Tchernobyl : « Il y en a encore pour des centaines d’années » de contamination, 33 ans après la catastrophe

Un rassemblement était organisé samedi à Mulhouse, 33 ans après la catastrophe de Tchernobyl, une zone toujours très contaminée.

Une jeune femme allume une bougie près du monument en hommage aux victimes de la catastrophe, à Slavutych (Ukraine), le 26 avril 2019.
Une jeune femme allume une bougie près du monument en hommage aux victimes de la catastrophe, à Slavutych (Ukraine), le 26 avril 2019. (GENYA SAVILOV / AFP)

franceinfoRadio France

Mis à jour le 27/04/2019

1er-Mai : plus de 7 400 policiers et gendarmes seront mobilisés à Paris, annonce Christophe Castaner#AlertePollutionRivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
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Trente-trois ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, « il y en a encore pour des centaines d’années » de contamination, a déploré samedi 27 avril sur franceinfo, Daniel Reininger, famille d’accueil et membre de l’association « Les enfants de Tchernobyl ». Un rassemblement annuel a eu lieu samedi à Mulhouse (Haut-Rhin). « On oublie très vite qu’on vit dans une zone contaminée », a-t-il ajouté.

franceinfo : Vivre dans une zone contaminée, ça veut dire quoi ?

Daniel Reininger : Ça veut dire que l’on se contamine quand on mange les produits de la nature, quand on va à la chasse, quand on mange des produits de son jardin… La contamination est très irrégulière, vous avez une contamination par tâche : ce qui fait que vous pouvez avoir d’un côté de la rue des jardins potagers contaminés et de l’autre côté nettement moins. Ce qui est très contaminé, ce sont les champignons et comme nous sommes dans une région rurale très pauvre, avec des niveaux de vie vraiment très bas, les gens vivent des produits de la nature. Et on a beau faire de la prévention, les gens n’ont pas trop le choix. On oublie très vite qu’on vit dans une zone contaminée.

Chaque année, vous accueillez environ 200 enfants qui viennent de Russie ou d’Ukraine et qui vivent dans ces zones contaminées. Ca permet quoi cette parenthèse ?

Cette parenthèse a un double effet. Le premier, c’est que pendant trois semaines, ils viennent s’alimenter à partir d’aliments non contaminés. La contamination interne baisse puisque on élimine relativement bien les radio-nucléïdes et notamment le césium dont ils sont contaminés. En trois semaines, ils arrivent à perdre 30%, 35% voire pour certains 40% de la contamination interne, ce qui leur donne un peu de marge quand ils retournent chez eux. On essaie aussi de les accompagner en leur achetant des aliments propres : on fait des opérations en supermarché pour permettre à des familles pauvres d’avoir accès à des aliments non contaminés. Le 2e effet pour les enfants, puisque les deux conditions pour les accueillir sont de vivre dans une zone contaminée et d’être d’un milieu défavorisé, c’est que ça leur ouvre un horizon nouveau en leur montrant qu’on peut avoir des possibilités. La plupart du temps, ces enfants reviennent : on les prend à partir de 8 ans et il y en a qui reviennent jusqu’à 18 ans. Les familles les adoptent souvent. C’est pour eux une occasion unique d’avoir un progrès social.

Après, ils repartent dans des territoires contaminés pour des décennies encore, quand est-ce que ça s’arrêtera ?

Aujourd’hui, le césium, l’élément qui les contamine le plus, est un élément qui diminue avec une durée de vie de 30 ans. Depuis la catastrophe, on a à peu près la moitié en moins. Si on veut arriver dans des contaminations moins sévères, il faut 300 ans. Il faut diviser par mille les contaminations. Nous sommes que 33 ans après la catastrophe, donc il y en a encore pour des centaines d’années.

De Paris à Fukushima : Les secrets d’une catastrophe

La Hague: de la fausse usine de casseroles à la vraie usine nucléaire, entre fiction et réel

© Alexandre MARCHI / MaxPPP
© Alexandre MARCHI / MaxPPP

L’usine de retraitement de la Hague est au coeur d’un court-métrage qui dépeint « une situation sociale qui dégénère » et met en lumière l’opacité qui entoure la filière, depuis le début, en remontant même aux années 50-60, la période de construction où on parlait d’une « usine de casseroles »…

Par Stéphanie Potay Publié le 25/04/2019

Lire cet article sur france3-regions.francetvinfo.fr

La Hague, c’est le nom du court-métrage réalisé en juillet 2018 par le réalisateur Mathieu Naert et son équipe, il sera prochainement distribué dans les festivals. Mathieu Naert est un habitué de la Hague, par atavisme. Son grand-père n’est autre que le célèbre Alexandre Trauner, décorateur de cinéma oscarisé, ami de Prévert avec qui il partage le cimetière d’Omonville-la-Petite où il finit ses jours, non loin du poète.

