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Fév 15 2012

Le Parti socialiste précise son programme énergétique… et tacle le bilan de Nicolas Sarkozy

Respectivement porte-parole et chargé de l’Énergie au sein du pôle Environnement, Développement durable, Énergie de campagne de François Hollande, Bernard Cazeneuve et François Brottes ont clarifié les positions énergétiques du candidat socialiste hier à l’occasion d’un point presse. Ses vues diffèrent sensiblement de celles du chef de l’État, qui devrait prochainement officialisé sa candidature, même si ni l’un ni l’autre ne sont favorables à une sortie du nucléairepar Guillaume Duhamel, Mercredi 15 février 2012 http://www.zegreenweb.com/

François Hollande s’est engagé à ne fermer « que » la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) durant son quinquennat.

Que de contorsions…pour nous faire avaler que le changement c’est pour après demain…au mieux…

Les « anti-atome » savaient à quoi s’en tenir depuis la signature de l’accord entre le Parti socialiste et EELV (Europe Écologie-Les Verts). Un texte élaboré au terme de négociations houleuses – et de fait très médiatisées – et sur lequel la majorité mais aussi, entre autres, Corinne Lepage ont beaucoup glosé. C’est qu’en la circonstance, l’incroyable « affaire » du combustible MOX en a témoigné, le PS a imposé ses vues à son allié, lequel est sans doute dans une situation financière trop difficile pour refuser le « deal » : pas de sortie du nucléaire « à l’allemande » en échange de circonscriptions.

Pas du genre à accepter de se laisser dicter sa conduite, à tout le moins dans les discours, la candidate écologiste aux élections présidentielles Eva Joly a pris ses distances avec cet accord. Le constat est cependant le même en ce qui concerne le député de Corrèze, qui s’est certes engagé à fermer la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) *, doyenne du parc nucléaire français, mais n’aspire à réduire la part de l’atome dans le mix énergétique national « que » de 75 à 50 % à l’horizon 2025-2030. De même, et MM. Brottes et Cazeneuve ont insisté sur ce point, le chantier du réacteur EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville (Manche), aussi décrié soit-il, se poursuivra. Trop d’argent dépensé, trop d’emplois en jeu aussi, sans doute.

Mais alors que Nicolas Sarkozy s’est rendu la semaine dernière à Fessenheim pour signifier aux salariés que « leur » centrale poursuivra ses activités [moyennant certes l’application des mesures préconisées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ] et s’est depuis prononcé pour la prolongation de la durée de vie des unités atomiques hexagonales, scénario le moins coûteux selon la commission d’experts mise en place par le ministre de l’Énergie Éric Besson, l’opposition socialiste assure qu’une autre voie est possible, sous réserve d’agir immédiatement. Le changement, c’est maintenant…

« Notre système électrique ne s’est pas remis en question comme il fallait pour éviter [de devoir importer de l’électricité en provenance d’Allemagne à plus de 1 900 euros le mégawattheure (MWh), comme cela fut le cas lors du pic de consommation enregistré le 7 février dernier]. Le nucléaire fonctionne en base, et non en pointe […] Pour qu’il n’y ait pas de pointe de consommation d’énergie, il faudrait qu’on arrête de chauffer avec des radiateurs électriques des maisons qui sont des passoires énergétiques (sic). Dans un moment où on importe trente fois plus cher de l’électricité en provenance d’Allemagne, nous avons dans le même temps 8 millions de nos concitoyens qui sont dans une situation de précarité énergétique, tandis que le coût de l’électricité a augmenté de 6 % l’an passé, alors que le ministre annonce 2 % chaque année. Notre modèle  énergétique et électrique a atteint ses limites. Il est temps et urgent de prendre une autre trajectoire », a résumé M. Brottes. Et d’insister sur les économies d’énergie, sachant que « dans le bâtiment, nous avons la possibilité d’économiser jusqu’à 30 %, y compris en limitant les pointes de consommation ». D’où l’objectif de M. Hollande de rénover 1 million de logements chaque année. « Nous commencerons par les plus énergivores, donc les effets seront assez rapides. De plus, ce programme permettra de créer des emplois, puisqu’il suppose une main-d’oeuvre non-délocalisable. Il participera donc à l’évolution de la croissance et à la réindustrialisation du pays ».

« Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier »

 Sans surprise, les énergies renouvelables seront parallèlement promues, et le stockage de l’électricité, « un chantier en jachère depuis longtemps », sera lui aussi encouragé. Concernant ce dossier, M. Brottes évoque notamment les voitures électriques et « le volet de l’hydrogène, sur lequel les chercheurs disent qu’ils peuvent avancer vite s’ils ont quelques moyens en plus ».

« Le rapport de la Cour des Comptes dit que la France n’a pas les moyens d’assurer le financement du renouvellement de la totalité de ses réacteurs, parce qu’elle n’y a pas pensé assez tôt […] Elle est donc acculée à une solution, prolonger la durée de vie des turbines. Mais ne pas se donner la possibilité d’une autre trajectoire, avec un autre objectif, à savoir de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, est risqué. Car si l’ASN dit aux pouvoirs publics “cette centrale ne peut pas être reconduite, il faut la fermer”, nous n’aurons pas d’alternatives », a-t-il poursuivi.

M. Cazeneuve n’a pas davantage ménagé le bilan du président de la République, qui se pose en défenseur du nucléaire mais aurait causé beaucoup de tort à la filière, en particulier à Areva, leader mondial actuellement en difficulté. « Il a vendu l’une de ses filiales importantes, Transmission&Distribution, qui représentait 45 % de l’activité du groupe et qui lui permettait d’investir, non seulement dans les énergies renouvelables mais aussi dans le développement d’activités relevant de son coeur de métier », a-t-il ainsi dénoncé, fustigeant également l’hostilité élyséenne à toute recapitalisation : « Anne Lauvergeon (NDLR : ancienne PDG d’Areva) réclamait près de 3 milliards d’euros de recapitalisation pour investir et développer des énergies nouvelles. En tout et pour tout, l’État aura investi 700 millions en l’espace de dix ans, ce qui était très loin des besoins de l’entreprise, contribuant ainsi à son affaiblissement […] Par ailleurs, le ministre des finances François Baroin a adressé au nouveau président d’Areva (NDLR : Luc Oursel) une lettre dans laquelle il lui demandait de procéder à un plan social, que ce dernier a commencé à mettre en oeuvre. Il s’est fait convoquer par le ministre pour avoir fait ce qu’il lui demandait… Finalement M. Baroin lui a demandé de renoncer, et M. Oursel a fini par faire ce qu’il lui avait demandé, à savoir la suppression de 2 000 emplois, ce qui n’est quand même pas totalement négligeable ». « Il prétend des intentions à ses adversaires qu’ils n’ont pas », a ajouté M. Cazeneuve, visiblement excédé par la« stratégie de diversion » du chef de l’État.

Au total, M. Hollande souhaite maintenir une industrie nucléaire performante, en faisant en sorte que les centrales en fin de vie susceptibles de poser des problèmes soient fermées plutôt que maintenues à tout prix, et que les milliards d’euros nécessaires à la prolongation de la durée de vie des installations atomiques soient plutôt investis dans la filière des technologies propres. Parce que vectrice de croissance et d’emplois, celle-ci se verra en outre allouer des moyens significatifs significatifs. Quant aux efforts de recherches dans le secteur du nucléaire, ils seront poursuivis.

« Par conséquent, nous sommes dans une stratégie équilibrée et responsable, […] avec un prix de l’énergie qui n’obère ni la compétitivité des entreprises, ni le pouvoir d’achat des ménages. Le tout dans l’évaluation permanente et le pragmatisme comme méthode », assure M. Cazeneuve. Un menu objectivement alléchant qui, toutefois, ne sera pas simple à élaborer.

 

* La fermeture du site de Fessenheim n’aurait aucune conséquence sociale aux dires de M. Brottes, qui a souligné que la plupart des agents du nucléaire seront sous statut et ne seront donc pas menacés.

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