En France, toujours plus d’argent pour le nucléaire


La France est le pays du G7 qui consacre le moins d’argent à la recherche publique sur les renouvelables, relativement aux autres sources d’énergie, selon une note du Commissariat général au développement durable diffusée lundi 4 février. Mediapart 5 FÉVRIER 2019 PAR JADE LINDGAARD

Il y a bien une exception française en matière d’énergie au sein des pays riches, et elle porte le nom de « nucléaire ». La France est le pays du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Japon) qui consacre le moins d’argent à la recherche publique sur les renouvelables, relativement aux autres sources d’énergie, selon une note du Commissariat général au développement durable diffusée lundi 4 février.

« La tendance générale est à l’augmentation du poids des nouvelles technologies de l’énergie, qui constituent le premier poste de dépense de tous les pays du G7 en 2017 à l’exception de la France », qui a dévolu au nucléaire 53 % des financements publics à la R&D – recherche et développement – en énergie, explique l’auteur de l’étude. Le budget total de la R&D énergétique atteint 973 millions d’euros en 2017, soit 5 % de la dépense publique.

Cela montre à quel point l’État français continue de vouloir fortement investir dans l’atome pour les années à venir, car ce budget de la R&D publique s’ajoute aux subsides dépensés chaque année pour l’exploitation des 58 réacteurs électriques d’EDF, ainsi qu’aux milliards d’euros prévus pour remettre à niveau les installations vieillissantes, dans la perspective du prolongement de leur fonctionnement jusqu’en 2035.

Concrètement, ces montants concernent les dépenses de quatorze organismes publics : CNRS, Ademe, Andra – le laboratoire qui développe le projet de centre d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure –, la Banque publique d’investissement, le BRGM, le CEA, l’IRSN – les experts de l’Autorité de sûreté nucléaire…

© CGEDD

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En 2017, la R&D publique consacrée au nucléaire a même augmenté en France alors que depuis 2012 ses montants diminuaient : + 6 % par rapport à 2016. Cela n’est toutefois pas directement dû à la production d’électricité : la hausse provient de l’augmentation du budget du réacteur Jules-Horowitz, situé sur le centre géré par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) à Cadarache (Alpes-de-Haute-Provence). Cet équipement est consacré à la recherche, notamment sur les matériaux irradiés – présents dans les centrales nucléaires – et doit produire des radioéléments à usage médical.

En 2017, seuls 33 % des financements de la recherche publique française, soit 319 millions d’euros, ont profité aux nouvelles technologies de l’énergie (renouvelables, hydrogène, piles à combustibles, efficacité énergétique). Ce ratio est néanmoins en forte hausse, si on le compare au début des années 2000 – mais c’est bien la moindre des choses compte tenu de tout ce que le monde a découvert et compris depuis quant à l’importance des dérèglements climatiques.

La recherche sur les énergies renouvelables a bénéficié de 126 millions d’euros l’année dernière, soit quatre fois plus qu’en 2002. Un chiffre bien dérisoire si l’on prend en compte les travaux des économistes, qui estiment que l’inaction sur la transition énergétique coûtera plusieurs points de PIB aux économies industrialisées.

Ainsi l’Allemagne, qui continue de dépendre beaucoup plus que la France du charbon, une énergie très émettrice de gaz à effet de serre, consacre-t-elle en parts relatives deux fois plus de moyens publics que la France au solaire, à l’éolien et au transport d’électricité, avec un total de 68 %.

Autre chiffre marquant : la faiblesse des moyens publics consacrés en France à l’efficacité énergétique, c’est-à-dire à la réduction des consommations d’énergie, avec 121 millions d’euros en 2017. Alors que, de l’avis général, ce devrait être la plus grande priorité de politique publique pour réduire les rejets de CO2. Selon la dernière évaluation officielle de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC, mise en place par la loi de transition énergétique votée lors du précédent quinquennat), en 2016, les émissions de gaz à effet de serre ont dépassé le plafond annuel indicatif de + 3,6 %. Tous les secteurs sont concernés : + 6 % dans le transport, + 11 % dans le secteur du bâtiment, + 3 % dans le secteur agricole.