Exposition TraunerLe reportage de Pierre-Marie Puaud en 2009- Exposition Trauner. 

Et c’est dans cette Hague où il a passé de nombreuses vacances dans son enfance, dans la maison de son grand-père, que Mathieu Naert a tourné son nouvel opus. Où il est question de l' »usine ». Avec des gens qui sont natifs de la Hague, qui savent ce que cela signifie d’en être et d’autre, des  » horzains » comme on dit dans le Cotentin de ceux qui n’en sont pas. 

La hague

L’usine à casseroles, postulat de l’opacité

« La Hague, c’est le nom que l’on donne à l’usine dite de retraitement  nucléaire. Et si on parle de la Hague partout dans le monde, on pense à cette usine plutôt qu’à ce pays magnifique.  C’est grâce ou à cause de cette ambiguïté que j’ai nommé mon film ainsi, « 

Le court-métrage raconte l’histoire de Julien , qui a perdu son emploi à l’usine Areva de la Hague ( NB: Orano aujourd’hui) . Il cherche à convaincre Louis, son beau-frère et ami (joué par Mathieu Naert lui-même), de s’associer à lui pour faire chanter les dirigeants de l’usine et ainsi retrouver son travail et sa vie. Mais des événements imprévus vont modifier ses plans.

Dans le teasing, on peut voir un homme à l’hôpital. Il a travaillé toute sa vie à l’usine, il est malade. L’est-il à cause de son activité professionnelle? On ne sait pas, tout est dans l’implicite. Il  raconte qu’au début de la construction de l’usine, on a fait croire aux gens qu’il  s’agissait d’une « usine de casseroles ». Et bien, c’est une vérité historique ou plutôt un mensonge historique! 

Une histoire vraie, comme le raconte Françoise Zonanbend dans La presqu’île au nucléaire, « cela débuta par l’irruption sur la lande d’arpenteurs silencieux et sans gêne ».


 » Ben ça a commencé dans les années 1954-55. On les a vus se promener dans les landages. Ils demandaient rien à personne…faisaient partir une sorte d’obus pour voir la résistance du sol, y mesurant aussi le vent (…) Quand on leur demandait ce qu’il faisaient, y répondaient n’importe quoi…tantôt c’était pour faire une usine de plastique, tantôt une usine d’engrais ou une usine de casseroles, des machines d’aluminium quoi.. »

 

L’usine de casseroles

Dans le documentaire de notre confrère de France 3 Normandie Rémi Mauger, Atomes Crochus, on retrouve le témoignage d’un agriculteur haguard qui raconte lui aussi la fameuse histoire des casseroles .
 

 » C’est anecdotique dans mon court-métrage mais c’est bien cette idée d’opacité liée à la filère nucléaire que j’ai voulu transcrire. Ce n’est pas un film anti nuc mais  un polar social, avec non pas des faits forcément existants mais plausibles. Comme celui par exemple d’un camouflage d’un accident très grave qui aurait eu lieu sur le site… »

Et des « incidents », le site en a connu.  En 80, une panne électrique fait éviter l’accident majeur ou encore le 6 janvier 1981, un incendie d’un silo de stockage contamine 300 travailleurs; dans un premier temps les autorités affirment que la radioactivité n’a pas franchi les grilles du site, bien qu’un panache de radioactivité ait été détecté. Cet accident alimente les inquiétudes et est l’occasion d’une guerre de communication entre services de la Cogéma et militants écologistes….

Le court-métrage décrit aussi une situation sociale ‘ qui dégénère  » Je dépeins un âge d’or révolu ». Toute ressemblance avec la réalité est évidemment purement fortuite …

Coupés du Monde: un roman fiction au profit de Nos voisins lointains

Michel Lebonnois aime raconter des histoires situées dans le Cotentin… Mais dites … si c’était vrai?

