Mar 12 2018

Naoto Kan , le repenti du nucléaire

Il y a sept ans jour pour jour, pendant la catastrophe nucléaire de Fukushima, Naoto Kan était le Premier ministre du Japon. Depuis sa vie et ses convictions ont bien changé. Il vient en France ce lundi pour porter un message. Le Parisien Ma Terre / Environnement Emilie Torgemen 11 mars 2018

« Si tout se passe mal, un accident nucléaire a des conséquences bien plus terribles que la plus terrible des guerres », expose Naoto Kan d’une voix calme et posée. La sentence a le poids de l’expérience car celui qui parle était aux commandes lors du désastre nucléaire de Fukushima. C’est l’ancien Premier ministre japonais.

Comme la rock star des mouvements antinucléaires qu’il est devenu depuis 2011, Naoto Kan, aujourd’hui député (Parti démocrate constitutionnel), entame ce lundi une tournée française à l’invitation du réseau Sortir du nucléaire et d’Écho échange (voir ci-dessous). Et comme toutes les stars, l’interviewer n’est pas une mince affaire, encore faut-il négocier auprès d’assistants aussi charmants que zélés qui pèsent scrupuleusement l’importance de votre journal avant de vous accorder le droit à un entretien téléphonique.

Mais au bout du fil, le converti de la cause antinucléaire, âgé de 72 ans, est à la fois affable et sans langue de bois : il évoque son précédent voyage en France, il y a deux ans, il était déjà venu partager sa terrible expérience de Fukushima. « J’ai témoigné dans votre pays, aux Etats-Unis, en Angleterre, au Danemark, en Corée, à Taïwan en Pologne », énumère-t-il. Depuis qu’il a quitté le gouvernement, il a pris son bâton de pèlerin et multiplie les conférences, les rencontres : « Partout je porte le même message, il faut sortir du nucléaire !

«Je me suis dégoûté d’avoir eu confiance en nos installations »

Le 11 mars 2011 – il y a sept ans ce dimanche — un violent séisme sous-marin provoque un tsunami qui a son tour conduit à la fusion de trois des six réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi.

Classée avec Tchernobyl comme le pire accident nucléaire de l’histoire (au niveau maximum de l’échelle international INES), Fukushima aura des conséquences sur des générations. Aujourd’hui encore, Naoto Kan se rappelle chaque minute écoulée entre le 11 et le 15 mars, date à laquelle, on a pu dire que le pire était évité. Il les a retracées dans un livre*.

Mais c’est précisément deux semaines après avoir frôlé l’apocalypse qu’il est devenu un autre homme : « J’ai fait un revirement à 180 degrés, raconte-t-il. A vrai dire, je me suis dégoûté d’avoir eu confiance en nos installations nucléaires. » Tout a changé quand sur sa demande le secrétaire de sûreté nucléaire lui a révélé que, selon les simulations, l’accident aurait pu conduire à l’évacuation d’un rayon de 200 km autour de la centrale, y compris l’agglomération de Tokyo. « C’est-à-dire 50 millions d’habitants, c’est-à-dire 40 % de la population. Des habitants qui n’auraient pas pu rentrer chez eux avant 30 à 50 ans », insiste-t-il. Avec la menace d’une désorganisation totale des administrations et même la fin de l’Etat japonais.

Physicien de formation

« Naoto Kan, décrit comme un homme providentiel à son arrivée au pouvoir, représentait l’alternance. Il était loin du technocrate interchangeable », rapporte Catherine Cadou, interprète et fine connaisseuse de la gauche japonaise. Soixante-huitard, issu de la société civile, il a commencé sa carrière comme assistant d’une féministe. Mais il était pro-nucléaire, sans y penser en quelque sorte. « Comme tous les Japonais, j’étais convaincu du haut niveau technologie de mon pays », analyse-t-il avec le recul. Bien sûr, ce physicien de formation savait pour Tchernobyl en 1986, mais c’était en URSS, une puissance aux pieds d’argile.

