaire dans la production d’électricité en Allemagne a entraîné l’augmentation de consommation de charbon pour la production d’électricité alors que tout le monde sait que cette baisse a été plus que compensée par l’augmentation de la production d’électricité d’origine renouvelable.

Aussi bien dans l’industrie que dans l’administration et au gouvernement tous les arguments, tous les mensonges sont donc bons, y compris les plus contradictoires pour « continuer comme avant ».

L’Autruche nucléaire, toujours la tête dans le sable de la plage, continue bravement à prétendre qu’il n’y a plus la mer…

On a le sentiment qu’aucun raisonnement, ni technique, ni environnemental, ni économique ou financier n’a plus prise sur cette communauté enfermée dans des convictions obsolètes.

Sommes nous condamnés à attendre un scandale de plus, après l’affaire des falsifications du Creuzot, voire même un accident grave pour que tout s’effondre brutalement sans préavis, avec les conséquences désastreuses qu’on peut imaginer pour les Français ?

[1]   « L’autorisation d’exploitation de toute nouvelle installation de production d’électricité ne peut être délivrée lorsqu’elle aurait pour effet de porter la capacité totale autorisée de production d’électricité d’origine nucléaire au delà de 62,3 GW (loi de transition énergétique de 2015).

[2] Usine nouvelle « Il est légitime de revisiter les arguments en faveur de Cigéo », 11/08/18

[3] « Nucléaire : EDF renonce à être compétitif par rapport aux énergies renouvelables » Le monde de l’économie du 19/09/ 2018 

[4] En France la moitié environ des matières nucléaires échappe en effet aujourd’hui à la classification de « déchets » (Mox irradié, plutonium, uranium appauvri, uranium de retraitement, etc)sous le prétexte que dans un avenir non déterminé mais à coup sûr lointain, ces matières pourraient éventuellement être partiellement recyclées dans des réacteurs d’un type nouveau…

Les évènements précurseurs dans les centrales nucléaires françaises

En suite à sa demande, l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire française) a adressé  à Madame Sylvia Kotting-Uhl, membre du Parlement d’Allemagne (Bundestag), la liste des évènements précurseurs dans les centrales nucléaires d’EDF[1] de janvier 2003 au 26 juin 2014. La présente note constitue une présentation de cette liste. Bernard Laponche,  Association Global Chance, 9 septembre 2018

Un événement précurseur dans le domaine de la sûreté nucléaire est défini de la façon suivante par l’ASN (dans la référence 1) :

« Parmi les évènements significatifs déclarés par l’exploitant Electricité de France (EDF) à l’ASN chaque année, les évènements identifiés comme précurseurs sont ceux qui conduisent à un accroissement du risque de fusion du cœur par rapport à la probabilité de fusion du cœur prise en compte lors de la conception des installations ».

Dans le document de l’ASN, la liste des évènements précurseurs est établie par année. Les évènements sont classés chaque année par date, site concerné et description de l’événement.

En ce qui concerne la rubrique « site », on distingue les évènements relatifs à un réacteur particulier ou à plusieurs réacteurs sur un même site[2] et ceux relatifs à un ensemble de réacteurs : le document distingue alors différentes rubriques : « Toutes les centrales nucléaires », soit 58 réacteurs ; « Réacteurs de 1300 MW de puissance électrique », soit 20 réacteurs sur 8 centrales ; « Réacteurs de 900 MW », soit 34 réacteurs sur 9 centrales; « Réacteurs de 900 MW du palier CPY », soit 28 réacteurs sur 7 centrales[3]. On parlera alors d’évènements « individuels » (pouvant concerner plusieurs réacteurs) ou d’évènements collectifs » lorsqu’ils concenent soit l’ensembles des réacteurs, soir l’ensemble des réacteurs d’un même palier.

Les évènements précurseurs sont très divers et peuvent avoir pour origine des défauts de conception, des défaillances d’équipements du fait du vieillissement, des problèmes de maintenance et d’exploitation. Pour les connaître, il est nécessaire de consulter le document de l’ASN.

