Oct 03 2017

En poursuivant dans la voie du nucléaire, la France fonce droit vers une triple impasse

La poursuite du maintien d’une nucléarisation massive du pays se heurte à une triple impasse économique, technique et surtout financière. Huffington 03/10/2017 Par Corinne Lepage Avocate, Ancienne députée européenne Cap21, ancienne ministre de l’Environnement

 

Le sujet du nucléaire en France est relativement peu abordé au niveau politique et en tout cas traité comme un sous-sujet de la question énergétique, ce qui évite bien évidemment que nos concitoyens puissent prendre pleinement conscience du caractère totalement central du sujet tant pour l’économie que pour l’industrie et pour les finances de la France. Faisant comme si la situation de 2017 était en tout point comparable à celle de 1973 ou 1981, comme si le nucléaire était une énergie d’avenir rentable, assurant l’indépendance énergétique et correspondant à un savoir-faire d’excellence français, nos dirigeants ont décidé d’opter pour le déni de réalité, même si les coûts croissants de la filière nucléaire et son impact majeur sur les finances publiques ne peuvent plus être dissimulés. Son addiction au nucléaire conduit indubitablement EDF tout d’abord dans une impasse économique et industrielle.

L’impasse économique et industrielle

La physionomie du monde de l’énergie est en plein bouleversement. D’une part, toutes les perspectives d’une croissance infinie des besoins en électricité sont mises en échec, au moins dans les pays industrialisés. Depuis 1970, on assiste en réalité à un découplage entre la croissance du PIB et celle de la consommation électrique due à une amélioration de l’efficacité énergétique. Celle-ci s’est considérablement accrue au cours des 10 dernières années. L’augmentation de la part des services qui consomment globalement six fois moins que l’industrie explique également cette situation qui en France s’est doublée d’une désindustrialisation très importante. Or, EDF n’a en rien anticipé cette situation et ce d’autant plus qu’elle a volontairement construit huit réacteurs nucléaires de plus que ce que justifiaient les besoins français estimés en 1975. Les gaziers ont agi de même, de telle sorte que la surproduction a fait baisser les prix de gros de l’électricité au moment même où les énergies renouvelables devenaient dans un certain nombre de pays d’Europe tout à fait compétitives.

D’autre part, la baisse imprévue et colossale des coûts de production de l’électricité renouvelable et en particulier du photovoltaïque (une baisse de 70% des coûts en cinq ans à laquelle devrait s’ajouter une nouvelle baisse de même niveau dans les trois à cinq ans à venir) rend ces énergies compétitives. Les derniers appels d’offres ont été passés au prix de 62 euros le mégawattheure soit six centimes le kilowattheure, c’est-à-dire la moitié du kilowattheure facturé par l’EPR (s’il est un jour mis en route). Il est à 5,38 centimes d’euros en Allemagne, au Danemark, l’éolien offshore atteint des niveaux comparables. Au Texas, dans les pays du golfe, au Maroc, les immenses centrales solaires qui se construisent produisent une électricité en moins de quatre centimes du kilowattheure. Le nucléaire n’a donc plus aucune rentabilité et cette situation n’est évidemment pas propre à la France. Ainsi, aux États-Unis, la construction de deux réacteurs qui étaient en cours en Caroline-du-Sud a été abandonnée, alors que 40% des infrastructures étaient réalisées, au motif que le projet n’était pas rentable.

Le coût de construction d’une centrale nucléaire est 10 fois celui d’une centrale gazière moderne et la moitié des centrales nucléaires américaines perd de l’argent. Dans la mesure où elles ne sont pas renflouées par l’État comme en France, les entreprises les ferment et s’enfoncent dans le rouge. Ainsi, Westinghouse a déposé le bilan et entraîné dans sa chute Toshiba qui cherche à se débarrasser de cette filiale qui la plombe. La plupart des pays d’Europe (mis à part l’Europe de l’Est pour des raisons historiques et la Grande-Bretagne mais l’avenir est incertain) ont abandonné le nucléaire : Allemagne, Belgique, Italie, Suisse, Suède. La Corée du Sud, par la bouche de son nouveau président, Monsieur Moon a annoncé au mois de juin son retrait progressif du nucléaire. Aucun pays à économie libérale ne peut aujourd’hui opter pour le nucléaire compte tenu de la nécessité absolue de faire subventionner par l’Etat une filière qui n’est pas rentable et qui devient la plus coûteuse de toutes les énergies.

