NUCLÉAIRE et LEUCÉMIES: Des agrégats de cas à proximité de centrales

Existe-t-il une relation entre les installations nucléaires de base et le risque de leucémies chez l’enfant ? Malgré 3 agrégats de cas à proximité de centrales nucléaires, on ne peut, à ce jour, conclure à une relation causale. Ce sont les conclusions de ce groupe de travail de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), la Direction Générale de la Santé (DGS) et la Direction Générale de la Prévention des risques qui recommande d’accroître la coopération et la veille scientifique internationale.

Actualité publiée le o8 nov 2011

http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-nucleacuteaire-et-leuceacutemies-des-agreacutegats-de-cas-agrave-proximiteacute-de-centrales_6729_lirelasuite.htm#lirelasuite

Un petit rappel ……

Suspicion légitime autour de l’usine de la Hague.Le rapport sur les leucémies est «cohérent» selon le comité scientifique.

LIBERATION  LE 18 JUIN 1997 

Par ECOIFFIER MATTHIEU   LAUNET EDOUARD

Non, le professeur Jean-François Viel n’est pas un charlot.

Oui, il va y avoir un sacré travail pour déterminer si l’usine de retraitement nucléaire de La Hague (Cotentin) menace ou non la santé des populations environnantes.

Voilà en substance les deux principales conclusions auxquelles est parvenu ­ après de très vifs débats internes ­ le comité scientifique chargé par Corinne Lepage de faire un début de lumière sur l’affaire des «leucémies de La Hague».

En janvier, le Dr Viel, professeur de biostatistique et d’épidémiologie, publiait dans le British Medical Journal un article très commenté, qui tendait à établir une corrélation entre la fréquentation des plages à proximité de l’usine de La Hague et un risque anormalement élevé de leucémie chez l’enfant (Libération du 10 janvier). Depuis, la presqu’île du Cotentin vit dans une sorte de guérilla permanente, sur fond d’études, de révélations et de démentis portant sur les rejets radioactifs en mer de l’usine Cogema, qui sont les plus élevés d’Europe. Il fut successivement question de canalisation émergée à marée basse, de mesures de radioactivité commanditées par Greenpeace, de chapardage de matériels de prélèvements (lire ci-contre) et plus généralement des effets induits par les effluents radioactifs dans le milieu marin et, partant, chez l’homme.

Débats complexes, auxquels le prérapport du comité scientifique (lire ci-contre), envoyé le 29 mai au précédent ministre de l’Environnement, n’apporte pas de réponses définitives. Il confirme simplement la «cohérence de la démarche scientifique du professeur Viel», tout en soulignant les difficultés d’une étude épidémiologique complète.

Dans une lettre adressée à Corinne Lepage, le professeur Charles Souleau, président du comité, présente ainsi son travail: «Nous avons pu, à la suite de nombreux échanges de vues pas toujours faciles, trouver une solution raisonnable de consensus sur le très délicat problème posé par le léger agrégat de leucémies mis en évidence par le professeur Viel.» Manière élégante de dire que le comité a dû se frayer un chemin au travers d’un champ de mines, en tentant de ménager toutes les susceptibilités. Une réunion publique aura lieu le 26 juin dans la commune de Beaumont-Hague pour présenter aux «locaux» le résultat de ces travaux.

Hier, le secrétaire d’Etat à la Santé, Bernard Kouchner, a demandé à l’Opri (Office de protection contre les rayonnements ionisants) un nouveau bilan du niveau de contamination autour de l’usine de retraitement, afin d’évaluer le risque d’exposition des personnes. «Greenpeace a mis en évidence une contamination significative des sédiments à l’extrémité de la conduite de rejet en mer. Reste à savoir jusqu’où cela diffuse, explique Jean-Luc Pasquier, directeur scientifique de l’Opri. D’où la nécessité d’établir une cartographie de la radioactivité des fonds sous-marins. Sur les sols et sur les plages, nos mesures témoignent d’une contamination négligeable. Greenpeace a mis le doigt là où ça fait mal», conclut-il.

