Mai 18 2018

Contre Greenpeace, l’Etat fait le procès de la désobéissance civile

Des peines de sursis et de prison ferme ont été requises contre les vingt-trois militant·e·s de Greenpeace qui ont illégalement pénétré dans la centrale nucléaire de Cruas, en novembre 2017. Pour le ministère public, comme pour EDF, « il est temps que ça s’arrête. Il n’est plus possible de tolérer ces intrusions à répétition » PAR 

Le nucléaire dans le cul-de-sac de la démocratie

Privas (Ardèche), envoyée spéciale.–  Deux mondes se font face au tribunal de grande instance de Privas, jeudi 17 mai, et rien ne semble pouvoir les réconcilier. Pas même les blagues. Il s’en formule pourtant une savoureuse, quand le procureur de la République, Pierre-Yves Michaud, s’en prend à Bernard Laponche, expert critique du nucléaire : pourquoi témoigner pour Greenpeace s’il n’a pas pris part à l’action ? N’est-ce pas une façon de ne pas prendre ses responsabilités ? Ne peut-on faire de l’expertise et de l’action ? Réponse directe : « Je vais y réfléchir ! » lui lance le physicien, 80 ans, élégant dans son costume-cravate.

Des rires se font entendre dans la salle d’audience, mais ils viennent tous des prévenus. Aucun terrain d’entente ne sera apparu pendant les presque 8 heures d’audience. D’un côté, et d’un bloc : l’affirmation par l’État et EDF que la sécurité du nucléaire est bien assurée et la condamnation de la désobéissance civile. De l’autre, la dénonciation du risque de catastrophe et la conviction que l’introduction illégale dans les centrales est le seul moyen de réveiller la société sur ce sujet.

Vingt-trois personnes comparaissaient pour s’être introduites dans la centrale nucléaire de Cruas (Ardèche), le 28 novembre 2017, et avoir réussi à atteindre le bâtiment d’entreposage des combustibles usagés. Certain·e·s y ont laissé une empreinte de leur main en peinture, pour prouver leur présence. Les onomatopées « boum » et « crac »furent projetées sur des bâtiments de la centrale. Au bout d’une dizaine de minutes, les personnes furent identifiées et interpellées. Au fil des heures d’audience, leurs visages, très divers générationnellement, deviennent familiers au regard. Une ligne de défense s’érige. C’est le plus jeune, Titouan Billon, né en 1991, qui parle pour tou·te·s. Il est musicien.  « Cette action est l’aboutissement d’un travail beaucoup plus long d’expertise, de rédaction de rapport, de sensibilisation. On essaie de faire bouger les lignes avant. Mais cela fait de jolis dossiers dans des tiroirs. »

Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Cruas, 28 novembre 2017 (©Greenpeace France)Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Cruas, 28 novembre 2017 (©Greenpeace France)

C’est tout le début de l’histoire : en octobre 2017, Greenpeace publie un rapport sur la vulnérabilité des installations nucléaires françaises et belges face aux risques d’attaques extérieures. Quelques reprises médiatiques mais pas d’annonces fortes d’EDF. Quelques jours plus tard, huit militant·e·s de Greenpeace entrent par effraction dans la centrale de Cattenom, en Lorraine, proche de la frontière avec le Luxembourg. Puis vingt-deux activistes pénètrent la zone protégée de la centrale de Cruas fin novembre. Pour Titouan Billon, « n’importe quel quidam peut entrer dans une centrale nucléaire avec une échelle ». Surtout, « les centrales ont été construites à un moment où les terroristes ne jetaient pas d’avion contre elles. Les temps ont changé. Les centrales n’ont pas changé ». Il poursuit : « Ce procès, je m’en remettrai. Mais si un feu se déclenche dans une piscine de combustibles, on en parlera encore dans dix générations. »

Pour Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace, poursuivi comme personne morale : « Ces actions sont nécessaires, légitimes et utiles. Les rapports ne suffisent pas. Les rencontres politiques avec Hulot et Macron ne suffisent pas. C’est une action désintéressée au nom de l’intérêt général. » Selon Alexandre Faro, l’avocat de Greenpeace, les activistes mettent en œuvre l’état de nécessité : n’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien.

En dehors de l’audience, il s’inquiète des effets répressifs de la loi Ganay de juillet 2015 qui crée un délit spécifique pour l’intrusion dans les centrales. Il n’y avait pas de laxisme, insiste-t-il, chaque fois les militant·e·s de Greenpeace ont été poursuivi·e·s et condamné·e·s. La jurisprudence fondée sur cette loi est l’un des enjeux du procès, car ce n’est que la deuxième fois qu’un tribunal est appelé à juger dans ce cadre. À Thionville (Moselle) en février, la justice a condamné deux activistes de Greenpeace à deux mois de prison ferme pour leur intrusion dans la centrale de Cattenom –ils avaient un casier judiciaire, les quatre autres ont écopé de peines avec sursis. « C’est un thermomètre de l’époque. »

