Mai 10 2018

La France creuse sa dette écologique

À partir de samedi 5 mai, la France aura atteint le jour de « son dépassement écologique », selon un rapport de l’ONG WWF France, en partenariat avec le Global Footprint Network, rendu public vendredi 4 mai. Concrètement cela veut dire que si le monde entier vivait comme les Français, à partir du 5 mai, la planète aurait déjà consommé l’ensemble des ressources naturelles qu’elle peut renouveler en un an
franceinfoAnne-Laure BarralRadio France  
L’un des plus gros « prédateurs » de la planète

Chaque année, WWF établit le jour du dépassement mondial autour du mois d’août, la date française arrive bien plus tôt et classe le pays comme un des plus gros « prédateurs » de la planète.

Positionnement du jour du dépassement de la France par rapport à d\'autres pays.
Positionnement du jour du dépassement de la France par rapport à d’autres pays. (WWWF)

Selon ce rapport, la France fait partie des 10 premiers pays à vivre à crédit cette année sur le dos de la nature, derrière le Qatar, les États-Unis ou la Russie, mais bien avant l’Espagne ou le Maroc par exemple. Si toute l’humanité consommait comme les Français, il faudrait près de trois planètes pour subvenir aux besoins, selon WWF. Un résultat bien au-dessus de la moyenne mondiale qui se situe autour de 1,7 Terre.

C’est la première fois que WWF France choisit de mettre l’accent sur le jour du dépassement français. L’objectif est d’« envoyer un signal fort à un moment politique clef où plusieurs lois et décisions sont attendues dans les domaines de l’alimentation, des mobilités, de l’énergie, de la biodiversité ou encore de la lutte contre la déforestation importée », indique l’ONG.

« Inacceptable »

« C’est en fait un travail de calcul qui est effectué sur la base de surfaces. À la fois les surfaces en océans qui nous sont indispensables pour pêcher, les surfaces en cultures et des surfaces notamment en forêt qu’il nous faut pour absorber les émissions de gaz à effet de serre », a expliqué Pierre Cannet du WWF à franceinfo.

Depuis 2015, année de la COP 21, le jour du dépassement [de la France] se dégrade.Pierre Cannet, WWF Franceà franceinfo

Pour WWF, c’est donc le signe « qu’il est urgent de mettre en place une stratégie de désendettement écologique » et de « revoir nos modes de production et consommation ». 

Aujourd’hui, la composante carbone liée à la combustion d’énergies fossiles représente plus de la moitié de l’empreinte de la France (56%). Elle est suivie des composantes cultures (20%) et produits forestiers (11%).
Aujourd’hui, la composante carbone liée à la combustion d’énergies fossiles représente plus de la moitié de l’empreinte de la France (56%). Elle est suivie des composantes cultures (20%) et produits forestiers (11%). (WWF)

Dans son rapport, le WWF juge « inacceptable de continuer à ignorer les limites de la planète en opposant le développement économique à la protection de l’environnement » car « l’épuisement des ressources naturelles menace notre stabilité économique et la survie de l’humanité elle-même ».

La France creuse sa dette écologique – reportage Anne-Laure Barral

Mai 10 2018

L’entreposage à sec des combustibles nucléaires irradiés : pas si bête…

L’entreposage à sec des combustibles irradiés est présenté par la NRC, autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, et par ORANO USA, ex-Areva, qui en fait le commerce aux Etats-Unis. Cette méthode, décriée en France, présente des avantages certains par rapport au retraitement des combustibles irradiés ainsi que pour la gestion des déchets radioactifs. 4 MAI 2018 PAR BLOG : CHRONIQUES DE L’ATOME MASQUÉ Bernard Laponche, association Global Chance
Introduction

A la fin de leur utilisation dans le réacteur nucléaire (trois ou quatre ans environ), les combustibles irradiés sont entreposés sous eau dans une « piscine » située à proximité du réacteur. Ils sont constamment refroidis par circulation de l’eau afin d’évacuer la chaleur produite par la radioactivité des produits de fission et des transuraniens, dont le plutonium, qu’ils contiennent.