De son côté, Dominique Voynet, ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, a demandé que des mesures indépendantes de vérification soient effectuées. Leurs résultats seront rendus publics. Le ministre estime qu’«il n’est pas anormal qu’une organisation indépendante comme Greenpeace exerce son rôle de vigilance en effectuant des mesures de rejets» à la sortie de la conduite de l’usine de retraitement. La révision des autorisations de rejets accordées à l’usine Cogema est en cours. Une enquête publique devrait être lancée à l’automne. Mais, quel que soit le niveau des rejets radioactifs en mer qui sera autorisé à l’avenir, leur principe même devient de plus en plus inacceptable aux yeux de l’opinion publique.

Le mur du silence se fissure. Une nouvelle étude publiée en Allemagne (Dr Alfred Körblein) démontre que le risque pour les jeunes enfants qui vivent à proximité d’une centrale nucléaire de souffrir d’une leucémie est 44 % plus élevé que dans le reste de la population.

Un physicien indépendant de Nuremberg, le Dr Alfred Körblein, spécialisé dans l’étude des effets des faibles doses de radioactivité, a comparé les taux de leucémies chez l’enfant vivant dans un rayon de cinq kilomètres autour des centrales allemandes, britanniques et suisses. Sa démarche visait a éclairer une précédente étude Suisse, très limitée, qui indiquait que « tout allait bien dans le meilleur des mondes ».

Or il s’est avéré que les chercheurs suisses de l’Institut de médecine sociale et préventive de l’universitéde Berne avaient mené cette étude dénommée Canupis (Childhood cancer and nuclear power plants in Switzerland*) sur le risque de cancer chez les enfants nés à proximité de centrales nucléaires en ne prenant en compte que les cas de maladie enregistrés en Suisse, mais pas les cas enregistrés du côté allemand dans le périmètre des centrales nucléaires suisses (3 des cinq réacteurs nucléaires suisses -Beznau I et II et Leibstadt- se trouvent sur le Rhin, à la frontière entre la Suisse et l’Allemagne)!

Pourquoi une augmentation des leucémies en Vaucluse ?

L’étude suisse relève donc de la même attitude qu’en France avec la pseudo-enquête menée l’an dernier autour du Tricastin, dans un périmètre très limité, et qui, elle aussi, concluait à… rien ne se passe de négatif.

Mais alors comment expliquer l’augmentation considérable enregistrée depuis 3 ans à l’hôpital d’Avignon des cas de personnes atteintes de leucémies. Le mutisme des administrations et institutions en dit long sur l’embarras et leur volonté de taire la réalité. Que répond l’Agence Régionale de Santé de Paca et sa délégation vauclusienne? que répond le Ministère de la santé à qui ont du être transmis les « stats » d’Avignon et qui placerait l’établissement en tête de tous les hôpitaux français dans l’augmentation des leucémies enregistrées ( puis dirigées vers d’autres hôpitaux notamment de Marseille)?

Les récentes révélations confirmant l’impact de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en Corse et l’augmentation des cancers de la thyroïde dans les années qui ont suivit (et ce n’est malheureusement pas terminé) le confirment aussi : oui le nucléaire porte atteinte à la santé et à la vie de la population.

Une étude comparée

Pour le Dr Körblein, il faut croiser et comparer les éléments et ne pas s’en tenir à une démarche unique et unicitaire, limitée géographiquement à l’extrême et qui, forcément, ne reflète pas la situation : « si l’on tient compte des cas de leucémie qui ont été enregistrés (en Suisse et en Allemagne), cela donne un risque massivement accru, comme dans les analyses des données allemandes et britanniques ».

Pour le médecin allemand Reinhold Thiel, membre de l’association des médecins allemands contre la guerre nucléaire (IPPNW*) : « Cette analyse comparée menée par le Dr Körblein (1) constitue une preuve de plus que les centrales nucléaires sont déjà dangereuses lorsqu’elles sont exploitées normalement, contrairement à ce qui était reconnu jusqu’ici ».

Le risque accru de leucémie à proximité des centrales nucléaires pourrait s’expliquer par les émissions de particules radioactives et de gaz radioactifs lors du changement d’éléments de combustible nucléaire. Or, jusqu’à présent, seules des valeurs moyennes d’émissions ont été publiées. « Les valeurs maximales sont toujours considérées comme propriété des exploitants des centrales» précise Reinhold Thiel. C’est pourquoi cette association revendique la publication et la mise à disposition de la recherche des valeurs maximales et des valeurs par demi-heure des émissions des centrales nucléaires, afin de prendre en compte les risques pour les enfants à naître. C’est le sens des mesures effectuées et publiées par le CAN84 le lundi 12 septembre, lors de l’explosion dans l’usine de retraitement de déchets nucléaires Centraco : la moyenne des relevés en continu et aussi la pointe de radioactivité bien réelle.

