Mar 11 2012

Un an après Fukushima, le Japon manifeste contre le nucléaire

Les hommages se succèdent par ailleurs à la mémoire des victimes du séisme et de la vague géante qui avaient fait plus de 19.000 morts et disparus. Le Nouvel Observateur avec AFP 11-03-2012Manifestation anti-nucléaire dans le district de Fukushima. (TORU YAMANAKA / AFP)

Manifestation anti-nucléaire dans le district de Fukushima. (TORU YAMANAKA / AFP)
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Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche 11 mars dans la préfecture deFukushima (nord-est du Japon) pour réclamer l’abandon de l’énergie nucléaire, au moment où l’archipel marquait le premier anniversaire du tsunami à l’origine de la plus grave catastrophe nucléaire dans le monde depuis 25 ans.

Environ 16.000 participants, dont des résidents locaux, des réfugiés, des militants, ainsi que des enfants et des étrangers, se sont rassemblés dans un stade de base-ball de Koriyama, ville située à une soixantaine de kilomètres du complexe atomique.

Les manifestants ont appelé à l’abandon de l’énergie nucléaire et réclamé l’indemnisation totale des victimes par l’opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco). « Notre ville est devenue un autre Tchernobyl », a crié dans un mégaphone Masami Yoshizawa, qui dirigeait une ferme d’élevage à Namie, à 10 kilomètres seulement de la centrale.

Fukushima est un peu plus oublié chaque jour

« Nous sommes aujourd’hui au désespoir, mais je reviendrai dans ma ville même si ça doit prendre le reste de ma vie », a-t-il promis, juché sur le toit d’un véhicule sur lequel étaient affichées des photos de ses vaches gisant dans leur enclos.

Un groupe de moines vêtus de robes brunes et blanches psalmodiaient des soutras bouddhistes au côté de militants brandissant des pancartes sur lesquelles était écrit : « Nous n’oublierons jamais le Grand séisme du 11 mars. Nous ne pardonnerons jamais l’accident nucléaire. »

« Fukushima est un peu plus oublié chaque jour », a regretté Yumiko Ono, une graphiste de 34 ans venue de Tokyo. « Si nous n’élevons pas nos voix en ce moment, un autre accident pourrait se produire. Nous voulons dire au monde que la crise et les difficultés se poursuivent toujours, » a-t-elle ajouté.

Les centrales pourraient être réouvertes

La population japonaise ne décolère pas depuis l’accident de Fukushima et éprouve une méfiance croissante à l’égard des 54 réacteurs installés au Japon, dont deux seulement sont encore en activité. Mais les experts mettent en garde contre l’abandon total de l’énergie nucléaire et le coût élevé que représenterait l’importation d’énergies fossiles pour un Japon dépourvu de ressources et dépendant de l’extérieur.

Shinichiro Takiguchi, de l’Institut de recherche du Japon, estime que la fermeture des centrales nucléaires nippones n’est pas tenable longtemps. « Le consensus général à long terme est de réduire l’usage de l’énergie nucléaire », mais pas de l’abandonner, a-t-il dit. « Il est plus raisonnable d’augmenter le recours aux autres sources d’énergie et de réduire graduellement la part nucléaire tout en imposant des mesures de sûreté supplémentaires. »

De nouvelles excuses de Tepco

Le PDG de Tepco, Toshio Nishizawa, s’est pour sa part rendu sur le site atomique ravagé Fukushima Daiichi, participant à la minute de silence aux côtés des travailleurs et demandant pardon pour cet accident. « Nous nous excusons auprès des habitants de la région et auprès de la société pour les troubles et inquiétudes causés », a-t-il déclaré. « Nous avons reçu de sévères critiques et nous allons corriger ce qui doit l’être ».

Lors d’une conférence de presse un peu plus tard dans la journée, un autre haut dirigeant de Tepco a promis tous les efforts pour indemniser les victimes du désastre.

Accusée de chercher à limiter au minimum les dédommagements versés, la direction de Tepco a assuré dimanche ne pas fuir pas ses responsabilités.