La solution adoptée dans la majorité des pays pourvus de centrales nucléaires (Etats-Unis, Allemagne, Suède, Japon, Corée du Sud…) est de garder les combustibles irradiés en l’état, de les entreposer dans les piscines des réacteurs, et, après quelques années, dans des installations d’entreposage à sec lorsque leur radioactivité et la chaleur qu’ils dégagent ont suffisamment diminué.

Par contre, en France (La Hague) et au Royaume-Uni (Sellafield), est pratiqué le « retraitement » des combustibles irradiés, opération qui consiste à en extraire, par voie chimique, l’uranium et le plutonium, tandis que les produits de fission et les transuraniens autres que le plutonium, ou « actinides mineurs » sont gardés ensemble sous forme liquide, puis « vitrifiés » avant de les entreposer, également à La Hague pour la France.

Selon ce schéma, l’ensemble des combustibles irradiés issus des 58 réacteurs des 19 centrales nucléaires d’EDF en France, devrait être retraité après leur transfert des piscines proches des réacteurs vers les piscines de La Hague. En réalité, tous les combustibles irradiés ne sont pas retraités et un nombre important reste dans les piscines de La Hague, ainsi que les combustibles MOX au plutonium que l’on ne sait pas retraiter à l’échelle industrielle (risques de criticité et coût élevé). Il se produit donc une accumulation de combustibles irradiés dans les piscines de La Hague et, en amont, dans les piscines des centrales nucléaires en fonctionnement.

C’est dans ce contexte « d’engorgement » qu’est apparu assez récemment le projet d’EDF d’une grande piscine « centralisée »[1], de très grande capacité, qui pourrait accueillir les combustibles UOX[2] irradiés après un séjour suffisant dans les piscines des réacteurs, ainsi que les MOX et les URE[3] irradiés et qui, effectivement, n’ont rien à faire à La Hague puisqu’ils n’ont pas vocation à être retraités. L’instruction du projet de piscine centralisée donne l’occasion d’examiner l’opportunité de la poursuite de l’entreposage en piscine comme seule solution d’entreposage des combustibles irradiés, solution qui est la seule a être utilisée et même admise en France.

La présente note se contente de présenter la solution de l’entreposage à sec en s’appuyant sur l’expérience acquise aux Etats-Unis qui est le pays qui a non seulement le plus grand nombre de réacteurs producteurs d’électricité au monde, environ la centaine, mais aussi celui où ont été conçus et construits les réacteurs à uranium enrichi et eau ordinaire sous pression (REP) qui ont servi de modèles aux réacteurs français actuellement en fonctionnement.Nous présentons en première partie le document d’information de la NRC, autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, sur l’entreposage à sec des combustibles irradiés. Et, en deuxième partie, le document publié par Orano, champion du retraitement en France, qui vante les mérites de son système d’entreposage à sec des combustibles irradiés, pour le marché américain.

Tandis qu’en France, les promoteurs du nucléaire disent tout le mal qu’ils pensent de l’entreposage à sec, qu’il s’agisse de la piscine centralisée ou du projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires, on voit que l’un d’entre eux en vante les mérites aux Etats-Unis et s’en fait le pourvoyeur.

1. Document d’information sur l’entreposage en conteneur à sec du combustible nucléaire irradié[4]

Autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis , NRC[5] – Octobre 2016.
« À l’origine, les centrales nucléaires ont été conçues pour assurer l’entreposage (ou « stockage temporaire ») sur place du combustible nucléaire irradié. Connus sous le nom de «combustibles irradiés», ces faisceaux de barres de combustible doivent être remplacés de temps en temps parce qu’ils perdent leur efficacité. Environ un tiers du combustible nucléaire dans un réacteur est retiré et remplacé par du combustible neuf à chaque ravitaillement annuel. Le combustible irradié, qui génère une chaleur et une intensité d’irradiation considérables, est placé dans des bassins d’eau profonds sur le site du réacteur, où il peut être entreposé en toute sécurité.