La nocivité des faibles doses de radioactivité au quotidien

Cette étude scientifique met à nouveau sur le devant de la scène la nocivité des contaminations quotidiennes par faibles doses liées à l’activité au jour le jour des installations nucléaires, sans qu’un accident grave ou une catastrophe ne se produisent (ce qui peut aussi arriver du jour au lendemain en France).

La question des doses est si présente que, dans le cadre de l’action nationale des travailleurs du nucléaire lancée par le syndicat CGT, une pétition nationale exige à présent, a côté de revendications professionnelles et de garanties de statut pour les nombreux intérimaires du secteur (35 000 salariés sous-traitants qui subissent 80 % des risques professionnels) : la baisse de la limite annuelle de dose de 20 à 10 mSV d’exposition pour les salariés, un suivi médical unique par la médecine des Sites nucléaires, une dose maximale de carrière à 350 mSV, la reconnaissance des contaminations externes et internes en accident de travail.

Pour les citoyens regroupés dans le collectif antinucléaire de Vaucluse, comme pour ceux des autres départements : il n’y a pas de dose radioactive et de contamination inoffensive. Le meilleur moyen de les supprimer est d’arrêter immédiatement d’en générer.

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http://www.ippnw.de / www.canupis.ch

(1) http://www.alfred-koerblein.de/background/deutsch/index.htm

Duflot au PS : « L’EPR est une catastrophe industrielle »

Information EXCLUSIVE rapportée par Marie JACQUES , une interview de Cécile Duflot par Michel Urvoy

Web Ouest France Mercredi 09 novembre 2011

Ouest-France, toute l’actualité locale et internationale

Cécile Duflot, secrétaire nationale d’EELV, ne veut pas entendre parler de l’EPR.

Cécile Duflot, la patronne d’Europe Écologie, se montre très ferme, alors qu’il reste une semaine pour s’entendre avec le PS sur un programme et les législatives.

Que François Hollande soit favorable à l’EPR de Flamanville, ce n’est pas nouveau ?

En 2004 et 2008, le PS s’était exprimé contre l’EPR.

Depuis les coûts ont doublé et des problèmes importants de sécurité ont été soulevés.

Soit on le fait, soit on ne le fait pas. Il ne peut pas y avoir de compromis…

Impossible, en effet, de construire un demi-EPR.

Les EPR de Finlande et de Flamanville accumulent surcoûts et retards, l’EPR perd tous les marchés et une majorité de projets sont repoussés. Il sera une catastrophe industrielle comparable au Concorde ou au Rafale.

Peut-il y avoir un compromis sur une transition énergétique, en mettant l’EPR entre parenthèses ?

On ne peut pas dire que l’on sort du nucléaire et vouloir mettre en place un EPR qui fonctionnera soixante ans. L’EPR n’est pas une parenthèse.

Plus largement, peut-il y avoir un accord gouvernemental global, actant certains désaccords. L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par exemple…

Nous voulons un accord entre Europe Écologie-Les Verts et le PS. Pas une liste de désaccords. Cet accord serait nécessairement un compromis. Nous y sommes prêts, mais il ne peut y avoir de renonciation à nos convictions propres.

Propos recueillis par Michel URVOY.

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Duflot-au-PS-L-EPR-est-une-catastrophe-industrielle-_39382-2009577_actu.Htm

Retrouvez demain l’intégralité de l’interview dans l’édition du 10 novembre.

Dans la Manche, les sous de la THT font grincer des dents en pleine rigueur

Mardi 08 novembre 2011

Le préfet de la Manche a envoyé une lettre à tous les maires et présidents de communautés de communes concernés par le projet de ligne très haute tension (THT). Il insiste sur le fait que seul 1,6 million d’euros de l’argent du plan d’accompagnement des projets a été programmé. Et que plus de 11 millions d’euros sont disponibles.