Une zone de 20 kilomètres autour de la centrale Fukushima Daiichi a été décrétée interdite à cause des rejets radioactifs provoqués par la fusion du combustible dans trois réacteurs sur six, privés de refroidissement hydraulique à la suite du passage du tsunami.

Il faudra environ 40 ans pour démanteler le complexe atomique situé à 220 kilomètres au nord de Tokyo.

 

Plus tôt, les Japonais ont observé une minute de silence à la mémoire des victimes du séisme et du tsunami qui ont dévasté la côte nord-est de l’archipel il y a un an. Une catastrophe qui avait fait plus de 19.000 morts et disparus.

A 14h46 heure locale (5h46 GMT), heure précise à laquelle est survenu le violent tremblement de terre le 11 mars 2011, la vie s’est figée dans les villes de l’archipel. Une prière collective en hommage aux personnes emportées ou sinistrées par la catastrophe naturelle doublée d’un grave accident nucléaire à la centrale de Fukushima.

A Tokyo, immédiatement après la minute de silence, le Premier ministre, Yoshihiko Noda, a prononcé un discours lors d’une cérémonie au Théâtre national de Tokyo, en présence de l’empereur Akihito et de très nombreuses personnalités. Le chef du gouvernement a promis de tout faire pour reconstruire la région ravagée et transmettre la mémoire de cette tragédie aux générations suivantes.

Douleur nationale

L’empereur Akihito, à peine remis d’un pontage coronarien, s’est ensuite levé, accompagné de l’impératrice Michiko, pour prier à son tour devant un immense monument floral. « Un an s’est écoulé depuis le ‘Grand tremblement de terre de l’est’, je rends profondément hommage à tous ceux qui y ont perdu la vie », a déclaré le souverain, symbole du peuple, lors d’une brève allocution.

Outre les 19.000 morts, Akihito a évoqué la douleur les dizaines de milliers de personnes forcées de quitter leur domicile à cause de l’accident nucléaire provoqué par le tsunami à la centrale Fukushima Daiichi. Il a ensuite déploré que la reconstruction rencontre de nombreuses difficultés dans les provinces dévastées et en partie contaminées par la radioactivité.

Une journée de recueillement

Ailleurs dans le pays, notamment dans les villes de la côte nord-est, de nombreux résidents ont prié en direction de l’océan Pacifique, accompagnés de membres de leurs familles revenus spécialement sur leurs terres natales en cette journée de recueillement. Dans les régions dévastées, les survivants ont allumé des milliers de bougies à la mémoire des victimes.

Dans le port d’Ishinomaki, qui a terriblement souffert du tsunami, une « marche de reconstruction » à travers les rues principales a commencé à 10 heures, en l’honneur de ceux qui sont morts. Des bénévoles avaient distribué des fleurs aux familles des victimes pour qu’elles les déposent sur la tombe de leur proches.

Des milliers de corps toujours introuvables

Plus de 340.000 personnes vivent depuis un an hors de chez elles, parfois dans des conditions très précaires. Le traitement des quelque 22 millions de tonnes de déchets accumulés en une seule journée dans les trois préfectures les plus dévastées (Miyagi, Iwate, Fukushima) n’avance pas, moins de 10% ayant un an après été pris en charge, en raison du manque de lieux d’incinération et de la hantise de la radioactivité.

Mais pour les familles des quelque 3.200 personnes encore portées disparues, le plus urgent est de retrouver les corps afin qu’ils reposent en paix. Dans la préfecture d’Iwate, où l’on reste depuis un an sans nouvelles de plus d’un millier d’individus, 300 policiers et 80 gardes-côtes sont mobilisés pour une nouvelle campagne d’inspection de trois jours le long de la côte.

Dans la préfecture voisine de Fukushima, des centaines de policiers et de bénévoles ont pendant deux jours mené des recherches pour tenter de retrouver les corps de plus de 200 personnes.

Le Nouvel Observateur avec AFP

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

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