Les concepteurs de réacteurs s’attendaient à ce que le combustible irradié soit entreposé dans des piscines pendant quelques années avant d’être retiré pour être «retraité». Une usine de retraitement séparerait les parties qui pourraient être recyclées en nouveau combustible des parties inutilisables qui seraient éliminées comme déchets. Mais le retraitement commercial n’a jamais réussi aux États-Unis, de sorte que les piscines ont commencé à se remplir.

Les piscines atteignent leur capacité maximale

À mesure que le combustible irradié s’accumulait dans les piscines au début des années 1980, les compagnies d’électricité ont commencé à envisager des options pour augmenter la quantité qu’elles pouvaient entreposer. Les piscines sont des structures robustes qui ne peuvent pas être agrandies. Donc, les exploitants devaient ajouter plus de combustibles dans leurs piscines. Les réglementations actuelles autorisent deux options pour augmenter la capacité de la piscine: soit réarranger les assemblages pour réduire la distance entre eux, soit retirer les barres de combustible des assemblages pour les stocker de façon plus dense. La NRC doit examiner et approuver de tels changements. Mais la capacité de la piscine ne peut être augmentée.

Arrive l’entreposage à sec

Les exploitants ont alors commencé à se tourner vers l’entreposage à sec pour gérer leur combustible irradié sur place. Après quelques années dans la piscine, le combustible s’est refroidi et sa radioactivité a diminué suffisamment pour permettre son retrait. Le transport du combustible usé dans des conteneurs secs libère de l’espace dans la piscine pour stocker le combustible irradié nouvellement retiré du réacteur.

Schéma de l’entreposage à sec des combustibles irradiés

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Les conteneurs à sec sont typiquement constitués d’un cylindre métallique scellé pour contenir le combustible usé, enfermé dans une coquille extérieure en métal ou en béton pour fournir une protection contre les rayonnements. Dans certains modèles, les conteneurs sont posés verticalement sur un socle en béton; dans d’autres, ils sont placés horizontalement.

L’entreposage en conteneur à sec est sans danger pour les personnes et l’environnement. Les systèmes de conteneurs sont conçus pour absorber les rayonnements, gérer la chaleur et prévenir la fission nucléaire. Ils doivent résister aux tremblements de terre, aux projectiles, aux tornades, aux inondations, aux températures extrêmes et à d’autres scénarios. La chaleur générée par un conteneur de combustible usé chargé est généralement inférieure à celle générée par un système de chauffage domestique. La chaleur et la radioactivité diminuent avec le temps sans avoir besoin de ventilateurs ou de pompes. Les fûts sont sous surveillance constante.

Procédure d’autorisation de l’entreposage à sec

La NRC a élaboré des exigences en matière de permis d’utilisation de conteneurs par le biais d’un processus de consultation publique afin de fournir une base solide pour assurer la protection de la santé et de la sécurité publiques ainsi que de l’environnement. Le personnel de la NRC effectue des examens approfondis et n’approuve que les conceptions qui répondent à ces exigences. Les exploitants peuvent choisir parmi deux options de licence, ce qui permet au public de participer :

– Soit une licence spécifique à un site qui permet d’utiliser un modèle de fût spécifique à une centrale nucléaire particulière et offre la possibilité d’une consultation publique avant que la NRC n’octroie le permis.

– Soit une licence générale qui permet à un site de réacteur d’utiliser tout conteneur certifié par la NRC, à condition que le site respecte les conditions précisées dans le certificat. Le public peut commenter les conceptions des conteneurs avant que la NRC ne les certifie.

La NRC inspecte périodiquement la conception, la fabrication et l’utilisation des conteneurs à sec. Ces inspections font en sorte que les titulaires de permis et les fournisseurs respectent les exigences en matière de sûreté et de sécurité et respectent les conditions de leurs licences et de leurs programmes d’assurance de la qualité. Les inspecteurs de la NRC observent également des séances d’entraînement avant que les exploitants commencent à déplacer leur combustible irradié dans des conteneurs à sec.