Mais le procureur de la République considère qu’« il y a un problème croissant dans notre société de désobéissance civile. C’est au-delà de la liberté d’expression. La désobéissance civile, c’est violer la loi, le revendiquer, l’assumer publiquement pour prétendument faire avancer le débat d’idées ». Pour le ministère public, « c’est un déni de démocratie. C’est le refus du résultat des urnes. C’est bafouer les décisions du peuple français. Aucune minorité, faction, structure, organisation n’a le droit de s’arroger une parcelle de souveraineté et d’imposer sa vérité à tous ».L’intrusion à Cruas est à ses yeux « ridicule, totalement irresponsable et dangereuse. C’est tout sauf une action non violente. Ça crée de la tension supplémentaire, dans le contexte du terrorisme ». Il réclame 6 mois de prison avec sursis pour les prévenus, 4 mois ferme pour celles et ceux qui avaient un casier et ne peuvent plus bénéficier du sursis et 30 000 euros d’amende, contre Greenpeace : « C’est indécent de faire ce genre d’action dans la situation de notre pays. Ça ne sert à rien. Cette action n’est pas pertinente. C’est un grand carnaval, une mascarade. » Car à ses yeux : « Les seuls problèmes de sécurité dans les centrales nucléaires depuis 20 ans ce sont les intrusions de vos militants ! » Pour son final, il se dit d’accord avec l’idée d’augmenter le niveau de défense des installations nucléaires pour permettre aux gendarmes de tirer sans sommation sur les intrus. « Il est temps que ça s’arrête. Il n’est plus possible de tolérer ces intrusions à répétition ! »

« L’autorité n’est ressentie que quand elle a un effet concret »

Pour l’avocat d’EDF, Thibault de Montbrial, « le débat sur la sécurité nucléaire est légitime. Mais ce qui ne peut être légitime, c’est de commettre sciemment, mécaniquement, militairement des infractions pénales en faisant croire à la vulnérabilité des installations nucléaires. » Il avait demandé 1,2 million d’euros de dommages et intérêts à Greenpeace : « Il y a un moment où ça suffit. » Il compare les activistes à « des délinquants d’habitude » qui « arrivent à la barre avec une démarche plus ou moins chaloupée », et se prennent du sursis. Peines inutiles à ses yeux car « l’autorité n’est ressentie que quand elle a un effet concret. Si ça ne tombe pas, ça ne s’arrête pas ». Entre 2003 et 2014, il y a eu quatorze intrusions, puis deux en six semaines fin 2017.

En début d’audience, le président du tribunal, Jacques Vuillet, pose le cadre qu’il souhaite donner au débat : « C’est un procès de forme. Il y a d’autres manières de manifester ses convictions. » Mais il questionne attentivement et en finesse les prévenus, leur permettant de s’expliquer. L’enjeu des débats porte sur les piscines de refroidissement, où le combustible usé est stocké, avant de partir vers le site d’Areva à La Hague (Manche).

Dans un bâtiment combustible, on trouve l’équivalent en radioactivité de deux ou trois réacteurs. C’est énorme. Pour Greenpeace, à la différence des bâtiments réacteurs, où la radioactivité est confinée par trois barrières de protection, ces bâtiments combustibles sont construits comme de vulgaires hangars, sans aucune protection de sécurité.

L’EPR toujours en construction à Flamanville protège sa piscine de stockage de combustible sous une coque de béton, preuve pour les militant·e·s que l’architecture des actuels bâtiments est insuffisamment protectrice. En off, un responsable chez EDF nous explique que les bâtiments combustibles sont conçus pour résister à un choc avec un avion qui arriverait latéralement, mais pas par le dessus.

Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Cruas, 28 novembre 2017 (©Greenpeace France)Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Cruas, 28 novembre 2017 (©Greenpeace France)

Reste une question de fond : que prouve l’action de Greenpeace sur la vulnérabilité ? Le président du tribunal s’est montré dubitatif : « Mais puisque vous êtes reconnus comme Greenpeace, qu’est-ce que ça prouve ?» Pour Thibault de Montbrial, avocat d’EDF : « Greenpeace prétend que si ses militants entrent dans le périmètre de la centrale, c’est la démonstration en soi de l’insuffisance des mesures de sécurité. Mais Greenpeace a tout de suite été identifié. Prétendre le contraire est malhonnête. »

Pour Yannick Rousselet, principal expert nucléaire de l’association : « Ce n’est pas parce que nous sommes siglés que le risque est moindre. Les gendarmes sont arrivés après. Ils sont arrivés en retard. » Une personne qui a participé à l’action en grimpant sur l’un des bâtiments raconte dans la salle des pas perdus que les policiers ont mis 2 h 30 à la décrocher et que lorsque le premier gendarme les met en joue, pendant une demi-heure, il n’est même pas dans le périmètre de la centrale.

L’association considère que ses actions ont conduit EDF à améliorer la sécurité des installations nucléaires en France. Pour Lina, 46 ans, l’une des prévenu·e·s, maître d’œuvre dans le bâtiment : « C’est très important de s’engager, y compris en prenant des risques juridiques. Il est essentiel de dénoncer. C’est un acte citoyen. » Pour Sébastien, brasseur : « C’est notre rôle de lanceur d’alerte de mettre en lumière les failles des centrales nucléaires. Les terroristes n’ont pas besoin de nous pour avoir des idées dangereuses. Le problème n’est pas Greenpeace. Nous ne sommes pas malveillants. Nous sommes pacifistes. »

L’originalité de Greenpeace dans le monde associatif est de développer une double stratégie, détaillée par Yannick Rousselet, son spécialiste en sûreté nucléaire : « On est dans une stratégie de discussion sur l’expertise, mais elle n’est pas suivie d’effets s’il n’y a pas de rapport de force. Il faut être dedans et dehors. » À la suite de l’intrusion à Cattenom, une commission parlementaire s’est montée sur le sujet, sous la houlette de Barbara Pompili (LREM, ex-EELV).