On pourrait soupçonner Naoto Kan, animal politique à la longue carrière, de ne devenir un porte-voix des antinucléaires au niveau mondial que pour nourrir des arrière-pensées électorales nationales. N’empêche, il semble sincèrement marqué par l’expérience Fukushima : en août 2011, alors qu’il était au pouvoir depuis un an et deux mois, il avait accepté de démissionner seulement après avoir stoppé les 54 réacteurs nippons et fait adopter une loi pour encourager les investissements dans les énergies alternatives.

Ses conseils pour la France

A la veille de son arrivée dans l’Hexagone – le pays le plus nucléarisé au monde, avec 75 % de notre énergie qui provient de centrales -, le prêcheur du bout du monde veut croire que le gouvernement français pourra « non seulement réduire sa dépendance à l’atome, mais aussi développer les énergies renouvelables. D’autant que, précise-t-il, le coût du kW nucléaire n’est plus compétitif, notamment en raison des renforcements des normes depuis Fukushima ». A ce moment-là, le militant s’efface derrière le stratège politique.

Quand on lui rappelle que même dans son pays traumatisé, qu’on remet des centrales en service, il préfère remarquer qu’on en a ouvert que quatre en sept ans, alors que le Premier ministre Shinzo Abe en promet environ sept par an. « Et ce grâce aux manifestations, aux collectivités locales qui font parfois de la résistance passive et aux nombreux procès intentés par des associations contre l’industrie nucléaire », pointe-t-il avant de citer l’exemple de l’Allemagne. « Angela Merkel est sortie de l’atome pressée par son opinion », rappelle le militant.

En ce qui concerne la France, passer de 75 % à 50 % d’électricité issue de centrales, comme le promet le ministre de l’Ecologie, serait déjà « un premier pas ». Comme quoi on peut avoir vécu de l’intérieur l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire, avoir frôlé l’apocalypse de l’histoire et rester optimiste.

* « My Nuclear Nightmare », Cornell University Press (non traduit en français)

Sa tournée en France

Naoto Kan assistera ce lundi à Paris à la projection du « Couvercle du soleil », une fiction qui met en scène son personnage et retrace les cinq jours qui ont suivi Fukushima. Il est le lendemain à l’Assemblée nationale à l’invitation du groupe la France insoumise, qui organise une votation citoyenne sur la sortie de l’atome jusqu’au 18 mars.

Il fait ensuite le tour du nucléaire français en se rendant notamment devant le site de la centrale de Flamanville (Manche), aux côtés d’ONG antinucléaires historiques. Puis il enchaîne sur la Hague.

http://www.leparisien.fr/environnement/fukushima-naoto-kan-le-repenti-du-nucleaire-en-tournee-en-france-11-03-2018-7602207.php

Fukushima : Naoto Kan, le repenti du nucléaire, en tournée en France
Ma Terre / Environnement Emilie Torgemen 11 mars 2018

 

Mar 11 2018

Fukushima, 7 ans après : 159 cas de cancer thyroïdien confirmés et 35 enfants en attente d’une opération

 

Résumé de l’article du Dr Rosen, IPPNW Allemagne du 07mars 2018

https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html

Selon la base de données du Registre du cancer japonais, le taux d’incidence du cancer de la thyroïde de l’enfant était avant la catastrophe nucléaire autour de 0,35 pour 100.000 enfants par an.
Avec une population pédiatrique d’environ 360.000 enfants, la préfecture de Fukushima aurait attendu environ un seul nouveau cas de cancer de la thyroïde de l’enfant chaque année.

On observe aujourd’hui clairement une répartition géographique des cas de cancers. La FMU a longtemps éludé cet aspect, ce qui lui permettait de nier un éventuel rapport entre la fusion des cœurs des réacteurs de Fukushima et l’élévation des taux de cancers de la thyroïde.