Une incitation, en pleine rigueur, qui passe mal pour le maire anti-THT du Chefresne, Jean-Claude Bossard. « C’est un appel au secours de l’Etat pour dépenser plus d’argent public… Pousser à la dépense par les temps qui courent ne manque pas de sel… »

 

EPR : le nuage de Fukushima n'est pas encore arrivé en France

Mercredi 9 Novembre 2011
Hélène Gassin et Mickaël Marie (EE-LV) – Tribune Marianne

Alors que les négociations se crispent entre le PS et les écolos sur la question du nucléaire, deux élus EE-LV reviennent sur les tenants et les aboutissants de la construction de l’EPR de Flammanville.

(Dessin : Louison)
Depuis le 11 mars dernier, au premier jour de la catastrophe nucléaire toujours en cours au Japon, le monde entier se projette de plus en plus nettement dans un avenir sans nucléaire. Le monde entier ? Pas tout à fait. Un pays résiste, encore et toujours. Le nôtre. La France est le village d’Astérix de l’électricité nucléaire. Ici, les élites économiques et politiques semblent, dans leur grande majorité, n’avoir même pas été troublées par l’irruption d’une catastrophe majeure dont tous pourtant assuraient qu’elle était impossible. La France ne doute pas. Le nuage des incertitudes portées par Fukushima s’est arrêté à nos frontières.

Les arguments qui avaient cours avant la catastrophe n’ont même pas été congédiés. Persuadés qu’à force de la répéter, une erreur peut devenir une vérité, gouvernants et industriels persistent à ne rien céder. Le nucléaire français, proclament-ils imperturbables, c’est la sécurité, l’indépendance énergétique, l’électricité bon marché, et pour toujours ! L’accident ? Il est – à jamais – impossible. Peu importe que ces affirmations fantaisistes soient régulièrement battues en brèche par les révélations répétées sur les failles de sûreté ou les rapports alarmés des autorités de sûreté et des organismes indépendants. Les faits sont têtus, mais l’idéologie l’est davantage. On n’abandonne pas comme ça le dogme de l’infaillibilité nationale.

Reste que tout cela tient du gros œuvre, à peu près aussi bâclé et brouillon que l’actuel chantier de l’EPR de Flamanville, qui se distingue surtout pour son acception particulière du droit du travail, et dont même la qualité du béton est à revoir. On trouve, admettons-le, plus sophistiqué dans la masse des arguments mobilisés en faveur de l’atome. Ainsi de cette idée selon laquelle, s’il serait certes souhaitable de réduire peu à peu la part du nucléaire dans le « bouquet énergétique » national, il conviendrait d’utiliser le réacteur EPR, dit de « troisième génération », comme « outil de la transition ».

La chose mérite qu’on s’y attarde pour elle-même, tant elle est très sérieusement défendue et, on le sait, fait l’objet d’âpres discussions entre deux des formations politiques qui pourraient, dans quelques mois, gouverner ensemble notre pays. Certes on retrouve là l’inoxydable optimisme technologique de ceux qui, persuadés de l’évidente supériorité du nucléaire sur toute autre manière de produire de l’électricité, n’imaginent sincèrement pas possible de faire autrement. C’est le drame et la force de l’aveuglement, lorsqu’il se prend pour la raison.

Rappelons, d’abord, ce qu’est l’EPR : un réacteur nucléaire conçu par AREVA (avec l’allemand Siemens, qui a depuis abandonné ses activités dans le nucléaire) et construit par EDF, et que la France souhaite vendre dans le monde entier. Objectif commercial : une filière d’exportation du savoir-faire français. Résultat guère concluant pour l’heure, malgré la débauche de moyens investis : trois EPR sont en construction à l’étranger, dont l’un, en Finlande, accumule tant de difficultés qu’il ne peut guère susciter l’enthousiasme du client. En France, un premier chantier a été engagé à Flamanville, dans la Manche, où le consensus politique droite-gauche en faveur de la monoculture atomique prédisait une adhésion durable et sans à-coup. Raté là aussi : le chantier additionne les retards, la facture s’alourdit et même les élus locaux les plus favorables commencent, dans les commissions locales d’information, à s’interroger sur la crédibilité des promesses de sécurité conjointes d’EDF et AREVA.