Mais la voie est étroite. Pour Christophe Chanut, directeur de la centrale de Cruas depuis 2014, et EDF, les militants se trompent : les piscines ne sont pas vulnérables, l’intérieur est protégé par un couvercle en acier. Mais « aux questions sur l’évaluation précise des risques d’attaques terroristes, les réponses sont secret défense, regrette Cyril Cormier, autre spécialiste du nucléaire dans l’association. On est dans le cul-de-sac de la démocratie ».

Pendant l’audience, Thibault de Montbrial demande au porte-parole des prévenus s’il est certain qu’ils n’étaient pas dans la ligne de mire d’un tireur de haute précision de la centrale. Ce sera dans le rapport parlementaire veut croire le jeune homme. « Si c’est dans le rapport, ce sera dans sa partie classifiée », lui rétorque aussitôt l’avocat. L’échange résume bien l’ambiance de la journée : zone d’ombre assumée dans le discours de Greenpeace, opacité revendiquée du côté d’EDF. Juste avant que le procès ne commence, des dizaines de militant·e·s de Greenpeace ont chacun tenu une lettre en grand format. L’ensemble déroulait : « À quand le procès des centrales d’EDF ? » Le jugement des prévenu·e·s sera rendu le 28 juin.

Mai 18 2018

Nucléaire: le déclin devient irréversible

Le nucléaire produit toujours 10,5 % de l’électricité dans le monde, mais ses capacités de production sont plus faibles qu’il y a dix ans, explique la nouvelle édition du World nuclear industry status report. Les acteurs historiques de l’atome connaissent de graves difficultés. Mediapart  PAR 

Un graphique bicolore résume à lui seul l’épaisse nouvelle édition du World nuclear industry status report : on y voit le nombre de nouveaux réacteurs nucléaires mis en chantier chaque année dans le monde depuis 1951. En 2017, il n’y en a qu’un. L’année précédente, il y en a eu deux. En 2015, six en Chine et deux dans le reste du monde. Le nucléaire n’a pas disparu de la production d’énergie dans le monde, mais il ne se renouvelle plus. Aujourd’hui, il représente 10,5 % de l’offre d’électricité. Mais dans dix ans, ce sera nécessairement moins puisque le nombre de nouveaux projets effectivement initiés se réduit, alors que le temps moyen de construction s’allonge. Partout où le marché de l’électricité est concurrentiel, aucun nouveau réacteur nucléaire n’a été lancé. En 2016, 10 réacteurs ont démarré, dont cinq en Chine, et deux ont fermé. « Le nucléaire n’est envisagé que là où le gouvernement ou le consommateur prend le risque d’assumer des dépassements de coûts et de délais », écrivent les auteurs du rapport.

Démarrage de constructions de réacteurs nucléaires dans le monde depuis 1951 (WNISR 2017)Démarrage de constructions de réacteurs nucléaires dans le monde depuis 1951 (WNISR 2017)

Initié en 1992, puis relancé en 2004, le World nuclear industry status report est un document à part dans le paysage de l’expertise énergétique. Il est co-financé depuis plusieurs années par le Groupe Verts-ALE au Parlement Européen qui voulaient au départ soutenir une expertise alternative aux discours des industries de l’atome. Coordonné par Mycle Schneider, un expert indépendant qui conseille gouvernements et institutions internationales (le gouvernement métropolitain de Séoul, l’exécutif allemand, le Parlement européen…) et Antony Froggatt, consultant et chercheur auprès de Chatham House en Grande-Bretagne, il offre une vision mondiale et rétrospective de l’activité industrielle civile de l’atome. Contrairement aux rapports annuels de l’Agence internationale de l’énergie, il est indépendant des États et ne produit pas de scénarios prospectifs. C’est ce qui fait sa force : comptabiliser les décisions effectivement prises par les gouvernements et en proposer une synthèse. Sa vision critique du nucléaire s’appuie sur des faits constitués.

Résumé en français de l’édition 2017 du World nuclear industry status report. (pdf, 1 B)

Le déclin du nucléaire devient irréversible : c’est ce que documente l’édition 2017 du rapport, que ses coordinateurs ont souhaité présenter en France, deuxième plus gros producteur d’électricité atomique dans le monde après les États-Unis – ils sont suivis par la Chine, la Russie et la Corée du Sud. En tout, 31 pays font tourner des centrales pour produire du courant, et le nombre total de réacteurs dans le monde est de 403.

En 2016, la production d’électricité par le nucléaire a augmenté dans 15 pays, baissé dans 12 et est restée stable dans 4. À l’échelle mondiale, elle a légèrement augmenté en 2016 (+1,4 %), du fait de la Chine. Mais la capacité installée est nettement plus faible qu’en 2006 : 351 gigawatts (GW) aujourd’hui, contre 368 alors. Au 1er juillet 2017, 53 réacteurs étaient en cours de construction, soit cinq de moins que l’année précédente, et 15 de moins qu’en 2013. Sur ces 53 tranches, 20 se trouvent en Chine. C’est dire l’importance de Pékin dans la nouvelle géopolitique de l’atome.

