Déc 28 2014

Pesticides et radionucléides: 22 raisons d'être inquiet

illus-securit%C3%A9-nuke.pngJe suis intéressé par ce qui a trait à la santé. Je suis soucieux de l’avenir de nos enfants. Je m’intéresse à notre environnement.
Je me suis penché sur ces deux poisons. L’un d’eux existe déjà dans notre environnement, l’autre risque bien de s’y retrouver un jour.
Les mécanismes ayant présidés à leur arrivée dans notre environnement, les risques d’accident liés à leur utilisation, leurs mécanismes d’action et la façon qu’a l’État de les gérer ont bien de points communs.
Ce sont, au total, 22 raisons d’être inquiet ! Faisons en le tour . Mediapart  par  PHILIPS MICHEL

Risques sanitaires

De multiples publications mettent en évidence la dangerosité sanitaire des pesticides et des radionucléides.

Des utilisations guerrières et/ou des accidents spectaculaires ont confirmé cette dangerosité. Sans revenir sur Hiroshima et Nagasaki, citons l’exemple de l’accident de Bhopâl, l’utilisation de l’agent Orange au Vietnam et les accidents de Tchernobyl, Fukushima.

 Invisibilité, transparence

Ces deux agents n’ont le plus souvent aucune couleur, aucune odeur. Le plus souvent, nous ne nous rendons pas compte que nous y sommes soumis. Cette « transparence », cette « invisibilité » augmentent d’autant leur dangerosité : on se défend mal contre un agent qu’on ne détecte pas !

Grande stabilité, effets cumulatifs

Contrairement à d’autres agents toxiques qui se dégradent et/ou s’éliminent rapidement, les pesticides et les radionucléides ont le plus souvent une longue durée de vie. Une fois présents dans notre environnement ou dans notre organisme, ils y restent !

Propriétés cumulatives, propriétés rémanentes : deux facteurs qui aggravent la toxicité de ces poisons.

Longues périodes de latence

De longs délais (des années) séparent souvent l’exposition à ces agents de l’apparition des troubles (cancers, troubles hormonaux,…). Cela  explique en partie la difficulté à établir un lien de cause à effet entre les deux. Les études pour établir ce lien demandent du temps. Elles sont difficiles à réaliser.

Risque sanitaire, stabilité, invisibilité, latence : quatre notions essentielles à prendre en compte. Elles justifient nos inquiétudes. Quels autres poisons cumulent ces particularités ?

cocktails.jpg

 Effets « cocktail » et/ou adjuvants

Pour ces poisons, on a mis en évidence le fait que « des mélanges ont plus d’effets que la somme des agents contenus ». C’est l’effet cocktail. Parfois, une autre molécule aggrave la toxicité par un effet dit « adjuvant ».

Ces notions sont connues pour les pesticides. Lire ici.

Les études de toxicologie nucléaire évoquent également la possibilité d’ « effets cocktail ». Lire ici.

Pénétration dans le corps  

Pesticides et radio nucléides s’introduisent dans nos organismes de façon très semblable : nous pouvons les inhaler (en respirant). Nous pouvons les ingérer (alimentation, boissons). Ils sont également parfois capables de s’introduire dans notre corps par voie transcutanée.

Et tout cela SANS QUE NOUS NE NOUS EN RENDIONS COMPTE.

Pour les pesticides, lire ici. Pour les radionucléides, lire ici.

adn-15292243ce.jpg

Mécanismes toxiques proches

Ces deux agents agissent de la même façon au niveau le plus intime de notre organisme : au sein de nos cellules. Ils peuvent entrainer des modifications de notre ADN, provoquer des mutations, accroitre les risques ou induire des cancers, induire des atteintes malformatives des fœtus, provoquer des fausses couches, induire des troubles du développement neurologique chez les enfants qui y ont été soumis durant leur vie utérine.

Ils peuvent dérégler le fonctionnement de nos glandes hormonales. Pour certains pesticides on parle de perturbateurs endocriniens (PE) en raison de cette capacité à modifier le fonctionnement de nos glandes hormonales. Lire ici.

Populations humaines concernées 

Les populations concernées par les effets des pesticides et des radionucléides dépassent de loin celles qui vivent à proximité de leurs lieux d’utilisation. Ces poisons se dispersent.

Les pesticides se retrouvent dans les eaux de ravinement et, de là, dans les nappes phréatiques, loin des lieux d’épandage. Ils se dispersent dans l’air.

Quand la radioactivité s’échappe dans l’atmosphère, elle se dissémine sur de grandes étendues. Le nuage de Tchernobyl a touché la terre entière. On a retrouvé des traces de la radioactivité de Fukushima à des milliers de kms, dans le lait, en Californie.