Sombre tableau, pour un modèle de réacteur qui était censé assurer le renouvellement du parc nucléaire national, l’EPR de Flamanville étant présenté comme la « tête de série » de chantiers futurs dans toute la France. Mais les problèmes n’effraient après tout que ceux qui doutent, et l’EPR continue d’être invariablement présenté comme un outil indispensable, à la fois par ceux qui contre vents et marées promettent encore de construire de nouveaux réacteurs dans les prochaines années (alimentés par quel minerai ? Les réserves mondiales d’uranium – une ressource fossile – sont estimées à quarante ou cinquante années au niveau actuel de consommation. Il n’y a pas de réponse à cette question, qui d’ailleurs n’est jamais posée) et par ceux qui admettent, à regret, qu’il faudra bien commencer de tourner la page.

Discutons, à présent, l’hypothèse : l’EPR, outil de la transition énergétique ? On ne s’attardera pas sur les arguments génériques, ils sont connus. L’EPR, pas plus qu’un autre modèle de réacteur, n’échappe aux problèmes liés à la production électronucléaire : risques d’accidents, production de déchets, coûts incertains du démantèlement, technologie lourde, chère et inadaptée. Bref, l’EPR, c’est bien du nucléaire, soit la manière la plus dangereuse de faire bouillir de l’eau, selon la formule du physicien Bernard Laponche. Pire : présenté comme le plus sûr des réacteurs, et dès lors admis à contenir plus de matière dangereuse qu’aucun autre, l’EPR est surtout le plus dangereux, précisément parce qu’il s’alimente de davantage de combustible que tout autre. Pour autant, comme les réacteurs plus anciens, il n’échappera pas, selon l’Autorité de sûreté nucléaire, aux «leçons de Fukushima », et à l’obligation coûteuse de réviser le modèle de sécurité qui le fonde. Mais concentrons-nous, au delà, sur trois arguments strictement rapportables à l’EPR, et surtout à cette idée que ce réacteur serait un « progrès » par rapport aux précédents, et nous serait d’un quelconque secours pour, en quelque sorte, passer le cap vers autre chose.

D’abord, sa date de conception. Ce réacteur du futur a été pensé… dans les années 1990, à une époque où l’idée même de l’épuisement des ressources fossiles était considérée par les esprits sérieux comme une blague potache et l’hypothèse d’une attaque terroriste par des avions gros porteurs impensable. On voit mal comment, même en faisant crédit aux ingénieurs qui l’ont conçu d’un sens de l’anticipation peu commun, ce réacteur hérité d’hier pourrait être la réponse aux défis d’aujourd’hui et de demain. Dès lors, rien d’étonnant à ce que l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN), avec les autorités de sureté britannique et finlandaise, aient enjoint EDF à apporter de lourdes modifications à « la conception de ce système » et des « justifications de sûreté supplémentaires ». Et ceci, plus d’un an avant Fukushima, qui  aggrave encore l’évidence des failles de sûreté.

Ensuite, un rappel d’ordre logique : sortir du nucléaire, ou même réduire sa part dans le bouquet énergétique, suppose d’abord, et on s’excusera du truisme, de ne pas l’augmenter. A qui fera-t-on sérieusement croire qu’on sortira de la dépendance à l’énergie nucléaire en commençant par accroître ses capacités de production ?  Une stratégie énergétique nationale s’élabore à vingt ans, pas à quinze jours.  Décider d’aller au bout de l’EPR, c’est décider, sans le dire vraiment, qu’on augmentera, pour les années à venir, la production nucléaire française. Et engager, sans le dire du tout, notre pays sur la voie du renouvellement de son parc nucléaire.