Site de Juragua, à Cuba, où la construction de deux réacteurs russes de 413 MW a été abandonnée en 1992 ©Damon Richter ©WNISR2017Site de Juragua, à Cuba, où la construction de deux réacteurs russes de 413 MW a été abandonnée en 1992 ©Damon Richter ©WNISR2017

La comparaison avec l’essor exponentiel des énergies renouvelables est cruelle : en 2016, les capacités de production du nucléaire se sont accrues de 9 GW par rapport à 2015. Mais elles ont bondi de 75 GW pour le solaire et de 55 GW pour l’éolien. Au total, les énergies renouvelables représentent 62 % des nouvelles capacités installées en 2016. La Chine, plus gros investisseur mondial, a dépensé 78 milliards de dollars en 2016 pour doubler sa puissance installée de solaire, qui atteint 78 GW, et augmenté son offre d’éolien, à 150 GW. À elle seule, elle peut produire plus d’électricité renouvelable que tous les pays d’Europe réunis. En comparaison, elle n’a ajouté que 4,6 GW à son offre de nucléaire, qui atteint 32 GW. Dans le monde depuis 20 ans, les renouvelables ont sorti quatre fois plus de nouveaux kilowattheures d’électricité que l’atome.

Face à cette révolution énergétique en cours, David Freeman, ancien patron de plusieurs compagnies d’électricité et de l’eau aux Etats-Unis, écrit en préambule du rapport que « l’enjeu n’est plus de savoir si votre priorité est de lutter contre le pouvoir nucléaire ou le dérèglement du climat, la réponse est la même. Les nouveaux Edison ont appris à exploiter économiquement les sources infinies d’énergie fournies gratuitement par Mère Nature ».Le rapport revient longuement sur les failles de l’économie et de la finance du nucléaire (l’analyste financier Juan C. Rodriguez, co-auteur du rapport, les explique en détail dans notre entretien vidéo à voir ici). En France, la débâcle financière d’Areva et les difficultés d’EDF avec son projet britannique d’EPR ont été beaucoup commentées. Mais un autre géant historique du secteur, Westinghouse-Toshiba, a fait faillite. Les difficultés sont structurelles : des prix trop bas sur le marché de gros de l’électricité, une base de clientèle en voie de réduction, une consommation en baisse, des coûts de production en hausse pour les réacteurs vieillissants et la concurrence des renouvelables. En dix ans, les majors de l’énergie ont perdu l’essentiel de leur valeur boursière : −82 % pour RWE, −87 % pour EON, −89 % pour EDF, −75 % pour ENGIE. En juillet 2017, le cours des actions du japonais Tepco était 89 % plus bas que son cours de février 2017.

Dans ce contexte, l’objectif français d’atteindre 50 % de nucléaire dans la production d’électricité en 2025, contre 75 % aujourd’hui, est-il économiquement viable ? Pour Mycle Schneider, « la question risque plutôt d’être : combien de réacteurs la France peut-elle se permettre de maintenir en fonctionnement ? ».

 

Mai 13 2018

Energie : « L’entêtement français sur la voie du nucléaire est une stratégie risquée »

Le choix français pour le nucléaire est d’autant plus périlleux qu’il est économiquement dépassé par d’autres sources d’énergie, affirme l’économiste Aurélien Saussay dans une tribune au « Monde ». LE MONDE ECONOMIE Par Aurélien Saussay (Economiste et responsable du pôle environnement à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, Sciences Po))

[La préférence française pour le nucléaire est au cœur du débat public qui a lieu jusqu’au 30 juin sur la « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE).]

Tribune. Avec la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), en débat public jusqu’au 30 juin, la France semble devoir renouveler ses vœux de fidélité au nucléaire. Les tenants du statu quo avancent des arguments surtout économiques. Seule l’électricité nucléaire, fleuron de la technologie française, serait capable de répondre à nos besoins pour un coût raisonnable, tout en n’émettant pas de gaz à effets de serre.

La santé économique de la filière n’est pourtant guère rassurante. Contrairement aux espoirs d’une « renaissance » soulevés en 2007 lors du lancement du chantier de l’EPR à Flamanville, la décennie écoulée s’est avérée désastreuse pour le nucléaire français et international. Areva, qui avait assuré la conception et la maîtrise d’ouvrage de l’EPR, s’est trouvée dans une situation critique, en 2016, après avoir subi une perte cumulée de 10 milliards d’euros de 2011 à 2015. Seule l’injection de près de 5 milliards d’euros par l’Etat et une restructuration drastique a sauvé de la faillite l’entreprise.

De très nombreux projets de réacteurs ont été annulés ces dernières années, au Brésil, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis. Principale exception : la Chine, avec 20 réacteurs en construction et 60 autres projetés pour la décennie à venir. Le premier EPR mis en service au monde se trouvera d’ailleurs dans le sud-est de la Chine. En dehors de cette spécificité chinoise, comment expliquer la déroute, en France comme à l’étranger, d’une industrie promise au plus bel avenir il y a seulement dix ans ?

Des tendances structurelles qui minent la compétitivité

La fusion de trois des quatre réacteurs de la centrale de Fukushima en mars 2011 a certes joué un rôle majeur dans ce revirement. Les terribles conséquences de l’accident pour les populations locales ont assombri la perception d’une filière qui sortait à peine du purgatoire dans lequel la catastrophe de Tchernobyl l’avait plongée.

C’EST UNE CARACTÉRISTIQUE DE LA FILIÈRE NUCLÉAIRE : CONTRAIREMENT À CELUI DES AUTRES TECHNOLOGIES DE POINTE, SON COÛT A TENDANCE À AUGMENTER AU FIL DU TEMPS.