Quand la radioactivité est présente dans le sol, elle peut ensuite se retrouver ailleurs (exemple : cette habitation de Haute Vienne construite avec des remblais radioactifs provenant de l’exploitation minière de l’industrie nucléaire). Lire ici.

Inégalité de sensibilité des populations

Qu’il s’agisse des radionucléides et/ou des pesticides, deux populations sont particulièrement sensibles : celle des femmes enceintes ( fœtus) et celle des enfants (les filles plus que les garçons). Une explication en est (en partie) dans le grand nombre de divisions cellulaires au sein de ces organismes.

Chez les femmes enceintes, ces agents peuvent être à l’origine des décès du fœtus ou des enfants en bas âge, ce qui se traduit par une augmentation de la mortalité infantile.

Ce phénomène a été observé en Biélorussie après Tchernobyl.Lire ici.

Il peut aussi exister des troubles du développement du fœtus conduisant, à la naissance à des malformations des membres, du système nerveux, etc.

En 9 mois, un embryon passe de 1 à 1.000.000.000.000 cellules ! On considère que le fœtus est environ 1.000 fois plus sensible à la radioactivité et aux pesticides qu’un adulte.

Impuissance médicale

Face à une personne soumise à la radioactivité ou aux pesticides, les moyens thérapeutiques sont dérisoires, voir inexistants. La médecine est démunie.

Pour certains agents toxiques (métaux lourds,…), il existe deschélateurs qui permettent d’éliminer le produit.

La phytoremédiation pourrait être une piste pour traiter les pesticides.

Certaines molécules (appelées médicaments de « décorporation » ) peuvent être utilisées pour favoriser l’élimination d’agents radioactifs . Ces procédés restent marginaux.

Déficit d’études épidémiologiques

Le monde s’accorde pour constater que l’étude de la toxicité de ces agents mériterait un plus grand nombre d’études. Bien trop peu d’études épidémiologiques sont réalisées.

Études scientifiques coûteuses

 Le lien de cause à effet étant difficile à mettre en évidence, les moyens matériels et humains nécessaires pour réaliser ces études épidémiologiques sont coûteux. Ces études sont longues, les populations à étudier sont importantes. La connaissance scientifique en est retardée d’autant.

Déficit d’information des populations

Les associations dénoncent un manque de transparence, un manque d’information. 88% des Français considèrent qu’ils manquent d’information concernant le nucléaire. Lire ici. Et ici.

bouchon-circulation_all_ws66220021.jpg

Méconnaissance des dispositifs de prévention en cas d’accident

Qui connaît le « PLAN NATIONAL DE RÉPONSE » en cas de « ACCIDENT NUCLÉAIRE OU RADIOLOGIQUE MAJEUR » édité par l’État en février 2014 et faisant suite à la catastrophe de Fukushima ?

Lire ici. Qui connaît le « PLAN ECOPHYTO » du Ministère de l’Agriculture ? Lire ici.

Tout se passe comme si l’État, dans une volonté de minimiser les risques, ne se donnait pas les moyens d’informer la population.

Impuissance des services de protection civile en cas d’accident

Ce qui est vrai en cas d’intoxication chronique par les radionucléides et/ou pesticides est encore plus vrai en cas d’accident ponctuel. Aujourd’hui, en cas d’accident nucléaire, mis à part la prise de pastilles d’iode, les services de protection civile ne proposent que… l’évacuation !

Il en est de même pour les pesticides.

Les conséquences sont graves : des milliers de morts à brève ou longue échéance

Exemples : Bhopâl a causé la mort de 25.000 personnes

, Tchernobyl a provoqué entre 16.000 morts et un million de morts,

Minimisation des conséquences en cas d’accident

Chaque fois qu’une catastrophe survient (Seveso, Bhopâl, Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima), face à une constante impréparation, face à un déficit de protection, les autorités tiennent un discours visant à minimiser les effets.

Que faire d’autre ?

Tout se passe comme si, complices d’avoir suivi les chemins conseillés par les lobbies de ces deux agents, les autorités ne voyaient pas d’autre solution que d’en appeler à la fatalité et à la minimisation.

illus-securit%C3%A9-nuke.png

 Contexte militaire identique ayant présidé au développement initial de ces deux agents

L’industrie des pesticides et celle du nucléaire ont fait leur apparition dans un contexte militaire.

Rappelez-vous l’ Ypérite, les bombes atomiques, le défoliant ORANGE.