Selon le Réseau action climat (RAC), associé au CLER (Réseau pour la transition énergétique), les rejets de CO2 augmentent dans les transports (+ 10,6 %), le bâtiment (+ 22,7 %) et l’agriculture. En 2017, seuls 65 millions d’euros ont été consacrés à la recherche publique pour améliorer l’efficacité énergétique dans les transports, et 24 millions pour le bâtiment. À titre indicatif, le coût du réacteur EPR en construction à Flamanville est estimé par EDF à 10,9 milliards d’euros. On peut aussi s’étonner que la recherche publique continue de dépenser de l’argent dans la capture et le stockage du carbone, alors que cette technologie n’a jusqu’ici jamais fait ses preuves.

Les participant·e·s au grand débat en cours pourraient se saisir de cette note pour mettre en discussion les priorités d’investissement public. Sont-ils d’accord pour maintenir une telle prééminence du nucléaire dans les dépenses de recherche ? On ne leur a jamais posé la question.

Le nucléaire ne suffira pas à sauver le climat

Pour les experts du climat, le nucléaire est une réponse possible, mais surtout une réponse partielle avec des dommages collatéraux.

Par Pierre Le Hir et Nabil Wakim Le Monde 1 février 2019

« Pour relever le défi de l’énergie et du climat, dans le cadre d’une baisse drastique des émissions des gaz à effet de serre, le nucléaire peut jouer un rôle en France, et sans doute en Europe et dans le monde, puisqu’il présente une production totalement décarbonée. » La déclaration n’émane pas du président d’EDF, mais du ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, pourtant sceptique de longue date vis-à-vis de l’énergie nucléaire, qui s’exprimait devant les représentants de la filière lundi 28 janvier.

Ces déclarations reflètent une réalité : l’urgence climatique est en train de changer la donne du débat sur l’atome. C’est bien au regard du climat, et non plus seulement des risques associés à l’énergie de la fission, que se pose aujourd’hui la question de la place du nucléaire dans la production d’énergie. Celui-ci, font valoir ses partisans, ne génère pas – ou très peu – de CO2, ce qui le rend incontournable pour endiguer le réchauffement planétaire.

Pourtant, le nucléaire reste marginal dans le mix énergétique mondial : il ne pèse que pour 10 % dans la production d’électricité totale – la France, avec ses 75 % de nucléaire, fait figure d’exception. Dans les différents scénarios étudiés aussi bien par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) que par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il joue un rôle croissant mais limité dans les politiques climatiques. L’atome est-il alors, sinon la clé, du moins l’une des clés d’un monde plus tempéré ?

  • Une énergie peu carbonée…

L’atome d’uranium est paré d’une grande vertu : sa fission n’émet pas de gaz à effet de serre. Toutefois, la filière nucléaire n’est pas neutre en carbone. Si l’on considère l’ensemble de son cycle de vie, de l’extraction du minerai à la gestion des déchets radioactifs en passant par la construction, l’exploitation et le démantèlement des réacteurs, elle génère en moyenne 12 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure produit, indique la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), dans une étude d’octobre 2018.

D’autres études retiennent pourtant des chiffres d’émissions indirectes sensiblement plus élevés, avec une valeur médiane de 66 grammes.

En tout état de cause, le bilan carbone du kilowattheure nucléaire est très largement inférieur à celui du charbon (820 grammes) et du gaz (490 grammes), et dans les mêmes ordres de grandeur que le solaire photovoltaïque (de 41 à 48 grammes selon les systèmes), de l’hydroélectricité (24 grammes), et de l’éolien terrestre ou offshore (11 à 12 grammes).

Citant une étude de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la SFEN note que depuis 1970, le nucléaire a évité le rejet de plus de 60 milliards de tonnes de CO2, l’équivalent de cinq années d’émissions du secteur électrique. Sa déléguée générale, Valérie Faudon, en tire la conclusion qu’« il ne sera pas possible de ralentir les émissions de gaz à effet de serre sans que les pays qui disposent de la technologie nucléaire ne développent ou ne renouvellent leur parc ».Valérie Faudon : « Chercher à exclure une technologie efficace nuit au combat climatique »

Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire.