Tableau 1 – Nombre d’évènements par année

Evènements 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 juin-2014 TOTAL
Individuels 15 20 15 8 17 14 15 10 13 7 6 4 144
Collectifs 2 1 1 1 3 1 3 0 2 0 0 0 14
Total 17 21 16 9 20 15 18 10 15 7 6 4 158

On constate 158 évènements précurseurs sur cette période d’une dizaine d’années. Ces évènements sont de natures très diverses mais ce nombre est important du fait de leur caractère « précurseur ». On constate aussi qu’un nombre important de réacteurs ont connu chacun sur la période entre 15 et 20 évènements précurseurs

Ce qui intéresse au premier chef les responsables de la sûreté est l’identification des incidents afin de constater ou d’imposer des mesures correctives.

Il nous a paru intéressant de relever le nombre des réacteurs concernés afin d’estimer ce que représente les défaillances potentielles sur l’ensemble du parc nucléaire d’EDF que révèlent ces évènements.

Le tableau 2 présente :

– Les évènements précurseurs individuels par année et par site en partie haute du tableau.

– Les évènements relatifs à un palier de réacteurs comme indiqué ci-dessus sont traités comme des sites particuliers en fin de tableau.

 

Tableau 2 – Les évènements individuels par réacteur et les évènements collectifs.

Réacteur Puissance Réseau 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 juin-14 TOTAL
Belleville 1 1310 1987 0 1 0 0 0 0 0 1 1 0 0 0 3
Belleville 2 1310 1988 1 0 0 0 0 1 0 1 0 0 1 0 4
Blayais 1 910 1981 0 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0 1 3
Blayais 2 910 1982 0 0 1 0 0 0 1 0 1 1 0 0 4
Blayais 3 910 1983 0 0 0 0 0 1 1 0 0 1 0 1 4
Blayais 4 910 1983 0 0 0 0 0 1 1 0 1 1 0 0 4
Bugey2 910 1978 0 0 0 0 1 0 0 2 1 0 0 0 4
Bugey3 910 1978 0 1 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 2
Bugey 4 880 1979 1 1 0 0 1 0 0 0 1 1 0 0 5
Bugey 5 880 1979 1 0 0 0 1 0 0 0 1 1 1 0 5
Cattenom 1 1300 1986 0 0 0 0 1 0 0 0 0 0 2 0 3
Cattenom 2 1300 1987 0 1 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0 3
Cattenom 3 1300 1990 0 0 0 0 0 0 0 1 0 1 1 0 3
Cattenom 4 1300 1991 0 1 0 0 1 0 0 0 0 0 1 0 3
Chinon B1 905 1982 0 0 0 0 1 0 1 0 0 1 0 0 3
Chinon B2 905 1983 2 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0 0 4
Chinon B3 905 1986 2 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0 0 4
Chinon B4 905 1987 0 0 0 0 0 0 2 0 0 1 0 0 2
Chooz B1 1500 1996 0 1 3 0 0 0 1 0 0 0 1 0 5
Chooz B2 1500 1997 0 0 2 0 1 1 1 0 0 0 0 0 4
Civaux 1 1495 1997 0 0 1 0 1 1 1 0 1 0 0 0 5
Civaux 2 1495 1999 0 1 2 0 1 0 0 0 0 0 0 0 3
Cruas 1 915 1983 0 0 0 0 1 0 1 0 1 1 0 0 4
Cruas 2 915 1984 0 1 0 0 0 0 1 0 0 1 0 0 3
Cruas 3 915 1984 0 0 0 1 0 1 1 0 0 1 0 0 4
Cruas 4 915 1984 0 0 0 0 0 0 3 0 0 1 0 0 5
Dampierre 1 890 1980 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1
Dampierre 2 890 1980 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 0 1
Dampierre 3 890 1981 0 0 1 0 2 0 0 0 0 0 0 0 3
Dampierre 4 890 1981 0 0 0 0 2 0 0 0 0 0 0 0 2
Fessenheim 1 880 1977 0 1 0 0 0 1 0 0 0 1 0 0 3
Fessenheim 2 880 1977 0 0 3 1 0 0 1 0 0 1 0 0 6
Flamanville 1 1330 1985 0 0 0 1 1 2 0 0 0 1 1 0 6
Flamanville 2 1330 1986 0 0 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 1
Golfech 1 1310 1990 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 0 0 1
Golfech 2 1310 1993 1 1 0 0 0 0 0 0 0 1 0 0 3
Gravelines 1 910 1980 1 1 0 0 0 1 0 0 0 2 0 0 5
Gravelines 2 910 1980 0 1 0 1 0 1 0 0 0 1 0 1 5
Gravelines 3 910 1980 0 1 0 1 0 1 0 0 0 1 0 0 4
Gravelines 4 910 1981 0 0 0 0 0 1 0 0 0 1 0 1 4
Gravelines 5 910 1984 0 0 0 0 1 1 0 0 0 1 0 0 3
Gravelines 6 910 1985 1 0 0   1 1 0 0 0 1 1 0 4
Nogent 1 1310 1987 0 0 0 1 1 0 0 0 0 1 1 0 4
Nogent 2 1310 1988 0 0 0 2 1 0 0 0 0 1 1 0 4
Paluel 1 1330 1984 0 2 1 0 1 1 0 0 1 0 1 0 7
Paluel 2 1330 1984 1 1 1 0 0 1 0 0 0 0 1 0 5
Paluel 3 1330 1985 0 1 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 2
Paluel 4 1330 1986 0 2 1 0 0 1 1 0 0 1 0 0 6
Penly 1 1330 1990 1 0 1 0 0 0 1 1 0 0 0 0 4
Penly 2 1330 1992 1 1 0 0 0 1 0 0 0 1 0 0 4
St Alban 1 1335 1985 0 0 1 0 0 0 2 1 0 0 0 0 4
St Alban 2 1335 1986 0 0 1 0 0 0 0 2 0 0 0 0 3
St Laurent B1 915 1981 1 0 0 1 1 0 0 0 0 1 0 0 4
St Laurent B2 915 1981 0 0 1 0 0 0 0 0 2 1 0 0 4
Tricastin 1 915 1980 0 0 0 0 0 0 0 0 2 0 0 1 3
Tricastin 2 915 1980   2 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 2
Tricastin 3 915 1981 0 2 1 0 1 0 0 1 0 0 0 0 5
Tricastin 4 915 1981 1 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 2
Sous-total 1 16 24 22 9 24 20 23 11 13 33 15 5 215
Tous réacteurs 58 58 58 0 0 58 0 0 0 0 0 0 0 174
Palier 1300 20 20 0 0 20 0 0 0 0 0 0 0 0 40
Palier 900 34 0 0 34 0 68 34 68 0 68 0 0 0 306
Palier 900 CPY 28 0 0 0 0 0 0 28 0 0 0 0 0 28
Palier 900 CP0 6 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Sous-total 2 78 58 34 20 126 34 96 0 68 0 0 0 514
TOTAL 94 82 56 29 150 54 119 11 81 33 15 5 729
58 63130 MW
Réacteur Puissance Réseau 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 Juin

