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Mai 26 2013

Ziegler et le Niger: ce qu’il se passe à Arlit

Jean Ziegler nous explique parfaitement dans son livre « Destruction massive » les agissements d’AREVA, notre champion national de l’atome, au Niger, lieu de l’extraction du minerai d’uranium. Par Provola sur Agoravox le 25 mai 2013

Ziegler se bat depuis quarante ans contre la faim dans le monde, il fut le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation (des populations) du Conseil des droits de l’homme de l’ONU de 2000 à mars 2008. Jean Ziegler est l’auteur de plusieurs livres sur la mondialisation et sur ce qu’il considère être des crimes commis au nom de la finance mondiale et du capitalisme, condamnant en particulier le rôle de la Suisse. C’est un opposant à la théorie libérale du ruissellement justifiant l’existence des milliardaires par leur rôle dans la redistribution des richesses. Il critique fortement l’action du FMI, qui conditionne ses aides financières à la privatisation des services publics, conduisant souvent, selon lui, à leur dégradation avec des conséquences tragiques pour la santé et l’alimentation pour les pays les plus pauvres

Dans « destruction massive » il relate entre autres scandales, la façon dont Areva exploite le minerai d’uranium au Niger, (qui devrait être l’un des pays les plus prospères d’Afrique grâce à son sous-sol riche en uranium) à la barbe d’une population toujours plus misérable qui crève de malnutrition depuis des décennies à cause d’une sécheresse persistante. Cette famine entretenue est due au fait qu’Areva n’a jamais voulu faire bénéficier la population locale de son exploitation minière, en prenant en charge, ce qui serait le moins, l’irrigation des terres. Cet aménagement du fleuve Niger permettrait de gagner des milliers d’hectares de terres arables et ainsi d’éradiquer la faim, définitivement, dans ce pays de 12 millions d’habitants. Le coût estimé de cette irrigation capillaire du fleuve Niger est estimé à 650 millions d’euros, une goutte d’eau pour le principal industriel du pays, appartenant à notre beau pays, qui préfère nous expliquer à longueur de propagande que le coût de l’énergie nucléaire est modique. Qui préfère nous expliquer de la même manière notre indépendance énergétique qui n’est qu’une réalité voilée à base de corruption des autorités locales.

Il ne leur suffisait pas de vivre dans les radiations et les poussières radioactives, de gagner un salaire de misère, de boire une eau souillée, de vivre dans un bidonville contaminé qui vous tue à petit feu, d’enrichir les pilleurs d’uranium, les porteurs de cancers.
Non, tout cela c’était du gâteau, le pire pour les habitants d’Arlit, c’est la famine qui guette au coin du désert qui avance. Cette région du Sahel souffre depuis des années d’une sécheresse toujours plus prégnante, au Niger , 60% de la population soit 8 millions de personnes souffrent de la faim, dont 1,5 million d’enfants de moins de 5 ans.

“380 000 d’entre eux sont en danger de mort”, explique Raymond Yoro, Secrétaire de Caritas Niger.

Se souvient-on du reportage de la BBC en 1984 sur la famine en Ethiopie qui avait provoqué un élan de solidarité mondial ? (We are the world”) A distance de 29 ans , les mêmes causes provoquant les mêmes effets au Sahel, la situation ne rencontre qu’indifférence.

On se soucie des otages d’AREVA dont le sort pourrait décider de la suite des relations commerciales entre la France et le Niger et de l’approvisionnement des centrales nucléaires. Savoir si l’on va pouvoir se chauffer cet hiver, ça, ça peut intéresser le bon peuple, encore que, il suffirait que Valérie, la nouvelle Carla nous souhaite les bons vœux pour que la mayonnaise présidentielle prenne une fois de plus.

Plus sérieusement, de nombreuses familles du Sahel doivent vendre leur dernier bétail pour acheter à des prix exorbitants une nourriture rare ; pour survivre, de nombreux agriculteurs doivent vendre leurs terres à des multinationales agricoles. Des personnes sous-alimentées mangent le grain destiné à la volaille ou des plantes sauvages. D’autres creusent dans des fourmilières pour y piquer la nourriture des insectes, d’autres quittent définitivement leur maison pour fuir dans une direction quelconque.

La moitié de la population du Sahel souffrant de la pénurie alimentaire, dont celle du Niger, vit avec moins de 1,25 dollars par jour, une succession de mauvaises récoltes ces dernières années a fait flamber le prix des denrées alimentaires de 30%.

Les changements climatiques induisent désormais trois périodes de sécheresse tous les quatre ans ce qui fait reculer la production agricole et l’élevage.

De plus la crise économique mondiale a provoqué une chute des aides alimentaires, le manque d’intérêt des médias pour la cause du Sahel a également abouti à une chute des dons. Des 85 000 tonnes d’aides alimentaires promises au Niger cette année, seules 45 000 tonnes sont effectivement arrivées.

C’est dans ce cadre apocalyptique que vient AREVA se moquer du monde en essayant de faire pleurer dans les chaumières à propos des personnels en danger. AREVA, des milliards de chiffre d’affaire, un business planétaire, la haute technologie du futur, AREVA qui sème la mort nucléaire pour des centaines de milliers d’années sur un territoire grand comme plusieurs départements ; cet AREVA là, insensible au malheur alimentaire, imperturbablement, transgresse les règles de la décence, voir de la démence.

Car enfin, est-il possible de proclamer haut et fort que l’activité nucléaire est un bienfait pour l’humanité alors que la réalité est plutôt d’accumuler des bénéfices et d’entasser des immondices sur le dos d’une population exploitée ? Où sont les hôpitaux, où sont les écoles, où sont les symptômes du développement durable dont il est question sur le site internet d’AREVA ?

ELF puis TOTAL ont laissé un Gabon délabré en des décennies d’ exploitation outrancière des puits de pétrole d’un pays qu’on appelle abusivement la Suisse d’Afrique, sans un regard pour une population à la richesse potentielle mais sans le moindre centime en poche. Le même scénario à l’allure d’un traquenard se reproduit au Niger par la faute de bandits endimanchés et cotés en bourse.

L’histoire se répète d’une lancinante forme qui pourrait se résumer ainsi : la bourse ou la vie.

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/terrorisme-ce-qu-il-se-passe-a-136347

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