Système d’entreposage horizontal

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Système d’entreposage vertical en cours de vérification

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Depuis que les premiers conteneurs ont été chargés en 1986, l’entreposage à sec n’a libéré aucun rayonnement ayant affecté le public ou contaminé l’environnement. Il n’y a eu aucune tentative connue ou soupçonnée de saboter des installations d’entreposage de conteneurs. Les tests effectués sur les composants du combustible usé et du conteneur après des années d’entreposage à sec confirment que les systèmes assurent un entreposage sûr et sécurisé. La NRC a également analysé les risques liés au chargement et à l’entreposage du combustible irradié dans des conteneurs à sec. Cette étude a révélé que les risques potentiels pour la santé sont très faibles.
Le combustible irradié est actuellement entreposé à sec dans 34 États sur plus de 60 sites sous licence générale et 15 sites avec des licences spécifiques. Des informations supplémentaires sont disponibles sur le site Web de la NRC ».

2. Fiche de présentation du procédé d’entreposage à sec d’ORANO USA : NUHOMS[6]

« Lorsque le combustible nucléaire irradié est entreposé à sec, il est généralement transféré de la piscine des combustible irradiés à des conteneurs métalliques, qui sont ensuite chargés dans de lourds suremballages en béton. Ces « systèmes » d’entreposage à sec de combustibles et de suremballage ne nécessitent aucune alimentation électrique pour les systèmes d’évacuation de chaleur actifs et ne comportent aucune pièce mobile. A l’inverse, l’entreposage «à l’eau» dans la piscine des combustibles irradiés nécessite une alimentation électrique constante pour maintenir les pompes à eau de refroidissement en fonctionnement.

Orano TN fournit des systèmes d’entreposage à sec de qualité supérieure, y compris des conteneurs blindés en acier inoxydable chez notre fabricant américain, Columbiana Hi Tech, ou chez l’un de nos fabricants qualifiés QA à travers le monde. Nos suremballages en béton sont appelés « Modules de Stockage Horizontaux ». Ils sont fabriqués sur place ou fabriqués par notre fabricant américain et expédiés sur le site pour y être installés.

L’équipe d’experts offre plus que de la technologie

La gestion sûre du combustible irradié ne consiste pas seulement à acheter un système d’entreposage. Il s’agit de s’assurer les services d’une équipe coordonnée de spécialistes de la construction, d’ingénieurs et d’équipes de gestion des combustible irradiés, formées et expérimentées, les «meilleures de l’industrie». Le programme de gestion du combustible irradié d’Orano comprend des technologies et des services de gestion du vieillissement à la pointe de la technologie, ainsi qu’un système de transport fiable et sécurisé pour acheminer les combustibles irradiés hors site.

Grâce à ces capacités et à la conception personnalisée, Orano offre tous les services nécessaires pour gérer le combustible nucléaire irradié de manière sûre et efficace du début à la fin.

Les systèmes d’entreposage à sec contiennent le combustible irradié dans une position horizontale ou verticale. Initialement, les systèmes d’entreposage à sec étaient à la verticale, jusqu’à ce qu’Orano développe une solution moins risquée et innovante: les systèmes horizontaux ne peuvent pas basculer, et la manipulation sur site de ces systèmes lourds est simple et plus sûre en position horizontale. De plus, l’orientation horizontale pendant l’entreposage évite la différence de température significative entre les deux extrémités du conteneur d’un système vertical, ce qui réduit la possibilité de contraintes thermiques induites dans le matériau. Les systèmes horizontaux sont faciles à inspecter et à transporter. Plus important encore, les modules d’entreposage horizontal d’Orano sont disposés de manière à ne laisser aucun espace, côte à côte, ce qui élimine pratiquement les émissions de rayonnement et entraîne une exposition minimale des travailleurs de l’usine et du public.

L’entreposage horizontal NUHOMS® offre:

– Le meilleur chargement grâce à un agencement côte à côte.

– Le plus haut niveau de sécurité.

– Des conteneurs en acier inoxydable hautement résistants à la corrosion, plus l’option duplex en acier inoxydable pour les environnements marins.

– Des modules massifs d’entreposage de béton offrant comme une forteresse la protection du combustible irradié.

