Areva au Niger: Corruption ou diffamation?

ArevaNigerPoursuivi par le groupe Areva, le militant antinucléaire girondin Stéphane Lhomme sera rejugé  demain à 13h30 par la Cour d’appel de Paris. Sud-Ouest – 18/11/2014  Dominique Richard

Après le survol il y a quelques jours par des drones de plusieurs centrales nucléaires, Stéphane Lhomme a perçu des bruits bizarres dans son téléphone. Il est probable que les services de renseignement gardent toujours un œil sur lui et qu’à la moindre alerte, leur attention se porte sur le petit village de Saint-Macaire, en Gironde, où il réside. Le militant écologiste, qui anime aujourd’hui l’association l’Observatoire du nucléaire, était passé à la postérité en 2003 après avoir dévoilé un document confidentiel Défense où il était indiqué que les nouveaux réacteurs EPR ne résisteraient pas aux chutes d’avions de ligne.

L’avion du président

Demain, devant la chambre de la cour d’appel de Paris spécialisée dans les affaires de diffamation, Stéphane Lhomme évoquera encore un aéronef. Celui que le président du Niger, Mahamadou Issoufou, envisageait semble-t-il d’acheter avec l’argent d’Areva, le géant du nucléaire qui exploite plusieurs mines d’uranium dans cette ancienne colonie française. Les dirigeants de la multinationale n’ont pas apprécié que le militant écologiste puisse écrire en 2012 dans un communiqué de presse : « Nucléaire/corruption, Areva offre un avion au président du Niger. »

Au mois de février dernier, en première instance, Stéphane Lhomme avait été condamné à 1 000 euros d’amende avec sursis, Areva obtenant 1 euro de dommages-intérêts. Les juges avaient estimé que les preuves avancées ne « lui permettaient nullement de conclure à la corruption alléguée ni au fait qu’Areva aurait acheté un avion au président du Niger. » Mais, en ne lui infligeant qu’une peine de principe, ils avaient implicitement reconnu qu’il y avait matière à débat, la position d’Areva n’étant pas d’une grande limpidité.

Le groupe a dans un premier temps nié formellement l’éventualité de ce versement, avant de la reconnaître quelques mois plus tard. Mais, alors que le pouvoir nigérien affirmait qu’il s’agissait de compenser le retard pris par le chantier de la mine d’Imourarem, les dirigeants d’Areva soutenaient pour leur part que cette enveloppe permettrait de sécuriser les mines d’uranium du fait de la montée du péril islamiste !

Une autre version

À l’appui de ses dires, Stéphane Lhomme produit plusieurs documents, dont un courrier officiel nigérien relatif à la modification de la loi de finances 2013. En face de la ligne « aide budgétaire d’Areva » apparaît l’expression « avion présidentiel ». Il détient aussi l’enregistrement des propos ambigus tenus à Niamey par le ministre des Finances Gilles Baillet devant l’Assemblée nationale. « Areva a promis un don, ce n’est pas un prêt et ce n’est lié à aucune dépense », assure-t-il notamment.

Le compte-rendu d’une réunion qui s’est tenue à Paris en novembre 2012 entre le directeur de cabinet du président du Niger et les dirigeants d’Areva figure aussi au dossier. Il y est encore question du fameux versement de 35 millions d’euros en trois tranches. À l’époque, les négociations entre le groupe français et l’État nigérien ne faisaient que commencer. Elles n’ont abouti qu’au mois de mai dernier.

Le contrat d’exploitation des mines d’uranium a été reconduit. Areva a accepté une hausse des taxes sur la valeur du minerai extrait, tout en s’engageant à financer un tronçon de route et un projet de développement agricole. Mais il n’est plus question des fameux 35 millions d’euros. « Ce don n’a jamais été versé, ironise Stéphane Lhomme. La preuve qu’il n’y avait pas besoin de sécuriser les mines d’uranium. Cette annulation est assurément la conséquence de nos révélations, sans lesquelles Areva aurait pu manœuvrer sans encombre. »

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