Ce qui nous amène au dernier point, qui suppose de changer de regard. De faire un pas de côté, et de poser les questions dans l’autre sens. Ne pas se satisfaire, par exemple, de demander aux écologistes « pourquoi et comment sortir du nucléaire ? », mais interroger celles et ceux qui voudraient pouvoir continuer sur comment ils comptent faire. Le tout en gardant à l’esprit que les centrales nucléaires, à la différence des déchets qu’elles produisent, ont une durée de vie finalement très limitée. L’âge moyen du parc français est aujourd’hui de 25 ans. Et nos réacteurs ont été prévus pour durer trente ans. Autant dire que la question se pose maintenant : en 2015, 33 réacteurs (sur 58 que compte notre pays) auront atteint cet âge. En 2016, quatre de plus. Logiquement, et si du moins les promesses étaient tenues, il faudrait fermer, au terme de ces trente ans, les réacteurs concernés.  Même en investissant massivement dans la remise à niveau pour porter cette durée de vie à 40 ans, comme certains le suggèrent, on ne fait finalement que reporter l’échéance de 10 ans. Question simple, à poser à ceux qui expliquent qu’on-ne-peut-pas-sérieusement-sortir-du-nucléaire-parce-qu’on-ne-sait-par-quoi-le-remplacer : ces réacteurs fermés, par quoi on les remplace ? C’est une question sérieuse, qui amène à la question suivante, aussi simple dans son énoncé que redoutable dans ce qu’elle implique de réponses : imagine-t-on construire en France, après Fukushima, de nouveaux réacteurs ? Imagine-t-on convaincre les populations de l’Île-de-France, de Rhône Alpes ou d’Alsace qu’une fois fermés les réacteurs de Paluel, de Bugey ou de Fessenheim, on va mettre en service des EPR qui prendront leur place ?

La sortie du nucléaire n’est ni une proclamation théorique ni une posture religieuse. Si on fait abstraction des considérations – et des désaccords – politiques et idéologiques sur la technologie elle-même, on peut en gros réduire l’option « sortir du nucléaire » à l’une des deux réponses possibles à la question qui, quoiqu’on pense de la réponse à y apporter, se posera de toute façon : une fois nos centrales nucléaires en fin de vie, décide-t-on, oui ou non, de les remplacer par d’autres centrales nucléaires ?

Si la réponse est oui, le débat reste au stade où il est aujourd’hui, figeant d’un côté pronucléaires et de l’autre antinucléaires. Mais il y a fort à parier – et dans notre cas, à espérer – que le niveau de mobilisation antinucléaire ne sera plus le même que celui qu’on a connu hier. On peut douter, en effet, que les populations qui ont accepté, dans les années 1970 et 80, les promesses du nucléaire, soient enthousiastes à tenter encore l’expérience, sachant qu’ils sont eux-mêmes les sujets de l’expérience. C’est une chose de défendre – ou d’accepter – ce qui est là. C’en est une autre d’en vouloir davantage.

Si la réponse est non, c’est la sortie de facto du nucléaire. Ne pas renouveler, c’est arrêter. C’est donc « sortir », et il n’y a pas de réponse « entre deux ». C’est cette position qui peut aujourd’hui rassembler ceux qui, toujours, ont mis en garde contre l’impasse électronucléaire et ceux qui, hier et longtemps, ont considéré que les avantages, en la matière, l’emportaient sur les coûts et les risques. L’enjeu n’est pas de savoir qui sortira vainqueur d’un combat de tranchées – ou de couloirs. L’enjeu est de proposer, pour notre pays, un chemin qui soit à la hauteur des enjeux qu’il a, comme tous les autres, à affronter : ceux de la transition énergétique, au sens le plus plein du terme, qui exige que nous ne puissions pas, par les seules vertus d’une potion magique offerte comme artifice à un village gaulois, nous affranchir de la réalité. Elle aussi est têtue.

Hélène GASSIN est vice-présidente (Europe Écologie – Les Verts) du Conseil régional d’Ile de France, et Mickaël MARIE, président du groupe Europe Écologie – Les Verts au Conseil régional de Basse-Normandie.

Mercredi 9 Novembre 2011
Hélène Gassin et Mickaël Marie (EE-LV) – Tribune

Sortie du nucléaire en France : les patrons de l'énergie font leurs comptes

Les Echos 07/11 Thibaut Madelin

Ramener à 50 % la part du nucléaire en France nécessiterait un investissement supplémentaire de 60 milliards d’euros, selon les calculs de l’Union française de l’électricité, qui fédère les électriciens dont EDF. En conséquence, la facture des particuliers augmenterait de 50 % en vingt ans.


Voilà un devis qui devrait intéresser François Hollande. Faire baisser la part du nucléaire de 75 % à 50 % dans la production électrique d’ici à 2030, dans la lignée des propositions du candidat socialiste à l’élection présidentielle, entraînerait un surcoût de 60 milliards d’euros, selon une étude que doit présenter aujourd’hui l’Union française de l’électricité (UFE).