– Un risque faible dans le déplacement du combustible sur site en raison de l’orientation horizontale.

– La performance sismique la plus élevée de tous les systèmes connus.

– Un conteneur agréé par la NRC pour le transport du combustible irradié.

– Le plus sûr moyen de déplacer le combustible usé des centrales nucléaires vers l’installation d’entreposage provisoire de la WCS[7].

– Les principales caractéristiques de sécurité résultant d’une conception conservatrice et de la conduction de la chaleur, plutôt que de dépendre de la convection.

Offrant la protection la plus importante, des prix transparents et des coûts de cycle de vie réduits, NUHOMS® est la solution d’un entreposage à sec de choix pour les installations nucléaires à travers le monde.

Avec son emballage de transport homologué par la NRC pour le combustible irradié à fort taux de combustion (burn-up) et son expérience globale inégalée dans le transport de combustibles irradiés, Orano offre des technologies et une expertise pour répondre au défi des États-Unis d’entreposer le combustible nucléaire irradié en toute sécurité ».

Vidéo à consulter à l’adresse en note de bas de page n° 6.

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Commentaire :

Le caractère commercial de ce document d’Orano est évident et rien de ce qui est dit n’est à prendre pour argent comptant.

Néanmoins, la réussite d’Orano dans ce domaine est indéniable et devrait amener les responsables, tant d’EDF que du Gouvernement, à réfléchir sérieusement sur la pertinence de la politique actuelle basée sur l’entreposage en piscine des combustibles irradiés et sur le retraitement de ces combustibles irradiés, avec l’exception notable du MOX et des URE, ce qui complique encore un peu plus les affaires.

 

[1] Référence : https://reporterre.net/EXCLUSIF-EDF-veut-construire-une-piscine-geante-de-dechets-nucleaires-a

[2] Combustibles UOX : combustibles initialement à uranium enrichi (sous forme d’oxyde).

[3] Combustibles URE : fabriqués à partir d’uranium de retraitement enrichi, en faibles quantités.

[4] Référence : http://www.nrc.gov/reading-rm/doc-collections/fact-sheets/dry-cask-storage.html – traduction de l’auteur.

[5] NRC : Nuclear Regulatory Commission

[6] Référence : http://us.areva.com/EN/home-3138/areva-nuclear-materials-tn-americas–nuhoms-used-fuel-storage-system.html – Traduction de l’auteur.

[7] WCS : Waste Control and Storage

 

Mai 05 2018

Nucléaire : EDF lance les négociations pour deux nouveaux EPR au Royaume-Uni

Selon nos informations, le groupe français discute avec le gouvernement britannique pour trouver un nouveau mode de financement pour construire des réacteurs à Sizewell.

LE MONDE ECONOMIE Par Nabil Wakim et Eric Albert (Londres, correspondance)

image: http://img.lemde.fr/2018/05/05/0/0/1790/930/1068/0/60/0/9a3ff03_11587-6vgphf.7ueee.jpgPrésentation en images de synthèse des deux réacteurs EPR qu’EDF construit à Hinkley Point dans le sud-ouest de l’Angleterre, diffusée par EDF Energy à Londres, le 28 juillet 2016.

EDF a entamé des négociations avec le gouvernement britannique pour construire deux nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR au Royaume-Uni, après ceux en construction à Hinkley Point. Le patron d’EDF outre-Manche, Simone Rossi, a rencontré à la mi-avril le ministre britannique de l’industrie, Greg Clark, ainsi que des responsables du Trésor britannique, ont affirmé plusieurs sources au Monde.

Le sujet : Sizewell. Sur ce terrain du Suffolk (est de l’Angleterre), où deux centrales nucléaires sont déjà en activité, EDF a toujours affiché ses ambitions de construire deux nouveaux réacteurs d’EPR. Mais le financement d’Hinkley Point a été si long et difficile qu’il est hors de question de reproduire le même schéma.