2014

TOTAL

Puissance : puissance électrique nette de la tranche « réacteur + turbo-alternateur ».

Réseau : année de connexion de la tranche au réseau de transport de l’électricité/

 

Sur la période, le total des couples « réacteur-événement » est de 729.

 

Les évènements précurseurs individuels (sous-total n°1) :

Le nombre total des évènements individuels est de 215. La moyenne annuelle des évènements individuels est de 18,7 et la valeur annuelle varie entre 9 en 2006 et 33 en 2012. Il y a certainement une part de hasard dans la répartition annuelle pour la place de évènements en fin ou en début d’année.

 

Les évènements précurseurs pour la totalité des réacteurs ou par paliers (sous-total n°2)

Ce sont les résultats du bas du tableau. Les évènements collectifs touchant un grand nombre de réacteurs représentent 514 évènements sur 729, soit 71%.

Sur la période étudiée, ont été concernés trois fois l’ensemble des 58 réacteurs, deux fois les 20 réacteurs du palier 1300 MW, neuf fois les 34 réacteurs des paliers 900 MW et une fois les 28 réacteurs du palier CPY (qui font partie des 34 du palier 900).

Les différences importantes entre les années dans la ligne « TOTAL » sont surtout imputables aux évènements collectifs et ne sont pas forcément significatives : par exemple, l’année 2007 connaît un événement précurseur touchant toutes les centrales qui est révélé en février  alors qu’il s’agit d’un écart de conception de la modification des filtres de certains puisards, anomalie qui aurait pu probablement être détectée en 2006. Il en est de même pour l’année 2009 qui voit apparaître au cours du troisième trimestre deux fois  l’ensemble des réacteurs de 900 MW et une fois ceux du CPY.