Selon le syndicat professionnel, qui regroupe les électriciens dont EDF et GDF Suez, la France devra de toute façon investir lourdement dans ses moyens de production et ses réseaux, qu’elle décide ou non de rogner sur le nucléaire. Ainsi, dans l’hypothèse d’une production électrique encore assurée à 70 % par l’atome en 2030, le pays devrait investir 322 milliards d’euros dans son système électrique sur vingt ans. « Avec la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, la mise à niveau des réseaux ou le renforcement des énergies renouvelables, le scénario dit de continuité suppose des investissements massifs », souligne Robert Durdilly, président de l’UFE. Dans l’hypothèse d’une réduction à 50 % de la part du nucléaire, l’effort serait porté à 382 milliards d’euros, soit un surcoût de 60 milliards par rapport au scénario de base. Les électriciens ont également chiffré un scénario de quasi-sortie, avec seulement 20 % de nucléaire : le surcoût doublerait presque, à 112 milliards.

Quel serait l’impact pour les consommateurs ? Selon les projections de l’UFE, le particulier verrait sa facture augmenter de 50 % en vingt ans si la France réduisait à 50 % sa dépendance à l’atome. Un chiffre à première vue impressionnant, mais qu’il faut comparer à une hausse qui reste élevée (+ 33 %) dans le scénario de continuité. Une famille paierait ainsi son électricité 189 euros le mégawattheure (MWh), toutes taxes comprises, contre 126 euros en 2010. Même dans l’hypothèse de quasi-sortie, le prix resterait inférieur à ce que paye un ménage allemand pour son électricité aujourd’hui, soit plus de 220 euros.

Plus dur pour les entreprises

Pour les entreprises, la pente s’annonce plus rude avec des augmentations de 41 % si la politique énergétique n’est pas modifiée, et de 65 % si la part du nucléaire est réduite à 50 %. A ce rythme, la facture des industriels français passerait de 78 euros à 129 euros le mégawattheure. Ils conserveraient néanmoins une partie de leur avantage compétitif par rapport à leurs concurrents allemands ou belges. Mais l’UFE prévient que plus la part du nucléaire est abaissée, plus il faut avoir recours aux énergies fossiles, comme le gaz ou le charbon, dont les prix sont plus volatils.

« On ne peut pas sortir du nucléaire uniquement avec les énergies renouvelables ou la maîtrise de la demande d’énergie, insiste Jean-François Raux, expert de l’UFE. Il faut aussi compter sur des moyens de production thermiques. » Pourquoi ? L’énergie éolienne ou solaire étant par nature intermittente, il faut des moyens de production flexibles qui viennent s’y substituer en l’absence de vent ou de soleil. Ainsi, dans le scénario intermédiaire, les professionnels calculent que la part de l’énergie produite par les renouvelables doublera à 34 %, mais celle produite à base de fioul, de gaz ou de charbon passera de 7 % à 16 %. Voire à 40 % dans le cas d’une sortie accélérée. « Il faudra alors installer 10.000 mâts d’éoliennes, soit la surface de l’Ile-de-France, mais aussi 60 centrales à gaz », prévient Robert Durdilly, qui s’inquiète de l’acceptation sociale de tels projets.

Le recours aux énergies fossiles aura aussi un impact sur les émissions de gaz à effet de serre, dont la France est largement épargnée aujourd’hui grâce au nucléaire. Dans le cas d’une sortie accélérée, l’UFE table sur des émissions françaises de 439 millions de tonnes de CO2 en 2030, contre 370 millions en 2010. Pour rappel, la tonne de CO2 se négocie actuellement 10 euros, mais le syndicat table sur un prix 5 fois plus élevé en 2030.

Alors que l’Allemagne, l’Italie et la Belgique tournent le dos au nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima, les professionnels comprennent les interrogations de l’opinion publique sur le bouquet énergétique français. Mais ils veulent que les décisions soient prises en connaissance de cause. « En tant que professionnels, on doit dire aux politiques :  »Si vous décidez cela, voilà la conséquence » », insiste Robert Durdilly. A six mois de l’élection présidentielle, il se garde bien de donner sa préférence pour tel ou tel scénario, mais reconnaît que « plus on donne des coups de barre importants, plus on se fragilise ». Autrement dit, le secteur semble ouvert à une réduction à 50 %, mais une sortie complète de l’atome paraît impensable à EDF et ses concurrents, qui s’inquiètent pour la filière industrielle française.

THIBAUT MADELIN