Un récent rapport publié en août 2017 par des chercheurs de Stanford affirme que 139 pays du monde pourraient à l’horizon 2050 ne dépendre que de l’énergie renouvelable créant ainsi 24 millions d’emplois. Dès 2030, 80% de l’énergie pourrait être renouvelable. Au passage, ces bouleversements permettraient de réduire massivement la pollution atmosphérique et donc d’améliorer la santé humaine mais aussi de ne pas dépasser les 2° d’augmentation de la température voire peut-être de parvenir à 1°5.

Inutile de souligner que la France est bien loin de cette logique. Même si un objectif de 50% de nucléaire à l’horizon 2025 est affirmé, notre faiblesse volontaire dans la production d’énergie renouvelable (16 à 17%) rend très difficile cet objectif, les 23% auxquels nous nous sommes obligés dans le cadre communautaire apparaissant comme hors d’atteinte. Il suffit d’entendre les cris d’orfraie de tous ceux qui n’ont pas compris que le monde a changé lorsqu’il est question de respecter la loi transition énergétique pour apprécier les progrès qui restent à faire en particulier dans les consciences. Le drame est que non seulement notre choix économique est catastrophique dans la mesure où le maintien d’un nucléaire massif va peser très lourdement sur le coût de l’électricité et donc sur la productivité économique et sur les ménages.

Il est également catastrophique car il nous a privé durablement du développement d’une filière forte dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique alors que nous disposions de toutes les technologies utiles grâce au CEA et à l’Inès. Mais, l’industrie nucléaire a toujours bloqué le développement industriel de ces technologies afin de protéger son fleuron devenu obsolète. Dès lors, même si EDF énergies renouvelables est une filiale prometteuse d’EDF, elle ne représente qu’un pour cent de son chiffre d’affaires et nous ne disposons pas d’ETI puissantes. Heureusement, Engie semble faire sa révolution et opter pour le Nouveau Monde. C’est une chance pour l’économie française. Mais cela signifie que la compétition avec l’opérateur historique risque de plomber encore un peu plus ce dernier et le pousser à mener les combats d’arrière-garde contre l’autoconsommation, l’énergie locale, la décentralisation énergétique, l’installation des éoliennes, etc.

En réalité, la poursuite de ce qui est devenu une forme d’utopie, à savoir le maintien d’une nucléarisation massive de la France se heurte à une triple impasse économique, technique et surtout financière.

Sep 26 2017

Le déclin irréversible du nucléaire et l’obstination française

La publication récente du rapport « the world nuclear industry status report 2016 » a été l’occasion d’un débat Médiapart en vidéo mené par Jade Lindgaard avec Mycle Schneider, consultant international et coordinateur du rapport, et Juan C. Rodriguez, analyste financier, sur les bouleversements économiques et financiers à l’origine du déclin irréversible du nucléaire. Mediapart avait également invité un.e représentant.e de la direction d’EDF, ainsi que du ministère de la transition écologique. Tous deux ont décliné. Info CANO 26 septembre 2017

On peut écouter ce débat très instructif https://www.youtube.com/watch?v=7JNUyBNToCk

Ci-dessous un commentaire pour faire le lien avec la situation particulière de notre pays.

Le nucléaire mondial en déclin est en crise, ainsi : La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est passée de 17,6% en1995 à 10,7% en 2015 et, si on parle d’énergie totale utilisée dans le monde : 2% vient du nucléaire 13% des renouvelables. Le cours des actions des grands groupes s’effondrent. Westinghouse a déposé son bilan et mis Toshiba en difficulté, ils abandonnent leurs 2 centrales en construction aux Etats Unis. Quant à EDF et Areva la valeur dérisoire de leur cours en dit long ; EDF passe de 86€ à 11€ – et Areva de 81 à 4€…. Le nombre de réacteurs en fonctionnement diminue en 15 ans de 438 à 402 et leur âge moyen augmente (29 ans) du fait de la diminution de nouveaux projets. 58 réacteurs sont encore en construction (dont 21 en Chine), mais il n’y en a eu que 8 mis en chantier en 2016 et aucun cette année. Le temps moyen de construction est d’une dizaine d’années, mais certains d’entre eux le sont depuis plus longtemps. Le cas de la Chine est particulier, le seul pays à développer intensément le nucléaire, mais à développer encore plus les renouvelables qui dominent le nucléaire en production. La Corée du sud ferme définitivement les centrales qui atteignent 40 ans de fonctionnement, et arrête 2 chantiers de réacteurs en cours. En Europe occidentale, la Suisse interdit tout nouveau chantier rejoignant ainsi ses voisins, seule la France….