Voici la carte des zones où ont eu lieu les examens
«13 communes évacuées», c’est la zone la plus proche de la centrale

carte des zones

Les dépistages durent deux ans et les dates des différentes séries de dépistage se chevauchent dans le temps; cela complique bien sûr la lecture et l’interprétation des résultats. Mais en décembre la FMU a présenté un tableau avec des données « nettoyées » qui étaient censées prendre en compte justement la différence temporelle entre les différents dépistages:

Cas de cancer ou de suspicion de cancer
détectés chez les participants aux deux premiers tours, classés par zone – 30 juin 2017
.
Extrait du tableau en allemand du Dr Rosen
tableau d’origine en japonais:
https://www.pref.fukushima.lg.jp/uploaded/attachment/244313.pdf

13 MUNICIPALITÉS ÉVACUÉES NAKADORI HAMADORI AIZU TOTAL
population cible 49.454 207.165 72.871 51.766 381.256
Nb participants aux deux tours 32.006 140.582 46.406 27.693 246.687
Âge moyen 11,8 11,9 12,6 12,3
% filles 50,3 49,5 50,0 49,6 49,7
Nb cas de cancer ou suspicion pour 100.000 enfants 53,1 27,7 21,5 14,4 28,4
Nb cas de cancer ou suspicion /100.000 et /an 21,4 13,4 9,9 7,7 13,4

Avant Fukushima l’incidence du cancer de la thyroïde des enfants au Japon était de 0,35 cas par an pour 100.000 enfants.

Ce résultat est extrêmement significatif et il ne peut pas s’expliquer ou être relativisé par un effet de dépistage, car les résultats des premiers examens de tous les patients sont très clairs.[les cancers découverts lors des deuxième et troisième dépistages touchent des gens qui n’avaient pas de cancer lors du premier dépistage].

C’est aussi la première fois que la FMU inclut dans sa présentation des résultats les données officielles sur l’incidence du cancer de la thyroïde (c’est-à-dire le taux annuel de nouvelles victimes sur 100 000 enfants).

Voici la répartition géographique des cas.
On voit que plus on se rapproche de la zone de l’accident nucléaire (les 13 communes évacuées) plus il y a de jeunes atteints

Répartition géographique des ca

Tout est fait pour dévaluer l’étude sur la thyroïde

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pronucléaire et de l’industrie nucléaire toute-puissante dans le pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA, qui participe à l’organisation de l’étude sur les cancers de la thyroïde. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU. De nombreux observateurs et journalistes au Japon critiquent actuellement les efforts de la FMU pour réduire les tests de thyroïde et éventuellement y mettre fin.

Ainsi, à partir de l’âge de 25 ans, l’intervalle entre les séries de tests passerait de 2 à 5 ans, contrairement aux annonces et aux plans initiaux. On sait également depuis un certain temps que des membres de la FMU vont dans les écoles pour y informer les enfants de leur „droit de non-participation“ et de leur „droit de ne pas savoir“. Récemment est aussi apparue sur les formulaires une option „opt-out“, c’est-à-dire la possibilité de ne pas faire partie du dépistage. Ceci est assez remarquable, car la participation est de toute façon volontaire et aujourd’hui entre 20 et 30 % des enfants de la cohorte de test ne participent déjà pas aux tests. On peut aussi critiquer le fait que les coûts des tests après 18 ans ne soient plus complètement pris en charge, ce qui signifie que ce sont les patients et leur famille qui doivent les assumer.
On peut présumer que le but de la FMU est de réduire encore les quotas de participation et en déformant systématiquement les résultats des tests, de vider à long terme l’ensemble de l’étude de sa valeur. Une conséquence qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire japonaise.

Des cas de cancer passés sous silence

Ces deux cas de manipulation de données particulièrement évidents montrent combien il est difficile de faire confiance aux chiffres officiels:
Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de leur enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de leur enfant n’émanait pas de chez eux, mais d’une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour approfondir le diagnostic et suivre la thérapie. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent pour les responsables de l’étude.
À la fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il a participé au premier dépistage de l’Université, mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et n’ont de ce fait pas été inclus dans les statistiques officielles.

Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés non plus, combien de cas se sont produits en-dehors de la préfecture ou chez des gens qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tous ces cas ne font l’objet d’aucune recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne les connaîtra jamais.

Le droit à la santé

En conclusion nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et qu’en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres pourraient en même temps être systématiquement sous-estimés.

En outre, on peut attendre une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies qui sont provoquées ou influencées de manière négative par les radiations ionisantes. Les tests thyroïdiens de la FMU représentent les seuls tests scientifiques en série qui puissent donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils courent actuellement le risque d’être dévalorisés par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les Japonais ont comme tous les humains un droit à la santé et un droit à l’information. Les tests thyroïdiens chez les enfants ne sont pas seulement bénéfiques aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et peuvent ainsi être traités, mais servent l’intérêt de l’ensemble de la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur accompagnement scientifique sont donc d’intérêt public et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.
Dr Alex Rosen, médecin, président de l’IPPNW Allemagne 
le 7 mars 2018

l’article original:
https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html
Traduction et résumé: www.fukushima-is-still-news.com et www.vivre-apres-fukushima.fr


Notes:

1 – www.fukushima-is-still-news nous signale:
Un article publié le 6 mars 2018 dans le Mainichi Shimbun indique que le nombre d’enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde est de 160, un dernier cas ayant été rajouté aux résultats de décembre 2017 susmentionnés. Voir :

http://www.fukushima-is-still-news.com/2018/03/160-cases-of-thyroid-cancers-among-fukushima-children.html

2 – Une précision sur les cas « suspectés »:
– les cas suspectés sont ceux qui n’ont eu qu’un prélèvement à l’aiguille fine; avec un résultat suffisamment suspect pour justifier l’intervention chirurgicale
– les cas confirmés sont ceux dont l’examen anatomo-pathologique de la pièce opératoire a certifié la nature cancéreuse.
D’après la Faculté de Fukushima il n’y a eu qu’une erreur : un cas suspect à l’examen à l’aiguille qui s’est révélé bénin à l’examen de la pièce chirurgicale.

le 10 mars 2018
mis à jour le 11 mars 2018

https://www.vivre-apres-fukushima.fr/fukushima-7-ans-apres-159-cas-de-cancer-thyroidien-confirmes-et-35-enfants-en-attente-dune-operation/

 

Mar 10 2018

Á Fukushima, des personnes, modestes osent aujourd’hui parler devant une caméra. Javale Gola le 28/02/2018-

L’histoire de Madame Kanno -Elle passe le poste de contrôle de la zone d’exclusion de Namie, pour se rendre dans sa maison, première visite depuis qu’elle a évacué voilà 7 ans…
« Quand c’est arrivé, personne de la préfecture ou du gouvernement ne nous avait dit qu’il y avait eu un accident à la centrale nucléaire. Beaucoup de résidents qui fuyaient le tsunami ont évacué ici. Ils ne s’imaginaient pas qu’ils avaient des nuages radioactifs au-dessus de la tête. Plus de 20 mille personnes ont cherché à se réfugier dans ce secteur de 500 habitants. On ne nous a donné aucune information. La TV, le téléphone ne marchaient plus.

Le 12 mars, on a vu approcher des hommes en tenue de protection blanche, avec ces masques à gaz incroyables. Ils nous ont crié quelque chose, mais sans sortir de leur véhicule ; c’est quand on a tambouriné sur les vitres en disant qu’on ne comprenait pas, qu’ils sont sortis, vêtus de ces tenues de protection intégrale comme on n’en avait jamais vu, avec leur masque qui ressemblait à un masque à gaz !.. ils criaient : »c’est dangereux ici ! qu’est-ce que vous faites là ? vous devez partir à 30 km de là au moins, tout droit vers Fukushima » L’un d’eux nous a dit presque en larmes :  » je vous en prie, cassez-vous de là »…C’est alors qu’on a réalisé que c’était grave.

