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Juin 10 2013

Transition énergétique: les bobards de Bertrand Barré

Transition énergétique le vrai débat. Dans la rubrique Point de vue du journal Ouest France du 5 juin 2013 , Bertrand Barré,  Enseignant à Sciences Po Paris, professeur émérite à l’Institut national des sciences et techniques nucléaires s’essaie sur la transition énergétique en nous « beurrant les lunettes »  à coup de contre vérités dans la ligne droite des tenants du lobby nucléaire. Il exonère le nucléaire du débat en affirmant : « Notre problème, c’est les importations de gaz et de pétrole, pas le nucléaire ». 10 juin 2013

En fin d’article, le Professeur Jeudi propose  ses commentaires à ses lecteurs assidus .

Un débat national s’ouvre en France sur la transition énergétique. Débattre, dans une démocratie, c’est essentiel… Mais ne nous trompons pas de sujet. Quels problèmes pré­occupent vraiment les Français? Certainement le chômage, le pou­voir d’achat, la dette nationale et, quand l’actualité les y ramène, la fra­gilité de leur environnement. Pour refléter la réalité quotidienne, un dé­bat sur notre avenir énergétique doit intégrer ces préoccupations (1).

Or, que constatons-nous ? Coté emploi, l’un des atouts de nos employeurs est le bas coût de l’électricité. Pour un industriel français, le kilowattheure est souvent 25 % moins cher qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni. Côté pouvoir d’achat, de chaque côté du Rhin, le même kilowattheure varie du simple au double à l’avantage d’un ménage français (2). Si nous envions souvent les Allemands, ce n’est certainement pas pour leur facture d’électricité.

Quant à la maîtrise de la dette, la France a la chance d’avoir, avec ses exportations d’électricité, un contri­buteur clé à sa balance commerciale (3). Enfin, en matière d’émissions de gaz à effet de serre, notre pays émet deux fois moins de CO2 que notre voisin allemand.

Que déduire de cela dans la pers­pective de notre transition énergétique ? En France, le problème n’est certainement pas la produc­tion d’électricité. Elle représente au contraire un atout lié au fait que 75 % de cette électricité est d’ori­gine nucléaire (4).

Alors, où est le problème? Où doit se faire la « transition » ? Une pre­mière réponse saute aux yeux: il faut réduire notre consommation de pétrole et de gaz (4). Nos importations de ces deux matières premières ont atteint, en 2011, un coût total de 61,4 milliards d’euros, soit 88 % du déficit commercial de la France. À la clé, un accroissement dramatique de la dette et une lourde perte de compétitivité.

L’objectif d’une transition énergé­tique réussie serait de réduire nos importations de pétrole et de gaz dans les secteurs les plus énergéti­vores que sont l’habitat et les trans­ports. En y parvenant, nous rééqui­librerions notre balance des paie­ments, réduirions notre dépendance géopolitique vis-à-vis des pays producteurs et, bien sûr, émettrions encore moins de gaz à effet de serre.

L’obstacle semble quasi insurmontable. Pourtant, notre pays a déjà relevé des défis énergétiques de grande ampleur. Entre 1980 et 2011, la France a drastiquement réduit sa consommation de pé­trole et de charbon. Dans le même temps, notre consommation d’élec­tricité primaire « dé carbonée », in­cluant le nucléaire et les renouvela­bles, a presque septuplé.

C’est ce type d’effort qu’il faudra poursuivre pour mener à bien notre transition énergétique, par tous les moyens raisonnables à notre disposition : mise en production du pé­trole de Guyane, programme volon­tariste d’électrification des équipe­ments de notre vie quotidienne, notamment de notre parc automobile, isolation des bâtiments anciens, dé­veloppement des énergies renouve­lables.

Mais, disons-le sans fard, la réduc­tion du nucléaire est complètement hors sujet dans ce débat.

