Vous avez raison d’avoir peur : enquête sur les défaillances du nucléaire français

Nucléaire : une catastrophe françaiseCe mercredi 18 janvier 2017, à Montrouge (Hauts-de-Seine), au siège de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), son patron, Pierre-Franck Chevet, a la mine des mauvais jours. Invité à dresser le bilan de l’année 2016 en matière de sûreté dans nos 19 centrales nucléaires gérées par EDF, il lâche, devant un parterre de journalistes : « La situation est inquiétante. » Du jamais-vu ! Dans le monde feutré du nucléaire, où chaque mot prononcé est soigneusement choisi, les propos de Pierre-Franck Chevet sidèrent. La Parisien 7 novembre 2018

EDF prépare en toute discrétion une génération d’EPR low cost avec un niveau de sûreté revu à la baisse, selon les révélations de notre journaliste.

Pour notre collègue Erwan Benezet, en charge des sujets sur l’énergie au Parisien – Aujourd’hui-en-France, c’est le point de départ d’une enquête d’un an et demi qui abouti avec la sortie de son livre : « Nucléaire : une catastrophe française »*. Avec une question : le nucléaire doit-il encore être l’énergie qui assure aux Français 75 % de leur consommation électricité ?

Multiplication des incidents, falsification de documents, fragilité financière, opacité, risque terroriste, incapacité à trouver une solution pérenne pour les déchets nucléaires… Les problèmes pour la filière de l’atome, mais surtout pour EDF s’accumulent. Et pourtant, malgré les scandales à répétition, l’entreprise publique continue de tracer le sillon du nucléaire en France envers et contre tout. Pire, alors que son réacteur de troisième génération, l’EPR, rencontre les plus grandes difficultés techniques et financières pour sortir de terre en France, à Flamanville (Manche), mais aussi à l’étranger, EDF prépare en toute discrétion la prochaine génération d’EPR… low cost.

Comment ? Comme le révèle Erwan Benezet, en revoyant à la baisse le niveau de sûreté des futurs édifices, avec une seule enceinte de protection en béton au lieu de deux, en abaissant les dispositifs de redondance qui passent de quatre à trois tout en augmentant la puissance du nouvel EPR. Faut-il avoir peur ? Non, si le choix de poursuivre dans le nucléaire et la sûreté qui l’accompagne, sont décidés en toute transparence. Et c’est bien là tout le problème. À travers cette enquête, on découvre que le contrat passé il y a quarante ans, entre l’État, EDF et les Français qui ont dit oui au nucléaire à LA condition que cette énergie soit très étroitement surveillée, a subi de nombreux coups de canif.

Un second EPR est pourtant en projet

Comme a pu le constater Barbara Pompili, députée LREM et rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, interrogée par l’auteur : « EDF, par exemple, n’a pas toujours répondu à nos demandes, arguant que certains documents étaient estampillés secret-défense, se contentant de fournir le « strict minimum » ».

Loin du pamphlet antinucléaire, ce livre se veut surtout un outil pour éclairer les Français à l’heure où le gouvernement s’apprête à définir la politique énergétique de la France pour les cinq, voire les dix prochaines années dans le cadre de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). D’autant qu’un projet de second EPR en France se trouve aujourd’hui en bonne place sur le bureau du Président de la République.

*« Nucléaire : une catastrophe française », par Erwan Benezet, 300 pages, Fayard, 19 euros.

Le livre noir du nucléaire civil français.
Tchernobyl, Harrisburg, Fukushima… Mais auparavant déjà, Chalk River au Canada en 1952, Windscale au Royaume-Uni en 1957 ou encore Kychtym en Russie la même année…
Autant de catastrophes nucléaires qui ont ébranlé la planète.
« Oh, mais tout cela est arrivé si loin de chez nous ! » s’indigne la nucléocratie hexagonale.
Vraiment ? C’est oublier un peu vite les deux accidents de Saint-Laurent-des-Eaux, la centrale du Loir-et-Cher, en 1969 puis en 1980.
Dans les deux cas, du combustible d’uranium hautement radioactif était entré en fusion. C’est également glisser sous le tapis celui de Civaux (Vienne) en 1998. Ou du Blayais (Gironde), lors de la tempête de 1999. Sans parler de Fessenheim (Alsace), la plus vieille centrale de France, arrêtée en urgence lors de la canicule de 2003, pour cause de surchauffe…
De nombreux pays remettent aujourd’hui en cause la suprématie de l’atome. Certains vont jusqu’à fermer définitivement leurs centrales. Pas chez nous, hors de question ! Le nucléaire est un fleuron ! Quitte à mettre son industrie en danger, en laissant passer le train du renouvelable ? Ou, plus grave, à faire courir des risques inconsidérés à la population ?
Sous-investissements, scandales en tous genres, dénis face aux menaces terroristes, jusqu’aux problèmes d’entreposage de déchets, dont la dangerosité menace nos enfants et petits-enfants…
La France joue avec le feu nucléaire.
À nous, citoyens, de l’éteindre. Et de reprendre en main la politique énergétique de notre pays.Erwan Benezet est journaliste au Parisien-Aujourd’hui en France, service Économie, en charge de l’énergie et de l’automobile.

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