Un projet très critiqué

Les discussions se concentrent donc sur de possibles scénarios alternatifs. Est ainsi à l’étude la possibilité de faire partager le coût de la construction aux consommateurs britanniques, sur leur facture d’électricité. Il ne s’agirait pas nécessairement d’un paiement direct, mais plutôt d’une sorte de caution qui reste à définir. Pour l’heure, le ministère de l’industrie britannique se borne à rappeler que « de nouvelles centrales nucléaires ont un rôle important à jouer dans l’avenir de notre production d’électricité à faibles émissions de CO2 ».

Pour comprendre les discussions actuelles, il faut revenir sur Hinkley Point. Les deux EPR, dont la construction, dans l’ouest de l’Angleterre, a commencé fin 2016, doivent coûter 19,6 milliards de livres (22,2 milliards d’euros), et celle du premier doit démarrer en 2025. Ils sont critiqués de toutes parts. D’abord du côté d’EDF, qui en finance sur fonds propres les deux tiers (le chinois CGN apporte le reste) et voit le projet anglais plomber son bilan. Son directeur financier a démissionné pour s’y opposer en mars 2016.

Le gouvernement britannique, lui, ne met, certes, pas un centime dans la construction, mais il a signé un accord hors norme avec EDF, lui garantissant, pour l’électricité produite à Hinkley Point, pendant trente-cinq ans un prix de 92,50 livres (105 euros) le mégawattheure (MWh), soit plus du double du prix actuel du marché. Cela a suscité un tollé outre-Manche, d’autant que le coût des énergies renouvelables a, depuis, sensiblement diminué.

Réduire les coûts de 30 %

Pas question de recommencer les mêmes erreurs avec Sizewell. L’objectif est de réduire les coûts d’environ 30 %. De plus, EDF ne veut financer qu’une petite partie du projet et souhaite faire appel à des fonds de pension pour le reste.

Lire aussi :   Au cœur du chantier le plus risqué d’EDF

EDF espère d’abord réaliser des économies en tirant les leçons des précédents projets. Les études d’ingénierie d’Hinkley Point, qui ont coûté plus de 2 milliards d’euros, ne devront pas être intégralement refaites. Et, si le budget de la construction des pièces reste le même, le processus administratif peut être allégé. Au total, jusqu’à 20 % de réduction des coûts pourraient être espérés.

Mettre à contribution les consommateurs

Par ailleurs, l’exigence du gouvernement britannique de ne rien payer de la construction des centrales a fortement augmenté le coût d’Hinkley Point. EDF, qui assume l’ensemble des risques du chantier, a réclamé un fort rendement, d’environ 9 %. Lever de l’argent en tant qu’entreprise privée lui coûte cher, alors que Londres peut actuellement emprunter à un taux d’intérêt de moins de 1,5 %.

En conséquence, les esprits évoluent au Royaume-Uni. En juillet 2017, le National Audit Office, l’équivalent de la Cour des comptes, notait ainsi que « si le gouvernement avait contribué au financement [d’Hinkley Point], cela aurait pu réduire les coûts. »

Lire aussi :   Hinkley Point : les parlementaires britanniques dénoncent le coût de la centrale nucléaire

Cette fois, EDF propose donc d’inclure l’Etat britannique dès les travaux. Il ne financerait pas directement la nouvelle centrale, mais mettrait à contribution les consommateurs, sur leur facture d’électricité. Les détails restent flous, mais cette garantie permettrait d’abaisser beaucoup le coût du financement du projet. En échange, les investisseurs pourraient se montrer moins gourmands, avec un retour peut-être autour de 5 -6 % seulement.

Un dossier explosif

Bien sûr, les négociations débutent à peine, et le dossier est explosif. Les prix de l’électricité font régulièrement les gros titres des journaux, et les travaillistes ont promis de renationaliser le secteur. Pour emporter l’adhésion de Londres, EDF doit prouver que l’EPR fonctionne. Or, le démarrage du premier réacteur de Taïshan (Chine) ne devrait pas intervenir avant fin 2018. L’interminable chantier normand de Flamanvilleest censé se terminer fin 2018 et l’EPR démarrer début 2019, soit sept ans après ce qui était initialement prévu. Mais de récents problèmes de soudures pourraient entraîner un nouveau report.