La France s’obstine. Elle dégage 8 milliards pour sauver EDF et AREVA de la faillite. Elle poursuit la construction de l’EPR malgré les malfaçons et défauts de fabrication d’Areva au Creusot. En particulier l’excès de carbone dans l’acier de parties essentielles du cœur constitue une menace de fragilisation et un risque accru. Elle veut enfouir les déchets à Bure pour des centaines de milliers d’années, alors que notre civilisation n’a que quelques milliers d’années ! Elle avance sur les projets du CEA: Astrid à Marcoule et Iter à Cadarache. Elle essaye de placer des EPR en Angleterre et en Inde à des prix de revient concurrencés par les renouvelables. Elle est incapable de mettre l’argent nécessaire pour « rajeunir » et sécuriser les 58 réacteurs existants et veut les prolonger ne serait-ce que pour repousser le coût exorbitant de leur démantèlement.

Elle refuse de signer tout traité d’élimination d’armement nucléaire.

Elle réprime les opposants.  Chaque manifestation donne lieu à un déploiement impressionnant de policiers utilisant des grenades qui tuent (Vital Michalon à Malville) ou qui blessent gravement (Robin Pagès dernièrement à Bure). Elle s’introduit chez les opposants pour confisquer leurs ordinateurs et anéantir leur travail. Areva lance des plaintes en diffamation et des procès pour user les militants et les décourager (Stephane Lhomme, Coordination antinucléaire sud-est). Elle prend ses dispositions pour gérer les conséquences d’un accident de façon non pas à mettre vraiment à l’abri les populations menacées, mais à sauver l’industrie et l’armement atomique, comme cela se passe en Biélorussie et au Japon (programme Ethos, et pour cela la contamination est niée comme la dangerosité de la radioactivité, les responsables du lobby français jouant un grand rôle dans ce véritable crime contre l’humanité).

Depuis le début du nucléaire il n’y a pas eu de débat démocratique et les contestations, même importantes, sont systématiquement réprimées.

Faudra-t-il attendre la catastrophe qui nous menace pour arrêter cette folie?

 

Sep 24 2017

Un nouveau jugement rend Tepco unique responsable de la catastrophe de Fukushima

La compagnie d’électricité japonaise Tepco a été jugée responsable de l’accident nucléaire de Fukushima et condamnée à une amende par un tribunal local, lequel a en revanche blanchi l’Etat. Par Sciences et Avenir avec AFP le 22.09.2017
Fukushima

Des personnes évacuées durant l’accident nucléaires de Fukushima en 2011 manifestent devant le tribunal du district de Chiba le 22 septembre 2017.

© CRÉDITATSUSHI TAKETADU / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN / AFP

Le juge Masaru Sakamoto, qui présidait la séance à la cour de Chiba (banlieue de Tokyo), a en partie tranché en faveur des 42 citoyens plaignants, ce vendredi 22 septembre 2017. Il a en effet jugé Tepco, l’exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima, responsable de l’accident majeur consécutif au tsunami du 11 mars 2011. Toutefois, M. Sakamoto n’a pas accédé à leur demande de prononcer aussi la culpabilité de l’Etat, qui, selon le verdict, n’aurait pas pu éviter l’accident. Ces personnes, qui avaient dû quitter leur domicile en 2011 à cause du sinistre atomique provoqué par un puissant tsunami, avaient intenté une action en justice contre Tokyo Electric Power (Tepco) et l’Etat, réclamant 2,8 milliards de yens (21 millions d’euros) de dommages et intérêts pour préjudice moral. Selon un porte-parole du tribunal, ce dernier a condamné Tepco à s’acquitter d’un montant très inférieur, de 376 millions de yens (2,8 millions d’euros). Au niveau national, de nombreuses plaintes en nom collectif ont été déposées dans un total de 18 provinces du pays, émanant en tout de 12.000 citoyens. Les plaignants mettent en avant un rapport produit par le gouvernement japonais dès 2002, indiquant une possibilité de 20% qu’un séisme de magnitude 8 survienne dans la région d’ici 30 ans. Si ce rapport avait été pris en compte, il aurait été possible de mettre en place des mesures préventives rapportent les médias japonais.
L’hypothèse d’un tsunami évoquée

La responsabilité de l’Etat dans le désastre de Fukushima a jusqu’à présent été reconnue une seule fois, en mars 2017, lors d’un verdict rendu par une autre cour, sur un dossier différent. Le tribunal de Maebashi, au nord de Tokyo, avait alors jugé coupables de négligence le gouvernement et Tepco. Une étude interne à Tepco datant de 2008, révélée ultérieurement, évoquait l’hypothèse d’un tsunami d’environ 15,7 mètres, mais les dispositions face à cette menace n’avaient pas été prises. Tepco et l’Etat ont été condamnés à verser un montant total de 38,6 millions de yens (292.000 euros au cours actuel). Au total, plus de 450.000 habitants avaient fui juste après la triple catastrophe (le séisme et le tsunami où ont péri et disparu quelque 18.500 personnes, et l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima), sur ordre des autorités ou par peur de la radioactivité.