Ces évènements « collectifs » sont tout à fait comparables aux « anomalies génériques » que nous avons étudiées pour les années 2015 à début 2018 dans une note précédente.

 

Le tableau 3 présente par réacteur et par année la somme des évènements individuels et des évènements collectifs, ceux-ci étant répartis suivant l’ensemble des réacteurs ou les réacteurs de chaque palier concerné.

 

Tableau 3 – Evènements individuels et évènements collectifs

Réacteur Puissance Réseau 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 juin-14 TOTAL
Belleville 1 1310 1987 2 2 0 1 1 0 0 1 1 0 0 0 8
Belleville 2 1310 1988 3 1 0 1 1 1 0 1 0 0 1 0 9
Blayais 1 910 1981 1 1 1 0 3 1 4 0 2 1 0 1 15
Blayais 2 910 1982 1 1 2 0 3 1 4 0 3 1 0 0 16
Blayais 3 910 1983 1 1 1 0 3 2 4 0 2 1 0 1 16
Blayais 4 910 1983 1 1 1 0 3 2 4 0 3 1 0 0 16
Bugey2 910 1978 1 1 1 0 4 1 2 2 3 0 0 0 15
Bugey3 910 1978 1 2 1 0 4 1 2 0 2 0 0 0 13
Bugey 4 880 1979 2 2 1 0 4 1 2 0 3 1 0 0 16
Bugey 5 880 1979 2 1 1 0 4 1 2 0 3 1 1 0 16
Cattenom 1 1300 1986 2 1 0 1 2 0 0 0 0 0 2 0 8
Cattenom 2 1300 1987 2 2 0 1 1 0 0 1 0 0 1 0 8
Cattenom 3 1300 1990 2 1 0 1 1 0 0 1 0 1 1 0 8
Cattenom 4 1300 1991 2 2 0 1 2 0 0 0 0 0 1 0 8
Chinon B1 905 1982 1 1 1 0 4 1 4 0 2 1 0 0 15
Chinon B2 905 1983 3 1 1 0 3 1 4 0 2 1 0 0 16
Chinon B3 905 1986 3 1 1 0 3 1 4 0 2 1 0 0 16
Chinon B4 905 1987 1 1 1 0 3 1 5 0 2 1 0 0 15
Chooz B1 1500 1996 1 2 3 0 1 0 1 0 0 0 1 0 9
Chooz B2 1500 1997 1 1 2 0 2 1 1 0 0 0 0 0 8
Civaux 1 1495 1997 1 1 1 0 2 1 1 0 1 0 0 0 8
Civaux 2 1495 1999 1 2 2 0 2 0 0 0 0 0 0 0 7
Cruas 1 915 1983 1 1 1 0 4 1 4 0 3 1 0 0 16
Cruas 2 915 1984 1 2 1 0 3 1 4 0 2 1 0 0 15
Cruas 3 915 1984 1 1 1 1 3 2 4 0 2 1 0 0 16
Cruas 4 915 1984 1 1 1 0 3 1 6 0 2 1 0 0 16
Dampierre 1 890 1980 2 1 1 0 3 1 3 0 2 0 0 0 13
Dampierre 2 890 1980 1 1 1 0 3 1 3 0 2 0 1 0 13
Dampierre 3 890 1981 1 1 2 0 5 1 3 0 2 0 0 0 15
Dampierre 4 890 1981 1 1 1 0 5 1 3 0 2 0 0 0 14
Fessenheim 1 880 1977 1 2 1 0 3 2 2 0 2 1 0 0 14
Fessenheim 2 880 1977 1 1 4 1 3 1 3 0 2 1 0 0 17
Flamanville 1 1330 1985 2 1 0 2 2 2 0 0 0 1 1 0 11
Flamanville 2 1330 1986 2 1 0 1 1 1 0 0 0 0 0 0 6
Golfech 1 1310 1990 2 1 0 1 1 0 0 0 0 1 0 0 6
Golfech 2 1310 1993 3 2 0 1 1 0 0 0 0 1 0 0 8
Gravelines 1 910 1980 2 2 1 0 3 2 3 0 2 2 0 0 17
Gravelines 2 910 1980 1 2 1 1 3 2 3 0 2 1 0 1 17
Gravelines 3 910 1980 1 2 1 1 3 2 3 0 2 1 0 0 16
Gravelines 4 910 1981 1 1 1 0 3 2 3 0 2 1 0 1 15
Gravelines 5 910 1984 1 1 1 0 4 2 3 0 2 1 0 0 15
Gravelines 6 910 1985 2 1 1 0 4 2 3 0 2 1 1 0 17
Nogent 1 1310 1987 2 1 0 2 2 0 0 0 0 1 1 0 9
Nogent 2 1310 1988 2 1 0 3 2 0 0 0 0 1 1 0 10
Paluel 1 1330 1984 2 3 1 1 2 1 0 0 1 0 1 0 12
Paluel 2 1330 1984 3 2 1 1 1 1 0 0 0 0 1 0 10
Paluel 3 1330 1985 2 2 1 1 1 0 0 0 0 0 0 0 7
Paluel 4 1330 1986 2 3 1 1 1 1 1 0 0 1 0 0 11
Penly 1 1330 1990 3 1 1 1 1 0 1 1 0 0 0 0 9
Penly 2 1330 1992 3 2 0 1 1 1 0 0 0 1 0 0 9
St Alban 1 1335 1985 2 1 1 1 1 0 2 1 0 0 0 0 9
St Alban 2 1335 1986 2 1 1 1 1 0 0 2 0 0 0 0 8
St Laurent B1 915 1981 2 1 1 1 4 1 3 0 2 1 0 0 16
St Laurent B2 915 1981 1 1 2 0 3 1 3 0 4 1 0 0 16
Tricastin 1 915 1980 1 1 1 0 3 1 3 0 4 0 0 1 15
Tricastin 2 915 1980 1 3 1 0 3 1 3 0 2 0 0 0 14
Tricastin 3 915 1981 1 3 2 0 4 1 3 1 2 0 0 0 17
Tricastin 4 915 1981 2 1 1 0 4 1 3 0 2 0 0 0 14
TOTAL     94 82 56 29 150 54 119 11 81 33 15 5 729