« L’énergie nucléaire est reconnue par la communauté scientifique pour ses faibles émissions de gaz à effet de serre. La réaction de fission en elle-même n’en émet pas. En prenant en compte les émissions générées sur l’ensemble du cycle de vie (construction de l’installation, fabrication du combustible, démantèlement, gestion des déchets), le GIEC classe le nucléaire au même niveau que l’énergie éolienne.

L’énergie nucléaire représente plus de 10% de la production mondiale d’électricité, et est la deuxième source bas-carbone après l’hydroélectricité. La Suède et la France ont réussi, en combinant les deux, à réduire rapidement leurs émissions. Notre pays a aujourd’hui les plus faibles émissions par habitant des sept plus grands pays industrialisés (G7).

Chercher à exclure une technologie efficace nuit au combat climatique, et à la planète. Récemment, au Japon et dans plusieurs Etats américains, la mise à l’arrêt prématuréed e 
centrales nucléaires, nécessaires à l’équilibre du système – puisqu’elles produisent 24 h/24, s’est soldée par un accroissement de production des centrales à gaz, et une augmentation des émissions. En Allemagne, la sortie du nucléaire va retarder de plus de dix ans la sortie du charbon.

Toutes les institutions internationales, que ce soit le GIEC, l’OCDE, la Commission Européenne, lesquelles s’appuient sur les plus grands experts de l’énergie, incluent dans leurs scénarios une part significative de nucléaire, à l’horizon 2030, aux côtés des énergies renouvelables. »

Cependant, le raisonnement vaut si le nucléaire se substitue à des centrales à charbon, à pétrole ou à gaz. Ou, à l’inverse, lorsque des réacteurs nucléaires sont fermés et remplacés par des centrales à gaz comme cela a pu avoir lieu dans certains Etats américains.

Toutefois, cette logique ne tient plus si l’atome est mis en balance non pas avec les ressources fossiles, mais avec les renouvelables. Mais il faudrait pour cela disposer d’un parc renouvelable suffisamment étoffé et diversifié, avec des capacités de stockage importantes et un réseau bien géré, pour lisser la variabilité du solaire et de l’éolien. C’est l’un des arguments répétés par les défenseurs du nucléaire : les réacteurs produisent de l’électricité à la demande et de manière continue, contrairement aux éoliennes et aux panneaux solaires.

  • … mais une question d’échelle

Malgré ses atouts, l’atome est confronté à un problème d’échelle. Les 453 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans trente pays ne fournissent qu’un peu plus de 2 % de la consommation d’énergie finale de l’humanité. Rapportée à la seule production d’électricité, leur part ne dépasse pas 10 %.

A l’échelle mondiale, le facteur nucléaire est donc aujourd’hui secondaire dans l’équation énergétique et climatique. Pour qu’il pèse de façon significative, il faudrait changer d’ordre de grandeur en déployant des milliers de nouveaux réacteurs sur le globe. Une perspective irréaliste, aussi bien sur le plan économique que technique ou géopolitique. Actuellement, une cinquantaine de réacteurs seulement sont en construction dans le monde.

Certes, l’AIE prévoit que d’ici à 2040, la production d’énergie primaire issue du nucléaire augmentera de plus de 40 %, pour l’essentiel en Chine et en Inde. Mais à cette échéance, la part de l’atome dans le mix électrique mondial sera toujours de l’ordre de 10 %, compte tenu de l’augmentation à venir de la consommation.

Se pose aussi la question des ressources d’uranium. Selon le rapport 2018 de l’Agence de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour l’énergie nucléaire, les réserves connues exploitables à un coût compétitif (fixé à 130 dollars, soit 113 euros, le kilo de minerai) permettraient de couvrir les besoins en combustible, à leur niveau actuel, pendant plus de 130 ans. Le gisement est donc important mais limité, et il s’épuiserait vite si le parc nucléaire croissait de manière exponentielle. Sauf à exploiter des ressources encore hypothétiques ou aux coûts d’extraction supérieurs. Ou à mettre en œuvre de nouvelles technologies, comme les réacteurs à neutrons rapides – capables de brûler de l’uranium naturel non enrichi en matière fissile et de recycler des déchets nucléaires –, dont l’avenir est aujourd’hui très incertain.