Aujourd’hui encore, tout cela me paraît étrange. Les gens qui habitent loin ne savent rien sur l’accident nucléaire. Ils pensent que l’énergie nucléaire c’est bien, du moment qu’on peut évacuer si besoin…J’aimerais dire au monde entier que la radioactivité est inodore, invisible, impalpable. C’est impossible de se rendre compte qu’elle est autour de vous.
Je cherche comment je pourrais avertir les gens. J’aimerais tant sonner l’alarme pour que les gens m’écoutent. J’ai quelque chose à leur dire mais je ne sais pas comment m’y prendre.

Quand vous déambulez le long de ces maisons, vous réalisez combien de familles ont vécu paisiblement ici. Où sont-elles aujourd’hui..? comment va leur vie ? je me demande si elles sont heureuses ?.. S’il n’y avait pas eu cet accident à Fukushima Daiichi, elles seraient déjà revenues, et cette école résonnerait des rires et des cris des enfants.

La seule raison qui a empêché les gens de revenir, c’est l’accident nucléaire. Il a arraché les enfants à leur ville natale, et les gens à leur communauté. C’est regrettable, cela m’attriste profondément. Je ne souhaite à personne de subir un jour la même situation.
Il n’y a pas de place pour les centrales nucléaires dans un pays sujet aux séismes comme le Japon, et je me demande sincèrement si, ailleurs dans le monde, il faut continuer à exploiter de l’électricité qui produit des déchets radioactifs dont personne ne sait quoi faire.

Mar 07 2018

Fukushima 7 ans après la catastrophe, un point sur la santé

Depuis la catastrophe nucléaire : près de 50% des enfants de la région de Fukushima sont atteints de kystes, nodules et cancers de la thyroïde. sources : Le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, jc.2017-01603 (14 December 2017) Par  COMMENT ÇA VA À FUKUSHIMA ? Médiapart  3 MARS 2018
Le cancer de la thyroïde infantile est particulièrement préoccupant depuis l’explosion en mars 2011 de la centrale nucléaire de Fukushima-Daïchi au Japon. Obtenir des données analytiques de référence de l’impact sur les enfants, notamment de l’état de leur thyroïde, permet de cerner l’impact de la radioactivité sur la vie humaine et plus généralement sur le vivant. Les enquêtes sanitaires permettent un suivi de la santé des victimes. Pas étonnant donc que les pouvoirs publics et le lobby nucléaire ne se précipitent pas pour les diligenter. Et quand ils sont contraints de le faire sous la pression des habitants et des populations : les biais, erreurs voire trucages sont nombreux et édulcorent les résultats.

Aussi lorsqu’une revue scientifique de référence publie les résultats d’une enquête sanitaire de grande ampleur le voile se déchire et révèle la monstruosité.

Ainsi de octobre 2011 à mars 2014, 294.905 jeunes personnes âgés de 18 ans ou moins lors de la catastrophe nucléaire mondiale de Fukushima-Daïchi au Japon ont volontairement subi une échographie thyroïdienne dans le cadre de l’enquête sanitaire « Fukushima Health Management » (FHMS). Un deuxième examen de confirmation a été réalisé sur 2 032 personnes.

Les scientifiques ont analysé la répartition par âge et par sexe des résultats des examens des enfants et des adolescents. 

Des kystes thyroïdiens, des nodules et des cancers cytologiquement suspects ont été détectés chez 68 009 garçons et adolescents et sur 73 014 fillettes et jeunes filles sur un  total de 294.905 jeunes examiné-es.

La prévalence et la taille des kystes thyroïdiens, des nodules et des cancers ont été analysées en fonction de l’âge et du sexe. Le taux de détection des nodules thyroïdiens et du cancer augmente en fonction de l’âge. Les kystes thyroïdiens atteignent un sommet vers l’âge de 11-12 ans.

