Oct 16 2014

World Nuclear Exhibition: défilé fin de règne au salon du nucléaire

L’atome en berne, Proglio éconduit de la direction d’EDF… Le nucléaire paradait à vide à la World Nuclear Exhibition du Bourget. Politis Par Patrick Piro16 octobre 2014

Étonnante image que celle du Premier ministre Manuel Valls parcourant hier soir les allées de la World Nuclear Exhibition, entouré d’Henri Proglio, éconduit de la direction d’EDF par Hollande quelques heures auparavant, et de Luc Oursel, patron d’Areva, qui pourrait également sauter dans les semaines qui viennent. Surprenant décors également que cette World Nuclear Exhibition du Bourget (14-16 octobre), premier Salon mondial du nucléaire (in french) jamais tenu, alors que la filière est dans une passe très délicate dans le monde. « Les derniers soubresauts d’une industrie finissante », brocarde l’Observatoire du nucléaire, qui constate qu’elle n’a fait que décliner au cours de la dernière décennie, chiffres officiels à l’appui.

La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité a chuté de 17,1 % à 10,9 % de 2001 à 2012, car des réacteurs vieillissant ferment, ceux du parc japonais sont toujours arrêtés depuis la catastrophe de Fukushima, et les nouvelles mises en service se font au compte goutte. Le marché consiste essentiellement dans la gestion du parc existant, constate l’association. Même constat de déclin pour Greenpeace, qui souligne que l’éolien a drainé cinq fois plus d’investissements que le nucléaire en 2013 ! Comparaison saignante pour un pays qui loue le pragmatisme économique de son voisin : l’an dernier, les exportations de la France dans le nucléaire lui ont rapporté deux fois moins (5,6 milliards d’euros) que celles de l’Allemagne dans les énergies renouvelables. Et lors de la dernière décennie, il s’est installé 403 gigawatts (GWe) de puissance dans l’éolien et le photovoltaïque, tandis que le parc nucléaire s’est contracté de 32 GWe. Même en considérant que la production des renouvelables est de l’ordre de trois fois inférieure à celle des réacteurs, en raison de l’intermittence du vent et du soleil, la comparaison reste spectaculaire.

EDF, un État dans l’État

« Un secteur vital » que cette industrie nucléaire française, n’en a pas moins loué Manuel Valls, rendant un hommage convenu à Henri Proglio. Ce n’altère pas le sens politique de sa mise à l’écart, au prétexte peu glorieux d’une « limite d’âge » (l’ex-pdg aura 68 ans dans trois ans) dont les décideurs se moquent allègrement en cas de besoin.
Les gestionnaires considèrent que Proglio n’a pas démérité, au sens purement économique : la sanction est donc politique. Et les anti-nucléaires ne manqueront pas de l’interpréter comme une confirmation de la volonté de l’État, exprimée dans la loi de transition énergétique, de reprendre la main dans un dossier de l’électricité où EDF a fait, pendant quarante ans, la pluie et le beau temps. Proglio est un pur produit du sarkozysme, et dans l’entourage de Hollande on s’est d’ailleurs montré surpris que le Président n’ait pas fait le ménage à la tête de l’entreprise, dont l’État reste l’actionnaire de référence, dès l’arrivée des socialistes au pouvoir en 2012.

Encombrant personnage, Henri Proglio ne s’attendait pas à son limogeage.

Depuis, l’encombrant personnage n’a guère signifié qu’EDF était prêt à abandonner son statut d’État dans l’État. Proglio est intervenu pour faire capoter les engagements actant un recul du nucléaire dans l’accord PS-EELV de fin 2011, il n’a eu de cesse de s’opposer au projet de fermeture de Fessenheim, il a souvent grossièrement biaisé le débat sur les enjeux du nucléaire, affirmant que la filière perdrait un million d’emplois si les socialistes cédaient aux écologistes qui veulent sortir du nucléaire. « Il a fumé la moquette ! », s’était même moquée Anne Lauvergeon, ex-patronne d’Areva. Il y a moins d’un an, il affirmait, contre les évidences les mieux partagées, que la baisse de 75 % à 50 % de la part du nucléaire pouvait s’atteindre sans fermer la moindre centrale.

Ce limogeage — Proglio ne s’y attendait vraiment pas, semble-t-il —, devrait valoir à l’exécutif, et à peu de frais, un petit regain de crédit chez les écologistes : il signe d’une certaine manière la fin du nucléaire arrogant. Jean-Bernard Levy, nouveau patron d’EDF, est certes un pur capitaine d’entreprise comme les gouvernements les affectionnent, venu de Thalès après être passé par Vivendi notamment. Mais il est aussi connu pour son pragmatisme. Un profil plus conforme aux objectifs d’une transition énergétique qui ne saurait se passer de la bonne collaboration d’EDF comme les écologistes eux-mêmes le reconnaissent.