  • Ce que disent les experts du GIEC

Dans son récent rapport sur la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à la période préindustrielle, le GIEC a étudié une multitude de scénarios permettant de ne pas dépasser ce seuil, ou de ne pas trop s’en écarter. La plupart d’entre eux prévoient une hausse substantielle du recours au nucléaire, dont la part dans la consommation d’énergie primaire devrait être multipliée par un facteur de deux à six en 2050, par rapport à 2010.

La plupart mais pas tous, précisent cependant les climatologues : certains scénarios parviennent au même résultat avec une baisse du nucléaire, en capacité installée comme en part de la production électrique. Surtout, les modélisations donnent une priorité aux renouvelables, qui devraient fournir de 70 % à 85 % de l’électricité au milieu du siècle.

En outre, le GIEC met en garde contre les dangers associés au développement de l’atome, en citant « les risques de prolifération [d’armes nucléaires] » ou « des effets environnementaux négatifs ». Dans son dernier grand rapport d’évaluation, publié en 2013 et 2014, il soulignait déjà que « divers risques et obstacles » sont attachés au nucléaire, qu’il s’agisse du fonctionnement des centrales, de l’extraction de l’uranium ou des « problèmes non résolus que soulève le traitement des déchets ».

Pour les experts du climat, le nucléaire est donc une réponse possible au réchauffement, mais une réponse partielle et non dénuée de dommages collatéraux.

  • L’exception française

Se focaliser sur l’Hexagone peut brouiller la vision d’ensemble. Avec ses cinquante-huit réacteurs en activité – le parc le plus important après celui des Etats-Unis –, qui fournissent bon an mal an les trois quarts de son électricité (un record absolu), la France est en effet un cas singulier.

Mais même dans ce contexte unique au monde, le poids du nucléaire est à relativiser. L’électricité représentant un quart de la consommation d’énergie finale nationale, l’atome fournit environ 18 % du mix énergétique total. Le gros des besoins reste couvert par le pétrole et le gaz naturel, avec une contribution encore réduite (17 %) des renouvelables.

Il est vrai que grâce à sa forte composante nucléaire, le système électrique français ne génère aujourd’hui que 22 millions de tonnes de CO2 par an (chiffre de 2016), et que le secteur de la production d’énergie dans son ensemble représente moins de 11 % des émissions nationales de gaz à effet de serre (50 millions de tonnes sur un total de 463 millions). Ce qui montre, au passage, que les efforts de décarbonation doivent surtout être menés dans les transports (responsables de 30 % des émissions françaises), le bâtiment et l’agriculture (environ 20 % des émissions dans les deux cas). La priorité restant de réduire la consommation d’énergie, dont la loi de transition énergétique prévoit la division par deux en 2050.

Centrale nucléaire de Saint-Laurent-des Eaux: à gauche une photo « normale », un enregistrement d’un paysage avec la centrale. A droite : une photo « fictionnelle », retravaillée numériquement, pour illustrer l’idée : « à quoi ressemblerait ce même paysage sans la centrale ».
Centrale nucléaire de Saint-Laurent-des Eaux: à gauche une photo « normale », un enregistrement d’un paysage avec la centrale. A droite : une photo « fictionnelle », retravaillée numériquement, pour illustrer l’idée : « à quoi ressemblerait ce même paysage sans la centrale ». JEAN-PIERRE ATTAL

Pour autant, pour s’en tenir au seul secteur électrique, les scénarios du Réseau de transport d’électricité (RTE, filiale d’EDF), sur lesquels l’exécutif s’est appuyé pour bâtir la programmation pluriannuelle de l’énergie, ne font pas du nucléaire un passage obligé. L’objectif de passer de 75 % à 50 % d’électricité d’origine nucléaire ayant été repoussé à 2035, plusieurs scénarios permettent au système électrique d’être aussi performant qu’aujourd’hui en termesd’émissions de CO2 – voire meilleur –, tout en fermant de onze à vingt-sept réacteurs nucléaires. A condition de donner une forte impulsion au photovoltaïque et à l’éolien, en complément du socle que forme déjà l’hydraulique.