Fin de l’article de Bertrand Barré

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Commentaires

1- Un dé­bat sur notre avenir énergétique doit intégrer les préoccupations économiques et sociales (1). Dès le début de son article Barré intimide les français. Comprenons: vous êtes cuits, tenus à la gorge par les marché financiers;  vous devez accepter ma transition énergétique (basée sur le nucléaire) . Mais à quoi rime une transitions si c’est uniquement pour continuer plus qu’avant avec le nucléaire ?? Barré n’a donc rien vu à Tchernobyl ni à Fukushima?

2- Côté pouvoir d’achat, de chaque côté du Rhin, le même kilowattheure varie du simple au double à l’avantage d’un ménage français (2). Barré se fait le chantre du KW à bas coût faute de quoi ce seront les délocalisations d’entreprises. Qu’on se le dise avant que ça ferme, sinon ce sera de votre faute!. Barré feint d’ignorer que le prix du KW de l’EPR sera bien en dessus du prix du kw éolien.  Oui , en  Allemagne le kilowattheure y est 87 % plus cher qu’en France, mais grâce aux économies d’énergie sous toutes leurs formes, la facture du consommateur est en moyenne moins élevée. En France, depuis la mise en service de réacteurs nucléaires il n’y a eu que très peu de travaux d’entretien des centrales et il faut parer au plus pressé en espérant qu’aucun des réacteurs français ne connaitra de catastrophe. Enfin,  plus de 70% des crédits de recherche sont affectés au nucléaire  ce qui prive le reste des autres secteurs..

3- Le nucléaire  un contri­buteur clé à la balance commerciale (3). La France exporte et achète de l’électricité à ses partenaires européens et  Barré n’inclut pas l’uranium dans les importations de matières indispensables à la fabrication du combustible. Etrange non?.  En Fait l’excédent commercial dû aux échanges d’électricité a rapporté 1,9 milliards d’euros à la France en 2012(3). Le coût des importations d’uranium nécessaire à cette production électrique(4) est actuellement estimé entre 500 millions d’euros et un milliard d’euros par an selon le niveau des cours ( A) . Enfin, les importations d’uranium supposent une politique coloniale entrainant le soutien de régimes politiques comme le Sahel (au mépris des populations locales) et des interventions militaires ( avec des armes à l’uranium appauvri comme au Mali).

 Les GES ont bon dos puisqu’ils servent d’alibi pour le développement du nucléaire de Mr Barré sans que celui ci ne se sente concerné par la convention Ospar qui interdit la dissémination des radionucléides dans l’air et l’eau : exemple du  tritium de la Hague, de l’EPR et de Golfech.. Pourquoi donc les amis de Mr Barré dénigrent ils ceux qui souhaitent mener des études sur les faibles doses émises par ces émissions gazeuses et liquides: exemple l’étude longitudinale promise sur les leucémies de la Hague.

4- Le nucléaire, un atout lié au fait que 75 % de notre électricité est d’ori­gine nucléaire (4). Un atout qui devient un boulet. Que faire des montagnes de déchets nucléaires dont les pouvoirs publics ont fait fi pendant plus de 40 ans…. Leur gestion pendant des centaines et des milliers d’années n’est pas financées et n’ est  pas finançable tant les incertitudes sont grandes à l’avenir. Cet atout rend plus difficile la réversibilité du système vers une diversification. Cet atout est devenu une contrainte pour mieux imposer la fuite en avant vers ce que personne ne veut nommer pour le moment:  la prolongation des centrales nucléaires de 30 à 60 ans alors que certaines présentent des risques, le déploiement des EPR invendables aujourd’hui sauf à en financer et à en garantir les investissements à l’étranger,  ASTRID ( nouveau Superphenix ) et  ITER ( réacteur de fusion nucléaire) . Les choix et les crédits sont engagés et les citoyens n’ont pas le droit à la parole. C’est le triomphe de l’Ecole des Mines et de la nucléocratie. Pour ceux qui pensaient que le débat sur la transition énergétique parlerait du nucléaire, c’est « circulez, il n’y a rien à voir ».