Mais ce désastre masque les tendances structurelles qui ont miné la compétitivité de cette technologie. En premier lieu, la troisième génération de réacteurs (EPR pour Areva, AP 1000 pour Westinghouse) n’a pas tenu ses promesses en matière de coût. Leur conception, devenue très complexe pour satisfaire aux normes de sécurité renforcées, a rendu leur construction longue et difficile. Ce problème est encore aggravé par la taille des réacteurs.

Prévu pour 2012, l’EPR de Flamanville devait coûter 3,3 milliards d’euros. Son démarrage est reporté à fin 2018, pour un coût dépassant 10,5 milliards d’euros. Cela illustre une caractéristique de la filière nucléaire : contrairement à celui des autres technologies de pointe, son coût a tendance à augmenter au fil du temps. Si l’électricité nucléaire « historique » ne coûtait que 0,04 €/kWh, un kWh EPR devrait dépasser les 0,12 €. Or, d’autres technologies de production d’électricité sans émissions de gaz à effet de serre, tels le solaire photovoltaïque ou l’éolien, ont suivi une trajectoire de coût exactement inverse. Dans le cas du solaire, la chute est spectaculaire : certains projets internationaux ont franchi le seuil des 0,04 €/kWh.

Bien entendu, en raison de l’intermittence du vent et de l’ensoleillement, les énergies renouvelables ne peuvent offrir une alternative directe aux technologies produisant de l’électricité en continu comme le nucléaire. Mais les progrès parallèles réalisés sur les batteries, ainsi que la possibilité de coupler les installations renouvelables avec des centrales à gaz, sont autant de solutions à moyen terme.

Aux Etats-Unis, 95 % de renouvelables

En dehors de nos frontières, le choix technologique semble fait : en 2017, 95 % des nouvelles capacités électriques installées aux Etats-Unis et 60 % de celles de l’ensemble de l’Asie étaient renouvelables. La Chine elle-même, malgré son ambitieux programme nucléaire, est le leader mondial en matière de solaire et d’éolien.

Dans ce contexte, l’entêtement français sur la voie du nucléaire est une stratégie industrielle risquée. EDF, qui a repris la division d’Areva en charge de la construction des centrales de Flamanville et d’Hinkley Point au Royaume-Uni, se trouve dans une position délicate. A l’international, les perspectives d’exportation se sont refermées.

En France, la prolongation de la durée de vie des centrales existantes peut permettre de maintenir pour l’heure sa compétitivité. Mais à plus long terme, l’absence de développement d’une véritable filière industrielle française des énergies renouvelables nous conduira à devoir importer ces technologies dans lesquelles nous n’aurons pas su investir à temps.

En savoir plus sur

http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/12/energie-l-entetement-francais-sur-la-voie-du-nucleaire-est-une-strategie-risquee_5297979_3234.html#2wpKXq3FVQhhZhsY.99

Mai 10 2018

La France creuse sa dette écologique

À partir de samedi 5 mai, la France aura atteint le jour de « son dépassement écologique », selon un rapport de l’ONG WWF France, en partenariat avec le Global Footprint Network, rendu public vendredi 4 mai. Concrètement cela veut dire que si le monde entier vivait comme les Français, à partir du 5 mai, la planète aurait déjà consommé l’ensemble des ressources naturelles qu’elle peut renouveler en un an
franceinfoAnne-Laure BarralRadio France  
L’un des plus gros « prédateurs » de la planète

Chaque année, WWF établit le jour du dépassement mondial autour du mois d’août, la date française arrive bien plus tôt et classe le pays comme un des plus gros « prédateurs » de la planète.

Positionnement du jour du dépassement de la France par rapport à d\'autres pays.
Positionnement du jour du dépassement de la France par rapport à d’autres pays. (WWWF)

Selon ce rapport, la France fait partie des 10 premiers pays à vivre à crédit cette année sur le dos de la nature, derrière le Qatar, les États-Unis ou la Russie, mais bien avant l’Espagne ou le Maroc par exemple. Si toute l’humanité consommait comme les Français, il faudrait près de trois planètes pour subvenir aux besoins, selon WWF. Un résultat bien au-dessus de la moyenne mondiale qui se situe autour de 1,7 Terre.

C’est la première fois que WWF France choisit de mettre l’accent sur le jour du dépassement français. L’objectif est d’« envoyer un signal fort à un moment politique clef où plusieurs lois et décisions sont attendues dans les domaines de l’alimentation, des mobilités, de l’énergie, de la biodiversité ou encore de la lutte contre la déforestation importée », indique l’ONG.

« Inacceptable »

« C’est en fait un travail de calcul qui est effectué sur la base de surfaces. À la fois les surfaces en océans qui nous sont indispensables pour pêcher, les surfaces en cultures et des surfaces notamment en forêt qu’il nous faut pour absorber les émissions de gaz à effet de serre », a expliqué Pierre Cannet du WWF à franceinfo.

Depuis 2015, année de la COP 21, le jour du dépassement [de la France] se dégrade.Pierre Cannet, WWF Franceà franceinfo

Pour WWF, c’est donc le signe « qu’il est urgent de mettre en place une stratégie de désendettement écologique » et de « revoir nos modes de production et consommation ». 