Y compris en France, l’action climatique ne repose donc pas inéluctablement sur l’atome. Tout au contraire, estime Yves Marignac, directeur de l’agence indépendante d’information sur le nucléaire Wise-Paris, « le recours au nucléaire s’avère contre-productif », en constituant « un frein pour la transition bas carbone », dont les ressorts les plus efficaces sont à ses yeux « un développement massif de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables ».Yves Marignac : « Les renouvelables ont gagné la compétition bas carbone »

Yves Marignac, directeur de l’agence indépendante d’information sur le nucléaire Wise-Paris.

« La lutte contre le changement climatique implique d’investir dans les solutions les plus à même de réduire rapidement les émissions en se substituant aux énergies fossiles. La priorité est d’abord de consommer plus utilement et efficacement l’énergie. Reste ensuite à choisir, pour produire ce qui reste nécessaire, entre nucléaire et renouvelables.

Le premier n’est pas, comme ses partisans l’ont longtemps prétendu, la base indispensable pour produire massivement de l’énergie décarbonée. Avec leurs prix en baisse continue alors que ceux de nouveaux réacteurs explosent, les renouvelables ont au contraire gagné la compétition bas carbone, et s’imposent largement face au nucléaire sur tous les marchés du monde. Et cela, même si les risques nucléaires pèsent dans la balance, n’a rien d’idéologique !

L’atome reste-t-il un complément indispensable à la variabilité du vent et du soleil ? L’émergence de solutions de flexibilité de la demande électrique et de stockage à grande échelle rend cette vision de plus en plus obsolète. La seule question reste, là où des réacteurs existent, de savoir à quel rythme les fermer pour faire la place à ce nouveau système : c’est le deuil auquel la “France nucléaire” est aujourd’hui confrontée. »

  • L’épreuve du marché

Au demeurant, la politique énergétique et climatique n’échappe pas aux réalités du marché. Et le nucléaire n’est plus le mieux placé.

En France même – qui n’est pas le pays le plus ensoleillé ni le plus venté –, les derniers appels d’offres ont fait chuter les prix entre 50 et 60 euros le mégawattheure (MWh) pour le solaire photovoltaïque, et à 65 euros pour l’éolien terrestre. Soit des niveaux comparables à ceux de l’électricité sur le marché de gros. Pour l’éolien en mer, ils sont encore deux fois plus élevés, mais ils baisseront eux aussi, si du moins les turbines prévues au large du littoral français finissent par tourner et par stabiliser la filière.

En face, le nucléaire, dont le parc hexagonal a déjà été largement amorti, affiche aujourd’hui des tarifs compétitifs. Mais le nouveau nucléaire sera plus coûteux. Le prix de l’électricité qui proviendra de l’EPR de Flamanville (Manche), dont EDF prévoit la mise en service en 2020, a été chiffré en 2012 par la Cour des comptes « entre 70 et 90 euros le MWh ». Il s’agit bien sûr d’un prototype et, pour l’avenir, EDF, qui promettait naguère un EPR optimisé moins cher au KWh que les renouvelables, annonce désormais un réacteur « compétitif par rapport aux énergies fossiles », autour de 70 euros le MWh. En attendant, le prix de vente négocié avec le gouvernement britannique pour les deux EPR prévus à Hinkley Point dépasse 100 euros.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a produit, en décembre 2018, une étude sur le mix électrique français à l’horizon 2060. Elle conclut que « le prolongement d’une partie du parc nucléaire historique (…) permet une transition efficiente d’un point de vue économique et climatique ». Mais que « le développement d’une filière nucléaire de nouvelle génération ne serait pas compétitif pour le système électrique français ».

Cela, sans prendre en compte la facture d’un éventuel accident nucléaire majeur, que l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire avait estimé pour la France, en 2013, à plus de 400 milliards d’euros.