Mieux: les tenants du nucléaire comptent atteindre  le taux d’électricité d’origine nucléaire de 75% à  50 % ( promis par Hollande en 2025)  sans fermer aucune autre centrale que Fessenheim,  simplement par le jeu de l’augmentation de la consommation d’électricité !! Pour cela il faut créer des besoins: voiture électrique etc… Pour ceux qui ne l’auraient pas compris , Hollande est bien conseillé…

5  Pour Barré, la transition, c’est  réduire la  consommation de pétrole et de gaz dans les logements et les transports mais il ne donne aucune perspective. Il oublie la recherche sur les performances de combustion du gaz.  Il oublie aussi que les logements passoires équipés du tout électrique ont été promus par le lobby nucléaire alors que l’Allemagne qu’il cite si souvent s’engageait dans l’isolation thermique avec 40 % de consommation en moins que la France . La voila la vérité. Aujourdhui la France en est encore  à la RT 2012 avec 50 kw m2 et par an quand les allemands en sont déjà au label Passivhauss avec 15 kw m2 et par an.

6- Côté logements et automobiles et transports, Barré ignore superbement l’hydrogène qui est promu au Japon et  en Allemagne. En France, le marché automobile préfère se tourner vers l’électrique comme autrefois on a valorisé le diésel. Ce raisonnement s’inscrit dans un schéma de valorisation de l’éléctricité produite par le parc nucléaire que la France veut prolonger et remplacer par des EPR fonctionnant au MOX ( mélange d’uranium et de plutonium issu du retraitement dont on ne sait que faire à part des bombes).

7- L’obstacle semble quasi insurmontable. La période 80-2011 correspond à la pleine production des centrales nucléaires liées au plan Messmer de 1973. Depuis ce temps on vit sur les acquis faute d’avoir imaginé autre chose. Les solutions proposées par Barré sont soit à côté de la plaque ( le pétrole de la Guyanne fait un flop)  ou pas à la hauteur des enjeux ( recours massif à l’électricité pour les automobiles) . Seuls la rénovation thermique des logements et le développement de ENR ressemblent à la transition mais les solutions qu’il propose sont absentes . En  dehors des aides fiscales et des subventions aléatoires cette rénovation et cette diversification sont  en panne et la France accuse un retard important face à l’Allemagne. On a vu ce qui s’est passé  pour la filières photovoltaïque en France : elle a  a été sinistrée. Quand à la recherche , il faudra repasser car  tous les crédits sont déjà affectés, principalement au nucléaire. Et pourtant les développement des ENR, la rénovation thermique des logements pourraient  créer 800 000 emplois en France.

Dommage que Barré ne  cite pas le programme Negawatt: sobriété, efficacité, renouvelables. les négaWatts représentent l’énergie non consommée grâce à un usage plus sobre et plus efficace de l’énergie.

Plus grave,  il persiste et signe en excluant le nucléaire du débat énergétique: ainsi on ne parle pas  du contenu et on laisse faire ceux qui décident sans nous…

Enfin, il associe sa signature à ceux qui nous préparent la prochaine catastrophe nucléaire et ça c’est impardonnable quand on voit les souffrances des familles de Tchernobyl et de Fukushima. Le nucléaire n’y a apporté que le désastre et la ruine.

Sans ces nucléocrates, nous n’aurions aucun mal à  surmonter l’obstacle de la transition énergétique.

A: http://www.connaissancedesenergies.org/quel-est-le-montant-de-la-facture-energetique-francaise-120328

(1 commentaire)

  1. Beaujeu

    Deux autres arguments à mettre dans la balance.

    – Les énergies renouvelables sont le moyen le plus rapide dans la mise en place d’une production d’électricité sans carbone :

    http://energeia.voila.net/electri/co2_ges_nucle_renouv.htm

    – Lorsque l’EPR entrera en fonction, en 2016 ou 2017, une bonne partie de l’électricité solaire nouvelle sera moins chère que l’électricité de l’EPR : voir « Coût électricité 2016 : photovoltaïque et nucléaire EPR » sur le même site, comme ce qu’il en est pour le nucléaire en Grande-Bretagne.

    Les grandes installations photovoltaïques produiront même leur électricité à un coût inférieur à celui du nucléaire ancien, avant 2018-2020.

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