Les scientifiques ont ainsi clarifié ce que représente ce taux de détection de cancer de la thyroïde. Et ce n’est qu’un résultat partiel d’autant qu’il n’y a pas que la thyroide à être affectée par la radioactivité et il n’y a pas que des jeunes non plus en ce monde.

Malgré ces travaux scientifiques – ou plutôt pour les masquer – l’État déverse à tour de bras des subventions en direction des associations de toutes natures, des fédérations et clubs sportifs notamment.

sources : Le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, jc.2017-01603 (14 December 2017)

https://academic.oup.com/jcem/advance-article/doi/10.1210/jc.2017-01603/4630428

Voir aussi

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2018/01/14/Pr%C3%A8s-de-50-des-enfants-de-la-r%C3%A9gion-de-Fukushima-sont-atteints-de-ystes%2C-nodules-et-cancers-thyro%C3%AFdiens

 

Fév 28 2018

Les lanceurs d’alerte de Greenpeace sévèrement condamnés par la justice

Huit militants de Greenpeace ont été lourdement condamnés, mardi 27 février, par le tribunal de Thionville, pour avoir pénétré dans la centrale de Cattenom, afin de dénoncer la dangerosité de sa piscine. Ils ont mis en avant leur rôle de lanceur d’alerte — suite à leur action, une commission d’enquête parlementaire a été ouverte. Mais EDF nie la vulnérabilité de ses installations. Repoterre   28 février 2018 / Émilie Massemin (Reporterre) Thionville (Moselle), reportage

Les peines, d’une sévérité inédite, sont tombées le soir même, mardi 27 février peu après 21 h, au tribunal correctionnel de Thionville (Moselle). Cinq mois de prison avec sursis pour six des huit militants de Greenpeace qui se sont introduits dans la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle), le 12 octobre dernier, et ont tiré un feu d’artifice près du bâtiment abritant la piscine d’entreposage du combustible nucléaire. Deux autres militants ont carrément pris deux mois de prison ferme, au motif qu’ils auraient agi en récidive – ils avaient déjà pénétré sans autorisation dans une centrale nucléaire auparavant.

Yannick Rousselet, chargé de campagne à Greenpeace, a lui aussi écopé de cinq mois de prison avec sursis pour complicité – il a été déclaré coupable d’avoir informé et préparé les activistes, et d’en avoir conduit certains jusqu’au site nucléaire. Quant à l’ONG Greenpeace, représentée par son directeur général Jean-François Julliard, elle s’est vue condamnée à 20.000 euros d’amende. Les prévenus devront en outre verser 50.000 euros de dédommagement à EDF pour « préjudice moral » et seront fixés au mois de juin sur la somme qu’ils devront lui débourser au titre du préjudice matériel (deux grillages un peu découpés).

Greenpeace a immédiatement annoncé qu’il ferait appel de ces condamnations. « C’est la première fois dans l’histoire de Greenpeace France que des militants sont condamnés à de la prison ferme. Ils ont pris des risques pour alerter la population sur un danger et voilà comment ils sont récompensés. Nous ne l’acceptons pas », a dit Jean-François Julliard au quotidien régional L’Est républicain.

La journée avait pourtant plutôt bien commencé. Bravant le froid polaire, de nombreux militants s’étaient rassemblés devant l’hôtel de ville avant l’audience pour témoigner leur soutien aux activistes de Greenpeace. « Nous adressons un grand merci aux militants de Greenpeace pour leur courage, a salué une porte-parole du mouvement ANVCOP21Ces procès ne sont pas un cas isolé ; trois faucheurs de chaises sont actuellement poursuivis pour avoir dénoncé l’évasion fiscale commise par la banque BNP Paribas. » Florent Compain, des Amis de la Terre, a salué la présence d’opposants au projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactif à Bure (Meuse), également victimes du harcèlement des forces de l’ordre – la semaine dernière, une quinzaine d’occupants ont été expulsés manu militari du bois Lejus par 500 gendarmes et la Maison de résistance a été vidée et perquisitionnée« Il faut multiplier les actions non-violentes », a encouragé Florent Compain. Greenpeace, par la voix de Yannick Rousselet, a réaffirmé la légitimité de son action. « On considère qu’on a offert à EDF un audit gratuit. On devrait leur envoyer la facture ! », a ironisé le chargé de campagne.