Le choix politique de l’option nucléaire peut être justifié par de multiples considérations : développement ou préservation d’une filière industrielle, possibles exportations de technologies, sauvegarde de bassins d’emplois où la fermeture de centrales entraînerait une reconversion difficile. Mais il ne saurait se présenter comme l’unique, ou même la principale réponse à la menace climatique.Un « projet d’avenir » pour Fessenheim

Le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, et la secrétaire d’Etat, Emmanuelle Wargon, devaient signer, vendredi 1er février, à Fessenheim (Haut-Rhin), le « projet d’avenir du territoire » issu de la concertation entre l’Etat, les élus locaux, EDF et les représentants syndicaux. Les deux réacteurs de la centrale doivent fermer d’ici à l’été 2020. Ce document consigne les différents projets pour dynamiser l’activité économique du territoire. Parmi eux, la mise en place d’une cellule d’accompagnement individualisée pour les sous-traitants de la centrale, une réflexion sur une ligne ferroviaire entre Colmar (Haut-Rhin) et Fribourg, en Allemagne, et un appel d’offres pour développer un parc photovoltaïque. Le gouvernement n’a pas indiqué de chiffrage global de ce plan de transition.

Pierre Le Hir et Nabil Wakim

Déchets nucléaires: Greenpeace met en garde contre une « saturation » mondiale

Greenpeace a alerté mercredi contre un risque de « saturation » mondiale des déchets nucléaires, mettant également en cause des projets d’enfouissement profond des déchets hautement radioactifs. Le rapport commandé par la branche française de l’ONG à plusieurs experts passe en revue les divers déchets produits par la « chaine » du combustible nucléaire, de l’extraction de l’uranium aux combustibles usés déchargés des réacteurs. Mais c’est surtout ces derniers, « les plus dangereux », sur lesquels Greenpeace veut attirer l’attention. Paris,  AFP  30/01/2019

Selon le rapport, il existe aujourd’hui « un stock mondial d’environ 250.000 tonnes de combustibles usés hautement radioactifs » répartis dans une quinzaine de pays. Et la majorité « reste entreposée dans des piscines de refroidissement sur les sites des réacteurs », note le rapport. Piscines de stockage qui selon un précédent rapport de l’ONG sont « vulnérables » aux attaques extérieures. Le rapport pointe en particulier du doigt la France où l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a déjà souligné le risque de saturation des immenses piscines de La Hague où refroidissent les combustibles irradiés des centrales. Mais le texte s’inquiète également du « danger potentiel » de l' »accumulation » dans les piscines des réacteurs américains, qui contiennent « trois à quatre fois plus de combustible nucléaire usé que ce qui était prévu par les concepts d’origine ». Alors que les piscines se remplissent, « aucun pays au monde ne dispose d’une solution pour les déchets de haute activité », écrit Pete Roche, un des auteurs, consultant spécialisé en énergie et militant anti-nucléaire. Et « un nucléaire sans solution pour ses déchets c’est comme un avion sans piste d’atterrissage », a commenté Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France.  Le rapport passe en particulier au crible la gestion des déchets nucléaires dans sept pays (Belgique, France, Japon, Suède, Finlande, Grande Bretagne et États-Unis). « Lʼindustrie nucléaire, avec le soutien des gouvernements à différents niveaux, maintient le choix du stockage géologique du combustible usé (…). Pourtant, nulle part dans le monde, un stockage souterrain viable, sûr et durable à long terme n’a été mis en place », insiste le texte, estimant que même en Suède et en Finlande, où les initiatives sont les plus avancées, il reste de « grandes incertitudes ». Le projet français d’enfouissement Cigeo à Bure, dans l’Est du pays, est particulièrement dénoncé.

 « La vérité c’est que nous arrivons à une situation critique liée à la saturation des piscines de stockage. Pour autant, opter pour l’enfouissement profond serait une erreur grave car on ne pourrait pas revenir en arrière »,

a insisté Yannick Rousselet, qui plaide pour un entreposage à sec sécurisé en conteneurs en « subsurface ». Le rapport met également en avant l' »escalade » des coûts, notant qu’aucun pays ne dispose « d’estimation crédible de la totalité des coûts qui seront supportés pour gérer les déchets nucléaires pendant de nombreuses décennies, voire des siècles ». abd/rh/cbo

EPR de Flamanville : la réaction du CRILAN sur les soudures et les possibles nouveaux retards

Mardi 29 janvier 2019 Sixtine LysFrance Bleu Cotentin

Va-t-on vers un nouveau report du démarrage de l’EPR de Flamanville ? L’autorité de sûreté nucléaire a été prudente, lors d’une conférence sur les grands enjeux pour 2019. Alors que le démarrage du réacteur est prévu pour la fin de l’année 2019, EDF doit toujours reprendre plusieurs soudures.