« Accident nucléaire à la centrale de Flamanville. La cuve du réacteur aurait explosé. Le Cotentin est coupé du monde. Les populations au sud d’une ligne Barneville -Saint Vast la Hougue ont douze heures pour quitter la région. Après le Marais seront inondés, on ne pourra plus ni sortir ni entrer.. Pour les personnes au nord de cetet ligne, plus aucun déplacement n’est autorisé. Le Cotentin s’installe dans un confinement total »

Une nouvelle en forme de cauchemar et une autre en forme de rêve pour le Cotentin aux multiples atouts.

Cette édition offerte par Michel Lebonnois est propriété du CRILAN qui en reversera les bénéfices à l’association « Nos voisins Lointains » qui vient en aide aux familles de Fukushima: soutien aux familles au japon; accueil et témoignages de familles en France .

Ouvrage en vente 5 euros près du CRILAN 06 08 84 22 22

Le site Internet

https://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france

La plaquette de présentation

https://nosvoisinslointains311home.files.wordpress.com/2019/02/nvl3.11_plaquette.pdf

Défauts de soudure de l’EPR de Flamanville : La dérive de trop

Le Parisien Économie |Erwan Benezet (@erwanbenezet) 25 avril 2019

EPR de Flamanville (Manche). Le problème des défauts de soudure survient après plus d’une décennie de retards, de malfaçons et de négligences dans la conception et la surveillance. (Archive 2016). AFP/Charly Triballeau

L’expert indépendant sur le nucléaire, Yves Marignac, conseiller auprès de différentes institutions comme l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), juge très inquiétante la récente annonce de nouveaux problèmes de soudure sur le chantier de Flamanville (Manche).

Yves Marignac est directeur de Wise Paris, cabinet de conseil indépendant sur les questions nucléaires. Pour ce conseiller auprès de différentes institutions comme l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ou l’Agence de l’énergie nucléaire (AEN), les soudures de l’EPR Flamanville (Manche) représentent le problème de trop, pour une industrie nucléaire qu’il juge « à la dérive ».

EDF a annoncé le 11 avril de nouveaux retards, donc de nouveaux surcoûts, pour le réacteur EPR de Flamanville. Verra-t-on ce chantier aboutir un jour ?

YVES MARIGNAC. La question se pose plus que jamais. Les défauts de soudure diagnostiqués sur le circuit secondaire évacuant la vapeur vers la turbine, c’est définitivement la dérive de trop. D’autant que ce n’est pas un problème isolé. Il survient après plus d’une décennie de retards, de malfaçons et de négligences dans la conception et la surveillance.

Cela illustre les dérives de cette industrie tout entière. EDF s’est plusieurs fois raccrochée miraculeusement aux branches, cherchant à chaque fois à démontrer que les erreurs grossières de qualité n’auraient pas d’incidence sur la sûreté. Et on laissait faire. Mais cette fois, le problème de qualité est tel que ça ne peut plus passer.

L’ASN rendra son avis probablement dans les semaines qui viennent mais le gendarme du nucléaire devrait en toute logique exiger de refaire complètement les soudures, et en particulier les huit soudures les plus problématiques.

Comment en est-on arrivé là ?

Certes, l’EPR est le réacteur le plus complexe jamais construit. À ce titre, il présente forcément des difficultés liées à sa taille, ainsi qu’à l’empilement des dispositions et des redondances de sûreté. Mais il est également marqué par toute une série de péchés originels qui ont placé le ver dans le fruit.

LIRE AUSSI >Retour sur dix années d’un chantier maudit

À commencer par le lancement du chantier en 2007, alors même que le design détaillé n’était pas encore terminé. Et puis les coûts et les délais annoncés à l’époque, 3,3 milliards d’euros pour une mise en service en 2012, n’avaient aucun sens. Tout le monde le savait. Sans parler de la cuve du réacteur, victime d’une terrible malfaçon à l’usine qui l’a forgée, Creusot Forge, à l’époque propriété d’Areva. Les problèmes de toutes sortes n’ont fait que s’accumuler tout au long du chantier.

Le problème des soudures aurait-il pu être évité ?