Aujourd’hui, la composante carbone liée à la combustion d’énergies fossiles représente plus de la moitié de l’empreinte de la France (56%). Elle est suivie des composantes cultures (20%) et produits forestiers (11%).
Aujourd’hui, la composante carbone liée à la combustion d’énergies fossiles représente plus de la moitié de l’empreinte de la France (56%). Elle est suivie des composantes cultures (20%) et produits forestiers (11%). (WWF)

Dans son rapport, le WWF juge « inacceptable de continuer à ignorer les limites de la planète en opposant le développement économique à la protection de l’environnement » car « l’épuisement des ressources naturelles menace notre stabilité économique et la survie de l’humanité elle-même ».

La France creuse sa dette écologique – reportage Anne-Laure Barral

Mai 10 2018

L’entreposage à sec des combustibles nucléaires irradiés : pas si bête…

L’entreposage à sec des combustibles irradiés est présenté par la NRC, autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, et par ORANO USA, ex-Areva, qui en fait le commerce aux Etats-Unis. Cette méthode, décriée en France, présente des avantages certains par rapport au retraitement des combustibles irradiés ainsi que pour la gestion des déchets radioactifs. 4 MAI 2018 PAR BLOG : CHRONIQUES DE L’ATOME MASQUÉ Bernard Laponche, association Global Chance
Introduction

A la fin de leur utilisation dans le réacteur nucléaire (trois ou quatre ans environ), les combustibles irradiés sont entreposés sous eau dans une « piscine » située à proximité du réacteur. Ils sont constamment refroidis par circulation de l’eau afin d’évacuer la chaleur produite par la radioactivité des produits de fission et des transuraniens, dont le plutonium, qu’ils contiennent.

La solution adoptée dans la majorité des pays pourvus de centrales nucléaires (Etats-Unis, Allemagne, Suède, Japon, Corée du Sud…) est de garder les combustibles irradiés en l’état, de les entreposer dans les piscines des réacteurs, et, après quelques années, dans des installations d’entreposage à sec lorsque leur radioactivité et la chaleur qu’ils dégagent ont suffisamment diminué.

Par contre, en France (La Hague) et au Royaume-Uni (Sellafield), est pratiqué le « retraitement » des combustibles irradiés, opération qui consiste à en extraire, par voie chimique, l’uranium et le plutonium, tandis que les produits de fission et les transuraniens autres que le plutonium, ou « actinides mineurs » sont gardés ensemble sous forme liquide, puis « vitrifiés » avant de les entreposer, également à La Hague pour la France.

Selon ce schéma, l’ensemble des combustibles irradiés issus des 58 réacteurs des 19 centrales nucléaires d’EDF en France, devrait être retraité après leur transfert des piscines proches des réacteurs vers les piscines de La Hague. En réalité, tous les combustibles irradiés ne sont pas retraités et un nombre important reste dans les piscines de La Hague, ainsi que les combustibles MOX au plutonium que l’on ne sait pas retraiter à l’échelle industrielle (risques de criticité et coût élevé). Il se produit donc une accumulation de combustibles irradiés dans les piscines de La Hague et, en amont, dans les piscines des centrales nucléaires en fonctionnement.

C’est dans ce contexte « d’engorgement » qu’est apparu assez récemment le projet d’EDF d’une grande piscine « centralisée »[1], de très grande capacité, qui pourrait accueillir les combustibles UOX[2] irradiés après un séjour suffisant dans les piscines des réacteurs, ainsi que les MOX et les URE[3] irradiés et qui, effectivement, n’ont rien à faire à La Hague puisqu’ils n’ont pas vocation à être retraités. L’instruction du projet de piscine centralisée donne l’occasion d’examiner l’opportunité de la poursuite de l’entreposage en piscine comme seule solution d’entreposage des combustibles irradiés, solution qui est la seule a être utilisée et même admise en France.

La présente note se contente de présenter la solution de l’entreposage à sec en s’appuyant sur l’expérience acquise aux Etats-Unis qui est le pays qui a non seulement le plus grand nombre de réacteurs producteurs d’électricité au monde, environ la centaine, mais aussi celui où ont été conçus et construits les réacteurs à uranium enrichi et eau ordinaire sous pression (REP) qui ont servi de modèles aux réacteurs français actuellement en fonctionnement.Nous présentons en première partie le document d’information de la NRC, autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, sur l’entreposage à sec des combustibles irradiés. Et, en deuxième partie, le document publié par Orano, champion du retraitement en France, qui vante les mérites de son système d’entreposage à sec des combustibles irradiés, pour le marché américain.

Tandis qu’en France, les promoteurs du nucléaire disent tout le mal qu’ils pensent de l’entreposage à sec, qu’il s’agisse de la piscine centralisée ou du projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires, on voit que l’un d’entre eux en vante les mérites aux Etats-Unis et s’en fait le pourvoyeur.

1. Document d’information sur l’entreposage en conteneur à sec du combustible nucléaire irradié[4]

Autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis , NRC[5] – Octobre 2016.
« À l’origine, les centrales nucléaires ont été conçues pour assurer l’entreposage (ou « stockage temporaire ») sur place du combustible nucléaire irradié. Connus sous le nom de «combustibles irradiés», ces faisceaux de barres de combustible doivent être remplacés de temps en temps parce qu’ils perdent leur efficacité. Environ un tiers du combustible nucléaire dans un réacteur est retiré et remplacé par du combustible neuf à chaque ravitaillement annuel. Le combustible irradié, qui génère une chaleur et une intensité d’irradiation considérables, est placé dans des bassins d’eau profonds sur le site du réacteur, où il peut être entreposé en toute sécurité.