Lire aussi :   EPR de Flamanville : l’Autorité de sûreté nucléaire critique « un défaut de surveillance »

Pour ne pas perdre le bénéfice de l’expérience, EDF voudrait ne pas espacer ses deux projets d’EPR anglais de plus de cinq ans. Il faudrait donner alors le coup d’envoi du nouveau chantier autour de 2021 et pour cela trouver un accord avec Londres sur la nouvelle méthode de financement d’ici à fin 2019, début 2020.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/05/nucleaire-edf-lance-les-negociations-pour-deux-nouveaux-epr-au-royaume-uni_5294780_3234.html#QePBXFhiGFeO9vBv.99

Avr 29 2018

CRILAN : Didier Anger passe la main

Après plus de 45 ans passés à la tête du CRILAN, Didier Anger a décider de passer la main lors de l’AG du 25 mars. André JACQUES votre serviteur sur ce blog a été  nommé président du CA le 11 avril. 

 

Avr 29 2018

Nucléaire: la CRIIRAD conclut à une « vraie faillite » de l’ASN

Alors que la Belgique vient de confirmer, avec sagesse, sa sortie du nucléaire en 2025, la France rempile dans la folie nucléaire pour des dizaines d’années avec le « grand carénage » dont le coût officiellement annoncé est déjà de 100 milliards d’euros d’ici 2030. En même temps (sic), l’Autorité de Sûreté Nucléaire [ASN] est ouvertement contestée… Alors, adhérez à la CRIIRAD !  25 AVR. 2018

Lettre mensuelle CRIIRAD – N°46 – Avril 2018 (extrait)
Audition Parlementaire de Roland Desbordes du 5 avril

L’actualité ayant mis en évidence des failles dans la sécurité des installations nucléaires, une commission parlementaire a été créée pour tenter de « faire le jour » sur ces questions. Roland Desbordes* a été sollicité pour être auditionné. Les problèmes liés aux équipements sous pression ont été mis en évidence. Il est admis qu’ils ne doivent pas présenter le moindre défaut. Leur rupture entraînerait un accident grave à cinétique rapide, scénario actuellement exclu des études de danger.

La CRIIRAD a étudié les informations diffusées par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) et les exploitants (voir notre TU n°75). Ce travail a été complété en vue de l’audition : le constat est alarmant, non seulement pour l’EPR, présenté pourtant comme un modèle de sûreté, mais aussi pour des milliers de composants (eux aussi essentiels pour la sûreté) qui ont été installés sur des réacteurs en fonctionnement, et cela depuis plus de 10 ans.

Les exploitants sont bien sûr responsables de cette situation, mais nous avons pu aussi prouver que l’ASN, notre «gendarme», n’était pas indemne de tout reproche. De ce travail qui met à jour des dysfonctionnements, des dissimulations, voire des falsifications, on peut conclure à une vraie faillite de notre système de contrôle pourtant vanté comme exemplaire. Quelques questions des députés ont également élargi les échanges aux problèmes d’information du public, de Cigéo,…

Actuellement, Roland Desbordes, physicien, préside le Conseil d’Administration de la CRIIRAD.

 

ASSEMBLÉE NATIONALE
Jeudi 12 avril 2018, Séance de 14 heures, Compte rendu n° 26
Audition de M. Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire
Commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires 
(extrait)

Mme Barbara Pompili, rapporteure. Il nous a d’ailleurs été fait remarquer que les opérateurs et les experts de l’ASN sortaient tous des mêmes écoles et des mêmes milieux…

M. Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire.Forcément…

Mme Barbara Pompili, rapporteure. Ils parlent le même langage. Il y a donc certainement un travail à faire pour que les experts aient des origines plus diversifiées.

Le grand carénage ne concerne pas les piscines

Il importe de souligner que le « grand carénage » ne concerne ni les déchets (un souci pour un million d’années) ni les piscines qui ne sont pas protégées contre le risque terroriste. C’est un problème éminemment grave que la CRIIRAD avait soulevé bien avant la vague terroriste des dernières années.