Ce qui aurait pu être évité en tout cas, c’est que ce problème ne remette en cause tout le projet. Jamais des soudures aussi cruciales pour la sûreté n’auraient dû être mises en place de cette façon, dans un endroit où elles seraient aussi difficiles à réparer. Il fallait soit attendre de confirmer la qualité des soudures avant de les mettre en place, soit prévoir un dispositif d’intervention qui n’obligeait pas à démonter, voire détruire la structure autour. C’est un non-sens. Est-ce que cela participe d’une stratégie du « fait accompli » ?

Nous ne sommes en tout cas pas là face à une simple défaillance de contrôle ou de savoir-faire. Systématiquement, les erreurs ont été pointées une fois que le matériel – cuve, béton ou circuits de refroidissement – avait été installé. Alors qu’ils étaient connus en amont. Concrètement dans le cas des soudures, les fabrications ont commencé en 2012. Les premières alertes ont été vues en 2013. Mais l’information n’est officiellement remontée du sous-traitant vers EDF qu’en 2015. Puis vers l’ASN en 2017.

Entre-temps, tout avait été installé. Comment penser que personne n’a rien vu ? Que les acteurs de ce dossier n’ont pas tout simplement laissé faire ? Dans l’espoir sans doute d’atteindre un point de non-retour, afin d’expliquer après que c’était trop tard, que ça coûterait trop cher, et que donc il valait mieux tout laisser en l’état. C’est a minima une « fraude par omission ».

Mais surtout, cela démontre un dysfonctionnement général du système. Avec une Autorité de sûreté nucléaire (ASN) incapable d’imposer une bonne conduite. Les soudures de Flamanville doivent signer le réveil et la prise de conscience de la filière nucléaire par rapport à ses dérives, ses dénis et sa fuite en avant.

L’EPR de Flamanville n’est pour l’heure qu’un immense chantier de béton, sans combustible nucléaire sur place. Mais sera-t-il fiable à la fin ?

Sur le papier, l’EPR est un réacteur sûr. Plus sûr en tout cas que les réacteurs actuels. Mais compte tenu de l’état du chantier aujourd’hui, et de l’absence de vérifications systématiques dignes de ce nom, le risque qu’il existe d’autres problèmes de qualité importants pour la sûreté, et qui n’auraient pas été détectés, est réel.

Dans ces conditions, il est très problématique de mener ce chantier à son terme. Ce que n’accepteront évidemment jamais les dirigeants d’EDF. C’est la fameuse phrase de Jean-Bernard Lévy (NDLR : PDG d’EDF) : « Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler. » Un chantage terrifiant, alors que construire de nouveaux réacteurs ne semble plus à la portée du groupe, industriellement et économiquement.

L’industrie nucléaire française se targue pourtant d’être l’une des meilleures au monde. Doit-on désormais en douter ?

Comment parler encore, au vu de cette crise de compétence, du nucléaire français comme d’un fleuron de notre industrie ? Elle a sans doute été un modèle pendant un certain temps. Dans les années 1970 et 1980, un industriel unique en charge du nucléaire, avec un parc standardisé (NDLR : les 58 réacteurs réunis dans 19 centrales reposent tous sur la même technologie à eau pressurisée), était plutôt une bonne chose.

Mais à partir du moment où EDF est devenu une entreprise qui n’est plus le simple bras armé de la politique énergétique de l’Etat, mais une entreprise à la logique concurrentielle et court-termiste comme les autres, le contexte est complètement différent.

Pourtant ses dirigeants restent aveugles à la révolution que vit le monde de l’énergie. Et ils se trompent lourdement. C’est un peu comme si on continuait à vanter le Minitel dans le monde des Télécoms. Il faut faire le deuil de cette idée que le nucléaire, c’est la grandeur française. Les temps ont changé et l’avenir ne sera pas une simple reconduction du passé.

L’activité nucléaire d’EDF doit-elle être renationalisée, comme l’envisage sa future réorganisation ?

Après des années d’inaction, cette issue me semble inévitable avec un parc nucléaire vieillissant. Cela va rapidement générer des charges considérables. EDF sera en l’état incapable de faire face aux gigantesques bouleversements à venir.

Mais nationaliser pour quoi faire ? Pour recapitaliser, réguler et permettre ainsi la construction de nouveaux réacteurs, et poursuivre cette fuite en avant ? Un nouveau parc nucléaire ne pourra pas être rentable. Reconduire un tel outil de production constituera donc un choix politique qu’il faudra assumer. Un jour, les consommateurs et les contribuables demanderont forcément des comptes.