Les concepteurs de réacteurs s’attendaient à ce que le combustible irradié soit entreposé dans des piscines pendant quelques années avant d’être retiré pour être «retraité». Une usine de retraitement séparerait les parties qui pourraient être recyclées en nouveau combustible des parties inutilisables qui seraient éliminées comme déchets. Mais le retraitement commercial n’a jamais réussi aux États-Unis, de sorte que les piscines ont commencé à se remplir.

Les piscines atteignent leur capacité maximale

À mesure que le combustible irradié s’accumulait dans les piscines au début des années 1980, les compagnies d’électricité ont commencé à envisager des options pour augmenter la quantité qu’elles pouvaient entreposer. Les piscines sont des structures robustes qui ne peuvent pas être agrandies. Donc, les exploitants devaient ajouter plus de combustibles dans leurs piscines. Les réglementations actuelles autorisent deux options pour augmenter la capacité de la piscine: soit réarranger les assemblages pour réduire la distance entre eux, soit retirer les barres de combustible des assemblages pour les stocker de façon plus dense. La NRC doit examiner et approuver de tels changements. Mais la capacité de la piscine ne peut être augmentée.

Arrive l’entreposage à sec

Les exploitants ont alors commencé à se tourner vers l’entreposage à sec pour gérer leur combustible irradié sur place. Après quelques années dans la piscine, le combustible s’est refroidi et sa radioactivité a diminué suffisamment pour permettre son retrait. Le transport du combustible usé dans des conteneurs secs libère de l’espace dans la piscine pour stocker le combustible irradié nouvellement retiré du réacteur.

Schéma de l’entreposage à sec des combustibles irradiés

a-sec-1

Les conteneurs à sec sont typiquement constitués d’un cylindre métallique scellé pour contenir le combustible usé, enfermé dans une coquille extérieure en métal ou en béton pour fournir une protection contre les rayonnements. Dans certains modèles, les conteneurs sont posés verticalement sur un socle en béton; dans d’autres, ils sont placés horizontalement.

L’entreposage en conteneur à sec est sans danger pour les personnes et l’environnement. Les systèmes de conteneurs sont conçus pour absorber les rayonnements, gérer la chaleur et prévenir la fission nucléaire. Ils doivent résister aux tremblements de terre, aux projectiles, aux tornades, aux inondations, aux températures extrêmes et à d’autres scénarios. La chaleur générée par un conteneur de combustible usé chargé est généralement inférieure à celle générée par un système de chauffage domestique. La chaleur et la radioactivité diminuent avec le temps sans avoir besoin de ventilateurs ou de pompes. Les fûts sont sous surveillance constante.

Procédure d’autorisation de l’entreposage à sec

La NRC a élaboré des exigences en matière de permis d’utilisation de conteneurs par le biais d’un processus de consultation publique afin de fournir une base solide pour assurer la protection de la santé et de la sécurité publiques ainsi que de l’environnement. Le personnel de la NRC effectue des examens approfondis et n’approuve que les conceptions qui répondent à ces exigences. Les exploitants peuvent choisir parmi deux options de licence, ce qui permet au public de participer :

– Soit une licence spécifique à un site qui permet d’utiliser un modèle de fût spécifique à une centrale nucléaire particulière et offre la possibilité d’une consultation publique avant que la NRC n’octroie le permis.

– Soit une licence générale qui permet à un site de réacteur d’utiliser tout conteneur certifié par la NRC, à condition que le site respecte les conditions précisées dans le certificat. Le public peut commenter les conceptions des conteneurs avant que la NRC ne les certifie.

La NRC inspecte périodiquement la conception, la fabrication et l’utilisation des conteneurs à sec. Ces inspections font en sorte que les titulaires de permis et les fournisseurs respectent les exigences en matière de sûreté et de sécurité et respectent les conditions de leurs licences et de leurs programmes d’assurance de la qualité. Les inspecteurs de la NRC observent également des séances d’entraînement avant que les exploitants commencent à déplacer leur combustible irradié dans des conteneurs à sec.

Système d’entreposage horizontal

a-sec-2

Système d’entreposage vertical en cours de vérification

a-sec-3

Depuis que les premiers conteneurs ont été chargés en 1986, l’entreposage à sec n’a libéré aucun rayonnement ayant affecté le public ou contaminé l’environnement. Il n’y a eu aucune tentative connue ou soupçonnée de saboter des installations d’entreposage de conteneurs. Les tests effectués sur les composants du combustible usé et du conteneur après des années d’entreposage à sec confirment que les systèmes assurent un entreposage sûr et sécurisé. La NRC a également analysé les risques liés au chargement et à l’entreposage du combustible irradié dans des conteneurs à sec. Cette étude a révélé que les risques potentiels pour la santé sont très faibles.
Le combustible irradié est actuellement entreposé à sec dans 34 États sur plus de 60 sites sous licence générale et 15 sites avec des licences spécifiques. Des informations supplémentaires sont disponibles sur le site Web de la NRC ».