Dans ces occasions, des dépenses considérables ont été investies par des entreprises. Elles exigent aujourd’hui un retour sur investissement. Et le plus important possible.

Méga industrie et moyens économiques importants proposant ces agents

Après les guerres, ces deux industries se sont reconverties dans lecivil. A la clef, des enjeux économiques et financiers très importants. Le capitalisme, le libéralisme et la mondialisation n’ont fait que de favoriser ces industries.

lobbying.jpg

 Lobby puissant

Ces deux industries ont accompagné leur développement par la mise en place d’un lobby puissant, omniprésent, disposant de moyens financiers colossaux.

Conflits d’intérêt  

Les lobbies des pesticides et du nucléaire n’hésitent pas à soudoyer des scientifiques et des spécialistes de ces deux branches pour défendre leur intérêt dans les milieux scientifiques officiels, les instances officielles mondiales, partout où c’est possible.

Cette réalité est particulièrement visible au niveau de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui, depuis 1959, estdépendante de l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique. Lire ici.

L’association PAN (Pesticide Action Netwok), ici, dénonce le rôle du lobby céréalier (grand utilisateur de pesticides) auprès des autorités européennes de Bruxelles.

En Éthiopie, l’armée soutient l’accaparement des terres des petits paysans par des trusts agricoles internationaux prônant l’usage de pesticides. Lire ici.

 Pressions des lobbies sur les politiques induisant une « paresse décisionnelle »

On a souvent évoqué l’influence du lobby du tabac et ainsi que celui de l’alcool dans des organismes officiels à Bruxelles ou même chez nous à l’Assemblée Nationale.

Le lobby nucléaire et le lobby des pesticides agissent de la même manière : ils entretiennent leur réseau au sein des instances dirigeantes, chez les décideurs, chez les élus, les poussant à trainer des pieds. Lire ici.

 Lobbies prônant un langage de déni des risques encourus, prônant un même discours rassurant au sujet de soi-disant « faibles doses » et d’un « seuil d’innocuité »

En proposant des études réalisées par des scientifiques à leur solde, ces deux industries distillent les termes de « faibles doses » et de « seuil d’innocuité ».

Il s’agit en fait de faire accepter par le grand public l’idée que le voisinage de ces agents est sans risques.

Pour ces deux sortes d’agents, les notions de « seuil d’innocuité » et de « faibles doses » ne peuvent être retenues. De nombreux travaux scientifiques indépendants le prouvent : en raison des propriétés de rémanence et d’accumulation, la plus petite quantité de ces agents est porteuse d’un risque sanitaire.  Lire ici.

Les défendeurs de ces agents usent sans cesse de la difficulté à établir le lien de cause à effet entre ces agents et leurs effets pour nier ce lien et/ou en minimiser les effets.

 Alors ?

Au terme de ce tour d’horizon, un sentiment de découragement s’empare de nous. Nous vivons avec ces deux poisons près de nous mais nous nous sentons démunis : peut-on en réduire les risques ? Peut-on s’en passer ? Comment être mieux informé ? Comment s’en protéger ? Et les générations futures ?

Pour le nucléaire, grâce au ciel, jusqu’à présent, nous n’avons pas connu d’accident grave.

Mais concernant les pesticides ?

Je me pose une question. Est-il déraisonnable, sans être paranoïaque, de penser que, peut-être, chez nous, à bas bruit, sans que nous en ayons vraiment conscience et toutes proportions gardées, nous vivions une sorte de mini Fukushima ? Notre utilisation massive et constante de pesticides ne mène-t-elle pas à une sérieuse contamination des organismes de nos enfants, nos générations futures ?

L’appel de plus de 1.300 médecins pour une prise de conscience de la dangerosité des pesticides dans notre environnement incite à le penser. Lire ici.

La constatation, en 20 ans, dans un service pédiatrique universitaire du Sud de la France, d’un nombre presque décuplé de pubertés précoces, en lien possible avec les effets de perturbateurs endocriniens de certains pesticides, y fait également penser. Lire ici.

Ce ne serait pas la première fois. Dans le passé, nous avons déjà été confronté à de graves problèmes sanitaires que nous avions sous-estimés au départ. Rappelez-vous l’amiante. Lire ici.

EDITIONS DE MEDIAPART CONSACRÉES A CES AGENTS

– « La Mort est dans le pré »

Nucléaire : L’enjeu en vaut-il la chandelle pour l’humanité ?

Japon, un séisme mondial

http://blogs.mediapart.fr/blog/philips-michel/051214/pesticides-et-radionucleides-deux-poisons-pas-comme-les-autres-et-qui-se-ressemblent-22-raisons