 

Dans la troisième phase de cette analyse, le tableau 4 présente le nombre d’évènements précurseurs par année et par réacteur.

 

Tableau 4– Récapitulatif des évènements précurseurs par année et par réacteur

Nombre d’évènements par réacteur 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 Total
Nombre de réacteurs concernés 2 2 9 6 2 2 1 3 4 9 13 5 58
Nombre total d’évènements 12 14 72 54 20 22 12 39 56 135 208 85 729

 

Lorsque l’on prend en compte tous les évènements précurseurs concernant tous les réacteurs, on trouve un total de 729 couples « réacteur-événement précurseur », sur la période d’une dizaine d’années (11,5). Soit, sur la même période, 63 évènements en moyenne par an et  12,6 par réacteur.

Le nombre d’évènements par réacteur varie de 6 (2 réacteurs) à 17 (5 réacteurs : Cruas 4, Fessenheim 2, Gravelines 1 et 2, Tricastin 3), avec quand même 13 réacteurs qui ont connu sur la période 16 évènements précurseurs.

 

Conclusion

En admettant la sincérité de l’information fournie par l’ASN, et nous n’avons aucune raison d’en douter, on ne peut que mettre en regard le nombre considérable de couples « évènements précurseurs-réacteur) sur la période étudiée (2003-mi 2014), 799, et  la définition même de l’événement précurseur, « événement qui conduit à un accroissement du risque de fusion du cœur par rapport à la probabilité de fusion du cœur prise en compte lors de la conception des installations », ce qui conduit à  se poser sérieusement la question de l’état de sûreté du parc nucléaire français pendant la période considérée et dans la situation actuelle dans la mesure où l’on peut penser que toutes ces défaillances n’ont pas été corrigées, sans oublier que de nouveaux évènements précurseurs seront certainement décelés à l’avenir, au fur et à mesure du vieillissement du parc.

[1] Référence : CODEP-DCN-2018-016515 – Communication de Madame Sylvia Kotting-Uhl.

[2] Lorsque tous les réacteurs d’un même site sont concernés, seul le nom de la centrale est indiqué.

[3] En plus des 28 réacteurs du palier CPY, les réacteurs de 900 MW comprennent les 6 réacteurs du palier CP0 (Fessenheim 1 et 2 et Bugey 2, 3, 4 et 5).