Déc 03 2011

Emplois dans le nucléaire : Proglio "fume la moquette", Areva boit la tasse et le contribuable passe à la casserole

30 Novembre 2011, Par Yannick Chenevoy.

L’accord Verts/PS sur la réduction du nucléaire en France fait couler beaucoup d’encre. L’argument de Proglio, l’actuel PDG d’EDF selon lequel un million d’emplois seraient menacés par cette réduction fait dire à Anne Lauvergeon dans l’écho des startups du 26 novembre (libération) que ce dernier aurait fumé la moquette. Que les shootés au nucléaire aient les dents qui poussent et voient des éléphants roses, ça on le savait déjà ! Ce qui est nouveau, c’est qu’ils se dénoncent entre eux. Anne Lauvergeon avait commandé une étude pour Areva auprès de PriceWaterhouseCoopers (PWC), un cabinet d’audits internes (Le poids socio-économique de l’électronucléaire en France) dans laquelle on peut trouver des chiffres plus crédibles : 125 000 emplois directs, en raclant les fonds de tiroir et ajoutant les emplois indirects (sous-traitants…) et les emplois induits (commerces, écoles, hôpitaux, banques, toilettage pour toutou à sa mèmère et autres services divers pour les populations du secteurs), on arrive à 410 000 emplois.

Pour couronner le tout, les dernières nouvelles du front ne sont pas bonnes pour Areva en ce qui concerne l’EPR finlandais. Le surcoût s’élèverait désormais à 3,6 milliards d’euros selon le député Marc Goua chargé d’un rapport sur les comptes du groupe français pour la commission des finances de l’assemblée nationale.  Areva ayant volontairement sous-estimé le coût de l’EPR pour le vendre, la charge du surcoût et les pénalités pour retard lui sont attribuées (source l’Usine nouvelle etGreenpeace).

Déjà plombé par l’achat pour 2.5 milliards de dollars de la société UraMine (3 mines en Afrique du Sud, Namibie et République Centrafricaine qui ne produisent rien) et malgré le pillage des ressources au Niger (lire L’Uranium du Niger : 20 milliards de dollars perdus en 50 ans et aussi le communiqué du collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger« ), Areva, détenu à près de 90% par l’État français via le CEA, EDF et la Caisse des Dépôts et consignations (source wikipedia)…, devra dont bien vendre les bijoux de famille (filialisation de l’activité minière, décision du Conseil de politique nucléaire, voir en page 7) et reprovisionner ses comptes (voir dans le quotidien vespéral des marchés). Au final, c’est le contribuable français qui va payer la facture. Si on en croit l’étude de PWC, les 3750 emplois générés en France par cet EPR finlandais (dont 1200 pour la filière nucléaire) couteraient à la collectivité près d’un million d’euro par emploi, soit, il faut bien le reconnaître, un petit peu plus que ce que coute l’instituteur ou l’infirmière sacrifiés sur l’hôtel de l’austérité…

C’est la quadrature du cercle pour Areva, qui se  fait atomiser par son actionnaire principal (l’État français) pour avoir eu l’outrecuidance de vouloir supprimer des emplois à l’heure oùles nains « duracell » font leur cheval de bataille électoral sur la question de l’emploi dans le nucléaire. Mais qui se voit parallèlement sommé de dégager des marges bénéficiaires à 2 chiffres (lire AREVA : Les exigences contradictoires de l’Etat pénalisent AREVA), une « productivité » dénoncée par des salariés de plus en plus précarisés, aujourd’hui, 80% de la maintenance des centrales nucléaires d’EDF est assurée par des sous-traitants sélectionnés sur appels d’offres (lire aussi « L’industrie nucléaire : sous-traitance et servitude. Enquête sur le personnel intérimaire travaillant dans l’industrie nucléaire » et Sous-traitants, “sacrifiés du nucléaire”).

Le rapport de la commission des finances de l’assemblée nationale sur les comptes d’Areva et d’EDF, en guise de punition souligne d’ailleurs que le coût de l’électricité fait délibérément l’impasse sur le financement du démantèlement des centrales (750 milliards selon la commission « Énergie 2050″ qui ne comprend aucune association anti-nucléaire, 220 milliards selon l’Institut Montaigne, 70 milliards pour les écologistes, entre 20 et 40 milliards selon la cour des comptes de 2003, faites votre choix…), quoi qu’il en soit, une véritable épée de Damoclès suspendue au dessus des comptes d’EDF »,entreprise déjà très endettée en raison de choix capitalistiques désastreux en Grande Bretagne, aux USA, en Italie (voir rapport de la commission des finances d’octobre 2011 pages 31-34).

A l’heure où une grande partie des centrales arrivent en fin de vie et où il s’agit de décider s’il convient de continuer sur cette voie, on comprend mieux pourquoi certains préfèrent fumer la moquette pour fuir la dure réalité, ça va être plus difficile de demander aux Français de se serrer la ceinture et de payer leur dose à ces accros. Une facture qui se traduirait entre autres, quoi qu’en disent les « nains duracell », par une augmentation prochaine de 30% du prix de l’électricité.

Pire, selon « Agir pour l’environnement », le pic de consommation hivernal atteint 96 GW en France contre 80 GW en Allemagne (qui compte 16 millions d’habitants en plus), une progression de 20% en 10 ans. Du fait de son monolithisme énergétique, la France risque, une fois encore cet hiver d’être exposée à des coupures de courant. La France ne dispose pas de moyens de production adaptés à sa consommation et l’indépendance énergétique de la France est un mythe qui ne résiste pas à la rigueur hivernale !

@+

Yannick


« Il faut se servir de sa liberté, sinon on vous la reprendra ! » – Arundhati Roy

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