« Il est assez facile de pénétrer dans une centrale nucléaire »

Mais dans la salle d’audience, durant l’après-midi, l’atmosphère est rapidement devenue pesante. Appelés à la barre après le rappel des faits, sept des huit activistes (le dernier était absent, en mer sur un navire de la flotte de Greenpeace) ont répondu par monosyllabes aux interrogatoires ultra-précis menés par Me Thibault de Montbrial, l’avocat d’EDF, et Christelle Dumont, la procureure de la République. « On était huit et on a tout décidé progressivement et collectivement. On était tous interchangeables », s’est contentée d’assurer une des militants, Coralie. « Les centrales nucléaires sont assez vulnérables et il est assez facile d’y pénétrer. »

Face au cinquième militant à passer à la barre, Me de Montbrial a dégainé pour la première fois son argument favori – la démonstration de faille de sûreté réalisée par Greenpeace ne tiendrait pas au motif que les activistes se sont tout de suite identifiés comme membres de l’organisation par des combinaisons rouges très reconnaissables et des banderoles, et qu’un membre de l’association aurait appelé la direction de la centrale dès le début de l’action pour la prévenir. « N’est-ce pas une petite escroquerie intellectuelle que de dire qu’il existe une faille de sécurité dans la centrale, mais de tout faire pour être identifié dès la première seconde et d’appeler la direction de la centrale dès 5 h 43 pour prévenir qu’il s’agit de Greenpeace et éviter toute réaction forte ? Si l’on vous avait proposé de pimenter un peu la chose à la prochaine intrusion, en vous habillant en noir avec une cagoule, est-ce que vous y seriez allés quand même ? »

Le directeur de Cattenom a abondé dans ce sens en présentant un exposé du fonctionnement du système de protection de la centrale, censé démontrer l’efficacité parfaite du dispositif. « Dans le documentaire “Sécurité nucléaire, le grand mensonge”, on ne voit que deux gendarmes dans le passage consacré à l’action à Cattenom. C’est normal ! Le rôle du peloton spécialisé de protection de la gendarmerie (PSPG) n’est pas d’aller au contact avec les intrus mais d’aller protéger les zones d’importance vitale de la centrale en cas de multi-intrusion et de diversion. » Quant à l’attitude nonchalante des gendarmes, elle serait la conséquence d’une évaluation très fine de la dangerosité de la situation. « C’est le système de détection “position, nature, volume, attitude” (PNVA). Nous sommes en France, la réponse est proportionnée à la menace. Mais finalement, peut-être qu’il y aurait fallu tout de suite des morts pour montrer que le dispositif est efficace ? Je ne souhaite pas cela en France, mais en Russie et aux Etats-Unis, quand quelqu’un entre dans la zone franche sans autorisation, on lui tire dessus tout de suite. »

« Nous sommes des lanceurs d’alerte, notre action est légitime et non-violente »

Face à ces insinuations, les militants ont tenu bon sur leurs motivations, dénoncer l’extrême dangerosité des piscine d’entreposage des combustibles usés. « Nous avons décidé collectivement de cette action parce que nous sommes face à un danger imminent, a déclaré Anne-Fleur, une activiste aux courts cheveux noirs. Nous sommes des lanceurs d’alerte sur un sujet grave et Greenpeace assume notre action car elle est légitime et non-violente. »