Mme Barbara Pompili, rapporteure. (…) la conception d’un réacteur ou d’une piscine ne peut plus se faire en pensant simplement au risque d’inondation ou de malfaçons : il faut intégrer les effets d’attaques malveillantes.

M. Nicolas Hulot, ministre. (…) je ne dispose pas à ce stade d’une estimation du prix d’une « bunkérisation » des piscines de refroidissement des combustibles nucléaires. Mes services estiment qu’une telle étude n’est pas utile, car nous sommes convaincus que la bunkérisation des piscines n’est pas une solution aux problématiques de sécurité.
(…)

Mme Barbara Pompili, rapporteure. S’agissant de la nouvelle piscine d’entreposage dont la construction est envisagée, avez-vous des estimations quant à son coût ?

M. Nicolas Hulot, ministre. Rien de précis à ce stade.
(…)

Mme Sonia Krimi. Les habitants du Cotentin, dont vous avez parlé, ont légitimement droit à la mise en sûreté des combustibles actuellement entreposés dans les quatre piscines de l’usine de la Hague. Les quatre usines contiennent à peu près l’équivalent de 108 cœurs de réacteurs, soit une moyenne de vingt-sept cœurs par piscine, le tout recouvert par une simple structure métallique. Cette conception constitue l’un des plus grands problèmes de l’industrie nucléaire civile, tant à la Hague que chez EDF. L’ASN ainsi que l’exploitant EDF estiment que les piscines d’Orano seront très rapidement saturées dans les prochaines années.
(…)

M. Nicolas Hulot, ministre. Nous aurons probablement besoin de sites d’entreposage futurs, car les piscines sont saturées, mais au moment où je vous parle il n’y a pas eu d’arbitrage. Nous attendons des propositions des opérateurs et nous commençons à peine à en parler avec EDF.

Mme Barbara Pompili, rapporteure. (…) Ce matin, vous nous avez fourni des photos de tests effectués sur des bétons, à la suite des interrogations soulevées dans le rapport de Greenpeace, ce dont je vous remercie. Les bétons testés provenaient-ils de bâtiments entourant des réacteurs ou des piscines ? La réponse qui m’a été apportée ce matin ayant été très floue, je repose la question. Comme vous le savez, les questions récurrentes de Greenpeace mettaient en cause moins la vulnérabilité des bâtiments des réacteurs que celle des bâtiments des piscines. Question subsidiaire : si la nouvelle piscine est créée, doit-elle être bunkérisée ?
M. Nicolas Hulot, ministre. Pour le moment, je ne dispose pas des informations qui me permettraient de répondre à votre dernière question.


Une note d’espoir tout de même,  car le Ministre évoque l’hydrogène renouvelable

M. Nicolas Hulot, ministre. Je suis convaincu que l’intermittence* ne sera bientôt plus un problème, ne serait-ce qu’en raison de la combinaison de la diversité de sources d’énergie renouvelables avec la biomasse, le gaz naturel et les réseaux intelligents – notamment les smart grids**. Il faut aussi compter avec le développement à l’échelle industrielle de technologies qui sont déjà dans le paysage : Il faut aussi compter avec le développement à l’échelle industrielle de technologies qui sont déjà dans le paysage : je crois beaucoup à l’hydrogène, à d’autres capacités de stockage et (…). Au passage, je fais le vœu que l’Europe – notamment la France associée à l’Allemagne – développe un projet dimensionné pour que nous ne soyons pas dépendants en termes de mobilité et (…). Pour moi, l’intermittence* n’est en aucun cas un frein, grâce à l’hydraulique mais aussi au développement de nombreuses techniques de stockage.

*Parler d’intermittence, c’est faire référence aux sources d’énergies renouvelables dont la production dépend des aléas météorologiques.

** Les smart grids est une expression pédante (comme le smartphone) pour désigner simplement un réseau qui optimise la production, la distribution, la consommation pour mieux mettre en relation l’offre et la demande d’électricité.

https://blogs.mediapart.fr/jean-lucien-hardy/blog/250418/nucleaire-la-criirad-conclut-une-vraie-faillite-de-lasn