Ce sont huit soudures qui sont ciblées.
Ce sont huit soudures qui sont ciblées. © Radio France – Benoît Martin

Flamanville, France

Le démarrage de l’EPR de Flamanville pourrait être une fois de plus repoussé ? L’autorité de sûreté nucléaire s’est montré très prudente quant à l’avenir du chantier du réacteur, lors de sa conférence sur les grands enjeux de 2019. 

Le nouveau patron de l’ASN, Bernard Doroszusk, a en effet évoqué huit soudures qui nécessitent des réparations et qui sont difficilement accessibles par EDF. Le calendrier, qui prévoit le démarrage du réacteur fin 2019, sera « difficile à tenir.« 

Situation très préoccupante

L’été dernier, le Comité de réflexion, d’information et de lutte Antinucléaire, le CRILAN, avait porté plainte auprès du procureur de Cherbourg au sujet de ces soudures non conformes. Le président du CRILAN, André Jacques, trouve cette situation très préoccupante.

« Le chantier avance, mais _il y a autour de la cuve et des soudures des procès qui n’ont pas encore abouti_. On ne peut pas faire comme si tout allait bien. » 

Principale inquiétude pour André Jacques , le début des essais à chaud sur le circuit secondaire principal mi-février.

« Comment peut-on faire des essais à chaud sur une installation qui n’est pas conforme ? » s’interroge-t-il. 

À LIRE Nucléaire : les essais à chaud de l’EPR de Flamanville commenceront en février

La direction n’a pas souhaité faire de commentaire. L’Autorité de sûreté nucléaire dira au mois de mai si les tests d’EDF sur les soudures sont convaincants.

https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/epr-de-flamanville-des-soudures-pourraient-provoquer-de-nouveau-retards-1548779213

EPR de Flamanville : risque d’un nouveau retard à cause des soudures

Il est urgent d’arrêter les frais …

 

Le démarrage de l’EPR de Flamanville est prévu pour fin 2019. © CHARLY TRIBALLEAU / AFP

EDF a annoncé en avril dernier des « écarts de qualité » sur des soudures du réacteur nucléaire en construction. L’ASN, qui est en train d’instruire le dossier, rendra son avis « début mai » Europe 1, 29 janvier 2019.

Le démarrage du réacteur nucléaire EPR de Flamanville dans la Manche risque d’être encore retardé si EDF était contraint de reprendre certaines soudures difficiles d’accès, a mis en garde mardi le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Bernard Doroszczuk. ADVERTISING Ouverture dans 0adikteev

« Écarts de qualité » sur des soudures. EDF avait annoncé en avril dernier des « écarts de qualité » sur des soudures du réacteur nucléaire en construction. Elles se situent au niveau des tuyauteries du circuit secondaire principal, qui relient le générateur de vapeur et la turbine qui produit l’électricité. « A ce stade, la stratégie d’EDF consiste à reprendre la plupart de ces soudures qui sont en écart, à l’exception de huit d’entre elles (…), difficilement accessibles et dont l’une d’entre elles présente un défaut », a rappelé Bernard Doroszczuk.

L’ASN rendra son avis « début mai ». EDF doit se justifier auprès de l’ASN pour éviter de reprendre ces huit soudures et le gendarme du nucléaire est en train d’instruire le dossier. Il rendra son avis « début mai ». « Si, à l’issue de l’instruction, l’ASN estimait que les justifications qui ont été fournies par EDF (…) n’étaient pas suffisantes et qu’il fallait reprendre ces huit soudures, le délai aujourd’hui envisagé par EDF pour la mise en service de l’EPR ne pourrait pas être respecté », a mis en garde Bernard Doroszczuk.

« Le délai de réparation de ces soudures est assez long », a-t-il en effet souligné. EDF avait déjà été contraint l’été dernier d’annoncer de nouveaux retards et surcoûts pour l’EPR de Flamanville, dont le démarrage est désormais prévu fin 2019.