Jean-François Julliard a assuré que Greenpeace assumait « l’organisation, la mise en œuvre et la communication de cette action » qu’elle avait elle-même décidée. L’avocat d’EDF Me de Montbrial soulignait qu’elle était illégale « Elle nous a semblé indispensable », a rétorqué le directeur général de l’ONG« La même semaine, nous avions remis à des dépositaires bien précis un rapport que nous n’avons pas divulgué, qui alertait sur les failles de sécurité des piscines d’entreposage. Aucun de ces destinataires n’a remis en cause les informations qu’il contenait et n’a dit que les risques étaient surestimés. » Las, ce rapport n’a donné lieu à aucune amélioration de la sécurité des installations. « Mais le risque est tel que nous ne pouvons pas attendre dix ans que les choses bougent. Il a fallu trouver autre chose. Et si les militants de Greenpeace ne s’étaient pas introduits à Cattenom, la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires n’aurait jamais vu le jour. L’escroquerie est du côté d’EDF qui se réfugie derrière le secret défense pour ne pas délivrer d’informations au ministère de la Transition écologique et solidaire et aux députés. »

« J’ai écrit de nombreux articles sur la sécurité et il ne s’est rien passé »

Bernard Laponche, ingénieur polytechnicien et ancien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), appelé à la barre comme expert, a confirmé cette inertie. « Après 2001, le problème de sécurité des piscines d’entreposage des combustibles a été souligné et confirmé mais aucune décision n’a été prise. J’ai écrit avec d’autres collègues de nombreux articles à ce sujet dans des cahiers de l’association Global Chance, et il ne s’est rien passé. Cette action de Greenpeace confirme ce problème très important de sécurité. »

Dans sa plaidoirie, l’avocat d’EDF a insisté sur la nécessité d’infliger une punition exemplaire aux militants de Greenpeace, pour inaugurer la loi du député Claude de Ganay qui crée et punit sévèrement un délit d’intrusion dans les installations nucléaire. « Nous avons affaire à des militants dont l’objectif est de faire la guerre à leur niveau », a-t-il martelé. « Ils assument leur action d’aujourd’hui, et le fait qu’ils l’aient déjà fait à treize reprises et qu’ils le referont. C’est comme si vous aviez un trafiquant de drogue qui vous regardait dans les yeux en disant : “Ouais, de toute façon, quoi que tu fasses, vas-y, je le refais !”  » Il a réclamé 700.000 euros de dommages et intérêts, dont 500.000 au titre du préjudice moral et de l’atteinte à la crédibilité d’EDF. La procureure de la République Christelle Dumont, elle, a requis six mois de prison avec sursis pour les militants qui avaient pénétré dans une centrale pour la première fois ainsi qu’à Yannick Rousselet pour complicité, et six mois de prison ferme pour les militants qui s’étaient déjà introduits dans une centrale nucléaire auparavant. « La sécurité des piscines n’est pas la question, si le débat doit avoir lieu, ce ne sera pas au tribunal qui se doit d’appliquer le droit », a-t-elle tranché.

C’est après plus de cinq heures d’audience et devant un tribunal fatigué que Me Alexandre Faro, l’avocat des militants de Greenpeace, a plaidé. Après avoir ironisé sur la défense contradictoire d’EDF – qui n’a fait que décrédibiliser les militants de Greenpeace avant de demander un dédommagement astronomique pour « atteinte à la crédibilité » –, il a plaidé une nouvelle fois sur le rôle de lanceur d’alerte des militants, petits David courageux devant le Goliath atomique. « Il aura fallu que des militants de Greenpeace tirent un feu d’artifice à côté d’une piscine d’entreposage pour qu’une enquête parlementaire soit ouverte. Parce qu’il est très difficile de parler de ces choses en France. Nous sommes quand même le seul pays où il est impossible de fermer une centrale nucléaire sans en ouvrir une autre, grâce à la loi écrite par ces messieurs ! Je me rappelle aussi de la lettre du député Bataille au président du tribunal de Cherbourg, dans laquelle il lui expliquait comment il devait lire sa loi sur l’interdiction de l’importation de déchets radioactifs. C’est le monde merveilleux du nucléaire en France. »