2. Fiche de présentation du procédé d’entreposage à sec d’ORANO USA : NUHOMS[6]

« Lorsque le combustible nucléaire irradié est entreposé à sec, il est généralement transféré de la piscine des combustible irradiés à des conteneurs métalliques, qui sont ensuite chargés dans de lourds suremballages en béton. Ces « systèmes » d’entreposage à sec de combustibles et de suremballage ne nécessitent aucune alimentation électrique pour les systèmes d’évacuation de chaleur actifs et ne comportent aucune pièce mobile. A l’inverse, l’entreposage «à l’eau» dans la piscine des combustibles irradiés nécessite une alimentation électrique constante pour maintenir les pompes à eau de refroidissement en fonctionnement.

Orano TN fournit des systèmes d’entreposage à sec de qualité supérieure, y compris des conteneurs blindés en acier inoxydable chez notre fabricant américain, Columbiana Hi Tech, ou chez l’un de nos fabricants qualifiés QA à travers le monde. Nos suremballages en béton sont appelés « Modules de Stockage Horizontaux ». Ils sont fabriqués sur place ou fabriqués par notre fabricant américain et expédiés sur le site pour y être installés.

L’équipe d’experts offre plus que de la technologie

La gestion sûre du combustible irradié ne consiste pas seulement à acheter un système d’entreposage. Il s’agit de s’assurer les services d’une équipe coordonnée de spécialistes de la construction, d’ingénieurs et d’équipes de gestion des combustible irradiés, formées et expérimentées, les «meilleures de l’industrie». Le programme de gestion du combustible irradié d’Orano comprend des technologies et des services de gestion du vieillissement à la pointe de la technologie, ainsi qu’un système de transport fiable et sécurisé pour acheminer les combustibles irradiés hors site.

Grâce à ces capacités et à la conception personnalisée, Orano offre tous les services nécessaires pour gérer le combustible nucléaire irradié de manière sûre et efficace du début à la fin.

Les systèmes d’entreposage à sec contiennent le combustible irradié dans une position horizontale ou verticale. Initialement, les systèmes d’entreposage à sec étaient à la verticale, jusqu’à ce qu’Orano développe une solution moins risquée et innovante: les systèmes horizontaux ne peuvent pas basculer, et la manipulation sur site de ces systèmes lourds est simple et plus sûre en position horizontale. De plus, l’orientation horizontale pendant l’entreposage évite la différence de température significative entre les deux extrémités du conteneur d’un système vertical, ce qui réduit la possibilité de contraintes thermiques induites dans le matériau. Les systèmes horizontaux sont faciles à inspecter et à transporter. Plus important encore, les modules d’entreposage horizontal d’Orano sont disposés de manière à ne laisser aucun espace, côte à côte, ce qui élimine pratiquement les émissions de rayonnement et entraîne une exposition minimale des travailleurs de l’usine et du public.

L’entreposage horizontal NUHOMS® offre:

– Le meilleur chargement grâce à un agencement côte à côte.

– Le plus haut niveau de sécurité.

– Des conteneurs en acier inoxydable hautement résistants à la corrosion, plus l’option duplex en acier inoxydable pour les environnements marins.

– Des modules massifs d’entreposage de béton offrant comme une forteresse la protection du combustible irradié.

– Un risque faible dans le déplacement du combustible sur site en raison de l’orientation horizontale.

– La performance sismique la plus élevée de tous les systèmes connus.

– Un conteneur agréé par la NRC pour le transport du combustible irradié.

– Le plus sûr moyen de déplacer le combustible usé des centrales nucléaires vers l’installation d’entreposage provisoire de la WCS[7].

– Les principales caractéristiques de sécurité résultant d’une conception conservatrice et de la conduction de la chaleur, plutôt que de dépendre de la convection.

Offrant la protection la plus importante, des prix transparents et des coûts de cycle de vie réduits, NUHOMS® est la solution d’un entreposage à sec de choix pour les installations nucléaires à travers le monde.

Avec son emballage de transport homologué par la NRC pour le combustible irradié à fort taux de combustion (burn-up) et son expérience globale inégalée dans le transport de combustibles irradiés, Orano offre des technologies et une expertise pour répondre au défi des États-Unis d’entreposer le combustible nucléaire irradié en toute sécurité ».

Vidéo à consulter à l’adresse en note de bas de page n° 6.

a-sec-4

Commentaire :

Le caractère commercial de ce document d’Orano est évident et rien de ce qui est dit n’est à prendre pour argent comptant.

Néanmoins, la réussite d’Orano dans ce domaine est indéniable et devrait amener les responsables, tant d’EDF que du Gouvernement, à réfléchir sérieusement sur la pertinence de la politique actuelle basée sur l’entreposage en piscine des combustibles irradiés et sur le retraitement de ces combustibles irradiés, avec l’exception notable du MOX et des URE, ce qui complique encore un peu plus les affaires.

 

[1] Référence : https://reporterre.net/EXCLUSIF-EDF-veut-construire-une-piscine-geante-de-dechets-nucleaires-a

[2] Combustibles UOX : combustibles initialement à uranium enrichi (sous forme d’oxyde).

[3] Combustibles URE : fabriqués à partir d’uranium de retraitement enrichi, en faibles quantités.

[4] Référence : http://www.nrc.gov/reading-rm/doc-collections/fact-sheets/dry-cask-storage.html – traduction de l’auteur.

[5] NRC : Nuclear Regulatory Commission

[6] Référence : http://us.areva.com/EN/home-3138/areva-nuclear-materials-tn-americas–nuhoms-used-fuel-storage-system.html – Traduction de l’auteur.

[7] WCS : Waste Control and Storage