En juin a débuté à Tokyo le procès de trois ex-dirigeants de Tepco nommément renvoyés en justice pour leur responsabilité dans l’accident nucléaire. Ils sont accusés de ne pas avoir pris les dispositions qui auraient permis d’éviter les dégâts causés aux installations par le tsunami ainsi que les avaries en chaîne qui ont suivi. Le verdict n’a pas encore été rendu.

 

 

Sep 24 2017

Fukushima: plus de 30μSv / h récemment repérés au long de la route 114

Plus de 30μSv / h ont été lus le long de la route 114 récemment rouverte à Fukushima, le 20 septembre 2017. Il est fou pour le gouvernement de donner son feu vert aux personnes qui utilisent cette route. 6,5 ans ne signifient rien ici. Rien du tout. Via Oz Yo

 

Sep 14 2017

La centrale nucléaire de Belleville, Cher, placée sous surveillance renforcée

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé mercredi 13 septembre 2017 avoir placé la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher) « sous surveillance renforcée« . Par Sciences et Avenir avec AFP le 14.09.2017
 La série continue au pays du Sancerre…

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a décidé de placer sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire dans le Cher (18), en raison de la dégradation du niveau de sûreté qu’elle constate depuis 2016 sur ce site, et de l’absence d’améliorations notables de la part d’EDF à ce jour, affirme l’Autorité de sûreté nucléaire dans un communiqué publié sur son site. Dans ce texte publié le 13 septembre 2017, le « gendarme du nucléaire » avance deux raisons à cette décision. La première est une hausse du nombre d’évènements « significatifs » liés à un « défaut de surveillance dans la conduite des réacteurs« . Sur la page de la centrale, sont en effet déclarés pour l’année 2016, 34 événements de niveau 0 (sur une échelle qui en comporte 7) et 8 événements de niveau 1. « Parmi ces événements, certains (6 en 2016) sont communs à plusieurs réacteurs : ils sont appelés « génériques » » poursuit le communiqué de la centrale, qui affirme par ailleurs que « aucun de ces événements n’a eu d’impact sur la sûreté des installations« .

Une affirmation que conteste l’ANSN qui annonce avoir relevé « plusieurs défaillances de l’exploitant dans l’identification et l’analyse des conséquences des anomalies affectant certains équipements importants pour la sûreté (état apparent dégradé de certains matériels, ne permettant pas de garantir leur bon fonctionnement en l’absence d’analyse supplémentaire)« . Est également pointée du doigt une « dégradation dans la qualité des réponses qui lui sont fournies, ainsi qu’une réactivité insuffisante de l’exploitant« .

 Une mise sous surveillance renforcée

Ces observations ont motivé l’ASN à conduire une inspection « renforcée » sur le site pendant deux jours en avril 2017 afin « d’évaluer l’organisation de l’exploitant pour la détection et le traitement des anomalies pouvant affecter les matériels importants pour la sûreté« . Verdict : des « carences dans la mise en œuvre de l’organisation » en ce qui concerne la « surveillance et l’entretien des installations » ont été confirmées. Le directeur a de la centrale a été convoqué le 7 septembre 2017, et sommé de présenter un plan d’action. Sollicité par l’AFP, EDF a dit « prendre acte » de cette décision, ajoutant que « tous les points soulevés par l’ASN ont fait l’objet d’actions correctives« . Le groupe « a proposé un plan d’action à l’ASN au mois d’avril qui a été accepté » et est en train d’être mis en place. Comme beaucoup des remarques de l’ASN concernent « le facteur humain » sur la centrale, détaille une porte-parole, les actions correctives visent un « renforcement de la culture de sûreté » avec des formations sur les bonnes pratiques lors des interventions et d’autres juste avant les interventions programmées. Cette mise sous surveillance renforcée, procédure exceptionnelle, se traduira par des contrôles supplémentaires sur le site et « une attention particulière » aux mesures que prendra EDF. Une inspection de contrôle sera enfin menée en 2018.

Par le passé, la centrale de Chinon (Indre-et-Loire) avait également été placée sous ce régime de surveillance renforcée entre 2013 et 2015, et avant elle en 2000, la centrale de Dampierre (Loiret), a précisé l’ASN à l’AFP. Mise en service entre 1987 et 1988, la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire comprend deux réacteurs de 1.300 mégawatts chacun. En 2016, elle a produit 16,7 milliards de kWh soit l’équivalent de 100 % des besoins de la région Centre, ce qui représente plus de 4 % de la production nucléaire nationale.

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/nucleaire/une-centrale-nucleaire-du-cher-placee-sous-surveillance-renforcee_116367

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