L’énergie nucléaire est-elle encore compétitive?

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AEIA) a publié début septembre 2018 son rapport annuel. Elle y aborde les perspectives de la filière nucléaire alors même que l’essor des énergies renouvelables et les nouvelles normes environnementales remettent son avenir en question. Un avenir sombre en partie confirmé par le rapport de l’AEIA : selon l’analyse de l’agence, la compétitivité de l’énergie nucléaire devrait baisser dans les prochaines années. Pourtant le nucléaire ne devrait pas disparaître : en Asie notamment, de nouveaux marchés s’offrent à lui.  L’energeek mer 3 oct 2018 NUCLÉAIRE , 
Les inquiétudes de l’AEIA

Il n’y a pas qu’en France que l’avenir du nucléaire est incertain. D’après le rapport annuel de l’AIEA, publié le 10 septembre dernier, la filière nucléaire devrait enregistrer un recul en Europe et en Amérique du nord dans les prochaines années. D’après le rapport, le nucléaire doit faire face à la concurrence du prix bas du gaz naturel ainsi qu’à la montée en puissance des énergies renouvelables, dont les coûts de production tendent à baisser depuis quelques années.

Mais plus que la concurrence des autres énergies, ce qui pourrait freiner la filière nucléaire, c’est la lenteur avec laquelle elle est en train de se restructurer. Dans son rapport, l’AIEA rappelle que le parc nucléaire mondial compte aujourd’hui 455 réacteurs. Près de la moitié de ces réacteurs est en service depuis déjà plus de trente ans, et la question de leur fermeture devrait se poser dans les prochaines années.

Or, la stratégie de remplacement peine à se mettre en place. En France, EDF a déjà envisagé d’opérer un grand carénage pour optimiser la durée de vie du parc nucléaire tricolore. De plus, l’énergéticien a investi dans le développement d’une technologie de remplacement, avec le réacteur de nouvelle génération EPR. La première unité est déjà entrée en service en Chine. A terme, l’EPR devrait ouvrir une nouvelle ère dans la production d’énergie d’origine nucléaire.

Et si l’AIEA s’inquiète de la lenteur avec laquelle le nucléaire opère sa transition stratégique, c’est parce que l’énergie nucléaire reste importante à l’échelle mondiale. En 2017, elle a encore pesé pour 10,3% dans la production d’électricité mondiale. Un chiffre respectable qui masque de grosses disparités : si certains pays n’ont pas développé de filière nucléaire, d’autres en revanche dépendant de l’énergie nucléaire pour assurer leur autonomie énergétique.

Comme le rapport le souligne, la filière nucléaire mondiale devrait connaître une hausse significative de sa production. D’ici 2050, l’électricité d’origine nucléaire pourrait augmenter de 15% d’après les estimations du rapport. Mais cette augmentation ne suffira pas à maintenir l’énergie nucléaire à son rang actuel dans le mix électrique mondial : dans le pire des scénarios présentés par l’AIEA, la part du nucléaire pourrait ne représenter que 5,6%. Cette perte de terrain se ferait au profit des énergies renouvelables.

L’Asie, nouvel eldorado de l’énergie nucléaire

Alors l’énergie nucléaire est-elle appelée à disparaître ? Non. Car si dans les pays occidentaux elle est remise en question, l’énergie nucléaire fait par contre l’objet de nombreux investissements en Asie. LaChine et l’Inde, deux pas industrialisés qui enregistrent une forte consommation électrique, voient dans le développement du nucléaire un moyen d’assurer leur indépendance énergétique. En Afriqueaussi, les centrales nucléaires sont un sujet récurrent dans les projets de développement énergétique.

Le nucléaire, repositionné sur le marché de l’énergie

En France, l’entreprise EDF continue de défendre son EPR. Pour l’énergéticien, cette nouvelle génération de réacteur aura sa place dans le futur mix énergétique du pays. Au lieu d’être la principale source de production d’électricité, le nucléaire pourrait à terme jouer un rôle de régulateur dans l’approvisionnement au sein du réseau électrique français. Dans cette optique, le nucléaire travaillerait alors en synergie avec les énergies renouvelables pour assurer la fiabilité du réseau.

Dans la stratégie d’EDF, le réacteur EPR ne vise pas à concurrencer les énergies renouvelables. En revanche, il offre une alternative aux énergies fossiles. Car le nucléaire a encore des atouts à faire valoir. La filière offre une électricité bas-carbone, en cohésion avec les normes environnementales actuelles. Par ailleurs, son coût de revient n’est pas impacté par les fluctuations des cours du pétrole, ce qui garantit ses tarifs. Un argument qu’EDF n’hésite pas à mettre en avant pour défendre son EPR : “L’uranium utilisé pour produire l’électricité représente 5 % des coûts de production du kWh nucléaire. En comparaison, la part du combustible représente de 20 à 50 % du coût de production dans les centrales au charbon et de 50 à 80 % pour le gaz.” A défaut de concurrencer les ENR, le nucléaire devrait donc assurer sa survie en s’attaquant de front aux énergies fossiles, appelées à être de plus en plus taxées dans le cadre de la transition énergétique.

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